XXII. — Dosage volumétrique du mercure au moyen de l'iodure
La méthode est fondée sur l’insolubilité du biiodure de mercure dans une liqueur azotique; mais l’insolubilité n’est complète que si le liquide ne renferme aucun excès d’iodure alcalin. 11 faut donc arriver à ne verser le réactif que dans la mesure strictement nécessaire en se servant d’un indicateur très sensible.
J’ai eu l’idée de mettre dans la liqueur une assez forte proportion d’acide nitrique contenant des produits nitreux, comme celui qui a séjourné quelque temps à la lumière du jour dans un flacon de laboratoire, et d’y ajouter ensuite un peu d’empois d’amidon, puis de verser au moyen d’une burette graduée la solution titrée d’iodure de potassium. Dès que l’iodure de potassium arrive à être en léger excès, il est décomposé par l’acide nitreux et donue de l’iode libre, qui colore l’amidon.
La précipitation du biiodure de mercure forme un liquide rouge, à la surface duquel apparait, au point où tombent les gouttes du réactif, une tache bleue d’iodure d’amidon ; aussitôt que le réactif est en léger excès, la tache ne disparait plus et le liquide, remué avec l’agitateur, prend une teinte brunâtre, facile à distinguer du rouge vif primitif.
11 importe, pour l’exactitude du dosage, que le liquide ne renferme pas d’acide chlorhydrique libre ni de chlorures alcalins.
{Comptes rendus, 29 juillet 1889.)
XXIII. — Dosage volumétrique de l’argent par l’iodure de potassium.
Le principe de la méthode est le même que dans le dosage précédent; l’acide azotique nitreux et l’amidon servent d’indicateur pour avertir du moment où tout l’argent a été transformé en iodure et où l’on verse une goutte d’iodure de potassium en excès. La coloration bleue de l’iodure d’amidon apparaît immédiatement.
On obtient un dosage très exact, si l’on connaît approximativement, soit par un premier essai, soit d’après le titre présumé de la matière en argent, la quantité de métal à doser. Imitant alors ce qui se fait pour le chlorure de sodium, depuis Gay-Lussac, dans les laboratoires des Monnaies, on verse d’un seul coup dans la solution azotique la quantité d’iodure de potassium titré correspondant à la quantité d’argent présumée. On sépare le précipité par décantation, on le lave à l’eau et l’on introduit dans la liqueur quelques centimètres cubes d’acide azotique nitreux et d’empois clair d’amidon.
Si la liqueur devient bleue, on la décolore exactement au moyen d’une solution centinormale d’argent; si elle n’est pas colorée, on y verse d’abord de l’iodure de potassium, pour obtenir la coloration bleue, et on la fait ensuite disparaître par addition mesurée de la liqueur centinormale d’argent.
On arrive ainsi à une très grande exactitude.
Cette méthode présente sur celle du chlorure de sodium l’avantage de comporter l’emploi d’un indicateur de la fin de la réaction, sans exiger la neutralité de la solution azotique d’argent.
lîlle est, à ce double point de vue, comparable à la méthode du sulfocyanure en solution titrée, avec addition de sulfate ferrique comme indicateur. {Comptes rendus, 29 juillet 1889.)
XXIV. — Nouvelles réactions caractéristiques des sels d’or : sel aureux. Recherche qualitative et dosage colorimétrique de l’or.
On sait que le chlorure d’or est facilement décomposé par différents réducteurs, avec production d’or métallique, qui se dépose rapidement
si la dissolution est franchement acide et concentrée, très lentement, au contraire, eten donnant lieu à un effet de dichroîsme remarquable, si elle est très étendue. Cependant le protochlorure d’étain mélé de bichlorure produit une coloration brune et ensuite un dépôt rouge, le pourpre de Cassius, qui a été considéré par quelques savants comme renfermant de l’or métallique très divisé, par d’autres comme contenant une combinaison d’oxydes d’étain et de protoxyde d'or.
J’ai obtenu, dans des conditions très variées, une coloration rose ou pourpre avecdes solutions très étendues et très peu acides de chlorure d’or soumises à des actions réductives faibles : zinc métallique, poussière de zinc, courant d’hydrogène, contact d’une atmosphère contenant un peu d’hydrogène sulfuré, solution aqueuse d’hydrogène phosphoré, sel ferreux préparé peu d’instants auparavant par l’action de l’acide chlorhydrique surlefer, etc. La stabilité du composé augmente quand on passe d’une solution chlorhydrique pure à d’autres solutions renfermant de l’acide phosphorique, de l’acide ansénique et surtout un peu d’acide arsénique avec du perchlorure de fer.
Avec ces réactifs, il suffit d’un millionième d’or pour donner une coloration visible; si la proportion d’or devient un peu notable, la coloration est d’un beau rouge pourpre. La liqueur reste d’ailleurs limpide, à la condition d’être très faiblement acide, et se conserve sans donner aucun dépôt; car mes expériences remontent déjà à huit ans (avril et mai 1883) et j’ai gardé depuis cette époque, en fioles fermées, des liqueurs pourpres parfaitement limpides. Il y a donc lieu de considérer l’or comme y étant vraiment à l’état de dissolution et non pas à l’état d’or métallique très divisé, comme on l’a supposé pour le pourpre de Cassius.
On obtient facilement un dépôt de sel pourpre, soit en neutralisant complètement la liqueur, soit en y ajoutant un sel alcalin ou ammo-
J’ai analysé le dépôt, qui est un arséniate de fer et d’or; j’ai surtout déterminé avec toute la précision possible l’état d’oxydation de l’or dans la dissolution et j’ai trouvé qu’il répondait à la formule Au“0.
Pour produire la réaction dans les conditions les meilleures et obtenir la coloration la plus intense avec quelques dixièmes de milligramme d’or, il faut étendre le chlorure, sensiblement neutre, de ioo“ C. 4
d’eau environ, puis ajouter deux gouttes de perchlorure de 1er, deux gouttes d’acide arsénique et enfin quelques centigrammes de zinc en poudre. On agite la fiole et on voit se développer au bout de peu d’instants une teinte pourpre, dont l’intensité augmente avec la proportion d’or. Lorsqu’elle est devenue stationnaire, il faut décanter la liqueur dans une autre fiole, afin d’éviter que la saturation par le zinc détermine le dépôt du composé pourpre.
On peut estimer la quantité d’or avec quelque approximation en comparant les teintes obtenues avec des volumes égaux de liquide placés dans des flacons égaux. J’ai indiqué comment on pouvait tirer parti de cette méthode de comparaison pour déterminer, rapidement et d’une manière approchée, la teneur en or des minerais et particulièrement des minerais quartzeux.
(Comptes rendus, i et i6 juillet i883.)