Tome l^r , 10 f prél. et H 15 pages ; tome
BIBLE DE DOUAI
pages , y compris une table historique et une autre taÎ3le des principales choses contenues dans le texte de T Ecriture- Sainte et dans les notes.
Nous devons donner ici , comme complément , le titre de la traduction du Nouveau-Testament qui avait paru précédemment à Reims en 1582 et qui avait été réimprimé à Anvers , avec de nombreuses corrections :
The New Testament of Jésus Christ faithfully translated into english , out of the authentical Latin , diligently conferred with the Greeke and other éditions in divers languages : with Arguments of bookes and chapters ; Annotations and olher helpes , for the better understanding of the text, and specially for the discoverie of Corruptions in divers late translations : and for cleering controversies in religion of thèse dayes : By the English Collège then résident in Rhemes. — Set forth the second time , by the same collège now returned to Doway. With addition of one new Table of Heretical Corruptions , the other tables and annotations somewhat augmented. Printed at Antwerp, by Daniel Veruliet. 1600. In-4<> de 16 f. prél. 744 pages, et 16 f. pour les tables*.
S'il est vrai , comme on ne saurait guère le contester , que l'appréciation des compositions écrites d'une époque quelconque doive, dans l'intérêt de l'exactitude historique et de la fidélité de la peinture , trouver place dans le tableau des événements , des opinions , des passions ou des préjugés de cette époque , jamais livre peut-être ne mérita mieux une mention spéciale et détaillée que celte traduc-
* Un exemplaire, elle seul que nous ayons jamais vu de celte rare édilion de la Bible de Douai et de celle duNouveau-Testanient de Reims, fail partie de la collection de M. Biganl , conseiller à la Cour royale de Douai.
BIBLE DE DOUAI
lion des Livres saints, entrei3rise dans l'exil et publiée sur le continent par les prêtres catholiques anglais que la persécution avait contraints de venir chercher en France et dans les Pays-Bas un asile pour leur foi et un refuge contre les dangers et les supplices qui les menaçaient sur la terre natale. Celte traduction anglaise de la Bible qui parut , en partie à Reims , en partie à Douai , dans les dernières années du XVl^ siècle , appartient en effet essentiellement à l'histoire des troubles religieux qui agitèrent si profondément l'Angleterre sous les règnes d'Henri VHI , de Marie et d'Elisabeth : et , à ce titre , elle nous a paru digne d'être l'objet d'une notice développée qui rappelât exactement , quoique d'une manière succincte , les circonstances au milieu desquelles elle fut publiée , les antécédents et la situation particulière des prêtres exilés qui conduisirent à fin cette laborieuse entreprise , l'effet que l'ouvrage produisit au moment de sa publication , et enfin l'irritation un peu vive qu'une réimpression assez récente de cette traduction fit naître en Angleterre il n'y a encore que quelques années.
L'avénenjent d'Elisabeth au trône d'Angleterre , le 17 novembre 1558, vint à la fois consolider le schisme opéré, dans la première moitié du siècle , par les passions impétueuses et le despotisme inflexible d'Henri VHI , et ruiner totalement les espérances que les catholiques s'étaient peut-être un peu hâtés de concevoir sous le règne de l'aveugle et intolérante Marie. Digne fille d'un monarque dont le caractère absolu et la volonté indomptable n'avaient jamais reculé devant aucun obstacle moral ou matériel , mais douée d'un esprit plus calme , d'un jugement plus iroid et par cela même plus sûr , d'un caractère aussi persévérant, mais bien moins impétueux que celui de son père, Elisabeih , dès le début de la. longue carrière royale qu'il
BIBLE DE DOUAI
lui était donné de parcourir , comprit sans peine le double intérêt qui lui faisait en quelque sorte une nécessité de sanctionner par une adhésion aussi prompte qu'énergique le schisme imposé à l'Angleterre par le despotisme de Henri VIII. Rejeter irrévocablement toute soumission à l'Eglise romaine qui avait refusé d'approuver le divorce de son père avec Catherine d'Arragon et qui avait par ce refus mis plus qu'en doute la légalité de sa naissance et de ses droits au trône , c'était à la fois , pour Elisabeth , se légitimer comme fille et comme reine , et joindre à son pouvoir , déjà trop grand peut-être , une autorité nouvelle et imposante , l'autorité religieuse, qui ne pouvait qu'en doubler la force , si l'Angleterre adhérait à cette usurpation. La nouvelle reine d'ailleurs connaissait parfaitement la situation morale du pays : elle savait que depuis longtemps , depuis Wiclef peut-être , l'Angleterre était suffisamment préparée à une réforme religieuse , que les doctrines de Luther et de Calvin n'avaient fait qu'accroître cette disposition et avaient trouvé un grand nombre d'adhérents dans la Grande-Bretagne ; elle n'ignorait pas surtout qu'avec cette indécision qui est le résultat infaillible du doute en matière religieuse, les esprits n'avaient plus guère que des convictions incertaines que deux despotismes de nature diverse, celui d'Henri YIII et celui de Marie, avaient fait fléchir à peu près à leur gré ; elle pensa donc qu'il ne lui serait pas bien difficile , avec une volonté ferme et persévérante, de dominer des esprits déjà flol<tants entre l'erreur et la vérité et des caractères à demi subjugués. L'événement prouva qu'Élisabeth avait deviné juste. Aussi n'hésita-t-elle que fort peu à prendre un parti décisif. Pendant quelque temps, il est vrai, elle se montra ou feignit de se montrer assez tolérante pour l'ancienne religion ; mais c'était là, si nous ne nous trompons,
