‹ Notice sur Philothée O'Neddy [pseud.]Chapitre 6 sur 10 · Rimes vieilles et neuves · texte numérisé non relu

Rimes vieilles et neuves

2. Ces vers sont du Dernier chant de Child-Harold : mais Lamartine, le Lamartine de 1820, avait écirit :

Hors le culte éternel, vingt cultes différents, etc.

Dondey a supprimé le premier hémistiche, et il faut avouer qu'il semble n'être là q«e pour la forme, et qu'il n'est nullement dans l'esprit du morceau.

Mystica hihlion est comme une réponse au titre : Erotica bihlion, d'un livre obscène de Mirabeau. Carmes (carmina)^ mot du xvi*' siècle, pour dire des vers.

que dans tout le recueil il n'y a que quatre pièces qui ne soient pas en alexandrins.

La principale inspiration de ces poésies esl l'amour, je veux dire son amour. Il n'a guère fait de vers que pour répandre sa passion devant sa maîtresse, ou pour la savourer lui-môme. Je parlerai d'abord du petit nombre de pièces qui sont en dehors de ce thème.

Voici un chant d'un caractère sévère et triste, mais où la tristesse a une sérénité qui est rare dans la poésie de Dondey ; elle est aussi d'une forme plus classique :

Cœurs d'élite et de race, Qui demandez au sort, Pour charmer votre audace, Une héroïque mort :

Non, la mort la plus belle, Mes frères, n'est point celle Qui de gloire étincelle Aux pçmpes dés combats, Lorsque les clairons sonnent.

Que les sabres résonnent Et que les canons tonnent Sur nos fronts, sous no« pas!

La mort est plus auguste, Plus sainte quand il faut, Pour une cause juste

Monter sur Téchafaud.

Là d'abord le courage Est pur, stoïque et sage ; L'ivresse du carnage Ne peut plus le ternir.

Puis le sang, comme une onde, Baigne, arrose et féconde.

Pour le bonheur du monde, L'arbre de l'avenir !

Par son calme et sa grâce, Une troisième mort Des deux autres surpasse Le sublime transport.

C*est le trépas occulte Qui nous prend sans tumulte Près d'amis dont le culte Nous console à genoux, Et dont la voix fidèle.

Parlant d'âme immortelle, Dans la sphère éternelle Nous donne rendez -vous ^ .

A douze ans, poëme d'environ trois cents vers (1839), est le développemenl étudié et amoureux du

i . Dondey a écrit en^note :

« Cette pièce et la Huivante, sur la demande de feu de Branges, ua de mes camarades de la comptabilité, furent communiquées en 1841 ou 1842, pour être mises en musique, à M. E. Norblin, violoncelliste de l'Opéra. Résultat nul. Le virtuose

charme de là dévotion dans le cœur tout neuf d'an premier communiant. Il s'excuse de ce retour aux illusions de la première adolescence; mais si le soq des cloches a ému le vieux Faust, comment ces souvenirs, encore si voisins, pourraient*iIs ne pas toucher sa jeunesse?

Mon midi n'est-il pas tout près de mon matin?

Il avait alors vingt-huit ans. Mais au moment où il essaye de retrouver l'impression de sa piété d'au-

eut Tair d'essayer pour la première, mais, quant à la seconde, il la déclara tout d'abord antimusicale. »

Voici cette seconde pièce, intitulée : Bons conseilt :

Émules de Doa Juan, geigneors et cavaliers, Dont l'âme aux yoluptés sans remords s'évertne, Da commandeur de marbre entendez la statue De son pas large et lourd monter les escaliers.

Disciples du vieux Faust, écoliers, bacheliers, Qui penchez sur maint tome une face abattue, Dans les doctes bazars où la lettre vous tue, .Bntendez Méphisto rire au creux des piliers.

Émules de Don Juan, à votre dernier jour.

Contre le commandeur voulez-vous la victoire Disciples du vieux Faust, à l'heure expiatoire , Voulez-vous repousser Méphisto sans retour?

Glorifiez la Muse et soyez de sa cour ; Venez parfois rêver près de ton oratoire, Bt ne prenez jamids le ton blasphématoire Envers la Liberté, le Génie et l'Amour I

trefois, son imagination s'élance plus loin ; elle s'envole, au delà de son passé, vers le passé de Thumanité :

Thébaïdes, couvents, cléricales retraites, Silencieux reclus, pâles anachorètes, Hommes et monuments de zèle et de salut, Chairs et granits toujours vainqueurs de Beizébut, Virginales maisons, voûtes contemplatives.

