II. —INFLAMMATION — INFECTION PURULENTE SEPTICÉMIE
Je crois devoir rappeler ici mes recherches sur les encéphalites, les myélites, les myosites, la cirrhose, recherches qui m’ont donné l’oeca-
sion de décrire les diverses formes du processus inflammatoire envisagé dans divers tissus et organes.
La division que j’ai adoptée, relativement aux distinctions à établir dans ce processus, est indiquée dans mes recherches sur les myosites symptomatiques.
J’admets : 1” les inflammations exsudatives; 2” les inflammations hyperplastiques ou néoplasliques.
Les premières sont celles, quel q ue soit leur siège, dans lesquelles les phénomènes de sortie à travers les vaisseaux prédominent ; les secondes sont caractérisées plus spécialement par les troubles de la nutrition des éléments, c’est-à-dire par une sorte d’hypertroplîie aiguë, avec tendance soit à la destruction par dégénération, soit à la néoformalion (formes dégénératives et néoplastiques).
Parmi les inflammations exsudatives, la plus importante, comme caractérisant au plus haut degré le processus inflammatoire, c’est évidemment l’inflammation suppurative.
Peu de temps après que Cohnheira eut fait connaître ses recherches sur la suppuration, lesquelles sont venues vérifier et compléter les vues d’A. Waller, je fis, sous la direction de M. Vulpian, la critique expérimentale de ces recherches, et je pus y ajouter quelques faits nouveaux.
'H 'I. Note sur la suppuration, étudiée sur le mésentère, la langue et le poumon de la gremouille.
{Compte rendu des mém. de la Soc. de biol., p. 35 ; 1869.)
Note sur les phénomènes consécutifs d la stase veineuse, observés sur la membrane natatoire de la grenouille et la possibilité de l hémorrhagie par diapédèse.
{Compte rendu des mém. de la Soc. de biol, p. 53; 1869.)
113. Note sur le mécanisme delà suppuration, communiquée à CAcadémie de médecine, janvier 1870.
114. Note sur [état de [épithélium des vaisseaux du mésentère irrité.
Voici les principales conclusions de ces recherches :
Les phénomènes vasculaires produits par une irritation locale dépendent de conditions nombreuses qui rendent leur étude très-complexe. Toutefois, pour que la suppuration se produise, il faut que l’irritation détermine une gêne de ta circulation et non une stase complète.
Au moment où se fait l’apparition du pus, les phénomènes vasculaires le plus souvent réalisés sont ;
l" Contraction et étal moniliforme des artérioles;
2“ Dilatation des capillaires ;
3” Dilatation des veinules, beaucoup plus prononcée que la contraction des artérioles.
En même temps, il y a toujours un ralentissement plus ou moins marqué du cours du sang, tandis qu’autour du point irrité tous les vaisseaux sont élargis et la circulation très-active.
Dans ces conditions, il se forme, d’une manière en quelque sorte mécanique, une accumulation de globules rouges et blancs dans les capillaires, et, dans les veinules, un tassement des globules blancs le long de la paroi interne.
En vertu de ce nouvel état des vaisseaux et de leur contenu, un grand nombre de globules blancs ne sont plus soumis qu’à une impulsion s’exerçant de dedans en dehors : complètement arrêtés et poussés excentriquement par l’augmentation de tension dans les vaisseaux, ils tendent à traverser la paroi vasculaire.
On peut alors assister, en examinant un certain nombre de tissus suffisamment transparents, au phénomène de la migration des globules blancs à travers la paroi vasculaire.
Dans les points où la stase est complète, un certain nombre de globules rouges s’extravasent également par diapédèse.
Ces phénomènes se produisent sans qu’il y ait destruction de l’épithélium, et les éléments sortent simplement en passant à travers les intervalles qui séparent les cellules épithéliales et qui doivent être notablement agrandis par l’élargissemeni souvent considérable des vaisseaux.