BIBLE DE DOUAI
et toute la vie d'Élisabeih nous paraît justifier cette opinion, c'était là encore un calcul, une manière adroite de mettre les intérêts humains aux prises avec la conscience et de leur laisser ainsi le temps de faire entendre une voix rarement impuissante ou dédaignée. Mais cette épreuve accomplie, la fille de Henri VllI se montra sans déguisement ce qu'elle était et n'hésita plus à trancher la question qu'elle avait ù dessein laissée quelque temps indécise. Des édits sévères proscrivirent l'ancien culte, ses pratiques et ses adhérents; un symbole fut rédigé pour la nouvelle religion dont la Reine, de son autorité privée, se déclarait le chef , et de plus on exigea , sous les peines les plus graves, de tous les sujets anglais, et des ministres de la religion principalement, un serment dont les termes mêmes constituaient une adhésion expresse au schisme et dont il nous paraît utile de donner ici la teneur :
» J'atteste fermement et je déclare en conscience que la Reine est seule souveraine suprême de ce royaume d'Angleterre et de tous les autres domaines et pays soumis à Sa Majesté, non moins dans toutes les choses spirituelles on ecclésiastiques que dans les choses temporelles ; et qu'aucun prince étranger, qu'aucun personnage, prélat, état ou potentat, n'a, de droit ou de fait, aucune juridiction, aucune puissance, aucune suprématie, aucune prééminence, aucune autorité spirituelle ou ecclésiastique dans ce royaume. En conséquence, je renie et je répudie absolument toute juridiction , toute puissance, toute souveraineté, toute autorité étrangère*, »
* Nous donnons le serment d'après le texte latin deSanders, qu'il nous parait convenable de citer ici :
« Ego A. B. prorsus lestiOcor et declaro in conscientia mea Reginam esse solam supremam gubernalricem et islius regni Angliaî , et aliorum omnium suae Majestatis dominiorum et regionum, non minus in omnibua
BIBLE DE DOUAI
Une pareille condition ne pouvait, on le comprendra sans peine, être acceptée des catholiques romains pour lesquels elle était une véritable apostasie , puisqu'elle substituait à l'autorité légitime du Souverain fontife en matière religieuse la suprématie irrégulière et inadmissible d'un souverain laïque, et, dans le cas actuel même, la primauté religieuse d'une femme.
Une grande partie du clergé inférieur et tous les évêques, à l'exception de trois seulement, refusèrent de trahir ainsi leur devoir, leur croyance et leurs serments : ils se hâtèrent de fuir un pays où leur foi devenait un crime, et d'aller chercher sur la terre étrangère un asile où ils pussent attendre des jours meilleurs ou du moins vieillir et mourir en paix au milieu des saintes pratiques de leur culte. Un grand nombre de prêtres catholiques anglais quittèrent donc l'Angleterre à cette époque et vinrent s'établir principalement dans les Pays-Bas, soumis alors à la domination du roi d'Espagne , où ils espéraient avec raison trouver un accueil bienveillant et fraternel. Partout, en effet, les pieux exilés furent accueillis comme de courageuses victimes du devoir; partout on s'empressa de leur montrer une active sympathie et de les appeler, avec les nationaux, au partage des honneurs et des bénéfices de l'Église. La plupart des nouveaux venus justifiaient parfaitement d'ailleurs la bienveillance dont ils étaient
spiritualibus alque ecclesiaslicis rébus vel causis quam temporalibus : et quod nemo externus pririceps, persona, prseiatus , status vel potenlatus , ant facto aut jure, habet aliquam jurisdictionem, potestatem, superioritatem, prœeminentiam vel autoritatem ecclesiasticam aut spiritualem in hoc regno. Ideoque plane renuncio et repudio omnes externas jurisdictiones , potestates, superioritates alque autorilates. »
Nie. Sanderi, de origine ac progressu Schismatis Anglici, liber, edilus elauctus per Ed. Rishlonum. Coloniaî Agrippinsc , 1585, petit in-8o. foi. 147 , verso.
BIBLE DE DOUAI
l'oLjcl (le toutes parts. Plusieurs d'entre eux joignaient aux vertus religieuses qui les soutenaient dans l'adversité la science qui donne quelquefois tant d'éclat à la piété, et quelques-uns s'étaient déjà fait connaître , dans cette lutte opiniâtre entre deux principes opposés, par les nombreux combats livrés par eux à l'erreur alors triomphante.
