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RECHERCHES SUR LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L'INFECTION (BACTÉRIOLOGIE

S I. — Études concernant les Microbes eux-mêmes : choix d'un microbe d'étude-, forme, nutrition, fonctions, sécrétions, modifications directes ou indirectes par l’intermédiaire du terrain.

En présence de l’extrême faveur dont jouissent aujourd’hui les doctrines microbiennes, on a de la peine à se souvenir qu’au moment où j’ai pu commencer des recherches, ces doctrines étaient loin d’avoir conquis l’opinion du monde médical; pour la première fois, en 1881, on a officiellement enseigné ces théories dans une Faculté de Médecine (Cours de M. Bouchard). — Dès ces débuts, j’ai eu la bonne fortune d’être heureusement guidé; sans tarder, j’ai consacre aux études bactériologiques les plus constants de mes efforts. Toutefois, cet état de nos connaissances nécessitait alors, dans la recherche, des expériences à certains égards plus variées que celles dont on se contente aujourd’hui.

Choix d’un microbe d’étude. — La diffusion des infiniment petits, les variauons de forme, de virulence, de sécrétion, etc., tous ces motifs exposent à des confusions ou à des créations illégitimes. Aussi dans le choix d’une bactérie destinée à être utilisée au cours d’une foule de recherches, ai-je avant tout obéi au désir d’atténuer autant que possible ces causes d’erreur. De là l’adoption, à titre de microbe d'étude, du bacille qui fait naître, à la surface des plaies en suppu-

ration, une teinte verte ou bleuâtre, le microbe du pus bleu ou Bacille pyocyanique.

Ce germe est, en effet, des plus faciles â caractériser, grâce avant tout à son principal pigment, la pyoeyanine, soluble en bleu dans le chloroforme, en rose dans l’eau acidulée, passant de cette eau dans ce chloroforme dès qu’à l’aide de l’ammoniaque on fait virer la teinte rosée au bleu vert; après évaporation, le chloroforme abandonne des cristaux en aiguilles.

En dehors de ces réactions, ce germe offre une foule d’avantages. — Assez résistant, commode à colorer, a cultiver sur la plupart des milieux, pathogène pour l’immense majorité des animaux utilisés dans les laboratoires, il fabrique des principes morbifiques et vaccinants-, l’aspect de ses cultures, l’intensité de la coloration suffisent pour juger de son degré d’activité (*), etc. — De telles conditions m’ont amené à créer la maladie pyocyanique, maladie d’étude établie en face du Charbon qui avait fourni les premières notions et qui « ... presque partout a été remplacé par cette maladie pyocyanique(') ». — Ajoutons que l’importance de ce virus en pathologie humaine, comme cause d’infection générale, augmente chaque jour tf).

Les modifications d’un microbe. — Polymorphisme. — Les caractères extérieurs d’une bactérie sont naturellement parmi ceux qui, dès le début, préoccupent les chercheurs. Or, il y a quelques années, on était loin encore d’être fixé sur les limites entre lesquelles peut se mouvoir le polymorphisme, notion pourtant importante au point de vue théorique et pratique.

Zopf avait soutenu la réalité de ce polymorphisme; mais il s’était servi, comme milieu d’examen, d’une eau non stérilisée; dès lors il avait pu prendre deux êtres distincts pour des formes successives d’un type unique. Schottelius avait vu le Microeoecus prodigiosus s’allonger; toutefois, à cette époque, Flügge tenait ce germe pour un bâtonnet; par suite, cet allongement ne constituait pas un vrai changement. Ray-Lankester avait, il est vrai, étudié ce pléomorphisme, mais sur des êtres plus élevés dans l’échelle que les Bactéries. Aussi le monomorphisme de Cohn, dont la classification alors régnante repose sur la fixité de la forme, demeurait triomphant et Ga/fky écrivait ;

1. Voir la Maladie pyocyanique, \ vol., Paris, 1889, Steinheil, édit.

2. Bouchard, Rapport sur le prix Chaussier. Acad. Sc., décembre 1900.

3. Septicémie streptococcique et entérite à baciiies pyocyaniques chez une adulte. Soc. Biol., 23 juin 1900.

« Personne n’a vu lin bacille dériver d’un inicrocoque, ni un spirille d’un bacille. » « La traie démonstration du polymorphisme, écrit M. Bouchard, a été donnée « péremptoirement par MM. Guignard et Charrin dans un travail fait dans mon « laboratoire et communiqué à l’Académie des Sciences le 12 déc. 1887(‘). »

Nous avons, en effet, été assez heureux (Sur les variations morphologiques des microbes) pour montrer que, sous l’influence de la chaleur à 40” ou de l’addition aux milieux de culture de divers principes (créosote, naphtol, thymol, bichromate de potasse, acide borique, salicylique, etc.), le Bacille pyocyanique, ordinai¬

rement bacille court, se transforme en bâtonnet lancéolé, en bacille allongé, en filament, en microbe incurvé, en spirille, enfin, à la longue, en véritable microcoque-, chacune de ces formes peut, d’ailleurs, être ramenée au type primitif.

Les confirmations (Wasserzug, etc.) ne se sont pas fait attendre; nous avons eu la satisfaction de voir nos figures, reproduites par la plupart des auteurs, devenir pour ainsi dire classiques.

Modifications dans les fonctions d’un microbe chromogène. — La vaccination charbonneuse a merveilleusement précisé les variations de virulence ; mais d’autres propriétés peuvent aussi offrir des modifications. — Grâce à la contingence des attributs chromogènes du Bacille pyocyanique, il est aisé de diminuer, de supprimer le pouvoir de produire des pigments ('), d’abolir

t. Ch. Bodchaed, Leçons sur la Ihérapeiilique des maladies infectieuses, Paris, 1889, page 41.

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