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ARTICLE PREMIER

Naissance, résidence, profession.

Thomas Baillairgé, fils de Francois Baillairgé et de Marie- Joseph-Geneviève Boutin de Piémont, et petit-fils de Jean Baillairgé II, naquit à Québec, le 20 décembre 1791.

D'une constitution assez robuste, et de taille au-dessus de la moyenne, il ressemblait beauroup à sa mère, réputée une des plus belles femmes de Québec, Le sang des races classiques de l'Italie et de la France coulait dans ses veines. Ne soyons donc pas surpris si l'amour de l’art se développa bientôt chez lui.

Il reçut une éducation à la hauteur de la profession à laquelle il devait se livrer. M. René Saint-Jacques, un des sculpteurs les plus renommés de son temps, lui enseigna la sculpture ; son père Francois l’initia à l'étude et à la pratit : de l’architecture et de la statuaire, Il acquit bientôt dans ces diverses branches une habileté, qui fit de lui une de nos célébrités artistiques.

Il occupait la maison de son père, sur la rue St-François

( Ferland). Louis-de-Gonzague, fils de Pierre-Florent, occupait

à partie de la même maison, avec sa mère et sa sœur Agathe et continue d’y résider en 1891. (1)

En 1812, Thomas entra en pleine possession de l'atelier de son père François nommé trésorier de la cité, (Cet atelier devint bientôt le rendez-vous de tous les artistes canadiens et étrangers.

On venait de toutes les parties de la province, le consulter et lui donner des commandes pour la construction ou l’ornementation d’églises et d'autres grands édifices.

ARTICLE DEUXIÈME h : q SOIRÉES D'HIVER a Il sut se faire, grâce à ses manières affables et à son érudi- de tion, un grand nombre d’amis dans les meilleures classes de la te société. q En hiver, le samedi soir, se réunissaient chez lui : — MM. à Archange Parant, le notaire, F.-X. Garneau, l'historien, Ls. pl Fiset, le protonotaire, père de l’un de ceux qui exercent cette ge charge aujourd’hui, le notaire Glakemeyÿer, père, — Lafleur, à du bureau de la Trinité ( des pilotes ), L.-T. Berlinguet, l’archi- À: | tecte, père de François-Xavier, architecte aussi, Delorbaëz et m | les deux cousins Théophile et Louis-de-Gonzague avec George- fla Frédéric le collégien, fils de Théophile. 80! Les soirées se passaient à discuter les nouvelles politiques du jour, les sciences et l'histoire : de temps à autre, on jouait aux me échecs, et les amateurs de tabac, tels que, MM. Fiset, Parant et mé Thomas, ne manquaient pas de fumer le calumet symbole de ex l'amitié et de la paix, mais on ne buvait jamais de liqueurs de fortes. ; for A ces réunions, assistait ordinairement, mademoiselle Pâquet, pre la gouvernante, par excellence, que Thomas estimait beaucoup de

(1) Le reste de la maison, après le décès de Thomas, a été occupé par Théophile cousinermain de Thomas et son frère Louis de-Gonzague, et ensuite, pendant plusieurs années, par a veuve et les enfunts de Théophile, auxquels elle a été léguée. qu

et dont il regretta grandement le départ, lorsqu'elle se maria avec son cousin M. Pâquet, l'architecte, un de ses élèves.

Un soir, veille du jour de l'an, il y avait rendez-vous chez Thomas, de tous les amis, ci-dessus mentionnés ; le vent ébranlait la maison et la neige poudrait; pendant que la conversation était très animée, on entendit frapper à la contre-porte du dehors, vers neuf heures du soir ; mademoiselle Pâquet s’y renit avec une bougie et, à sa grande surprise, elle aperçut dans le tambour, entre les deux portes, un panier. Croyant que quelque lavandière avait envoyé son panier à la mauvaise adresse, elle se hâta de regarder au dehors, pour avertir le porteur de son erreur, mais ne put voir personne ; elle entra donc le panier et, à la demande de Thomas, le déposa sur la table de la chambre où se trouvaient ses amis qui lui dirent que ça devait être un cadeau du jour de l'an. Elle se mit à vider le panier ; le premier objet fut une couverte de laine, puis un drap, puis un châle et, en dessous, un paquet soigneusement enveloppé de flanelles blanches. Etait-ce des chemises à jabot, ou une jupe brodée, ou une porcelaine de Sèvres ? Avant qu'elle eut le temps d'ouvrir le précieux paquet, un gémissement frappe les oreilles ; elle se hâte d'enlever les flanelles, et présente, au grand ébahissement de tous, un souvenir vivant de l'Enfant Jésus dans sa crèche.

F.-X.Garneau, L.de Gonzague Baillairgé et les autres, gais comme des pinçons,ce soir là,présentèrent solennellement leurs hommages et félicitations à Thomas Baillairgé. Celui-ci, qui avait un excellent cœur, crut que la Providence lui procurait l’occasion de faire une grande charité à quelque âme inconnue. Il prit fort bien la chose et donna ordre à mademoiselle d'envoyer le précieux cadeau à une nourrice dans le voisinage. Le bambin devint homme à son tour, et prit le nom de son bienfaiteur; nous ignorons ce qu'il est devenu, mais nous croyons qu’il a résidé quelque temps au faubourg St.-Roch de Québec.

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