Peu de temps avant l'époque à laquelle eut lieu cette émigration catholique des prêtres anglais, la ville de Douai avait vu s'élever dans ses murs un établissement longtemps désiré qui devait faire de cette ville un grand centre d'instruction pour la partie de la Flandre Wallonne à laquelle elle appartenait. L'Université , fondée en 1562, réunissait déjà autour d'elle un nombreux concours d'étudiants et de professeurs , et comme cette Université était placée non seulement sous le patronage, mais encore sous la direction immédiate de l'autorité ecclésiastique, comme de plus il existait déjà dans la ville un grand nombre d'établissements religieux, la ville de Douai devait offrir aussi à quelques-uns des prêtres exilés un asile non moins sûr et plus agréable peut-être qu'aucun autre, puisqu'ils pouvaient espérer d'y trouver l'occasion de se rendre utiles de nouveau à cette religion dont ils étaient les martyrs, en consacrant quelques-uns de leurs loisirs à la défense et la propagation des saines doctrines.
Parmi les prêtres anglais qui vinrent chercher à Douai une hospitalité qui leur fut octroyée avec empressement et sympathie, se trouvait un homme jeune encore, mais déjà connu dans son pays et dans le nôtre par la sincérité de sa foi, par la science théologique dont il avait fait preuve, par les combats qu'il avait livrés aux schismatiques. William Allen, Allyn ou Alan, car il se trouve désigné sous ces trois noms différents, William Allen, qui devait (jnelques années plus tard recevoir le chapeau de
iO BIBLE DE DOUAI.
cardinal et le litre d'archevêque de Malines , n'était\ à ravénement de la reine Élisabetli, que simple principal d'un petit collège dépendant de l'université d'Oxford et chanoine d'York. Du moment qu'Allen eut acquis la certitude que le nouveau règne devait être en quelque sorte la sanction et la consécration définitive du schisme Anglico-Luthérien, l'ardeur de son zèle et la fermeté de ses principes religieux ne lui permirent pas d'hésiter un instant sur le parti qu'il crut avoir à prendre. 11 renonça sur-le-champ à son emploi, à ses dignités , à son avenir , à sa patrie , et vint s'étal^lirà Louvain, où il demeura quelque temps, puis retourna en Angleterre , et enfin vers 1566 il revint dans les Pays-Bas et fixa définitivement sa résidence à Douai.
W. Allen était né en quelque sorte pour jouer un rôle important dans cette grande lutte qui s'établit en Angleterre et en Europe entre les anciennes croyances de l'Église et l'hérésie des novateurs. Doué d'une foi aussi vive que sincère, d'un caractère ardent et pourtant réfléchi, d'un esprit juste et fertile en ressources, Allen, qui dans des temps ordinaires eût passé peut-être , dans le silence et l'obscurité, une vie utile, mais ignorée, se trouva appelé par les circonstances à prendre une position qui attira sur lui l'attention et l'intérêt des catholiques restés fidèles, la bienveillance de la cour de Rome et la haine d'Élisabeth. On savait en effet en Angleterre que, comme Annibal cherchant autrefois dans tout l'univers des ennemis au peuple romain, Allen soulevait partout des animosités et des ressentiments contre la fille illégitime d'un souverain que son apostasie avait, à ses yeux, rendu indigne du trône et qu'il déclarait en conséquence également indigne et incapable de régner.
Au milieu de ces préoccupations qui ne le quittèrent jamais et des mouvements auxquels suffisait sa prodigieuse
BIBLE DE DOUAI
activité, W. Allen ne perdit pas de vue un seul instant les intérêts de la religion dont il était le défenseur et l'apôtre. Convaincu que le ressentiment implacable d'Elisabeth , poursuivant dans les retraites les plus ignorées les ministrès de l'ancien culte , ne leur laisserait ni la liberté de propager leurs doctrines , ni les moyens de perpétuer le sacerdoce , il pensa que l'intérêt le plus puissant de la cause sacrée qu'il soutenait était de fonder sur la terre étrangère qui l'avait accueilli un asile où de nouveaux athlètes pussent se préparer sans obstacle aux combats qu'il prévoyait encore.
Vers l'année i568 , d'autres disent dès i566 , W. Allen , réuni à quelques ecclésiastiques fugitifs comme lui , fonda donc à Douai le Collège ou Séminaire des Anglais dont il prit lui-même la direction. Le nouveau collège fut d'abord établi aux frais des fondateurs eux-mêmes , qui mirent en commun tout ce qu'ils possédaient pour faire face aux premières dépenses. lU reçurent aussi quelques secours de ceux de leurs compagnons d'exil assez riches pour leur être utiles , et la charité publique vint également à leur aide Avec ces ressources faibles et assez précaires , le nouvel établissement , soumis à l'autorité absolue et à l'habile direction de W. Allen , prit en peu de temps une importance assez grande pour appeler sur lui l'attention du souverain Pontife et les faveurs du Roi d'Espagne. En 1575 , le Pape Grégoire XUl accorda sponta»
* « CoUegium in aima UniversilateDuacensiinsliluit Alanus,anno domini 1568. Pro cujus sustentalione unusquisque inprimis quod habebat incon munecontulit singulis pro necessario victuet vestitu, judicio ejusdemAlani praesidis distribuendum, qui simul suum quoqiie salariiim, quod ex pro- ^ossione ibidem iheologica quotannis accepit, et quidquid prœlerea ex eleemosynis piorum colligere potuit in eumdem usum convertit, n
Worthington. Catalogus Martyrum et Seminariorum Historid^
BIBLL DE DOUAI.
