‹ Notice sur M. DaunouChapitre 67 sur 70 · UR LE POLYPTYQUE DE SAINT-REMI · texte numérisé non relu

UR LE POLYPTYQUE DE SAINT-REMI

comme l'abbé Vertot, ou assez heureux pour s'en tirer comme M. Guérard, qui n'a rien à regretter dans cette circonstance, si ce n'est la petite contrariété de devoir à un étranger, lui conservateur de la Bibliothèque , la communication d'un manuscrit qu'il avait toujours eu sous la main; mais il s'accuse avec tant de bonne foi , et se montre si reconnaissant envers M. Damiens, qu'il y aurait mauvaise grâce à se prévaloir contre lui de ses propres aveux. J'aime bien mieux le féliciter d'avoir mis à profit cet heureux hasard pour contrôler l'exactitude de son premier travail et pour y ajouter un supplément digne, à tous égards , de l'ouvrage auquel il se rattache. L'édition de M. Guérard est faite , non d'après le manuscrit original, qui probablement n'existe plus, mais d'après une copie exécutée, au xviii" siècle, par un moine de Saint-Remi, qui, tout familiarisé qu'il était avec les écritures du moyen âge, s'est abstenu de remplir les abréviations. Ce genre de transcription, qui laisse subsister toutes les difficultés du texte original, a, du moins, l'avantage de ne pas l'altérer par des interprétations hasardées. C'était donc une heureuse circonstance pour l'éditeur que d'avoir sous les yeux, à défaut du manuscrit original , sinon un fac-similé , du moins la reproduction fidèle des lettres mêmes qu'avait tracées le premier écrivain. Le copiste aura certainement réussi à lire exactement ces caractères, qui remontaient à l'épiscopat d'Hincmar, c'est-à-dire au temps de la belle minuscule carlovingienne , dont les formes simples et régulières servent encore de modèle à la typogra-

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phie. En essayant de faire davantage^ le moine de Saint-Remi aurait probablement rendu un n^oins grand service à la science; car il est douteux que, dans le travail rapide de la transcription, il eût réussi à interpréter exactement toutes ces abréviations de noms de lieux et de personnes ou de mots barbares et inusités. Le savant éditeur, qui était obligé de remplir cette tâche difficile , et qui certes y était mieux préparé que personne par ses connaissances paléographiques et par son étude approfondie des documents du moyen âge , a cru nécessaire pourtant de représenter, sur une planche jointe à son volume, plusieurs des sigles qu'il avait rencontrés dans la copie du moine de Saint-Remi. Aller au delà et tenter, comme on Ta fait en Angleterre, de reproduire dans un livre imprimé toutes les abréviations des manuscrits , ce n'est plus donner l'édition d'un texte, c'est offrir au lecteur des énigmes souvent indéchiffrables, c'est ajouter aux difficultés des anciennes écritures une foule d'inexactitudes qu'il est impossible d'éviter quand on entreprend de représenter, avec des caractères fondus d'avance, la variété infinie des traits que trace librement la plume d'un écrivain. L'érudition française fera donc bien de ne pas emprunter à nos voisins un procédé dont le principal résultat est d'imposer au lecteur la besogne dont l'éditeur n'a pas voulu se charger. Avec quelques perfectionnements, qu'il est permis d'espérer, un bon daguerréotype pourra remplir cet office d'une manière irréprochable , sans que ces éditions purement mécaniques ôtent jamais leur valeur à

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celles que prépare, à tète reposée, un critique intelligent.

Le texte du Polyptyque de Saint-Remi est certainement du nombre de ceux qui réclament tous les secours de l'érudition ; mais les problèmes qu'il présente étaient presque tous résolus d'avance par l'éditeur du Polyptyque (Tlrminon, Ce que M. Guérard avait dit de la condition des terres et des personnes, de la nature des services et des redevances pour les domaines de l'abbaye de Saint^Germain, peut généralement servir de commentaire au Polyptyque de Saint-Remi. Il s'est donc attaché surtout à traiter, dans sa préface, les question^ véritablement neuves ou celles qui pouvaient encore avoir besoin de quelques éclaircissements. C'est la marche que je suivrai moi-même pour donner une idée de ce nouveau travail ; mais , avant d'arriver aux points particuliers sur lesquels je me propose d'appeler l'attention du lecteur, je commencerai par citer les observations qu'a suggérées à l'auteur la comparaison attentive de ces deux documents :

« On observera d'abord que la classe des lides a entièrement disparu , et qu'elle a dû se fondre dans celle des serfs, par la raison que les enfants issus de mariages mixtes suivaient la pire condition de leurs parents. En effet, les enfants d'un colon et d'une serve naissaient serfs, de même que ceux d'un serf et d'une colone. La condition des enfants se réglait autrement dans le Polyptyque de Saint-Germain, où il paraît qu'elle dépendait principalement de celle de la mère.

