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Notice sur quelques débris de constructions romaines, conservés dans la commune de Herten. Par M

Nous croyons faire plaisir aux amateurs d'antiquités nationales, en signalant à leur attention les restes d'un établissement romain dont, à notre connaissance, aucun écrivain n'a encore fait mention.

Ces débris se rencontrent dans la petite commune de Herten, située sur la rive droite de la Meuse, à une demi-lieue au-dessus de Ruremonde.

La planche annexée à cette notice représente une ruine, reste d'une grosse tour, qui, il y a environ soixante-dix ans, se voyait encore presque entière, dans le parc du château de M. le chevalier Petit d'Oudenborgh, au hameau Meerem, dans la commune de Herten.

Celte tour, de forme carrée, avait 14 mètres 30 centimètres de côté; l'épaisseur des murs, mesurée sur les fragments qui en restent, était de 3 mètres 65 centimètres. On n'a plus de données bien exactes sur la hauteur de cette construction, les parties supérieures étant depuis plus d'un siècle en état de ruine. D y a environ 70 ans qu'une partie notable en a été démolie par l'aïeul du propriétaire actuel, circonstance sans doute bien regrettable pour les amateurs des anciens souvenirs de la patrie.

La pierre dont se compose la maçonnerie de cette tour est un moellon de toutes sortes de dimensions, entremêlé de chaînes horizontales d'une pierre plus ou moins appareillée et qui semble d'une nature ocreuse; car en la pulvérisant et la détrempant dans l'eau, sa lessive fournit une couleur jaune foncée, chaude et tirant sur l'ocre brun.

Le mortier semble avoir été une espèce de béton : il est entremêlé de petits galets ou de gravier.

Dans l'intérieur de la tour, à une certaine élévation, s'est trouvé un grillage composé de gros barreaux de fer, entièrement oxidés par le temps. Nous supposons qu'un plancher ou carrelage a reposé sur cette espèce de gitage et formait ainsi l'étage de l'édifice.

A peu de distance de cette ruine, dans une prai-

rie communale, se trouve un tuimdm s'élevant à 7 mètres 50 centimètres au-dessus du niveau uniforme du terrain avoisinant; il décrit avec sa base une circonférence d'environ 140 mètres. Depuis un temps immémorial, ce tumulus est connu sous le nom de Drusus-berg, ou montagne de Drusus; il est figuré et mentionné sous cette dénomination sur les plus anciennes cartes topographiques de la contrée.

Enfin le troisième objet d'antiquité que renferme la commune de Herten, est la partie inférieure de la tour de son église paroissiale, que les habitants disent avoir jadis fait partie d'un autel de la déesse romaine Herta, nom dont serait dérivé celui de la commune.

La partie que Ton prétend appartenir à l'époque romaine est carrée, ayant 4 mètres 94 centim. de côté et 10 mètres 3 centim. de hauteur; elle est construite en moellon et avec du mortier mêlé de galets, comme celui de la première tour dont nous venons de parler.

A ces monuments, la tradition ajoute que du temps de l'occupation romaine, un camp de l'armée de Drusus était établi à Herlen, que ce général y est mort et qu'il a été enseveli sous le tumulus qui porte encore son nom.

Après avoir décrit les objets qu'une suite de dixhuit siècles n'a pu soustraire à nos regards, après

avoir rapporté la tradition populaire qui s'y rattache, en lui laissant ses naïves erreurs, nous nous permettrons d'examiner quels rapport peuvent avoir ces diverses choses avec les événements du temps et avec les monuments romains conservés ailleurs dans notre pays et les pays voisins.

D'après les historiens de l'antiquité, les expéditions de Néron-Drusus en Germanie, eurent lieu sous l'empereur Octave-Auguste, dans les années 742 et 743 de la fondation de Rome, ou onze et dix ans avant la Naissance de Jésus-Christ, qui est rapportée au 25 décembre de l'année 753.

A cette époque, comme le fait remarquer le comte de Ségur dans son Histoire universelle (l), tous les peuples civilisés avaient cédé aux armes des Romains; elles ne s'étaient vues arrêtées que par les déserts de l'Ethiopie, par les vastes et brûlantes plaines des Parthes, et par les profondes forêts de la Germanie.