nëment à celle fondalioii , dont il appréciait l'utilité , une pension annuelle assez considérable qu'il augmenta d'un tiers en 1576 *. En 1578, Philippe II attribua au Collège Anglais une provision de 1600 florins , dont il laissait la libre disposition à W.Allen et à son successeur *. Avec ce double secours et la faveur toujours croissante des catholiques , le collège prit en peu de temps un accroissement considérable et put , dix ans environ après son premier établissement , c'est-à-dire vers 1578 , envoyer à Rome un certain nombre de sujets déjà formés, pour jeter dans la capitale du monde chrétien les fondements d'un autre collège
**Anno 1575, cum in numcrum crevissetCollegium, vix rogatus Grego-
rius decimus teitius menslruam concessil centumaureorum pensionem
Anno autem 1576, idem Summus Ponlifex alios quinquaginta aureos priori menstruœ provisioni superaddidit.
Id.Ihid.
*** Anno autem 1578 , serenissimus rex Philippus secundus concessit etassignavit partem illam 1600 florenorum Seminario Anglorum Duaceno distribuendam judicio docloris Alani et illius successoris prsesidis ejusdeni CoUegii. Id. Ibid.
* L'ouvrage publié sous le litre suivant : Histoire du Collège de Douai, à laquelle on a joint La Politique des Jésuites anglois ; ouvrages traduits de la langue anglaise. Londres , 1762. In-12 , contient quelques détails curieux ; mais comme il est principalement dirigé contre les jésuites et qu'il a tous les caractères d'un pamphlet , il ne doit être lu qu'avec beaucoup de précaution et une certaine défiance justifiée par la partialité évidente de l'auteur.
L'histoire , proprement dite, du Collège de Douai n'occupe que la moindre partie du volume , c'est-à-dire les pages 1 à 62 ; Za Politique secrète des Jésuites anglois, ou Lettres écrites au prwincial des Jésuites anglois , pour servir de preuves aux faits contenus dans l'Histoire du Collège de Douai, remplit les pages 63 à 448.
Nous ne serions pas étonné que cet ouvrage, où respire l'esprit de parti le plus prononcé , dans le sens de l'opinion janséniste , el qui a été publié
sans nom d'auteur ou d'imprimeur , fût sorti secrèleuicnl des presses
de la ville de Douai.
Bir.LE DK DOUAI.
Le nouvel éiablissement , malgré cet éclatant succès , eut cependant une assez fâcheuse épreuve à subir. Soit intrigue politique dirigée par les ministres de l'adroite Elisabeth , soit que la prospérité même du nouveau collège portât ombrage à quelques adversaires inconnus de ses pieux fondateurs , on parvint à persuader au soupçonneux Roi d'Espagne que ces ecclésiastiques qu'il avait accueillis avec tant de faveur entretenaient des intelligences avec les Français. Aux yeux de Phihppe II , c'était là un crime irrémissible , et les prêtres anglais reçurent immédiatement l'ordre de s'éloigner sans délai d'une résidence qui leur était interdite. Aucun historien , que nous sachions , ne fait connaître bien clairement les circonstances qui motivèrent cet ordre rigoureux ; mais il est certain du moins que cet exil fut prononcé et que les réfugiés anglais furent obligés de chercher un nouvel asile *. Us se retirèrent à Reims , où ils étaient assurés d'avance de trouver la protection du Cardinal de Lorraine , frère du duc de Guise , archevêque de cette ville. Dans cette nouvelle résidence , le collège se reconstitua exactement tel qu'il était à Douai ; mais quelques années après , lorsque les préventions du Roi d'Espagne se furent dissipées et que les chefs de cet établissement crurent n'avoir plus à redoii^ ter de nouvelles persécutions , ils vinrent se rétablir de
* Ed. Risliton , dans sa continuation de V Histoire du Schisme , de Sanders, attribue le départ des prêtres anglais à l'animosité des hérétiques qui parvinrent à soulever le peuple contre le nouveau collège. « Factumque est istud Collegium Ha hereticis odiosum ut a populo Belgico tumultuante facile Duaco ejici curarint. Il est certain en eflet que des troubles assez sérieux eurent lieu à Douai vers cette époque, et que le peuple se porta en tumulte et avec des intentions hostiles dans quelques maisons religieuses ; mais aucun monument écrit ne prouve que ces mouvements séditieux fussent particulièrement dirigés contre le Collège Anglais.
BIBLE DE DOUAI
nouveau dans celle ville et continuèrent d'y résider jusqu'à la révolution de 1789. Cet exil temporaire de Reims avait duré 15 ans environ , de 1579 à 1594.