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€ n n'y avait donc plus, dans les terres de Saint- Remi , que des ingénus ou colons et des serfs audessous des hommes libres. Le nombre des classes de personnes tendait donc à se réduire en même temps que toutes les lois nationales tendaient à se confondre dans une seule, la loi féodale.

« On remarquera ensuite que le droit appelé hostilitia^ c'est-à-dire la prestation de guerre, n'est pas exigé de tous les fiscs, et qu'il y en a plusieurs, composés même en grande partie de manses ingénuiles, qui n'y sont pas soumis; enfin, que, dans les fiscs qui la payent, elle est moins forte que dans \e Polyptyque de Saint-Germain, puisqu'elle ne s'élève jamais au-dessus de trente deniers et qu'elle descend quelquefois jusqu'à cinq , tandis que, dans le Polyptyque de Saint-Germain, elle est assez souvent de quatre sous et ne s'abaisse pas au-dessous de douze deniers. Cette espèce d'impôt, qui se levait sous Charlemagne ou du temps d'Irminon, pour subvenir à des guerres nationales, tombait en décadence dès le temps d'Hincmar , au milieu des guerres civiles ou des guerres des seigneurs.

u Une autre prestation importante, à laquelle un assez grand nombre de manses sont assujettis dans le Polyptyque de Saint- Germain, et qui devait avoir été imposée pareillement, dans le même temps, à beaucoup de manses dépendant des autres monastères, paraît supprimée, sous Hincmar, dans les terres de Saint-Remi, puisque le Polyptyque de cette abbaye n'en fait aucune mention j je veux parler de la redevance des paraveredi. Cette abolition prouve

que les dernières traces du cursus publicus avaient entièrement disparu après la moitié du ix* siècle^ au moins dans la partie de la France où Tabbaye de Saintr-Remi avait ses biens : c'est ainsi que les institutions romaines ont succombé les unes après les autres, avec le gouvernement central, à l'approche du régime de la féodalité. Lorsque le royaume fut morcelé en une multitude de seigneuries, rivales , souvent ennemies, toujours barricadées les unes contre les autres , les voyages et les communications devinrent extrêmement difficiles; les voies romaines et les autres grandes routes, s'il y en avait ^ furent non-seulement mal entretenues, mais coupées ou détruites , et les anciens établissements qui s'y rattachaient furent généralement abolis. D'Irminon à Hincmar , la décadence est très-sensible en ce qui touche aux institutions générales. »

La citation que je viens de faire montre assez avec quelle sagacité M. Guérard sait déduire de l'observation de quelques faits particuliers des conséquences qui intéressent au plus haut degré Thistoire générale. C'est le fruit et la juste récompense de la méthode rigoureuse qui a toujours présidé à ses travaux , et des longues études par lesquelles il s'était préparé à les entreprendre. Il a pu résoudre beaucoup de difficultés, parce qu'il unit à un esprit juste et pénétrant une mémoire ornée des connaissances les plus variées.

Il a rencontré cependant quelques problèmes qu'il n'a pu résoudre, et c'est à quoi devront se résigner longtemps encore les savants qui abordent les textes

