‹ Notice sur un ouvrage de médecine orné de miniatures, copié en 1379Chapitre 2 sur 7 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

>e tous les manuscrits conservés à la bibliothèque de l'Université, les plus curieux sont peut-être deux énormes volumes sur parchemin (cotés S. I, 7 et mesurant 0,44 centimètres de hauteur, 0,31 de largeur) qui me semblent mériter une attention spéciale de la part des historiens de la médecine et qui offrent un certain intérêt tant par leur origine que par leur ornementation.

Malheureusement, ainsi que l'atteste déjà une note tracée au siècle dernier, ils sont tombés « en de cruelles mains ». Le commencement du premier volume (qui comprend encore 472 feuillets) et la fin du second (qui en comprend 524) ont été arrachés; des vingt-cinq miniatures qui l'ornaient à l'origine, on n'en trouve plus que onze (sept dans le premier et quatre dans le second).

Ils contiennent l'ouvrage arabe Helauy ou Elhauy 1 , espèce d'encyclopédie médicale où Ton trouve cités tour à tour.Galien, Hippocrate, Isaac, etc» L'auteur est le célèbre Khazès* dont on peut reconnaître, au commencement du livre IV (t. I, f« 121), le nom complet : Abu Bekr Muhammed ben Zakarijja er Kazi.

1. Plus correctement Al-Hâioi, ce qui signifie en arabe « l'assembleur » et qu'on a traduit en latin par Continent, le Contenant ou l'Encyclopédie. Je dois ce renseignement à l'obligeance de mon collègue, M. H. Derenbourg.

2. Cette traduction latine de Rbazès a été exécutée au xni' siècle par un juif d'Agrigente, Ferragius (Abul Farradsch ben Salem). Voir H. Haeser, Lehrbuch der Geschichle der Medicin (îena, 1875, t. I, p. 568-569).

La fin du premier volume nous apprend le nom du copiste et de celui qui a commandé la copie, ce qui est une rare fortune :

Anno domini millesimo trecentessimo septuagessimo nono, ego Guillelmus Hervei de dyocessi Corsopitensi istud volumen scripsi gratia Dei pro venerabili viro et discreto magistro Guibberto. Cui volumini flnem dedi die Martis ante festum beati démentis, qui Clemens velit intercedere pro nobis ad dominum nostrum Jesum Ghristum.

Le professeur de médecine pour qui fut exécutée cette copie est sans doute Guibert de Celsoi, que le roi Charles V appelait « nostre amé et féal fisicien 1 ».

On sait que les anciens Collèges de Paris avaient un certain nombre de bourses réser-

i. Le Clerc et Renan, Hist. Litt. de la France au xit* *., I, p. 516. — Guilbertus de Seloeto (leg. Selceto) est mentionné à côté do Gervasius Christiani dans un acte de l'Université du 22 mai 4379 (Du Boulay, Hist. Un. Par IV, p. 569).

vées aux pauvres étudiants originaires de tel ou tel diocèse. Or le Collège de Cornouailles, fondé en 1317 par Galeran Nicolaï dit de la Grève, était le seul où fussent admis les jeunes gens du diocèse de Quimper. On sait aussi que vers 1379, Jean de Guistry, médecin de Charles V, chanoine de Paris et de Corn&uailles , ajouta quatre bourses aux cinq qui existaient déjà, et installa les élèves dans une maison qu'il acheta pour eux rue des Plâtriers 1 . Il est donc probable que nos deux volumes sont un reste de la bibliothèque du Collège de Cornouailles, qui a laissé bien peu de traces dans l'histoire.

Un des meilleurs moyens pour les boursiers de montrer leur reconnaissance au collège qui les avait recueillis était d'enrichir la bibliothèque de manuscrits copiés par eux; les volumes de la bibliothèque de l'Université en offrent de nombreux exemples.

On peut conjecturer, d'après la souscription mentionnée ci-dessus, que sous l'influence de

i. Franklin, Anciennes bibliotlièques de Paris, 1. 1, p. 4M.

Jean de Guistry, la médecine était en honneur au Collège de Oornouailles, comme au collège de Maistre Gervais, fondé également par un médecin de Charles V.

Enfin nos manuscrits, d'une écriture fort régulière sur deux colonnes, offraient en tête de chaque livre une charmante miniature avec encadrement tricolore (bleu, blanc et or). Voici l'énumération de celles qui n'ont pas été coupées.

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