A peine réunis et rendus à la sécurité , au milieu des soins de toute nature que réclamait le nouvel établissement, les fondateurs du Collège Anglais, toujours préoccupés des intérêts de la religion , avaient conçu un projet qui leur semblait éminemment propre à préparer le succès de la cause à laquelle ils avaient consacré leur vie , puisqu'il ne s'agissait de rien moins que de combattre les réformateurs avec leurs propres armes. On sait en effet qu'un des moyens employés par les protestants avec le plus d'avantage pour propager leurs doctrines , ce fut de multiplier et de répandre, autant qu'il leur était possible de le faire, l'Ecriture- Sainte en langue vulgaire , dans des versions de leur façon et avec des corrections propres à justifier leurs hérésies. Ils ne manquaient pas en même temps d'accuser l'Eglise Romaine de s'être toujours déclarée contre cette manière de populariser l'Ecriture et de chercher ainsi à priver les fidèles du trésor de la parole divine qu'on ne laissait arriver jusqu'à eux que par intermédiaire.
Ce reproche était plus spécieux que fondé, L'Eglise Romaine , en mère prudente , avait , il est vrai , toujours recommandé une extrême réserve dans la propagation des Livres saints en langue vulgaire , parce qu'elle savait combien il était facile à l'homme ordinaire de s'égarer dans l'étude de ces hautes vérités qui ont quelquefois embarrassé les esprits les plus éminentset les plus cultivés ; mais jamais elle n'avait formellement interdit ni songé à défendre de mettre la loi sainte à la portée des simples fidèles. Elle voulait seulement que la parole de Dieu leur arrivât dans toute sa pureté primitive , à l'aide des secours de la tradition dont le sacerdoce se trouve le dépositaire
BIBLE DE DOUAI
naturel et légitime. Bien avant l'époque de la réformation, il existait déjà un grand nombre de versions de l'Ecriture dans la plupart des langues de l'Europe , et si nous ne craignions de sortir ici des bornes qui nous sont assignées, il nous serait facile de prouver cette assertion par un grand nombre d'exemples. On trouvera au reste cette preuve sans la moindre difficulté dans tous les ouvrages consacrés spécialement à cette partie de la Bibliographie.
Quelque exagérés que fussent , quelque intéressés que pussent être les reproches adressés avec affectation à l'Eglise Romaine par les théologiens de la réforme , on savait que ces reproches tant de fois répétés avaient fait impression sur un certain nombre d'esprits , et dès lors ils ne pouvaient demeurer sans réplique. Une traduction nouvelle et fidèle de 1* Ecriture-Sainte parut donc au Docteur Allen et à ses pieux collaborateurs la réponse la meilleure et la plus précise qu'on pût faire aux accusations des protestants , en même temps qu'elle fournissait une occasion très-naturelle de redresser leurs erreurs en rectifiant les nombreux passages que l'intérêt des nouvelles doctrines les avait conduits à altérer. Telle fut la double considération qui détermina le Collège Anglais à persévérer dans sa laborieuse entreprise , et vers la fin de Tannée 1582, parut à Reims la première partie de l'ouvrage , la traduction complète du Nouveau Testament, avec une préface destinée à faire connaître lebut de ce travail, et des notes qui avaient pour objet soit d'expliquer les passages difficiles , soit de redresser et de réfuter les erreurs et les opinions des traducteurs hétérodoxes. Le plus grand nombre de ces notes ne portent en général que sur le sens de l'Ecriture qu'elles éclaircissent parfaitement ; mais la justice nous oblige d'ajouter que quelques-unes de ces notes ont aussi le cachet de l'époque à laquelle elles ont été écrites et offrent le
BIBLE DE DOUAI
reflet de la disposition d'esprit où devaient être alors les traducteurs. Ces notes et leur tendance véritable ont été caractérisées avec beaucoup de justesse dans un journal écrit de nos jours par des catholiques anglais et consacré spécialement à la défense de leurs doctrines ; et comme une pareille autorité est essentiellement compétente sur une question de celte nature , nous croyons devoir reproduire ici fidèlement le jugement exprimé par ce journal :
a Les notes du Nouveau Testament avaient incontestablement pour objet de préparer l'opinion publique à l'invasion projetée par Philippe II , au moment où ce prince armait dans ce dessein son invincible Artnada. Ces notes étaient tout-à-fait en harmonie avec la célèbre Déclaration et Sentence du Pape Pie V, qui désignait Elisabeth comme la fille illégitime de Henri VIII , comme une usurpatrice et une souveraine injuste qu'il fallait déposer , comme une schismatique et une hérétique qu'il était non pas seulement permis , mais louable de détruire. Ce document fut répandu avec profusion en Angleterre , avec une proclamation rédigée par W. Allen dans le même but et adressée à la noblesse et à la bourgeoisie. Il est donc évident que ces notes furent inspirées par les passions politiques de cette malheureuse époque pendant laquelle , des deux côtés , la religion devint l'instrument des passions humaines. Mais si nous avons aujourd'hui à rougir du fanatisme (^frenzy) de ces prêtres catholiques qui déshonorèrent la parole de Dieu par de criminelles (airocious) interprétations , les protestants de nos jours n'ont-ils pas à rougir à leur tour de ces lois infâmes qui punissaient par la torture et par la mort des hommes dont tout le crime , dans le principe , fut de chercher à maintenir l'ancienne religion de leur pays ? Des crimes odieux furent commis , des doctrines contraires à l'esprit du christianisme furent propa-
BIBLE DE DOUAI
gëes , mais par les deux partis. C'est là un fait que tout le monde aujourd'hui reconnaît sans contestation. »
Nous n'avons rien à ajouter à une opinion si clairement et si franchement exprimée, quoique l'écrivain nous paraisse exagérer quelque peu, dans les expressions du moins que nous avons citées , le caractère de ces notes. Nous conviendrons toutefois avec lui que les sentiments qui paraissent dominer dans la rédaction de quelques-unes d'entre elles n'étaient que trop contraires au véritable esprit de charité qui fait la base de la religion, et qu'il eût été en conséquence à désirer que les pieux traducteurs , en consacrant leurs veilles à la défense de la vérité , fussent restés plus fidèles aux préceptes de l'Evangile qu'ils traduisaient.