B. ~ Infcctian pai>iilcn<c cl septicémie.
lis. Description des premières phases des abcès métastatiques du foie. (Comptes rendus de la Société de biologie, p. 84 ; 1870.)
H6. Les embolies capillaires dans la pyohémie.
(Oazette hebdomadaire, p. 291; 1871.)
\\1. Examen microscopique du foie dans un cas dinfection purulente. (BuUetinsde ta Sociétéanatomigue, p. 95; 1871.)
i'18. Recherches histologiques sur ïinfection purulente.
(Comptes rendus de la Société de biologie, p. 1 ; 1873.)
Sous le nom de taches pâles anémiques, je décris une lésion du foie que j’ai trouvée dans des cas d infection purulente et que M. Vulpian a étudiée en même temps que nous. Au niveau de ces taches, l’examen microscopique montre l’injection des capillaires par des globules blancs et une obstruction des rameaux de la veine porte par des caillots qui se poursuivent souvent au niveau et autour de la partie anémiée jusque dans des branches visibles à l’œil nu. Les artérioles, au contraire, ne présentent pas d’amas, de globules blancs ; les veines sus-hépatiques contiennent quelques globules blancs et plus rarement des coagulations.
D’après ces particularités histologiques on peut admettre que ces taches anémiques ne sont autres que des infarctus au début (abcès métastatiques), produits par des embolies capillaires, les globules de pus jouant ici le rôle d’embolus. A un degré plus avancé de ces lésions, on observe une infiltration purulente interstitielle; sur certaines pièces, il est facile de suivre les diverses phases des abcès métastatiques, depuis cette infiltration diffuse jusqu’à la formation de foyers distincts.
Dans quelques cas ces abcès métastatiques se présentent sous la forme de petites taches miliaires criblant le foie à la façon d’une éruption tuberculeuse confluente ; tes plus petits de ces abcès sont microscopiques, les plus gros atteignent à peine d à 2 millimètres de diamètre.
Ces abcès métastatiques miliaires n’appartiennent pas en propre aux lésions du foie ; on peut en trouver également dans d’autres organes, et assez souvent dans les reins.
Après avoir décrit ces petites collections purulentes, qui babituellement apparaissent à la périphérie des abcès, j’admets que les infarctus se forment de ta manière suivante : arrêt dans les capillaires, et quelquefois dans les artérioles, de globules blancs apportés par les artères hépatiques, — coagulation du sang dans tes branches de la veine porte, — pénétration dans les veines sus-hépatiques de quelques globules blancs et formation de caillots dans un certain nombre de ces veines, — puis, pendant l’évolution de ces troubles circulatoires, passage des globules blancs à travers les capillaires, production d’une infiltration purulente, et ensuite de petites collections qui sont déjà de véritables abcès, et qui, par leur réunion, forment des abcès de plus en plus volumineux.
Ces recberches sur les premières phases des abcès métastatiques montrent que l’absence d’abcès métastatiques visibles ne suffit pas à faire rejeter la pyohémie, celle-ci pouvant être caractérisée par des taches pâtes et des infiltrations purulentes, lésions qu’on ne découvre qu’après un examen attentif ou même qu’après l’intervention du microscope. ün certain nombre d’observations de pyohémie, sans abcès métastatiques sont à cet égard d’une valeur très-contestable.
Les globules blancs lorsqu’ils sont sains ne s’arrêtant pas dans les capillaires, on ne peut admettre leur rôle comme agents emboliques qu’à la condition de supposer qu’ils ont été préalablement altérés.
119. Expériences sur la production de tinfection purulente chez le chien.
Elles ont consisté à injecter sous la peau du dos chez le chien un liquide irritant et septique contenant du cinabre. Dans deux cas les chiens sont morts d’infection purulente avec abcès métastatiques multiples dans les poumons et différents viscères, et on a re-
trouvé, dans les éléments des abcès métastatiques et dans les caillots des thromboses voisines, quelques globules blancs contenant des particules de cinabre.