Cette dernière contrée, située entre le Rhin, le Danube, la Yistule et la mer du Nord, fut dans tous les temps une pépinière de soldats. Le nom de Germain, qui signifie guerrier, annonçait assez qu'ils n'existaient que pour les combats. Ils fai^

(1) Histoire universelle ancienne et modemcy tom. X, pag. 57 et suiv.

saîent consister leur bonheur à vivre libres et à mourir sur un champ de bataille. Trop indépendants pour subir le joug des lois, ils ne connaissaient de règle que leur volonté. Leur croyance religieuse enflammait encore leurs passions guerrières : Tenfer punissait les lâches, le ciel n'était ouvert qu'aux braves.

Depuis l'invasion des Cimbres et des Teutons que défît Maurius, ils furent presque toujours en guerre avec les Romains. Souvent vaincus sans être soumis, ils voulaient toujours franchir le Rhin.

Les plus sanglantes défaites ne purent les faire renoncer à cette soif de conquêtes, qui s'accrut à mesure que la valeur romaine s'affaiblit, et qui les rendit enfin, dans la décadence de l'Empire, maîtres de la Gaule, de l'Espagne, de l'Afrique et de l'Italie.

Les peuples nombreux de la Germanie portaient différents noms; mais tous avaient les mêmes mœurs et la même passion pour les armes. Cette hydre à mille têtes résista seule à l'Hercule romain et finit par triompher de lui,

La mort d' Agrippa réveilla leur ardeur et leurs espérances. Les Sicambres, les Usipiens et les Tenchtères surprirent les légions que commandait Lollius sur les bords du Rhin, les mirent en déroute, soulevèrent en leur faveur deux provinces

gauloises et dévastèrent celles qui voulaient leur résister.

Drusus marcha contre eux, les battit, passa le Rhin, et dévasta les terres des Frisons et des Cauques.

L'année suivante, il franchit la Lippe, s'empara du pays des Sicambres et poussa les. Chérusques jusqu'au Weser,

La rigueur de la saison forçant Drusus à se rapprocher du Rhin, les Sicambres coupèrent sa retraite et l'enveloppèrent. Privé de vivres, il se voyait au moment d'être vaincu sans pouvoir combattre; mais les Germains croyant que ses troupes épuisées ne pouvaient leur opposer qu'une faible résistance, l'attaquèrent témérairement; il les punit de leur audace, les enfonça, les mit en fuite et revint dans les Gaules, laissant sur la Lippe des forts et des garnisons destinés à les contenir.

Drusus apprit bientôt que les Germains rassemblaient de nouvelles forces contre lui; il combattit encore les Cattes, les Suèves, les Sicambres, les Chérusques, et porta ses armes victorieuses jusqu'aux rives de FElbe. Rome croyait voir revivre en lui ses anciens héros; les Germains redoutaient sa vaillance, ses concitoyens respectaient sa vertu. Libéral dans ses opinions, populaire dans ses mœurs, il ne dissimulait point son désir de rétablir la repu-

blique; et les amis de la liberté fondaient sur lui leurs légitimes espérances. Une mort prématurée rompit le cours de ses brillantes destinées. D'après Dion, il mourut de maladie pendant sa retraite de FElbe au Rhin. Tite-Live, dans les Epitome, dit au livre 140, que Drusus eut la cuisse cassée de la chute de son cheval et mourut le trentième jour.

Néron-Tibère, frère de Drusus, apprenant sa maladie, s'empressa de se rendre auprès de lui; il quitta son armée, à la tête de laquelle il venait de vaincre les Panoniens, les Daces et les Dalmates, et arriva encore assez à temps pour assister aux derniers moments de son frère.

L'historien romain Annseus Florus, nous a laissé un récit sommaire des campagnes de Drusus en Germanie. Nous croyons indispensable à notre sujet de transcrire ici le texte de cet auteur (i).

(1) L. Annaei Flori, Berum romanarum, lib. 4. u Germaniam quoque utinam yincere tanti non putasset ! Magis turpîter amîssa est, quam gloriose acquisita. Sed quatenus sciebat patrem suum Gaesarem, bis trajecto ponte Rbeno, quaesisse belium, in illius bonorem concupiit facere proyinciam. Et factum erat, si Barbari tam vitia nostra, quam imperia, ferre potuissent. Missus in eam provinciam Drusus, primos domuit Usipetes. Inde Tencbteros percucurrit et Gattos. Jam Marcomannorum spoliis insignibus quemdam editum tumulum in tropaei modum excoluit.

