INTRODUCTION
Les travaux dont j’ai l’honneur de placer sous les yeux do l’Académie une courte analyse peuvent se grouper en cinq sections.
Dans la Première, je place les publications qui se rattachent à l’art de guérir et qui ont porté sur la thérapeutique et sur la parasitologie.
J’appelle surtout l’attention sur les recherches relatives aux Acariens parasites de l’Homme et des Animaux domestiques ainsi qu’aux Acariens parasites des substances alimentaires ou commerciales, dont la connaissance intéresse au plus haut point l’Hygiène et l’Economie domestique.
Parmi les premiers, j’ai étudié le Rouget qui est une larve de Trombidion et j’ai montré la nature des lésions produites par sa piqûre, ce qui n’avait pas encore été faitavant moi. J’ai feit connaître un certain nombre de Sarcoptides psoriques, vivant sur les Mammifères et les Oiseaux et qui établissent un lion tellement étroit entre les parasites épizoaires de ces deux grandes classes, que j’ai pu démontrer que les Mammifères avaient reçu ces hôtes nuisibles des Oiseaux, qui en possèdent une beaucoup plus grande variété. Pour les Insectes parasites, j’ai montré que, contrairement à l’opinion admise, le Pou du Pubis (PA inguinalis) se rencontrait quelquefois sur la tête des enfants.
Les Sarcoptides déti’itiooles m’ont fourni un grand nombre de faits intéressant l’hygiène, l’industrie, le commerce et même la pathologie.
J’ai eu l’occasion de faire de nombreuses expertises où ces Acariens sont en causes, et qui m’étaient demandées soit par la Station Entomologique de Paris, le Muséum ou les grandes administrations publiques, soit par des particuliers, et j’ai montré que les dégâts de ces Acariens sont beaucoup plus importants qu’on ne se le figure généralement. Ils pullulent dans la farine humide, les vins sucrés, même dans le cirage, et les pertes qu’ils font subir à ces denrées par leur présence atteignent des chiffres énormes : leur présence étant difficile à déceler (dans la farine par exemple), puisqu’elle exige un examen microscopique, il peut en résulter de graves accidents du côté du tube digestif, si l’on fait usage de pain ainsi contaminé. Enfin ces Acariens se rencontrent aussi dans certains kystes, chez l’Homme, et il est difficile d’affirmer à priori que leur rôle se borne à un simple commensalisme. Dans tous les cas, le médecin doit apprendre à les connaître pour ne pas les confondre avec les parasites proprement dits.
Des doux volumes de Bactériologie que j’ai publiés, le premier {Les Microbes), est destiné aux gens du monde ; le second, au contraire Biagnostio bactériologique),
s’adresse aux médecins-praticiens, et a pour but de simplifier les recherches de micrographie enles mettant àla portée de ceux qui sont éloignés des grandes villes et des laboratoires annexés à nos Facultés de Médecine. Enfin, mon traité de Thérapeutique antiseptique donne un résumé très complet do l’emploi des médicaments antiseptiques dans toutes les maladies.
Dans la Seconde Section, je classe une longue suite do recherches sur les Acariens en général, sur les Sarcoptides
plumicoles et pilicoles et sur les Acariens marins en particulier.
J’ai montré que les Acariens, surtout les Sarcoptides plumicoles, se logeaient très souvent dans le tuyau des plumes des Oiseaux et j’ai déterminé les conditions biologiques et les causes de ce genre de vie, dont la Parthénogenèse est souvent la conséquence. J’ai découvert un très grand nombre de types génériques et spécifiques nouveaux, de telle sorte que cette sous-famille a plus que triplé et a dû être complètement remaniée pour rendre sa classification plus naturelle.
On avait décrit, avant moi, deux genres au plus de Sarooptides pilicoles. J’ai fait connaître les types très variés qui vivent en commensaux dans le pelage des Mammifères, et qui sont très remarquables par l’adaptation toute spéciale deleurs membres à la station sur lespoils, qui en fait des^nmpeurs d’une nature particulière. J’ai montré que cette adaptation les éloigne beaucoup plus des Sarcoptides psoriques que les Sarcoptides plumicoles vivant dans le plumage des Oiseaux.
