Notice sur quelques espèces peu connues de la flore belge
LA Belsique est du petit nombre des états de l'Europe qui ne possèdent point encore de Flore générale ; et cependant sur son sol varié s’épanouit, comme en un vaste bouquet , la végétation réunie des pays de montagnes, des pays de plaines et des pays maritimes.
Ce n’est pas non plus que la science n’y soit cultivée avec succès. Notre patrie peut s’en énorgueillir : elle ne le cède pas, de ce côté, à ses voisins, surtout depuis que les botanistes Belges se tiennent au courant des publications Allemandes, publications que la France perd à ne pas mieux connaître et qui sont chez elle, pour quelques adeptes, des mines fécondes qu’ils exploitent à leur profit, tout en ne paraissant donner au lecteur que leurs propres recherches.
L'état de nos bibliothèques publiques, considérées sous le rapport de l'histoire naturelle, est peut-être chez nous le seul obstacle à la composition de tout grand ouvrage sur l’une ou l’autre branche de la science. En effet, nos bibliothèques universitaires,
(4) celles de nos grandes villes (*), riches en histoire, en théologie, en médecine, n’offrent au géognoste, au zoologue, au botaniste que très-peu de matériaux, dont le plus grand nombre même ne sont pas à la hauteur du siècle.
Il en résulte que la mise au jour d’un ouvrage d’histoire naturelle d’une certaine étendue , nécessite des dépenses de bibliothèque d'autant plus considérables, que dans aucune autre partie des connaissances humaines on n’a besoin d’un appareil littéraire plus varié ni plus coûteux. À ces dépenses se joignent celles occasionnées par les courses que l’on est obligé d'entreprendre, puis les frais d'impression, dont le tiers tout au plus est quelquefois couvert par le débit. Encore ne fesons nous pas entrer en ligne de compte, ni le tems que l’on y consacre (et qui est néanmoins perdu pour d’autres occupations souvent majeures dans la position sociale ) ni les accessoires , tels que correspondance à l’étranger, etc.
Ainsi s'explique, nous semble-t-il, pourquoi les efforts qui ont été faits pour combler la lacune dont nous parlions, n’ont pas été couronnés de plus de succès. En attendant donc que les trayaux de cette nature, interrompus depuis 1831, soient repris, il est du devoir de tout ami de la belle science, de fournir des matériaux qui puissent servir plus tard à la construction du monument que nous voudrions voir s'élever.
Cest spécialement dans ce but que nous publions la liste suivante de quelques plantes , non indiquées dans nos flores , dont nous avons eu l’occasion de constater l’indigénat, et de quelques autres déjà observées, à l'égard desquelles des rectifications nous ont paru nécessaires.
(*) Je ne crains pas d’être désavoué en avançant que la bibliothèque de Bruxelles, ce recueil de 100,000 volumes, renferme à peine une dixaine d'ouvrages d'histoire naturelle de quelque importance. Ajoutons à cela, que par une mesure qui n'a d'équivalent nulle part, l'usage à domicile des livres, de la bibliothèque de Bruxelles, est refusé jusqu'aux personnes attachées à l'enseignement supérieur, quand bien même elles offrent toutes les garanties possibles ; c’est là ce qu’on appelle en style administratif favoriser les sciences.
(5) I. PHANEROGAMES.
1. LonicerA pazuina Host. L. caprifolium Jacg. Flor. Austr. Kickx - Flor. Brux. excl. syn.
Cette espèce, confondue long-temps avec le Lonicera caprifolium Linn. (Caprifolium italicum R. et S.), croît en abondance aux environs de Bruxelles et plus rarement dans ceux de Louvain. Il est probable que le Lonicera periclymenum De. Florul. Brux. et de beaucoup d’autres Flores Belges, n’est que la même plante observée sans fleurs et conséquemment sans feuilles supérieures connées-perfoliées ; au moins n’avons - nous rencontré jusqu’à présent le vrai L. periclymenum ZLinn. bien figuré par Fuschius, que dans la Bétasie vulgairement appelée Let Haegeland.