Clos, vallons de moutiers aux chastes perspectives, . Épouses de TAgneau, mystères et candeurs.

Sanctuaires de grâce, humilités, grandeurs, Qui de l'immonde aspect de nos terrestres fanges Consolez le regard de la reine des anges :

Âhl c'est vous seuls, retraits et cœurs d'élection, C'est vous soûls qui pourriez dans la création. Avec intelligence et sympathie entendre Le récit simple et grand, humble et fier, grave et tendre, De ce que je donnai, de ce que je reçus, £n fait de saint amour, au banquet de Jésus!

Cette pureté est maintenant bien loin de lui, et il n'en retrouve plus rien dans son cœur. 11 avoue même, et on est surpris par cette chute, que s'il se plaît à développer ces souvenirs, c'est parce que cette piété si tendre n'était que l'essai d'une autre tendresse : en voyant de quelle ardeur il embrassait son dieu, celle qu'il aime aujourd'hui sera touchée et comprendra ce qu'il a en lui de puissance d'aimer.

Tout cela est bien voisin, par l'esprit comme par le temps, de Volupté de Sainte-Beuve (183/i).

Il s'abandonne cependant peu à peu à la mémoire des événements et des émotions de cette sainte journée, et il s'enivre insensiblement de ces pensées jusqu'à se reprocher de s'être laissé gagner depuis à l'esprit d'examen et de doute: Puis, tout à coup, il se reprend :

Jeune homme, en es-tu là?

et il termine par Tacte de foi, non plus de l'enfant, mais de l'homme :

Allons, relève-toi de cette lâcheté ; Arrache de ton luth cette corde amollie.

Pour ta soif d'idéal et de divinité

N'as-tu. pas le Grand Tout dans son infinité?

Et s*il faut un olympe, un ciel à la manie.

Il en est un qu'admet Faustère Vérité :

C'est celjii des grands dieux nommés Vertu, Génie,

Art, Gloire, Honneur, Amour, Justice et Liberté!

Le cahier se termine par une imitation de la ballade de Lénore, de Bùrger, qui a été, dit une note, ébauchée en 1820, puis reprise et complétée douze ou quinze ans après ; mais cela ne peut se citer par morceaux.

Une Mosaïque, composée de fragments iDtitulés, « Fragment indien, Fragment égyptien, etc. », est la partie de ces poésies qui me touche le moins : ce ne sont guère que des études et des reflets. On y remarque un a Fragment cabalistique d'après Cyrano », c'est-à-dire d'après une tirade de la première scène dw Pédant jotiè^.

La Mosaïques se termine par ce distique sans titre ;

Que, trouvant clos pour moi les sentiers des sommets, Je tombe esclave, soit. Officieux, jamais!

Quelquefois, très-rarement, Dondey a pris son thème en dehors de lui, dans l'histoire du présent ou dupasse. Les Sonnets contiennent plusieurs morceaux de ce genre, comme celui qui est intitulé : Lamartine, député des Chambres de Louis-Philippe. Plusieurs se rapportent aux grands souvenirs de la Révolution : celui-là condamne Marat avec dégoût; celui-ci honore les girondins. Il y en a deux sur Danton; j'en vais citer un :

Danton, quel nom! quel bruit! quel retentissement! Il vous emplit le cœur de tocsin, de tonnerre;

1 . Il suffit, pour faire reconnaître la tirade, de citer ce dernier vers :

Si j'ordonne, si je défends, c'est en Destin I

On pense ouïr gronder un écho du cratère...

Un grand bois néméen... quel plein rugissement!

Hélas! fut-il toujours lion? L'affreux moment De septembre, qui vit le lion populaire Se transformer en tigre à force de colère, Ne l'a-t-il pas vu, lui, tigre pareillement?

Doit-on le condamner? — Ciel! pourrait-on l'absoudre? - (( La Patrie en danger » voulait des coups de foudre; Courbez donc un Titan sous le niveau commun! —

Pourtant l'âme du sage, incertaine et troublée. Dans rhistoire, à côté du colossal tribun, Voit Némésis trop nue et Thémis trop voilée.

Enfin le sonnet, Les Triumvirs, pourrait être intitulé : « Mon dernier mot )>.