Inde yalidissimas nationes, Gheruscos, Suevosque et Sicambros pariter agressus est, qui, XX centurionibus incrematis, boc y élut

< Quant à la Germanie, plût au ciel qu'il (Auguste) eut attaché moins de prix à la vaincre ! Elle fut plus honteusement perdue que glorieusement conquise. Mais sachant que Jules-César, son père, avait jeté deux ponts sur le Rhin pour envahir cette contrée, Auguste voulut en faire une province en l'honneur de ce héros; et il y serait parvenu, si les Barbares avaient pu supporter nos vices comme notre domination. Drusus, choisi pour cette conquête, dompta d'abord les Usipètes, parcourut le pays des Tenchtères et des Cattes, et, sur un tertre élevé, il dressa un trophée des riches dépouilles des Marcomans.

» Ensuite, il attaqua à la fois toutes ces puissantes nations, les Chérusques, les Suèves et les Sicam-

sacramento sumpserant bellum; adeo certa yictoriae spe, ut prœ* dam in aDtecessum pactione diviserint. Gherusci equos, Su«vi aurum et argeDtum, Sicambri captivos elegerant : sed omnia retrorsum. Victor namque Drusus equos, pecora torques eorum ipsosque praedam divisit et vendidit.

Praeterea in tutelam provinciarum praesidia atque custodias ubique disposuit per Mosam flumeny per Albim per Yisurgim. Nam per Rheni quidam ripam L araplius castelia direxit; Bonnam et Geidubam pontihus junxit, classibus firmavit.

Invisum atque inaccessum in id tempus Hercynium saltum patefecit. £a denique in Germania pax erat, ut mutati homines, alia terra, cœlum ipsum mitius molliusque solito videretur. Denique non per adulationem, sed ex meritis, defuncto ibi fortissimo juvene, ipsi, quod nunquam alias, senatus cognomen ex provincia dédit.

bres. C'était en brûlant vifs vingt centurions, prélude affreux ! qu'ils s'étaient engagés à cette guerre; d'avance et de concert, ils s'étaient partagé le butin, tant ils comptaient sur la victoire. Les Chérusques avaient choisi les chevaux, les Suèves l'or et l'argent, les Sicambres les prisonniers. Mais leur espoir fiit confondu : Drusus vainqueur les distribua ou les vendit eux-mêmes, avec leurs chevaux, leurs troupeaux et leurs colliers.

> En outre, pour garder ces provinces, il plaça au loin des garnisons et des corps d'observation, sur les bords de la Meuse, de l'Elbe et du Weser; il construisit plus de cinquante forteresses sur le Rhin, des ponts à Bonn et à Gelduba et des flottes pour protéger ces ouvrages. Inconnue jusqu'alors et inaccessible aux Romains, la forêt de Hercynie leur fut ouverte. Enfin une paix si profonde régna dans la Germanie, que les hommes et le pays semblaient changés, et le ciel lui-même devenu plus doux et plus serein. Aussi ce jeune héros y étant mort, ce ne fut point par adulation, mais par une juste admiration pour son mérite, que le sénat lui décerna le surnom de la province qu'il avait ajoutée à l'empire , distinction unique jusqu'à lui. »

Suétone, autre historien romain, nous a conservé différents détails sur les derniers moments

de Drusus et sur sa sépulture, nous allons les rapporter (0 :

€ n retourna à son expédition, et mourut à

son camp d'été, qui en retînt le nom de Camp de malheur. Son corps fut porté à Rome par les pre-

