Notice sur M. Vallet de Viriville
Je YÎens aujourd'hui vous parler d'un savant distingué qui a yécu plusieurs années au milieu de nous , qui nous aimait, qui estimait notre yille et ses antiquités, et dont l'esprit d'initiative et la généreuse ardeur pour l'étude ont imprimé un mouvement salutaire à nos collections, en montrant ce qu'un classement raisonné peut produire de richesses. Je veux parler de M. Vallet de Viriville.
Il était né à Paris le 23 avril 1815, et, après ses études terminées au collège Charlemagne , il avait suivi les cours de l'école des Chartes, où il devait à son tour devenir professeur. Son aptitude pour les études historiques lui avait valu, dès 1837, Thonneur d'être chargé du classement des archives de l'Université. C'est sans doute à cette circonstance que nous devons deux de ses ouvrages : VHistoire abrégée de F Université de Paris, publiée dans le tome T*
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du Moyen-dje et delà Renaissance, et V Histoire de F Instruction publique en Europe et principalement en France ^ depuis le Christianisme Jusque d nos jours.
AuiTUstin Thierry avait eu l'occasion de connaître Vallet de Viriville. En voyant son ardeur au travail, il lui semblait remonter le cours de ses jeunes années ; il le prit en affection et lui fît obtenir la mission de mettre en ordre les archives du département de l'Aube et d'y rechercher en même temps tous les documents de nature à faire partie de la collection des Monuments inédits de l'Histoire du Tiers-Etat. C'est à cette époque que Vallet de Virille a publié le volume intitulé les Archives historiques du département de F Aube et de t ancien diocèse de Troyes.
De retour à Paris, il fut attaché aux travaux de la Bibliothèque royale.
Puis il fut de nouveau envoyé en mission, mais cette fois à Saint-Omer, où il consacra quelques mois au classement des archives de l'ancienne église de Notre-Dame. L'année suivante, il publia son Essai sur les archives historiques du chapitre de Notre-Dame de Saint- Orner.
Après un voyage rapide en Angleterre, où il étudia surtout bs plus beaux manuscrits du British-Museum^ il fut nommé répétiteur ou plutôt professeur, avec le titre de répétiteur à l'école des Chartes; c'était au commencement de l'année 1847.
Au mois d'août de cette marne année, il visita la Belgique et fut vivement frappé à la vue d'un prétendu portrait d'Agnès Sorel, représentée sous les traits de la Vierge Marie allaitant l'Enfant Jésus, qui se trouve encore aujourd'hui au musée d'Anvers. Il parait qu'il ne se borna pas à le voir, à le revoir et à Fadmirer, il en fît faire une copie de la grandeur de l'original et revint à Paris nanti de cette précieuse conquête, avec l'idée de consacrer avec une in-
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fatigable persévérance les heures libres de sa vie à V Histoire du règne de Charles VIL
Vallet de Yiriville aimait passionnément les arts, mais constamment distrait de leur étude par des travaux d'une nature grave et eérieuse, ii n'apportait pas toujours dans l'examen des monuments anciens, du Moyen-âge ou de la Renaissance, cet esprit de criti<{ue et d'appréciation calme et réfléchie , si nécessaire pour les classer selon leur mérite et leur valeur. Il se laissait entraîner par son enthousiasme. Sans quoi il n'eût pas aussi facilement admis que Jean Fou-^ quet, peintre en titre d'office du roi Charles VU et de sa cour, eût pu représenter la Vierge Marie, le type divin de la pureté, sous les traits de la maîtresse avouée du roi de France. 11 aurait appris, d'ailleurs, que ce tableau était un ex-'VOto commandé à Jean Fouquet par Etienne Chevalier, trésorier de France, pour l'église Notre-Dame de Melun, et qu'il le représentait lui-même dans l'attitude de la prière, devant la Mère de l'Enfant Jésus.
Ne nous plaignons pas trop, cependant, de cette erreur, puisque elle nous a valu d'abord un mémoire intitulé : Agnès Sorel, étude morale et politique sur le quinzième siècle; puis un second travail sous le titre A' Agnès Sorel ^ son introduction à la cour de France, finalement couronnés par son meilleur et son plus grand ouvrage : VHistoire de Charles VII ^ qui lui a mérité les récompenses les plus éclatantes de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Les deux premiers volumes obtinrent, en effet, le second prix Gobert en 1864; et le troisième, qui complétait l'ouvrage , reçut le grand prix Gobert en 1865.
Je ne suivrai pas Vallet de Viriville dans ses nombreux travaux. Je remarque seulement qu'il inséra dans le 3"" volume du Moyen-âge et de la Renaissaace un mémoire intitulé Cérémonial^ Etiquette^ consacré à la description des réjouissances publiques qui accompagnaient ordinairement
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rintronisation des papes et desévêques, le couronnement des empereurs et des rois, les lits de justice et les fêtes religieuses, champêtres, militaires, morales et burlesques du moyen-âge. Il avait puisé un peu partout les détails, et les épisodes de ces réjouissances, et sa Dissertation sur le f oyeux avènement des évêpies de Trot/es^ insérée dans son ouvrage sur les Archives du département de F Aube ^ avait été largement mise à contribution par lui dans ce curieux mémoire.
Yallet de Yiriville s'était marié en 1850; trois ans plus tard, et quelques mois seulement après la naissance de son premier enfant, il fit paraître son traité de F Amour et des Sentiments chevaleresques , dans lequel il traite dans un style recherché et peut-être un peu quintessencié : de P Influence des femmes dans r antiquité, à F avènement du du monde chrétien et au moyen-dge.
Puis il s'occupe de Jeanne dArc^ des ouvrages alchimiques attribués à Nicolas Flamel, de Jehan Fomquet et de ses osuvres^ des Joyaux de Charles VII, de V Histoire de rEmaillerie, de celle du papier, des Chansons historiques et populaires du quinzième siècle, de Y Histoire de la Bibliothèque Mazarine, si heureusement sauvée des barbares qui voulaient la détruire comme celles du Louvre et de THôtel-de- Ville, du Pontifical de Juvénal des Ursins^ cédé par M. Firmin Didot à la ville de Paris et qui n'existe malheureusement plus, de Jacques Cœur, Tillustre argentier de Charles VU, si mal récompensé de son dévouement à son roi, du Congrès archéohgique de Troyes, de \ Histoire du livre en France, car il courait à tous les sujets et comme Tabeille, il voltigeait de fleurs en fleurs pour butiner son miel. Il adorait d'ailleurs la publicité, et tenait à exposer ses idées comme les peintres leurs tableaux, dans les expositions de chaque année.
La mort d'une fille unique de seize ans lui causa un in-
surmontable chagrin. Sa santé s'altéra rapidement, et malgré les brillantes distinctions dont son histoire de Charles VII avait été Tobjet, des amitiés nombreuses et éprouvées, Theureuse perspective de s'asseoir un jour au milieu de l'aréopage illustre qui avait couronné ses ouvrages , il s'éteignit en 1868, à cet âge de la maturité du talent , où la pensée est devenue plus ferme, la science plus sûre, et où les épis, ça et là ramassés, forment désormais des gerbes.
Troyes, le 16 juin 1871.
(Extrait des Méntoiies de la Société Académiqae de PAobe. Tome XXXV, 4174.
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