Terrible trinité ; le maigre Robespierre

Entre le beau Saint-Just et l'infirme Couthon;

Trois hommes? non, trois sphinx, de fer, d'airain, de pierre,

Dévorant léopards, lions, même Danton!

problème! allier à la grandeur austère De vertus qu'envieraient l'un et l'autre Gaton Un fanatisme noir qui fait trembler la terre, Et qu'au fond de l'Érèbe applaudit Alecton!

Mais ne tolérons pas que de la bourgeoisie

L'hypocrite sagesse informe et sentencie

Contre ces hauts Nemrods^ ces chasseurs de Tarquins.

N'OTICE. 55

Gela ne sied qu'aux fils de la démocratie :

Arrière donc, arrière, ô bourgeois publicains ! * A nous seuls de juger ces grands républicains!

Une Élégie épique célèbre le retour de Sainte- Hélène. L'auteur s'y livre avec la même complaisance que Victor Hugo, ou plutôt que la France elle-même, à cette gloire néfaste, tandis qu'il garde pour Louis-Philippe toutes ses sévérités et ses mépris. C'est à la même date qu'un autre poète écrivait, sous Tinspiration des mêmes sentiments, ces très-beaux vers : •

De quoi t'avisais-tu, toi qui pris pour devise

La paix partout, la paix toujours, De réveiller ce nom^ qui, si bas qu'on le dise, Fait frémir les drapeaux et gronder les tambours ? ^

i. Ces vers sont d'un esprit des plus distingués et à peu près inconnu, M. Antoine Roullion, né en 1800, mort en 1873. Il est Tauteur d*un livre anonyme qui a pour titre : DiaUgue romain, La promesse du Consulat, Paris, H. Fournier. 1837.

C'est un tableau politique et moral de la Rome de Claude, BOUS le règne d'Agrippine, tableau très-soigneusement étudié, trop soigneusement peut-être, avec une curiosité qui finit par fatiguer l'attention , mais où il y a toujours beaucoup de pénétration et de finesse, et, par endroits, une imagination grande et forte. J'en ai quelquefois cité des pages dans mes leçons; mais tant qu'a vécu l'écrivain, il ne m'était pas permis de trahir son anonyme.

Cependant VÉlégie épique est suivie d^une Élègù héroïqrie en l'honneur du prince de Joinville, qui ramenait les restes de Napoléon. On craignait que les Anglais, qui nous Tavaient rendu, ne se repentissent de leur présent; car il semblait que la guerre fût près d'éclater entre la France et l'Angleterre, au sujet des affaires d'Orient. La flotte anglaise pouvait arrêter le vaisseau qui rapportait le corps de Tempereur. On disait qu'à cette menace le prince avait déclaré qu'il se ferait sauter plutôt que de se laisser prendre. Dondey Couché chanta le jeune capitaine de vaisseau, tout en continuant d'accabler le roi :

Que partout on oppose, avec rire et colère, Le fier honneur du fils à la honte du père.

Et plus loin :

Si bien que je surprends mon cœur républicain En admiration pour Je fils de Tarquin.

Ceux qui voudraient protester contre ce dernier mot peuvent s'en dispenser :* le poëte l'a fait luimême. Sous l'Empire, il a mis au bas de son poème cette note en vers :

Sainte Vierge! appeler Tarquin ce bon Philippe l Faut-il qu'à cet excès la rime s'émancipe?

El puis que signifie (oh! quel remords plus tard!) L'anathème aux Tarquins lorsqu'on chante César?

Une troisième élégie, Élégie arlislique, inspirée par la Nuit de Michel-Ange, est pleipe d'une colère de poëte. I^a grandeur poétique et artistique de ritalie du xvr siècle y est opposée au prosaïsme mesquin de l'époque dont Lamartine disait : La France s'ennuie. Il y avait jadis les chefs-d'œuvre, les tournois, les faits d'armes. Aujourd'hui,

Chaque antichambre auguste est pleine de bélitres Rivalisant de croix, de crachats et de titres;

aujourd'hui.

Nombre de bas coquins Mènent entre deux eaux des tournois de requins.

Ce sont à peu près toutes les pièces où Dondey regarde au dehors : en général, sa poésie n'exprime que lui-même, et lui-même, c'est toujours l'amour, à deux ou trois pièces près, où l'amour s'effaçant un moment, il ne reste que le sentiment désolant de je ne sais quelle difficulté d'être. Nous l'avons déjà trouvé dans Feu, et Flamme et dans la pièce imprimée. Une fihvre de l'époque; nous le retrouvons dans ces deux sonnets :

Page 1