(1) SuKTONius. Glaudîus... atque expeditione repetita, supremum diem morbo obiit in aestivis castris, quae ex eo scelerata 8UDt apellata. Corpus ejus per municipiorum coloniarumque primores, suscipientibus obviis scribarum decuriis, ad urbem deyectum sepultumque est in campo Martio. Ceterum exercitus h<mo~ rarium et tumulum excitavity circa quem deinceps stato die quotannis miles decurreret, Galliarumque civitates publiée supplicarent. Praeterea senatus, inter alia complura, marmoreum arcum cum tropaeis via Appia deerevit, et Germanici cognomen ipsi posterisque ejus. Fuisse autem créditeur non minus gloriosi, quam civilis animi. r9am ex hoste super victorias opima quoque spolia captasse, summoque saepius discrimine duces Germanorum tota acie insectatus : nec dissimulasse unquam, pristinum se rei* publics statum, quandoque posset, restiturum. Unde existimo, oonnulios tradore ausos, suspectum eum Augusto, revocatumque ex provincia, et, quia cunctaretur, interceptum yeneno. Quod equidem magis, ne praetermitterem, retuli, quam quia verum aut yerisimile putem; quum Augustus tantopere et yiyum dilexerit, ut coberedem semper filiis instituerit, sicut quûndam in senatu professus est, et defunctum ita pro concione laudayerit, ut deos precatus sit, similes ei Gœsares suos facerent, sibique tam bonestum quandoque exitum darent, quam illi dédissent. Nec contentus elogium tumulo ejus yersibus k se compositis exsculpisse, etiam yitae memoriam prosa oratione composuit. £x Antonia minore complures quidem liberos tulit; yerum très omnino reliquit, Germanicum, Liyillam, Giaudium*

miers citoyens des municipes et des colonies; là il fut reçu par les décuries des secrétaires de FÉtat et porté au champ de Mars (i). Quant à Tarmée, elle éleva en son honneur un tumulus, autour duquel les soldats devaient, chaque année, s'exercer à la course, tandis que les villes de la Gaule y feraient des sacrifices solennels. Entre autres honneurs, le sénat lui vota un arc de triomphe de marbre, orné de trophées, sur la voie Appienne; il lui décerna aussi le nom de Germanicus, à lui et à sa postérité. On dit qu'il aimait la gloire autant qu'il respectait les lois, et l'on ajoute que, non content de la victoire, il souhaitait des dépouilles opimes, recherchant les chefs des Germains et s'exposant, pour les rencontrer, aux plus grands dangers. Il ne se cachait point, ajoute-t-on encore, de son projet de rétablir la république sur l'ancien pied, dès qu'il en aurait la possibilité. C'est pour cette raison, je pense, que quelques-uns ont osé dire qu'il devint suspect à Auguste, qui le rappela de sa province, et que ce prince, voyant qu'il tardait à exécuter son ordre, s'en défit par le poison. Je rapporte ce bruit uniquement pour ne pas l'omettre, et sans y atta-

(1) Selon Tite-Live, ce fut par les soins de Néron- Tibère, frère de Drusus, que le corps de celui-ci fut transporté 'k Rome et enseveli dans le tombeau de C. Julius.

— lécher aucune idée de vérité ou de vraisemblance. On sait combien Auguste aimait Dnisus; il le donnait toujours pour cohéritier à ses fils, ainsi qu'il l'annonça lui-même au sénat; après sa mort, il le loua publiquement et pria les Dieux de rendre les Césars semblables à Drusus, et de leur accorder une aussi belle fin. L'on convint de faire graver sur sa tombe des vers de sa composition. D écrivit aussi, en prose, l'histoire de sa vie. — Drusus avait eu de la plus jeune Antonia beaucoup d'enfants; mais trois seulement lui survécurent : Germanicus, Livilla et Claude. »

Émule des Scipion et des Paul-Émile, Drusus ne leur était point inférieur en courage, et il les égalait en amour pour sa patrie; son fils Germanicus hérita de ses talents et de ses vertus; tous deux vécurent trop peu pour la gloire et le bonheur de Rome.

Au rapport de Suétone, Drusus fut le premier des généraux romains qui navigua sur l'Océan septentrional; ce fut encore lui qui, par un travail immense et d'un genre nouveau, fit creuser audelà du Rhin des canaux qui continuèrent à porter son nom(l). Parmi ceux-ci, on range communé-

(1) Glaudius. OceaDum septentrionalem primus Romaoorum ducum navigayit : trans Rbeuum fossas uovi et immensi operis effecit, quae nuiic adhuc Drusiiise vocantur.

ment TYssel, grand canal qui reçoit les eaux du Rhin au-dessus d'Arnhem et les conduit à la mer. Suivant Tacite» il avait commencé, dans la même localité, la construction d'une grande digue destinée à contenir le Rhin (l).

