‹ Notice sur les travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 20 sur 26 · LI. — Essai des minerais d'antimoine · texte numérisé non relu

LI. — Essai des minerais d'antimoine

L’antimoine ayant trouvé, depuis quelques .innées, des applications nouvelles et d’importants débouchés, l’exploitation et la vente de ses minerais sont devenues plus actives. On s’est plaint, à cette occasion, de l’insuffisance des procédés d’essai employés jusqu’ici pour régler le prix de vente des minerais. La voie sèche donne, en effet, des pertes très importantes, qui varient selon les circonstances, depuis d jusqu’à 3o pour loo de la teneur véritable.

Après quelques tentatives inutiles pour améliorer les procédés usuels, j’ai pris le parti d’y renoncer tout à fait et d’y substituer une autre méthode, qui se rattache à la voie humide, mais en restant d’une pratique facile. Elle consiste essentiellement à dissoudre l’antimoine par l’acide chlorhydrique concentré, à le précipiter par une lame d’étain et à le peser, après dessiccation, à l’état métallique.

Les minerais sulfurés se laissent facilement dissoudre. Les minerais oxydés résistent souvent beaucoup plus; pour éviter les pertes, on les transforme préalablement en sulfures, en les chauffant doucement dans une atmosphère d’hydrogène sulfuré, dans la fiole même où ils doivent être traités par l’acide chlorhydrique.

Pratiqué couramment, ce mode d’essai donne à peine lieu à des écarts de i pour loo sur la teneur véritable.

{Comptes rendus, \[\ mars 1892. — Ann. des Mines, 1892,1.1, p. 3o3).

LU. — Dosage

du fluor.

Le fluor entre dans la composition d’un grand nombre de substances naturelles; mais on s’est le plus souvent borné à constater sa présence par des essais qualitatifs, à cause des difficultés que présente son dosage exact, surtout en présence des silicates.

La méthode que j’ai étudiée pour en faire le dosage est fondée sur le dégagement du fluor à l’état de composé volatil, lorsqu’on traite par l’acide sulfurique concentré un mélange intime do la matière fluorée avec une suffisante quantité de silice anhydre. Le fluorure de silicium est entraîné, par un courant d’air parfaitement sec, jusque dans un flacon renfermant une dissolution neutre de fluorure de potassium assez concentré. 11 se fait une combinaison des deux fluorures :

SiFI*-hKFI = Kl'l.SiFl> ou SiFP-n 2KFI = SiK’FI*.

Le poids du fluosilicate de potasse permet de calculer exactement le fluor, qui a été dégagé à l’état de fluorure de silicium (34,5i i p. 100). On pourrait aussi s’en servir, au besoin, pour calculer le silicium volatilisé sous la même forme (]2,7i4 pour 100).

J’ai indiqué les précautions à prendre pour avoir des ré.actifs exempts de fluor, pour dessécher entièrement les tubes, pour retenir l’acide chlorhydrique et l’acide sulfureux qui pourraient se produire ilans l’attaque de la matière fluorée, afin d’éviter toute cause d’erreur.

Le. dosage du fluor devient alors une opération relativement assez simple et qui peut être répétée sur un grand nombre de substances. Je l’ai particulièrernent appliquée aux matières directement attaquables par 1 acide sulfurique conccutré, notamment aux phosphates d’origine minérale ou organique, qui font l’objet du paragraphe suivant.

{Comptes rendus, 28 mars 1892.)

LUI. — Recherche du fluor dans les phosphates minéraux et dans les ossements modernes et fossiles.

L’analyse complète de quelques cristaux A'apatite, avec dosage direct du fluor par la méthode précédente, a confirmé l’exactitude de la formule théorique :

Ca(FI,CI)-l-3(PO>,3CaO) ou GasO'n>»(FI, Cl).

D’après cette formule, les apatites purement fluorées renferment, pour 100, 42,26 d’acide phosphorique et 3,77 de fluor.

La proportion relative des deux éléments s’est montrée presque semblable dans les phosphoriles fibreuses, que l’on est ainsi conduit à assimiler aux apatites.

J’ai reconnu, au contraire, qu’elle est moindre dans les phosphoriles terreuses, beaucoup plus faible et souvent presque négligeable dans les phosphoriles conctèlionnèes, zonées et à surfaces mamelonnées, comme celles du Quercy, du Gard ou de l’Algérie,

Il semble donc que la cristallisation des phosphates ait été favorisée par la présence du fluor et entravée par son absence.

Dans les phosphates sèdimentnires, qui souvent se sont substitués à des matières organisées, animales ou végétales, la proportion de fluor est presque toujours sensiblement égale à celle qu’on trouverait dans des apatites d’égale teneur en phosphore. Cette observation avait déjà été faite, on 1890, par M. Lasne, pour des phosphates provenant de quatre gisements; je l’ai vérifiée par l'analyse de phosphates appartenant h douze gîtes et à sept étages géologiques différents.

Quant à l’explication à donner de la genèse des fluophosphates sédimentaires, j’ai cru devoir la chercher dans l’cxamcn comparé des ossements modernes et des ossements fossiles.

J’ai trouvé, en effet, que les premiers ne renferment jamais plus de 0,20 à o,3o pour 100 de fluor et que, dans les os fossiles, au contraire, la proportion de fluor peut s’élever jusqu’à 2 et 3 pour 100.

Une pareille transformation ne peut être due qu’à l’action des liquides, qui sont venus en contact avec les os.

On peut l’attribuep à des infiltrations, soit de fluorure alcalin, soit de fluorure de calcium emprunté aux minéraux des roches du voisinage. Par des expériences synthétiques directes, j’ai vérifié que des os modernes, places dans de semblables conditions, fixent peu à peu des quantités croissantes de fluor et que leur composition peut arriver ii être très voisine de celle de l’apatite.

Il semble donc que la présence du fluor dans les phosphates sédimentaires puisse être expliquée, suivant les cas, soit par une action contemporaine de la formation des dépôts phosphatés, soit par une action métamorphique, analogue à celle qui se produit sur les phosphates des os. {Comptes rendus, 2 mai et 23 mai 1892).

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