Ce manifeste religieux et politique d'un nouveau genre ne pouvait demeurer sans réponse. Peu de temps après la publication du Nouveau Testament de Reims , Grégoire Martin, l'un des traducteurs, avait publié un petit ouvrage, reproduit dans les éditions postérieures de la traduction et qui avait pour but de démontrer Vinfidëlité et la mauvaise foi des Sectaires anglais dans leurs versions de la Sainte- Ecriture \ L'année suivante , en 1585 , un théologien anglican répondit à cette attaque par un ouvrage destiné ù renvoyer aux catholiques les accusations dirigées contre les protestants et dont le titre nous paraît devoir être transcrit textuellement; il porte ce qui suit : Défense de l'exactitude et de la fidélité de la traduction des Sainte s -Ecriture s en anglais , contre les chicanes innombrables, les querelles
* X Discovery of ihe manifold corruptions of tlie holie Scriplures hy llie Hcrelikes of our claies , specially ihe English Seclaries , andof iheir foui dealing herein by partial and false translations , to llie advaiilage of iheir Hcrcsies , in ihcir English Bibles used and aullioriscd since ihe timo of Schism. By Grcgory Martin , onc of ihe Readers of divinity in iho English Collège of Hhemcs , etc. Printed at Rliemes by John Foigny, 1585
BIBLE DE DOUAI
frivoles et les impudentes calomnies de Grégoire Martin , Vun des professeurs de théologie papiste dans le perfide Séminaire de Reims ;par Will. Fulke, Doct, en théologie, Directeur du Collège de Pembroke^à Cambridge, Londres, H, Bynneman, 1585 * . Six ans après, en 1589 , le même docieur W. Fulke publia à Londres , chez Chr. Barker , imprimeur royal , et dédia à la reine Elisabeth , une édition de la traduction de Reims , à deux colonnes , Tune desquelles contenait la version catholique , tandis que l'autre offrait en regard et comme correctif la version de l'église anglicane, dite Traduction des évéques. A la fin du livre se trouvaiten outre une « Réfutation des arguments» gloses et notes de la version cathcdique , comme contenant des impiétés , des hérésies , des trahisons et calomnies manifestes contre l'église catholique de Dieu , contre ses véritables ministres et contre les traductions en usage dans l'église d' Angleterre** , I/année précédente , un autre théologien de l'église anglicane avait déjà publié et dédié à l'archevêque de Cantorbéry un Coup-d'œil sur les notes marginales du Nouveau Testament papiste, Londres , Th.Woodcocke, 1588'**.
* A Defence of ihe sincère and Irue translation of ihe holie Script iires into ihe English longue , againste ihe manifolde cavils , frivolous quarrels and impudent slanders of Gregorie Martin , one of the Readers of popish Divinilie in the Iraiterous Seminarie of Rhemes. By W. Fulke , D. D. andMasler of Pembroke-Hall,in Cambridge. London,impr. by HenrieBynneman, A». i583.
** A Confutation of allsuch arguments , glosses and annotations as containe manifest impielie or hérésie , treason and slander against the cathoUck church of God , and the true teachers thereof , or the translations usedin the church of England.
*** A View of the marginal noies of die Popish Testament translated into English by the English Fugitive Papists résident al Rhemes in France y by Geo. Wilher. London , Tho. Woodcocke ,1588.