Les Acariens Marins [Halacaridœ) étaient, jusqu’ici, mal connus et rattachés à d’autres groupes qui en sont fort distincts. En faisant connaître les premiers Acariens marins des côtes de France que l’on ait décrits systématiquement, j’ai montré que ces Arthropodes formaient une famille à part, très homogène et bien caractérisée. Les dragages de MM. OiARD, Hallkz, Chevreux, Gadeau de Kerville, Kœhler, etc., que ces savants explorateurs m’ont communiqués, ont permis d’étendre beaucoup ces recherches, et j’ai fait connaître les espèces des grandes profondeurs que l'on trouve, dans le Golfe de Gascogne, jusqu’à 1410 mètres.
J’ai proposé une classification nouvelle des Acariens, considérés comme une sous-classe des Arachnides, et j’ai indiqué la manière de recueillir, de préparer et de photographier ces animaux microscopiques.
Dans la Troisième Section prennent place mes travaux relatifs aux Mammifères. J’ai revu avec soin toute la faune de la France, et surtout les petites espèces de Chiroptères, d’insectivores et de Rongeurs, qui, presque toutes, m’ont passé par les mains, et j’ai publié une Faune Mammalogigwe complète de notre pays. Les grandes espèces exotiques m’ont fourni également des sujets d’étude : j’ai pû décrire deux espèces ou sous-espèces de Zèbres, très remarquables par leurs caractères, et qui avaient échappé, jusqu’ici à l’attention des naturalistes.
Les Catalogues systématiques sont d’un usage indispensable en Zoologie, mais leur rédaction constitue un travail long et ingrat. A l’époque où j’ai commencé à étudier les Mammifères, il n’existaitaucun ouvrage complet, postérieur à 1850, sur cette classe du Règne Animal. Dès l’année 1878, j’ai publié, à titre d’essai, un Catalogue des Mammifères vivants et fossiles mis au courant de la science. Encouragé par l’accueil fait à ce livre par les naturalistes du monde entier, j’ai publié plus récemment (1897-1899) une seconde édition en deux volumes, beaucoup plus complète, qui est devenue le livre de chevet des Mammalogistes et des Paléontologistes de tous les pays.
J’ai fait, en collaboration avec M. Rollinat (d’Argenton), des recherches sur la reproduction des Chiroptères. Nous avons pu établir nettement que chez ces Mammifères, bien que l’accouplement ait eu lieu à l’automne,la véritable fécondation de l’ovule n’avait lieu qu’au printemps. Nous avons déterminé la composition et le rôle du bouchon vaginal que l’on trouve chez certaines espèces, et découvert la présence, dans la vessie des mâles, d’une grande quantité de sperme pendant le sommeil hibernal et même à d.’autres époques de l’année.
Dans la Quatriè.me Section prennent place mes recherches sur la Distribution Géographique des Animaux. Mon
livre intitulé « La Géographie Zoologique » est le premier, et jusqu’ici le seul traité de cette espèce publié dans notre langue. Il a eu les honneurs d’une traduction allemande et les géographes l’ont pris pour base do tout ce qu’ils ont publié sur ce sujet dans leurs livres classiques.
J’ai indiqué le premier le rôle des courants marins dans la distribution géographique des Mammifères amphibies (Phoques et Otaries). J’ai montré que la distribution actuelle des Rongeurs et surtout des Insectivores s’expliquait par leur organisation et était en rapport avec leur époque d’apparition à la surface du globe.
J’ai joint à cotte section plusieurs mémoires ou articles relatifs à la théorie transformiste et aux théories qui en dérivent.
Dans la Cinquième Section figurent mes travaux de Paléontologie qui sont essentiellement des recherches de bibliographie et d’analyse critique, nécessitées par la rédaction du Catalogue des Mammifères et ma collaboration à divers recueils scientifiques, notamment à Annuaire géologique et paléontologique de MM. Garez et Douvillé.