2. Hypericum veroNENsE Schrk. H. perforatum £. angustifolium Gaud. ap. rcus. Flor. germ. excurs. II. page 836.
Diffère de l'Hypericum perforatum Linn. 1° par des feuilles étroites ; 2° par des styles plus courts que la capsule qui les porte; 3° par des fleurs plus grandes et plus nombreuses ; 4° par des tiges plus hautes, devenant plus lisneuses, se divisant en un très-grand nombre de rameaux touffus et pyramidés. Cultivé pendant plusieurs années au Jardin Botanique de Louvain, ce Mille-pertuis n’a pas éprouvé de changemens.
Habite la Bétasie du côté de Binkom, Meensel, S-Jooris- Winge et Hauvwvaert.
8. Anruyzuis maririma Schwgg. ap. reus. Flora Germ. excurs. Il.
pag. 515.
Nous avons trouvé cette papillionacée en assez grande quantité, au mois de juin 1833, dans les vallées des dunes entre Ostende et Vieuport. Ne possédant point alors la flore de Reichenbach, nous l’avions confondue avec l'A. vulneraria L.; c’est à M. le Docteur Lejeune, de Verviers,que nous sommes redevables d’avoir - reconnu l'erreur où nous étions tombés.
(6) 4. Pranraco craminea ZLmk. P. maritima Gort ! van Hall! Hooreb ! Plantaso angustifolia popon. Pempt. pag. 108?
Croît en abondance à Vieuport dans les endroits fangeux du port. Nous ne pouvons nous ranger de l'opinion de M. Dumortier, qui considère cette espèce comme simple variété du P. maritima Linn. Elle n’est pas bien représentée par la figure de Dodoens et n’a que des relations assez éloignées avec le vrai plantain maritime, que nous avons cueilli sur les côtes du Pas-de-Calais, et vu cultivé dans le Jardin Botanique de Bonn.
5. Orogancue Errraymum Dec. O. caryophyllacea Hooreb ! Mém. sur les Orob. ef Herb. de la Flandre orient. vol. III. n° 348.
La synonymie que nous indiquons est basée sur l'inspection de lherbier de M. Ch. Van Hoorebeke, déposé au Museum de Gand, La visite de cet herbier nous a surabondamment confirmés dans l'idée que la flore de la Flandre est à refaire.
Croit dans les vallées des dunes, entre Ostende et Blankenberg près de Clemskerke.
6. Oropaxcne arEnarrA Brkh. O. cærulea Aoor ! Mém. sur les Orob. et Herbier de la Flandre orientale vol. III. n° 352.
Cette espèce a été trouvée dans les mêmes lieux que la précédente où elle est néanmoins très-rare.
7. GErATOPHYLLUM APICULATUM Cham. in LiNNEA 1829. tab. V. fig. 6.
Intermédiaire entre le C. demersum Linn. et le C. submersum L. Se rapproche du premier par ses feuilles, qui sont cependant plus grêles, moins touffues et moins rigides ; de l’autre par sa capsule. Sa verdure gaie le fait aisément reconnaitre. Serait-ce le C, unicorne Dmtr. ?
Croït dans les eaux claires et stagnantes de la Campine, du côté de Herenthals.
(7) 8. Cnara rorysPerma Braun. in litt. ad Sehlmeyer. Voisine, quant au port, de la Chara gracilis Sm. et appartient comme elle à la division des charagnes monosiphoniées.
Croit au printemps dans les fossés de Laeken près de Bruxelles, d’où elle nous a été communiquée par Mr M. J. Scheidtweiler.
9. Crara asrera ARchb. C. galioïdes Dec. CG. pulchella «+ War. excl. syn. plerisque. anx. 8or. tab. VI. fig. 8.
Cette superbe petite plante est grêle, presque simple, polysiphoniée. Ses rameaux articulés lui donnent l'aspect d’un Equisetum. Mes plus grands individus ont de 10 à 13 cent. de longueur.
Observée dans les marécages de la Campine, entre Westerloo et Herselt, par M. Van Haesendonck. Nous l’avons retrouvée depuis dans la Flandre Occidentale entre Furnes et la Panne.