Nous venons de rapporter les principaux événements des campagnes en Germanie de Néron- Dnisus, ainsi que les diverses circonstances qui accompagnèrent sa mort. Au moyen de ces renseignements, nous sommes déjà plus ou moins en état de juger du degré do confiance que nous pouvons accorder aux traditions que nos localités ont conservées de ces événements. Nous allons maintenant rechercher s'il n'existe pas quelques monuments anciens qui offrent de l'analogie avec ceux que nous observons dans la commune de Herten.

Sur la rive gauche de la Meuse, à une demi-lieue au-dessus de Maestricht, se voit encore une tour carrée absolument semblable à celle que nous avons décrite. La place où elle se trouve est nommée Lichienberg, distante seulement de quelques pas de l'ancien château de Castert, que les antiquaires nomment Castrum Cœsaris. La construc-

(1) GoRNELii TàciTi Annalium, lib. 18, n" 53. Ne tamen segnem militem attioerent, ilie (Paullinus) iDchoatum ante trcs et sexagiota annos k Druso aggerem coercendo Rheno absolvit.

tion de ces deux monuments est attribuée, comme ceux de Herteo, au général romain Drusus.

A deux lieues au-dessous de Ruremonde, et encore sur la rive gauche de la Meuse, se voit le château de Kessel, le CasteUum des Romains (l). N^était-il pas jadis semblable aux tours de Lîchtenberg et de Herten?...

La tour, dite de Meurs, à Didam, pas loin de FYssel, nommée Berghrvrede , démolie en 4609, était attribuée aux Romains. Elle était composée de pierre de tuf et avait deux étages; en haut était mie trappe de fer. Dans le mur était une espèce de che* minée ou soupirail, allant en serpentant de bas en haut. On y trouva un squelette, gisant sur la paille, mais qui à l'approche des maçons tomba en pous> sière. Autour du squelette se voyaient différents petits vases, des ossements d'oiseaux et d'autres animaux. Une tradition, transporté par l'historien Tesschenmacher (Annales Cliviœ, Juliœ, etc.)» veut que ce fut le corps de Drusus, qui se trouvait dans cette tour (î).

La ville de Doesburg^ qui dans l'origine se nommait Droesburg, doit son origine au fort que Drusus

(1) Ptolomé, lib. 2, cap. 9.

(2) A. Van Slichterbobst, Gelderse Geschiedenissen, liy. I, p. 77.

y fit construire (!)• Cette circonstance est rappelée dans les vers flamands suivants :

Danch hebij Romeynsche Dboes, die aller eersi tnyn daelen, Ferheft heht uyi hei stoff, en door myn Fsael stroomy Gevoerteen schoone vloot iot aen de Embder paelen,

Soo eygen loff wel past^ 'k ben ond, en êierck, en vroom (2).

Les tertres ou tumulits étaient chez les Romains les monuments funéraires, sous lesquels ils ensevelissaient les grands capitaines, ou qu'ils érigeaient en leur mémoire.

C'est ainsi que nous avons vu, au rapport de Suétone, que l'armée de Drusus, à la mort de ce grand capitaine, lui éleva un tumulus, autour du-^ quel les soldats devaient chaque année s'exercer à la course.

D'après Dion Cassius, t. II, livre 5, cap. 2 (8), plusieurs tumiUus furent érigés sur la rive dn Rhin.

C'est ainsi que nous voyons encore Germanicus, fils de Drusus, arrivé en Germanie, au lieu où six années auparavant, les trois légions romaines commandées par Yarus , avaient été massacrées , poser le premier gazon du tumulus sous lequel les

(1) A. VàN Slichtenhorst, liv. I, page 70.

(2) Idem, liv. I, page 116.

(8) Germanicique cognomen ei et fîliis datum, honorisquc statuarum, et arcus triumpbales, iumulique honorarii ad Rhenum tributi.

restes de leurs infortunés compagnons furent ensevelis (*).

A Mayence, il existe aussi un monument de Drusus, très-célèbre parmi les antiquaires.

Le long de l'ancienne chaussée romaine, qui conduisait de Bavai à Tongres, on voit plusieurs lumulm, qui souvent sont soutenus à Tintérieur par une voûte maçonnée formant un petit caveau.

