LXXXIX
Sur le mode de solidification du globe terrestre.
(Comptes-rendus du 26 décembre 1870).
L’étude des météorites éruptives a montré que les fers éruptifs, tel que celui de Deesa, empâtent fréquemment des fragments pierreux . alors métamorphiques ; tandis que les pierres éruptives ( chantomile ,) n’empâtent jamais de fragments métalliques.
E en résulte que les masses pesantes de fer étaient encore liquides , ou pâteuses quand la pierre était complètement solidifiée.
L’unité de constitution des astres du système solaire inférieur autorise à étendre cette conclusion au globe terrestre et à affirmer que la solidification a été centripète. C’est le premier fait non hypothétique qu’on ait fourni contre la manière de voir de Poisson.
Structure du globe d'où dérivent les météorites.
(Conrotes-rendos du 23 janvier 1871),
Mode de rupture du globe d’où dérivent Us
Situation astronomique du globe d’où dérivent Us météorites.
Aujourd’hui que nous connaissons , outre des preuves évidentes de relations stratigraphiques des météorites,l’existence parmi celles-oi,de roches d’origines diverses, l’affirmation du globe détruit d’où elles prp-
viennent n’a plus rien d’hypothétique, et la position relative decertîines niasses se déduit, non plus simplement de leurs densités comparées, mais encore de leur mode connu de formation.
Au point de vue essentiellement géologique où nous sommes placés, les météorites se divisent en quatre grandes sections, qui sont :
1° Les météorites stratiformes , ne paraissant avoir subi aucune action étrangère à leur solidification par voie de simple refroidissement. Les masses de Caille, de l’Aigle, d’Aumale, de Lucé, de Montréjeau, peuvent être citées comme exemples ;
2" Les météorites éruptives, les unes métalliques comme les fers de Jewell-Hill et d’Octibbelia, les autres lithoïdes comme les pierres de Chantonnay, et dont il faut rapprocher les brèches défilons éruptifs si bien représentés par les masses de Deesa et de Toula ;
3° Les météorites métamorphiques , que la pierre noire de Tadjéra est seule jusqu’ici à représenter;
4° Enfin, les météorites bréchiformes non éruptives, plus ou moins analogues peut-être aux pépérinos, et dont nous avons des exemples bien nets dans les pierres de Saint-Mesmin et de Canellas.
Cela posé, il est logique, en se fondant sur le principe d’unité des phénomènes dans le système solaire, et en partant de faits qu’il est facile d’observer sur la terre, d’admettre que les roches stratiformes sont superposées d’après leurs densités ; que les masses éruptives sont en filons intercalées dans les précédentes ; que les masses métamorphiques sont au contact ou dans le voisinage des filons ; et que les brèches leur sont liées d’une manière plus ou moins intime.
Une fois admise cette communauté de gisement, il faut chercher à rendre compte du mode de rupture de l’astre météoritique, aujourd’hui désagrégé.
Puisque les météorites sont des débris, elles ne peuvent provenir que d’astres plus avancés dans leur évolution que ne le sont le globe terrestre ou même la lune, et il est permis de supposer que l’action quelle qu’elle soit, dont elles sont le produit, est déjà reconnaissable sur des astres plus jeunes à des signes particuliers. Cette simple remarque nous fait faire un grand pas vers la solution du problème ; car, pour arriver à cette solution, il suffit maintenant dé reconnaître chez les astres une tendance à la rupture spontanée.
fi'ciles à préciser, mais que nous avons vues à l’œuvre plus d’une fois dans le ciel même. »
' D’ailleurs, il s’en faut de beaucoup que tous les savants soient d'accord sur la région de l’espace d’où il convient de faire provenir les météorites. Les uns, certainement les plus nombreux, les identifient avec les étoiles filantes, et refusent de voir en elles, à. proprement parler, des membres de notre système; les autres, à l’inverse, en font des corps planétaires. Des noms illustres comptent parmi les défenseurs de l’une et'de l’autre manière de voir, entre lesquelles il semble cependant aisé de choisir.
En effet, toutes les masses qui nous arrivent de régions de l’espace extérieures à notre système, à savoir les comètes et l'es étoiles filantes, montrent au spectroscope une constitution différente de celle des pierres qui tombent du ciel. Mais nous pouvons aller plus loin et reconnaître non-seulement que les météorites appartiennent à l’ensemble des corps planétaires, mais même qu’elles dérivent d’une région du système très voisine de la Terre.
Étudié dans son ensemble et dû point de vue particulier à la géologie comparée, le système solaire se divise en trois groupes d’astres caractérisés chacun'par une constitution spéciale. Le spectroscope montre en effet que les uns sont de nature nébuleuse et pour ainsi dire cométaire, les autres plutôt liquides, et les derniers pourvus d’une croûte plus ou moins épaisse de matériaux solidifiés.