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inédits du moyen âge. Après les vastes recherches de Du Gange, on est bien loin encore de connaître toute la nomenclature des mots barbares qui ont dû se multiplier et se diversifier à l'infini, suivant les besoins ou les usages de ces petits centres de population que les institutions féodales groupèrent çà et là dans toutes le^ parties de la France. C'est ainsi qu'on rencontre pour la première fois, dans le Polyptyque de Saint-Remi, les mots vicarati et vicarcUœ, appliqués à un certain nombre de personnes dont ils semblent désigner la condition sociale. M. Guérard n'admet pas qu'on puisse imaginer une nouvelle classe en dehors des libres, des affranchis, des colons ou ingénus, des serfs, et enfin des lides, qui y d'ailleurs, n'apparaissent nulle part dans le Polyptyque de Saint-Remi. Il se refuse avec juste raison à voir dans le mot vicaratus un dérivé de vicarius^ en sorte que, réduit à des conjectures hasardées, il aime mieux les taire et attendre pour se prononcer la découverte de nouveaux documents. J ai voulu cependant examiner les différents passages où se rencontre cette qualification obscure : j'ai reconnu qu'il existait dans le seul fisc de Saulx-Saint- Remi dix-neuf vicaraii et cinq vicaratse, mais qu'ils n'étaient mentionnés dans aucun des autres fiscs. Tous ils sont tenanciers de manses comme les affranchis , les ingénus et les serfs de l'un et de l'autre sexe, auxquels ils se trouvent mêlés et souvent même unis par les liens du mariage. Au contraire, parmi les accolée ou étrangers qui habitent ce même fisc de Saulx-Saint-Remi, il n'en est pas un seul qui soit

qualifié vicaratus. Ce titre n'est pas donné davantage aux foreuses y c'est-à-dire aux hommes du fisc qui habitaient au dehors. Les vicarati semblent donc différer des accoke et des foreuses , en ce qu'ils étaient de fait et de droit incorporés à la population sédentaire du fisc. Ce seraient peut-être des étrangers qui auraient obtenu, dans le vicus de Saulx-Saint-Remi, une sorte de naturalisation, avec les droits et les obligations qui s'y trouvaient attachés. Comme je n*ai pas l'autorité de M. Guérard, j'ai pu risquer cette conjecture ; mais j'ai hâte d'en signaler une autre qui lui appartient et qu'on peut accepter avec plus de confiance.

Il s'agit d'une redevance qui était acquittée par un assez grand nombre de manses , et qui , presque toujours, est indiquée dans le Polyptyque de la manière suivante : Pro bove aquensi denartum i. Du Cange en avait cité trois exemples, mais n'avait pas tenté d'en donner l'explication. D. Carpentier conjecture qu'il s'agissait d un bœuf destiné à faire tourner la roue d'un moulin , et qui par conséquent y faisait l'office de l'eau. M. Guérard fait observer que l'adjectif aquensts n'a jamais été le synonyme de aquarius, et qu'il a toujours été adjectif géographique, dérivé du nom de lieu Aquae y il n'hésite donc pas à traduire bos aquensis par bœuf d'Aiœ, Voici maintenant comment il complète son explication : « Outre les charrois généraux indéterminés et accidentels, qu'on appelait ordinairement, dit-il, carroperWy et auxquels la plupart des manses étaient astreints, il était encore exigé d'eux des charrois réguliers et périodiques pour

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les Tins, le bois, le foin, le blé et autres produits. Les charrois de cette dernière espèce, dont on s'exemptait d'ailleurs à prix d'argent, se faisaient quelquefois au loin. Dans plusieurs fiscs, la longueur du charriage est fixée à trente lieues gauloises. . . . J'ob- . serve ensuite que les animaux employés le plus communément au charriage étaient des bœufs, comme on le voit dans le Polyptyque (Tlrminon et dans celui de Saint-Remi. Or, puisque l'obligation de fournir des bœufs était commune et qu'elle était rachetée par une somme d'argent , il est naturel de croire que la redevance payée pro bove aquensi n'avait pas d'autre raison que l'exemption de fournir un bœuf pour les charrois d'Aix. » M. Guérard montre ensuite qu'entre les différents lieux de ce nom il faut choisir de préférence Aix-la-Chapelle : une des raisons qu'il en donne , c'est que le monastère de Saint-Remi avait des possessions très-nombreuses dans le diocèse de Mayence et dans celui de Liège.