En 1747, on fit à Koninxheim, près de Tongres, l'excavation d'une de ces éminences; on y déterra une superbe urne, représentant un poisson; elle contenait des ossements et les cendres d'un cadavre brûlé; elle portait cette inscription : Carine, fUi mi carrissime. — Carinus, mon très-cher fils (2).

De semblables tertes se trouvent à Branchon (endroit traversé par la chaussée qui se dirige de Bavai sur Tongres), à Walhain, à Avernas, à Wasmont, et près de Tirlemont.

Dans la commune d'Alphen on voit plus de vingt tiimulus ou sépultures anciennes, ayant 5, 6 et 7 pieds de hauteur au-dessus du sol et de 150 à 200 pieds de circonférence à la base. Dans les années 1791 et 1792, l'abbé de Tongerloo, G. llcrmans, en fit fouiller quelques-uns et y trouva plu-

(1) Tacit. yénnaL^ lib. I.

(2) Mémoires de TA endémie de Bruxelles, tome IV, page 445.

sieurs urnes remplies de cendres et d'ossements brûlés.

Pas loin de s'Heerenbergh, à une lieue d'Emmerich, se trouve encore un tumulusy qui porte le nom de Montverland (l).

D'après Knippenberg, on a découvert à Heel, situé sur la rive droite de la Meuse, presqu'en face de Herten, des fragments d'une déesse romaine et plusieurs médailles (2).

Dans la commune de Xanten ont été déterrées les deux médailles frappées en l'honneur de Drusus, et dont on a vu le dessin sur la planche placée en tête de notre notice (8).

Nous y avons encore joint le dessin d'une autre médaille frappée en l'honneur de Drusus, et qui a été découverte à Oedelem, près de Bruges; on lit autour de la tête : Nero Clauditis Drusus Germanicus

(1) A Slightenhorst, liv. I, page 77.

(2) Histotia ecclesitustica Ducatûs GelrtcB, fol. 8. — Heel était situé sur une route militaire des Romaios, longeant la rive gauche de la Meuse depuis Tongres jusqu'k Nimègue. Les lieux traversés étaient Atuatuca [Tongres], Feresne [Reckheim], Catualiutn [Heel], Castellum [Kessel], ^/anacwm [Blerick], Ceve^ lum [Kuyk] et Neomogum [Nimcgue].

On trouve près de Heel les communes ou hameaux de Pol et Panheel; et Ton prétend qu'ils doivent leur nom au culte que du temps des Romains on y rendait à Apollon, Pan et Hélène.

(8) Tbschenmacher, jénnales Clin'œ, JuNcp, elc.

Imp. Au revers, Drusiis est représenté tenant de la main droite une branche d'olivier ou de laurier; il est assis dans une chaise curule, placée sur différentes dépouilles, enlevées aux ennemis. On a voulu marquer, par cet emblème, les victoires remportées sur les Germains. La légende porte : TI. CLAVDIVS CAESAR AVG, TR. P. EMP. S. C.

Goltzius attribue cette médaille à Tibère; mais les autres antiquaires conviennent assez généralement que Claude, devenu empereur, la fit frapper à la gloire de Drujsus, son père. C'est ce que l'inscription nous apprend et que Dion Cassius confirme (l).

Nous venons de montrer ce que l'antiquité nous a légué en objets qui ont paru avoir quelque rapport avec les monuments de Herten, et l'on sera convaincu de l'analogie évidente de ces derniers monuments avec d'autres existants dans nos contrées et qui ont été construits par ou pour le grand Drusus. Nous n'avons plus que quelques mots à dire; ils expliqueront peut-être cette partie de la tradition conservée à Herten, qui veut que son nom soit dérivé de celui d'une déesse romaine.

Il n'existait point à notre connaissance de déesse du nom de Herta, mais bien une du nom de Horta;

(1) De Bast , Recueil d'antiquités romaines et gauloises, p. 350.

au reste, cette légère différence dans Tortographe ne nous semble nullement condamner la tradition, car la corruption des noms a été généralement plus forte qu'elle ne le serait dans ce cas-ci; de plus, ce qui semble au contraire appuyer fortement la tradition précitée, c'est que la déesse Horta était regardée par les Romains comme celle qui inspirait aux jeunes gens Camour de la gloire. Pouvait-on mieux placer son temple que près d'un camp, près d'un fort et près d'un tombeau de Drusus?.,.

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