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Publications diverses comprenant les Travaux originaux, Ouvrages didactiques relatifs au parasitisme, les Recherches anatomiques et physiologiques, les Articles de critique scientifique.
SECTION I". — PARASITES DE L’HOMME, DES ANIMAUX ET DES PLANTES ; GALLES VÉGÉTALES
i. Relation de la première épidémie de Trichinose observée en France.
Bulletin de l’Académie de Médecine, 2® série, tome X, pp. 206-216,1881.
Pendant l’année 1878, plusieurs personnes de Crépy-en- Valois furent atteintes d’une maladie à caractères typhoïdes, mais d’allures spéciales, après avoir mangé la viande d’un même porc. Un fragment de cette viande m’avait été remis ; il ne présentait à l’œil nu, et même à l’examen avec une forte loupe, rien d’anormal ni de suspect. Mais avec le microscope, il me fut facile de constater la présence de nombreuses Trichina spi-
ralis, les unes enkystées, les autres ne l’étant pas encore. Je les montrai à diverses personnes compétentes, Delpech, Béclard, Fauvel, G. Colin d’Alfort.
Après cette constatation, je me suis rendu à Crépy-en-Valois, j’ai fait une enquête avec le docteur Jollivel qui avait observé les malades, et j’ai acquis la conviction qu’une des personnes était morte de la trichinose.
Pour établir le diagnostic, les symptômes ont été rigoureusement appréciés, puis rapprochés des phases du développement des parasites. La provenance de l’animal a été recherchée avec soin et j’ai pü constater avec certitude :
Que la petite épidémie de Crépy a causé la mort d’une seule personne sur 21 qui avaient mangé la viande trichinée. 16 autres ont été plus ou moins gravement malades, 4 ont été préservées, et elles avaient pris celte même viande très cuite. Le porc, cause de l’infection, était d’origine française et avait probablement contracté la trichinose en avalant un rat déjà trichiné,
2. De l'infection par les Trichines ou Trichinose et des moyens de la reconnaître.
Ce travail fait après l’épidémie de Crépy-en-Valois résume la symptomatologie ou les traits typiques de la trichinose, puis il les rapporte à leur cause, la trichine, c’est-à-dire au parasite, à ses divers degrés de développement.
Après l’ingestion de la viande infectée, les premiers symtômes consistent en des malaises gastro-intestinaux, avec un sentiment de dégoût, de l’anorexie, de la pesanteur abdominale. Des vomissements peuvent survenir, mais bientôt une diarrhée, accompagnée de dépression des forces, se manifeste. Quelquefois, la diarrhée est si forte et si dépressive, le faciès si altéré,
T jour que
qu’on a cru au choléra. C’est du 3" au 5° et au troubles sont le plus marqués.
Dans une seconde période, commençant à la fin du premier septénaire, il survient un œdème facial remarquable, une bouffissure des traits du visage; les paupières, surtout l’inférieure, sont gonflées. En même temps, le malade ressent et accuse des douleurs dans le tronc et dans les membres. Ces douleurs sont musculaires, non articulaires. Elles s’exaspèrent par la pression des muscles qui sont plus durs, tendus, et qui paraissent un peu plus volumineux que de coutume. On constate de la dysphagie, de l’enrouement, des troubles tantôt de la vue, tantôt de l’ouïe. La température est élevée de 1 à 2 degrés et plus; la respiration devient pénible, gênée, inégale; le ventre est ballonné; l’urine peut offrir de l’albumine; la peau peut se couvrir de sueur et présenter des éruptions diverses. Le malade, immobile comme un rhumatisant, mais avec des articulations libres, a le faciès d’un typhique. Incapable de mouvements volontaires, il succombe souvent avec de la pneumonie double, la langue fuligineuse et dans l’adynamie.
Avec les cas de gravité moyenne, ou si le patient se rétablit, delà 3” à la S" semaine environ, on observe que les muscles durs et tendus se relâchent. Les malades ont même de la tendance à une fausse obésité, mais ils sont faibles et languissants. Ils restent essoufflés au moindre effort; ils ont de l’œdème malléolaire. La convalescence est toujours longue; elle dure des semaines et même des mois entiers.
On a remarqué, dans toutes les épidémies, que certains sujets étaient plus particulièrement atteints et succombaient plus facilement : les enfants et les adolescents plutôt que les vieillards. Les femmes résistent moins que les hommes; il en est de même pour les individus alcooliques.