Le savant éditeur a parfaitement réussi, selon moi , à démontrer l'exactitude de la solution qu'il a donnée à ce problème difficile. Il y était, je dois le dire, doublement intéressé; car il s'appuie sur cette solution pour justifier la conjecture ingénieuse qu'il avait émise dans le Polyptyque d'Irminon sur la signification du mot wicharisca. Il avait deviné que ce mot avait été forgé tout exprès pour signifier un charroi fait à Wicus (Quentowic ou Étaples). Il avait produit, à l'appui de cette conjecture, plusieurs arguments plausibles, mais qui pouvaient laisser encore subsister quelques doutes. Aujourd'hui on

ne saurait se refuser à reconnaître la justesse de cette interprétation; car le Polyptyqvs de Saint- Remi ne fournit pas seulement l'expression de bos Aquensis : on y trouve, en outre, servûium AquensCf servitiumpro bove iiçuarwf, variantes qui démontrent jusqu'à l'évidence que le bos Aquensis n'avait aucun rapport avec l'eau ou les moulins. Enfin , sans parler des redevances que certains manses payaient pro via Viromandensi, on trouve des taxes pro caropera Cor valonense, c'est-à-dire pour les charrois de Châlons, et ces charrois sont désignés ailleurs par le substantiî cavalonidj qui a été foi^é, comme on le voit, de la même manière que wicharisca^ pour rappeler en même temps l'obligation de faire un charroi et le nom du lieu vers lequel ces charrois devaient être dirigés : c'est une famille particulière de mots dont on ne connaissait peut-être pas d'autres exemples. Mais il est des difficultés plus grandes encore que l'on rencontre dans les textes du moyen âge : ce sont des mots très-connus , détournés de leur acception ordinaire. Il y avait, dans le fisc de Saulx-Sainfr- Remi, six femmes serves, et dans celui de Condésur-Marne un plus grand nombre de tenanciers de l'un et de l'autre sexe et de condition diverse qui devaient fournir chacun deux onces de vermiculum. Le P. Egée, sous-prieur de Saint-Remi, dans une lettre que feu M. Varin a fait connaître *, conserve au mot vermiculum sa signification la plus connue et

i Archives administratives de Reims ^ t I, part. I'', p. 335.

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suppose qu'on doit entendre par là du vermillon. Mais M. Guérard fait observer que le vermillon naturel n^existe point en France, et que les serfs de Saint-Remi n'avaient pas à leur disposition les matières premières qui entrent dans la composition du vermillon artificiel; il incline donc à penser qu'il s'agit d'une couleur extraite de végétaux indigènes. Pour en savoir davantage sur ce point , il faudrait que ce produit naturel se recueillît encore de nos jours dans les villages de SaulxSaint-Remi et de Condé-sur- Marne. Cette supposition n'est peut-être pas inadmissible; car c'était une substance d'un prix élevée qui valait environ 4 fr. 50 cent, l'once , et qu'on n'aurait probablement pas négligé de récolter dans les vingt-deux autres fiscs de l'abbaye , si , en effet, elle s'y était rencontrée. Pour terminer ce que j'ai à dire sur les redevances acquittées par les tenanciers de Saint-Remi , j'ajouterai que l'éditeur a pu rétablir le véritable sens du mot salneritia, sur lequel Du Gange s'était mépris en supposant qu'il désignait le temps où l'on coupe les saules, tandis qu'il signifie évidemment une redevance pour le sel.

Un autre passage du glossaire de Du Gange avait amené M. Guérard à fixer la contenance de la mappa à quarante perches de long sur quatre perches de large. Gette contenance est, en effet, indiquée dans le Polyptyque de Saint-Remi, mais au milieu de beaucoup d'autres qui s'en éloignent considérablement ; la moyenne générale donnerait environ deux cent quatre*vingt-dix perches carrées au lieu de cent soixante, et les mesures extrêmes sont de cent

vingt et de cinq cents perches de superficie. Quand on songe que ces chiffres sont fournis par un seul manuscrit, exclusivement relatif à des domaines possédés par une ùiême abbaye et situés presque tous dans quatre pagi Umitrophes, il est bien difficile de comprendre qu'un grand État comme la France ait Supporté pendant plusieurs siècles une telle diversité de mesures , et qu'il ait fallu attendre le bouleversement d'une révolution pour établir Tuniformité de notre système métrique. Ce n'est pas qu'on n'eût depuis longtemps compris les avantages d'une telle réforme. Philippe le Long l'avait projetée dès le XIV* siècle ; il avait même commencé l'enquête qui devait en préparer l'exécution, lorsqu'une mort prématurée vint déconcerter ses projets. Un chroniqueur contemporain, Jean de Saint-Victor, signale ce plan comme une calamité , et déclare que la mort du roi fut préparée par un crime politique ou accordée par le ciel aux supplications du peuple , à qui on féîsait craindre , à cette occasion , la levée de quelque nouvel impôt : « Quare forte aliquibus fuit visum w quod expediebat ut unus homo moreretur pro po- « pulo, et non tanta gens periculo subjàceret.... « Âlioi^um attcfm erat opinîo quod propter maledicrc tiones populi formidantis ne sic notabiliter grava- « retur, et mortem régis a Domino requirentis , cito « de medio sit sublatus. » Ainsi avorta, sous le coup des malédictions populaires, cette pensée, imprudente peut-être, parce qu'elle était prématurée , mais dont le souvenir est digne assurément d'être conservé par l'histoire.

