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SULFATE DE QUININE. — PRÉPARATION DE QUELQUES DÉRIVÉS NOUVEAUX DES

DEUX D1PHÉNOLS.

Ce travail a été fait en majeure partie en collaboration avec M. Choay; il a été entrepris dans le but d’élucider la composition de la créosote.

La créosote de bois, à l’époque où nous avons commencé ces recherches, avait été étudiée par Reichenbach, Hlasivelz, Marasse et Hofmann, et l’on avait caractérisé dans ce mélange complexe : le phénol, le paracrésylol, le gayacol et le créosol. Nous nous sommes proposé de rechercher les éléments

constitutifs de ce mélange, de les isoler à l’état de pureté, sans employer de réactions violentes, capables de produire des transpositions moléculaires.

Nous avons d’abord préparé synthétiquement tous les phénols pouvant, d’après leurs points d’ébullition, se trouver dans la créosote et nous en avons fait les éthers benzoïques. Nous avons, de même, préparé synthétiquement le gayacol en partant de la pyrocaléchine, et nous avons trouvé que le gayacol, composé décrit jusqu’ici comme liquide, est un corps solide fondant à 22"o et cristallisant magnifiquement.

La préparation des phénols nous a permis de rectifier un certain nombre d’erreurs introduites dans leur histoire et d’ajouter quelques termes à la série.

En possession de données certaines, nous nous sommes procuré une créosote pure, d’origine connue. M. Scheurer- Keslner nous l’a fournie.

Nous avons séparé les monophénols des éthers méthyliques des diphénols, en traitant le produit brut par la strontiane.

Dans ces conditions, les monophénols donnent des sels strontianiques solubles dans l’eau: les sels des diphénols le sont au contraire, très peu.

La liqueur aqueuse contenant les phénols et le produit insoluble contenant les diphénols ont été séparés et étudiés tous deux.

Les monophénols ont été isolés de la combinaison strontianique au moyen d’un acide et séparés autant que possible les uns des autres par distillation fractionnée. A ce moment, on transforme chacune des portions en dérivés benzoylés, en la traitant à froid en solution sodique, par le chlorure de benzoyle. C’est là une extension de la méthode que Baumann avait appliquée aux alcools.

Les éthers benzoïques sont ensuite rectifiés dans le vide, puis toutes les portions importantes sont saponifiées. Les phénols ainsi récupérés sont enfin examinés.

Nous avons caractérisé ainsi le phénol, l’ortho et le paracrésylol, l’ortho-éthylphénol, le métaxylénol 1.3.4 et le mélaxylénol 1.3.5.

Pour l’étudédes éthers mélhyliquesde diphénols, la méthode suivie a été différente. On les a séparés d'abord, autant que possible, par distillation fractionnée, puis on a transformé les différentes portions obtenues en carbonates, par action de l’oxychlorure de carbone en liqueur alcaline. Nous avons ainsi isolé trois carbonates de diphénols correspondant au gayacol, au créosol et à un homologue de ce dernier. J’ai établi la constitution de cet homologue, qui est l’éthylgayacol :

x OCH’ (3).

J’en ai décrit quelques dérivés.

Les carbonates des phénols présentent des solubilités différentes ; en particulier, le carbonate d’homocréosol est à peu près insoluble dans l’éther, et par conséquent facile à isoler. La saponification de ces carbonates fournit les diphénols correspondants à l’état de pureté.

D’autre part, nous nous sommes proposé d’établir quantitativement la composition des créosotes, et nous avons étudié, à ce point de vue, les produits obtenus avec le chêne et le hêtre. Nous avons constaté que ce dernier fournit une créosote plus riche en diphénols.

Nous avons enfin donné une méthode d’analyse de ces créosotes basées sur les principes suivants : l’acide bromhydrique ramène, à la température de 100”,leséthersmonométhyliquesdes diphénols à l’état de diphénols; les monophénols sont entratnables par la vapeur d’eau, les diphénols ne le sont pas. Enfin, la pyrocatéchine est très peu soluble dans le benzène froid, mais les homologues s’y dissolvent aisément.

On a ainsi toutes les données nécessaires à l’analyse. Celle-ci a

montré que, contrairement à ce que l'on enseignait, la créosote ne renferme jamais plus de 20 •/. de gayacol, alors qu’on la disait en renfermer 80 à 90

Ce travail a eu'une grande influence sur l’industrie de la créosote, et depuis, le gayacol est vendu solide à l’état de pureté.

Comme se rattachant à cette étude, il faut mentionner des racherches faites en commun avec M. Desvignes sur l’extrait de suie. Nous avons isolé de cet extrait, à côté de divers acides, la pyrocatéchine et une homopyrocatéchine qui présente le caractère d’être solide et fusible à 51”, alors que l’homopyrocatéchine connue était liquide. On aurait pu la considérer comme le second isomère que prévoit la théorie.

il nous a paru bon néanmoins de vérifier les travaux de MM. Tiemann et Nagaï, Neville et Winlher sur ce sujet, et nous avons trouvé que la démélhylation du créosol, aussi bien que la distillation de l’acide homoprotocatéchique, donnent naissance à cette même homopyrocatéchine fusible à 51". Nous avons décrit quelques propriétés de ce corps et préparé, avec la pyrocatéchine, l’homopyrocatéchine et le sulfate de quinine, de magnifiques sels doubles colorés en jaune.

Il est assez remarquable de constater que l’on employait empiriquement l’extrait de suie pour le traitement de la tuberculose, et que celui-ci contient précisément les diphénols dont les éthers méthyliques, gayacol et créosol, renfermés dans la créosote sont réputés, aujourd’hui, les meilleurs agents contre celte diathèse.

L’un de mes élèves, M. Parrain, a depuis, sur mes conseils, étudié les produits supérieurs des diphénols et a réussi à isoler à l’état de pureté le propylgayacol.

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