Pour comprendre le processus morbidé de la trichinose, il faut se rappeler ce qui arrive lorsque la viande trichinée du
porc pénètre dans l’estomac, sans être suffisamment cuite, renfermant des trichines vivantes, à l’état larvaire, enroulées sur elles-mêmes.
Au bout de peu de temps, de quelques heures ou d’un jour, les kystes dans lesquels se trouvent les trichines sont dissous par le suc gastrique; ces trichines sont mises en liberté. Elles ne conservent plus la forme spirale, elles s’allongent et leurs organes génitaux rudimentaires se développent. On les trouve dans l’intestin grêle, sous forme de filaments droits et blancs ; puis deux ou trois jours plus tard les mêles, généralement moins nombreux et plus petits, s’accouplent avec leurs femelles. Ces dernières, au 4" ou S'jour de leur arrivée dans 1 intestin, ont des œufs mûrs dans les tubes génitaux; du 5" au T jour, les embryons sont éclos dans le corps de leur mère, et la ponte des embryons minuscules est effectuée rapidement dès le 5%
La trichine enkystée, déroulée avec soin, est longue de 50 à 80 ji (ou millièmes de millimètre) ; les mêles ont l‘““,50 de longueur; les femelles, 2°““,50 à 3 millimètres; les embryons, 8 à 10 ou 12 ji, et la partie antérieure effilée mesure environ 3 [t.
Dès que la trichine femelle et vivipare a émis au dehors les embryons extrêmement petits (et qu’il ne faut pas confondre avec la trichine larvaire enkystée, beaucoup plus grande), ces embryons cherchent à pénétrer et pénètrent à travers les parois intestinales. Le but, l’objectif de l’embryon est de trouver des fibres musculaires où il puisse s’enkyster et prendre l’état larvaire. C’est par les interstices des tissus, entre les fibrilles conjonctives, que l’embryon chemine et atteint les muscles voisins du tube digestif, muscles qu’on trouve le plus envahis et sur lesquels les recherches des experts doivent porter : le diaphragme, les psoas, etc. Les embryons, arrivent dans tous les muscles et même dans les moindres masses musculaires, non seulement des membres et du tronc, mais des organes des
sens, du pharynx, du larynx, des yeux, de l’oreille moyenne! Le nombre des embryons d’une seule femelle, évalué à 200, à 400 (Gerlach), à 4,000 (Leuckart), et qu’on peut estimer à 500 en moyenne, rend compte de l’immigration étonnante des trichines, et si les femelles pondent pendant plusieurs semaines, on est véritablement effrayé de cette multiplication formidable.
L’embryon, d’abord rectiligne, change de forme quand il arrive dans le tissu musculaire ; il grossit, s’enroule en spirale, devient une larve asexuée, s’entourant d’un kyste, et là, dans les muscles de l’animal vivant, pouvant attendre parfois très longtemps le moment du passage dans un nouvel organisme. En d’autres termes, la larve enkystée resté ainsi jusqu’à ce qu’elle soit prise et mangée par un autre animal, vivant aux dépens de son premier hôte.
On voit donc le cycle si remarquable du développement : les kystes de la viande renfermant les trichines sont avalés, la trichine larvaire est mise en liberté dans l’estomac et devient sexuée. Peu après, l’accouplement s’effectue dans l’intestin grêle, puis la ponte des embryons, et ceux-ci pénètrent à travers les parois intestinales, en se glissant dans l’interstice des organes, arrivent jusqu’aux fibres musculaires, où ils prennent l’état larvaire et s’enkystent.
Il convient présentement de rapporter les symptômes que j’ai rapidement énumérés au développement des trichines parasites.
Dans la première période, qu’on peut appeler période d’irritation intestinale, les troubles gastro-intestinaux correspond dent à la mise en liberté des trichines par la dissolution digestive de la viande enkystée, au passage des vers de l’état larvaire à l’état adulte, à l’accouplement et à la ponte qui commence du 3* au 5’ jour.
La deuxième période, ou période d’immigration, répond à
la migration des embryons sortis vivants de la mère trichine. Cette migration, qui s’étend jusqu’aux muscles de la face, du pharynx, du larynx, de la langue, des yeux, dès le 7°, le 8", le 9' jour, est la cause de l’œdème facial, de l’enrouement, de la dysphagie. Les trichines du diaphragme rendent compte de la gène respiratoire. Tous les muscles atteints sont douloureux, gonflés par un épanchement séro-albumineux, qui est même étendu à la périphérie, ce qui donne au visage cet aspect œdémateux particulier. Le grand nombre de trichines dans le tube digestif et la pénétration résultant de nouveaux embryons produisent les symptômes typhoïdes et abdominaux. Alors le décubitus dorsal, l’état adynamique grave, s’expliquent et mettent sur la voie des pneumonies hypostatiques, des coagula sanguins, des infarctus pulmonaires aux degrés extrêmes de la trichinose.