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Les mesures autres que la mappa qui sont mentionnées dans le Polyptyque de Saint-Remi n*ont fourni à M. Guérard aucune donnée nouvelle. Il n'a pas eu non plus à revenir sur la question des monnaies; mais il a trouvé un nombre assez considérable de noms de lieux dont il a recherché avec un soin scrupuleux et presque toujours déterminé Ja synonymie et la situation actuelle. Une circonstance accidentelle est venue accroître pouî» lui la difficulté ordinaire de ces recherches : le moine de Saint-Remi paraît avoir dérangé Tordre des quatre premiers articles du chapitre x , et transcrit par mégarde en lignes continues des noms de lieux qui, sur le manuscrit original, devaient être disposés en colonnes verticales et distribués entre le Rémois, le Laonnais, le ïardenois et le Porcien. Il en résulte que le texte actuel fournit, pour la situation des lieux dans chacun de ces pays, des renseignements presque toujours erronés^ L'éditeur était obligé néanmoins de reproduire ce texte, tout vicieux qu'il pouvait être; mais, dans le vocabulaire géographique qui termine son livre , il a rétabli la véritable position de presque tous ces lieux. Je ne crois pas pourtant que Nanguliaca cortisy classé d'après le texte dans le Laonnais, puisse se traduire par Naglaincourt (Vosges), dont la position ne peut appartenir à aucun des quatre pagi cités plus haut. Comme l'éditeur annonce qu'on peut lire aussi Vanguliaca cortiSy j'aimerais mieux traduire Wadelincourt (Ardennes) , • et par conséquent attribuer ce lieu au Porcien. Peut-être aussi Rancta- CW5, dépendant du fisc deSaulx-Saint-Remi, pourrait-

ii signifier Roisy, situé comme Saulx dans le canton d'Asfeld, plutôt que Roucy (Aisne). En tout cas, il conviendrait d'ajouter dans le yocabulaire géographique le nom Ranciacus, qui n'y figure pas, et qui doit être distingué de Rauciacus , puisque le premier de ces noms est tiré du chapitre xxii , et le second du chapitre xxvi. M. Guérard indique avec un point de doute Anisy-le-Château comme pouvant répondre au nom ancien d'Hamiziacus ; je préférerai» Haineuzy, qui est un écart de Vieil-Saint-Remi (Ardennes). Parmi les noms pour lesquels aucune interprétation n'a été proposée , j'ai remarqué Honeroda Villa , qui pouvait être Orainville (Aisne); Causa Heriboldi f qui répondrait à Concevre, x (Aisne), et Cabuslus j qui serait devenu Cuisle (Marne) par une contraction analogue à celle qui de cabiola a fait notre mot geôle. Pons Varensis ne pourrait-il pas être Pont-Bar^ dépendance de Tannay (Ardennes) , plutôt que Pont'Faverger, qui répondrait à Pons Fabricatus , dont Téqui valent moderne n'est pas indiqué? Je soumets ces conjectures à l'appréciation de M. Guérard , qui est le meilleur juge en cette matière, et qui a si bien continué les excellentes traditions d'Adrien de Valois.

En résumé, cette nouvelle publication est digne en tous points de celles qui ont justement acquis à l'auteur une haute réputation de science et de critique historique. Fidèle à ses habitudes, il a examiné les moindres détails de son texte, il en a pesé tous les mots et discuté toutes les difficultés. Il ne faut donc pas s'étonner s'il est du petit nombre de ceux

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dont les livres sont des modèles et dont l'opinion fait autorité. Les élèves qu'il a formés par son enseignement à rÉcole des chartes ne sont paô les seuls qui le reconnaissent pour maître, ou qui aspirent à suivre de loin ses traces et à mettre en pratique ses excellentes leçons.

N. DE Wailly.

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