BIBLE DE DOUAI
Ces attaques passionnnées et les mesures violentes qui furent prises en Angleterre pour réprimer les moindres tentatives faites pour rétablir l'ancienne croyance ne découragèrent point les catholiques exilés , qui continuèrent et terminèrent dans les premières années du 17® siècle la lâche laborieuse qu'ils s'étaient imposée. La traduction complète de l'Ancien-Testament parut à Douai en 1609 et en 1610 , et cette traduction , comme celle du Nouveau-Testament , était accompagnée de notes. Mais quoiqu'on trouve encore quelquefois dans ces nouvelles notes un certain souvenir des passions qui avaient dicté les premières , il est juste de reconnaître qu'il y a sous ce rapport amélioration notable. Soit que le temps eût affaibli les ressentiments si vifs encore en 1582 , soit que l'expérience des événements eût averti les traducteurs que la victoire n'était ni aussi facile ni aussi prochaine qu'ils l'avaient d'abord espéré , soit enfin que l'esprit de l'Evangile eût complètement repris en eux l'avantage sur les passions humaines , ils se bornèrent à peu près exclusivement, dans leur travail , à l'interprétation du texte sacré , s'abstenant presque toujours avec soin de toute attaque directe ou trop vive contre leurs adversaires. C'était là un véritable progrès dans le bien , et il est juste d'en tenir compte.
Un assez grand nombre de prêtres anglais s'associèrent sans doute à cette importante et laborieuse entreprise ; mais on désigne seulement comme les principaux auteurs de la traduction : William Allen , qui dirigeait l'ensemble du travail ; Grégoire Martin , ancien maître-ès-arts du collège de Saint- Jean à Oxford , professeur de théologie à Reims , et Richard Bristol , maître-ès-arts du collège du Christ , à Oxford, professeur de théologie et ensuite directeur du collège de Reims. Les notes sont attribuées au docteur Thomas Worthington , théologien distingué , qui
BIBLE DE DOUAI
se chargea en outre de la révision générale de la traduction du Nouveau-Testament. Worthington , comme ses collaborateurs , avait appartenu à l'Université d'Oxford.
Cette traduction orthodoxe de l' Ecriture-Sainte en anglais reçut , en paraissant, la sanction de l'autorité compétente , et quoique aujourd'hui la langue et le style en soient complètement surannés , elle est encore la seule version des Livres saints qui ait conservé Tentière confiance des catholiques d'Angleterre. Quelques essais furent tentés cependant , à diverses époques , pour corriger et pour rajeunir le style de cette version ; mais comme ces essais ne s'appliquèrent qu'à quelques parties séparées des Livres sacrés, et comme ils n'obtinrent d'ailleurs qu'un médiocre succès , c'est seulement encore dans la langue vieillie des traducteurs de Reims et de Douai que les catholiques anglais illettrés croient pouvoir lire avec sécurité l' Ecriture-Sainte.
Cette traduction, qui fit tant de bruit et qui souleva tant de passions à l'époque de sa première apparition , jouissait enfin paisiblement , loin des circonstances orageuses qui l'avaient fait naître , d'une autorité suffisamment justifiée par le temps , lorsqu'une circonstance particulière fit presque renaître les dissentiments qui signalèrent son origine. Fréquemment réimprimée sans aucune opposition en Angleterre et en Irlande depuis' la fin du XVl^ siècle , elle l'avait toujours été sans les notes et comme simple et fidèle version de l'Ecriture. En 1816 , un libraire de Dublin , en publiant le Prospectus d'une réimpression nouvelle , annonça qu'à cette réimpression seraient jointes les notes qui accompagnaient l'édition originale , et , de plus , que la nouvelle édition était ïinie sous le patronage et la direction des supérieurs ecclésiastiques catholiques et notamment avec l'approbation du docteur Troy , alors archevêque de Dublin. Cette édition , qui avait été com^
BIBLE DE DOUAI
mencée en 1813 , et dont la publication fut retardée par diverses causes , parut seulement en 1816 et produisit une assez vive impression parmi les protestants. L'un d'eux la critiqua sévèrement dans un article de la revue qui paraissait alors sous le titre de British Criiic , cita dans son extrait quelques notes prises dans la nouvelle édition et exprima sur ces notes et sur leur tendance un blâme énergique qui fit sensation dans le public. Cet article parvint à la connaissance du docteur Troy, qui crut devoir alors faire insérer un désaveu public de cette édition dans le Freeman' s Journal. Ce désaveu était contenu dans la lettre suivante que nous rapportons intégralement :
« Comme il m'est tombé entre les mains une nouvelle édition du Testament de Reims , publiée à Londres , en 1816, par Coyne , Dublin et Keating , et que l'on dit avoir été revue , corrigée et améliorée par moi, je regarde comme nécessaire de déclarer que je n'ai jamais approuvé et que je n'entends nullement approuver aucune édition de l'Ancien ou du Nouveau-Testament qui ne serait pas conforme de tout point , pour les notes aussi bien que pour le texte , à celle qui a été publiée par R. Cross , à Dublin, en 1791 , laquelle édition contient la formule ordinaire et officielle de mon approbation et a servi de modèle aux diverses éditions qui ont été publiées depuis avec mon autorisation. Comme dans l'édition de 1816, les notes difi'èrent essentiellement de celles qui se trouvent dans celle de 1791 , la seule dont j'aie exclusivement autorisé la pubfication, cette circonstance seule suflirait pour me déterminer à refuser toute espèce d'approbation à cette édition nouvelle ; mais j'ajouterai encore qu'ayant lu et examiné aujourd'hui ces notes pour la première fois, non seulement je refuse de les approuver, mais, de plus, je déclare solennellement {solemnly) que je les rejette en général comme
BIBLE DE DOUAI
acerbes et irritantes dans l'expression , que je rejette quelques-unes d'entre elles comme fausses et absurdes sous le rapport du raisonnement , et plusieurs autres comme contraires à la charité ; ces notes préconisant en outre des doctrines et des opinions que j'ai , d'accord avec tous les autres catholiques de l'empire , désavouées sous la foi du serment.