Nous pouvons donc, en quelque sorte, faire une coupe géologique du système solaire tout entier et constater la ressemblance de cette coupe avec celle que donne notre globe.
En outre, de même qu’un fossile étant donné, un géologue arrive, d’après ses caractères à le rapporter à la strate d’où il provient, de même nous devons pouvoir, en étudiant un fragment d’astre, comme est une météorite, dire à quelle zone de notre système cet astre appartient.
Or, il est facile de voir que c’est aux planètes intérieures seules que peuvent appartenir des corps parvenus à un degré d’évolution aussi avancé que celui des météorites. Et par conséquent celles-ci dérivent soit d’un astre bien plus éloigné du soleil que n’est Mars, soit d’un astre beaucoup plus petit que n’est la lune. Pour reconnaître laquelle de ces deux hypothèses est la vraie, il faut se rappeler la fréquence
extrême des chutes de météorites et leur absence de périodicité. Il faudrait, pour rendre compte de ces deux circonstances dans l’hypothèse d’une origine extra-martiale, supposer que les masses errantes forment un anneau continu plus grand que l’orbite terrestre ; mais leur ensemble représenterait alors un astre d’un volume en disproportion absolue avec ce que l’on est en droit d’imaginer. Au contraire, dans la seconde hypothèse, qui place dans un petit satellite de la terre, maintenant démoli, l’origine des météorites, ces conditions sont aisément remplies : l’absence de périodicité est due à ce que notre globe emporte avec lui, dans sa course annuelle, l’anneau d’où se détachent les météorites, et la fréquence des chutes à ce que tous ces fragments, à peu près dans les mêmes conditions, tendent à tomber à des époques voisines les unes des autres.
Sur la forme des mers de Mars comparée à celle des océans terresWes.
(Comptes-rendus du 1 er septembre 1873).
L’auteur signalé la formé des mers martiales, comparées à celle des océans terrestres comme fournissant un signe de la vétusté relative de Mars. Il lui paraît évident que nos mers prendront sensiblement les mêmes contours que celles de Mars, lorsqu’elles auront suffisamment diminué de volume, à la suite de leur absorption progressive par le noyau solide.
Si l’on prend, en effet, une carte marine , telle que celle de l’océan Atlantique boréal, et que l’on trace les courbes horizontales successives pour des profondeurs de plus eu plus grandes, on reconnaît que ces courbes tendent progressivement à limiter des zones dont la forme est de plus en plus allongée. A 4000 mètres, par exemple, on obtient des formes comparables, de tous points, à celles des mers de Mars qui viennent d’être citées.
Il en résulte que, si l’on suppose l’eau de l’Atlantique absorbée par les masses profondes actuellement en voie de solidification, de façon que le niveau de cet océan s’abaisse de 4000 mètres, on aura à la fois une bien moins grande surface recouverte par l'eau et une forme
étroite et allongée de la mer, c’est-à-dire exactemeut les conditions que présente Mars.
Sur l’atmosphère des corps planétaires et sur l’atmosphère terrestre en particulier.
Ce mémoire est la réfutation d’une hypothèse de M. Sterry Hunt, d’après lequel l’atmosphère terrestre aurait une origine cosmique, distincte de celle du noyau solide de notre planète.
L’auteur rappelle qu’il existe des corps célestes, tels que la lune et les astéroides, qui sont absolument dépourvus d’atmosphère, tandis qu’il en est d’autres, comme Vénus et surtout Mercure, dont l’énorme enveloppe gazeuse n’est pas en rapport avec leur volume. Les études de géologie comparée ont appris que, par le fait seul de l’évolution sidérale, l’atmosphère est peu à peu absorbée par le noyau solide de l’astre qu’elle entoure, au fur et à mesure du refroidissement de celui-ci. C’est ainsi qu’après avoir eu la densité qu’on lui voit chez Mercure, puis l'épaisseur qu’elle a dans Vénus, elle acquiert les dimensions relatives dont nous profitons sur la terre, pour s’amincir ensuite comme elle a fait autour de Mars, en attendant qu’elle disparaisse absolument, ainsi que la lune en offre l’exemple. Il résulte de là que l’atmosphère est un des éléments essentiels de chaque astre et doit compter parmi les roches originelles, au même titre que la mer et que les assises pierreuses. Quant à l’origine de l’acide carbonique atmosphérique, elle est évidemment tout autre, et l’auteur en a fait l’objet de recherches particulières.
Etude descriptive, théorique et expérimentale sur les météorites.
Le ciel géologique, prod/rome de géologie comparée.
(1 volume iu-8» de 247 pages, 1871).
Cours de géologie comparée, professé en 1873, au Muséum d’histoire