SELS D’ANILINE
J’ai préparé bien cristallisés, un certain nombre de sels de cette base formés soit par des acides métalliques presque insolubles dans l’eau, soit par des oxydants énergiques; ils ont été obtenus par voie de double décomposition en mélangeant des solutions de chlorhydrate d’aniline et d’un sel ammoniacal, en opérant dans les conditions con- . venables de température et avec des liqueurs plus ou moins concentrées. J’ai pu obtenir ainsi un molybdate, un tungstate, trois vanadates, un iodate, un chlorate et un borate d’aniline. Les sels formés par des acides oxydants énergiques sont peu stables; l’iodate se colore.à la lumière; quand on le chauffe doucement, il parait d’abord n’éprouver aucune modification, puis, au-dessous du rouge, il détone tout à coup avec production d’épaisses fumées d’iode. Le chlorate est bien plus instable encore ; il noircit, en quelques instants, à la température ordinaire et détone aux environs de 20'.
SDLFDRE DE SÉLÉNIDH.
Berzélius regardait ces métalloïdes comme susceptibles de se combiner en toutes proportions; Ratke, à l’aide de cristallisations fractionnées dans le sulfure de carbone, avait obtenu des cristaux de composition variable qu’il regardait comme des mélanges isomorphes de divers composés.
J’ai montré qu’il e.xiste une combinaison définie et bien cristallisée de soufre et de sélénium, qu’on peut obtenir en précipitant une solution étendue d’acide sélénieux par un courant d hydrogène sulfuré en maintenant la température au voisinage de zéro ; le précipité qui se forme, lavé, séché dans le vide, puis mouillé soit avec de la benzine, soit avec du sulfure de carbone, se transforme peu à peu en belles paillettes jaune orangé, transparentes, du composé SeS, dont la densité à zéro est 3,03a. Ce nombre, comparé à la densité moyenne 3,206 que l’on calcule en partant dn soufre prismatique et du sélénium amorphe, m’a fait voir que la combinaison des deux éléments a eu lieu avec dilatation et que 1 on a affaire à un composé endothermique. En effet, il est très peu stable : le sulfure de carbone le dissout, mais en même temps il le décompose et la solution évaporée donne d’abord du soufre, puis des cristaux de plus en plus riches en sélénium, mais jamais le sulfure de sélénium.
L’alcool le décompose également, le noircit et le sépare en ses éléments; mis en contact avec une solution de sulfure alcalin, il se colore en brun foncé en raison d’une attaque superficielle qui lui enlève un peu de soufre, et le produit ainsi altéré est, bien plus facilement que le sulfure de sélénium pur, attaqué par un certain nombre de réactifs.