La dernière période, ou période de réparation, consiste dans l’enkystement des trichines. Les muscles, après l’irritation primitive par l’embryon, deviennent calmes. 11 y a même, à la suite de la tension et de l’épanchement séro-albumineux, une atrophie passagère, pendant qu’une fausse obésité, due à l’état granulo-graisseux musculaire et à un œdème passif, appréciable surtout aux malléoles, ferait penser à un état meilleur qu’il n’est réellement. Les trichines enkystées sont immobiles, dormantes en quelque sorte, tandis que le malade, fatigué, essoufflé au moindre effort, revient lentement à la santé, après une convalescence toujours longue et en rapport avec le nombre des trichines perdues dans ses muscles.
On voit, par ce rapprochement de l’évolution des trichines avec les symptômes qu’elles causent chez l’homme, que la trichinose, ou l’infection par les trichines, ne sera pas difficile à reconnaître lorsqu’elle est bien caractérisée : les troubles gastro-intestinaux, l’élargissement, le gonflement de la
face par œdème, ce que les Allemands ont appelé « Dickkopf » la grosse tête; les douleurs musculaires n’ont jamais manqué à des degrés divers dans les épidémies. C’est le trépied diagnos-
Parfois, la prédominance de certains symptômes relègue les autres au second plan. Ainsi, dans l’épidémie d’Hedersleben, la diarrhée et les vomissements violents firent rapporter au choléra les accidents observés. L’engourdissement, la pesanteur de tète, les vertiges au début, plus tard, le ventre ballonné et l’adynamie avaient fait regarder comme atteinte de la fièvre typhoïde la femme morte à l’hôpital de Dresde, et chez laquelle Zenker, en 1860, trouva les trichines en si grand nombre. Les accidents thoraciques qui surviennent, tels que pneumonies, catarrhes bronchiques, pleurésies, avec 40 et jusqu’à 60 inspirations par minute, ont donné le change dans certaines épidémies, ou masqué les autres symptômes. Les épidémies ont varié pour la symptomatologie des cas légers et très graves : la trichinose a néanmoins été reconnue. L’examen des matières alvines ne devra jamais, à l’avenir, être négligé; on y trouvera des trichines adultes, mâles et femelles : les premiers dès l’accouplement terminé, les secondes épuisées par la ponte. De plus, les viandes suspectes, en montrant le corps du délit, la trichine enkystée, fourniront le caractère irréfragable de l’infection trichineuse.
Le praticien et le légiste ayant à apprécier la trichinose devront, après l’analyse des symptômes, s’assurer si les matières abdominales ne renferment pas les trichines adultes, et de plus, pour acquérir la certitude, faire recueillir la viande suspecte. Celle-ci, même sans examen microscopique, étant donnée aux oiseaux, qui ne prennent pas la trichinose, laissera sûrement dans les fèces de ces oiseaux les trichines sorties de leur kyste. Si la viande a disparu, entièrement consommée par la population, comme dans l’épidémie d’Hedersleben, les intestins
des cadavres renfermeront les trichines adultes, et les muscles des victimes offriront la trichine larvaire.
Dans la viande suspecte et infectée, les trichines sont surtout abondantes aux attaches musculaires et aponévrotiques, très rares dans le tissu adipeux (J. Chatin). C’est une section longitudinale et non transversale qu’il convient de pratiquer et bien exactement dans le sens des fibres musculaires. Mais si une recherche est aisée quand il y a jusqu’à dix larves de trichines dans un millimètre cube de viande de porc, de rat ou de lapin trichiné, parfois avec des kystes renfermant deux trichines à la fois, il faut se rappeler que la recherche des trichines peut devenir d’une difficulté excessive et qu’elle doit porter sur des muscles spéciaux ou d’élection, tels que : diaphragme, muscles intercostaux, masseler, psoas, langue,
Enfin la trichinose devient impossible, si la cuisson des viandes suspectes est poussée assez loin pour tuer les parasites enkystés. C’est dans la cuisine que la trichine meurt sûrement et non pas dans i’office à fumure où à salaison.