> Dans de relies circonstances , et sous l'influence des impressions qui dominent mon esprit , je regarde comme un devoir impérieux d'avertir la portion du troupeau catholique soumise à ma direction spirituelle , du danger qu'il peut y avoir pour elle à lire cette nouvelle édition de l'Ecriture ou à donner quelque attention aux notes et commentaires qui l'accompagnent. En conséquence . j'ordonne au clergé catholique romain de ce diocèse d'employer tous les moyens qu'il peut avoir à sa disposition pour prévenir ou pour empêcher parmi les fidèles !a circulation d*un ouvrage qui ne pourrait que les égarer , et que je regarde comme beaucoup plus propre à faire naître et à entretenir parmi les chrétiens l'esprit d'hostihté, de ressentiment et de discorde , qu'à fortifier en eux (comme devrait le faire toute publication de ce genre) le véritable esprit de l'Evangile , qui n'est autre chose que l'esprit de charité, de douceur et de paix*. >
J. T. Troy,
Dublin , le 24 octobre 1817.
Ce noble et loyal désaveu , fait d'une manière explicite et publique , diminua sans doute l'irritation du moment , mais ne détruisit pas complètement toutes les préventions
* The Dublin Review. For July , 1836 , page 511.
BIBLE DE DOUAI
des ibëologiens anglicans contre les catholiques, puisqu'en 4825 , le 17 mai , nous voyons un comité de la Chambre des Communes faire une enquête sur cette réimpression de 1816. Sans doute alors , comme l'avait fait précédemment la lettre du docteur Troy , les explications précises et franches des ministres de l'Eglise catholique calmèrent les inquiétudes de l'Eglise établie , et quelques années plus tard ces mêmes catholiques obtenaient l'Emancipation politique qui leur avait été si long-temps refusée.
En 1836 , toutefois , toutes les alarmes des anglicans n'étaient pas dissipées , puisque vers le milieu de cette année , le 14 juillet, l'Association protestante de Londres crut devoir , dans une réunion convoquée spécialement (meeting), appeler l'attention de tous les fidèles de sa croyance sur les dangers que la véritable foi courait en Irlande, par la réimpression, déjà ancienne , comme on l'a vu , des notes du Nouveau-Testament de Reims. Le Révérend Robert Mac-Ghee se chargea en effet de faire connaître aux nombreux auditeurs que la solennité de cet appel avait réunis autour de lui les périls dont ils lui semblaient menacés dans leur foi par cette réimpression d'un ouvrage autrefois écrit sous l'inspiration des passions les plus ardentes et des ressentiments les plus vifs. Ce retour intempestif à des souvenirs d'une autre époque n'eut d'autre effet heureusement que de produire une polémique assez animée dans les journaux , et la discussion se termina avec la dispersion de l'assemblée qui avait été convoquée pour l'entendre. Le bon sens public comprit que le temps n'était plus où ces sortes de questions , en agitant profondément les esprits , pouvaient éveiller de sérieux débats , et l'Angleterre protestante resta calme malgré le cri d'alarme que venait de faire entendre le Rév. Robert Mac-Ghee , qu'un journal catholique traita assez mal , mais qui n'eut ni à
BIBLE DE DOUAI
craindre ni à braver Ses honneurs du martyre. La Revue de Dublin (The Dublin Bevîew),ve\m trimestrielle publiée à l^ondres par une société de catholiques , contient dans son numéro de juillet 4836 , pag. 499-548 , un exposé complet de tout ce qui se passa dans la réunion de Y Association protestante. Cet exposé, écrit avec soin et peut-être aussi avec un peu de vivacité , renferme une foule de renseignements curieux et intéressants pour l'histoire des catholiques d'Angleterre et d'Irlande.
Si nous avons réussi à donner une idée assez exacte de l'agitation que fit naître à diverses époques la publication ou la réimpression de cette traduction de TEcriture-Sainte, on comprendra sans peine comment nous avons pensé qu'un livre qui avait obtenu ce genre particulier de célébrité méritait de devenir l'objet d'une notice développée qui le rattachât d'une manière spéciale à l'histoire de l'époque fameuse à laquelle il dut en quelque sorte son origine. Ajoutons que l'édition originale du Nouveau Testament de Reims et de la Bible de Douai est aujourd'hui un livre tellement rare que nous l'avons vainement cherché pendant plusieurs années dans les grandes bibliothèques , et que ce n'est que depuis très-peu de temps que nous sommes parvenu à en voir un exemplaire qui a généreusement été mis à notre disposition par son heureux possesseur.
Imp. de V. Adam. (Juin 184!.;
3^ ûr. ifô i^. /z y: /
I B O STO N P U B Ll C Ll B RARY