PROMENADE AU PETIT-CAP DE SAINT-JOACHIM
où J. F. X. Baillairgé passait ses vacances,
Un dimanche du mois d'août en 1889, après avoir assisté à la messe dans la nouvelle église de la Bonne Sainte-Anne où se trouvaient réunis des centaines de pèlerins venus de toutes parts, pour y assister aux divins mystères et pour y implorer les secours de la grande sainte, je me rendis au Petit-Cap de Saint.-Joachim, la paroisse voisine ou j'avais passé, en 1836 et 1840, les vacances avec divers membres du clergé, entre autres avec mon oncle Xavier et deux ou trois jeunes écoliers comme moi.
Pour la première fois, après une période de:cinquante ans, je revoyais l'antique château Bellevue des prêtres, vaste édifice sans prétentions, à deux étages, (1) et sa petite chapelle, en
(1)Le château de Bellevue çomprend un rez-de-chaussée et un étage au-dessus. Les murs extérieurs sont de pierre en assises irrégulières, recouvertes d’un crépi de mortier blanchi à la chaux.
Dans la cuisine, de mon temps, on 8e servait d’une vaste cheminée munie d’une crémail.… lère pour suspendre les marmites, et d’une broche tournante servant à faire rôtir, en même temps, diverses sortes de viandes, au-dessus de la braise.
pierre, à quelques pas plus loin, dédiée à Saint.-Louis-de- Gonzague, les bocages environnants et les allées ombragées de ce cap pittoresque qui s'élève comme un ilôt près du pied du Cap Tourmente, De son sominet, la vue s'étend sur les plaines fertiles qui l'entourent, sur le Saint-Laurent, sur sa rive sud dans le lointain, sur les riantes campagnes de l’île 4 Jrléans, et sur l’île Madame (qui divisent son chenal en deux parties, jusqu'au port de Québec, à huit lieues vers le sud-ouest), sur les jolis villages qui bordent le grand fleuve,au nord, et sur la haute chaîne des Laurentiies dont les terrasses en partie boisées, en partie cultivées, s'élèvent gradnellement en arrière et bornent horizon par lers cimes aux gracieux contours.
Ma fille Frédérica et J. K. Guay l'ingénieur, son mari, qui nraccompagnaient, ne pou cent se rassassier, avec moi, de contempler ce ravissant tableaux.
Le jour de notre visite, nous eûmes le plaisir inattendu de rencontrer, an château, Mgr. Thos. E, Hamel, M. l'ablé Latlamme, et quelques autres membres du clergé avec un petit eroupe décoliers,
Comme c'était l'après-midi du dimanche, nous assistèmes aux vêpres dans la modeste chapelle dont l’intérieur avait été embelli, sans que sa physionomie d'autrefois ait été changée,
Sous sa voûte silencieuse, il me semblait voir encore ceux qui avaient tant de fois offert le saint sacrifice à ses autels ; il me semblait voir aussi, l'oncle Xavier remplissant les triples fonctions de curé, de sacristain et de connétable parmi ceux qui, de près et de loin, fréquentaient ce sanctuaire vénéré,
Après l'office, nous nous promenames quelque temps dans la principale allée, à l'ombre des grands chênes, des érables, des merisiers et des tilleuls entremêlés de pins, de sapins et de bouleaux,
On nous fit visiter ensuite, la maison patriarcale des prêtres, où l'on a fait peu de changements, sauf quant à la disposition des chambres,
Dans la vie de Mgr, de Laval par l'abbé Aug, Gosselin, page 686, tome deuxième on voit que :—
La chapelle Saint-Louis-de-Gonzague, suivant l'inscription que le séminaire décida, par une résolution du 30 juillet 1781, de faire graver au-dessus de la porte d’entrée, est due à la générosité de Mgr J. OI. Briand qui la fit construire à ses frais. Voici cette inscription ; — “ JU, ac. R. D. Ep. J. OÙ Briand liberalitate exstructum, 1780. ” |
Le château Bellevue fut construit par le Séminaire, avec l’aide de Mgr Briand, en 1778, comme maison de compagne et de récréation pour les élèves, pendant leurs vacances, Au-dessus de la grande porte, du côté du jardin, se trouve l'inscription suivante :
“ Eia age, : nunc salta : nunce itu musa dit. Alummorum Sem. Queb. induciarum. Dom. 1779,
Dès l’année, 1692, les élèves du petit séminaire, allaient passer leurs vacances à Saint-Joachim, Cet usage subsista jusqu'en 1759, que la Grande. Ferme fut pillée et brûlée par les Anglais, et que son curé et plusieurs des habitants furent massacrés et scalpés par les sauvages au service des Anglais, ( lorsque Wolfe, Murray, Monckton et Saunders, attaquèrent Québec avec une armée formidable et une flotte de 46 vaisseaux de guerre avec 1886 canons, sans compter un très grand nombre d’autres voiliers qui l’accompagnaient,. )
Les prélats, les prêtres, les ecclésiastiques et les écoliers, avec qui j'avais passé tant d’heures agréables au Petit-Cap et à la Grande-Ferme, pendant mes vacances en 1836 et 1840, sont presque tous disparus. Ce sont :—l’archevêque P. F, Turgeon, l'archevêque C. F. Baiïllargeon, alors ecclésiastique, l’evêque E. J. Horan, ecclésiastique, Mgr J, B. Bolduc, alors écolier, puis scctésiastique, les révérends Antoine Parent, supérieur, Jean Holmes, préfet des études, Joseph Aubry, directeur, Louis Gingras, procureur, L. J, Casault, professeur de physique, qui fut nommé premier recteur de l’Université Laval vers 1853, l’on. cle Xavier, l’intendant du château, Félix Buteau, alors écolier, devenu plus tard directeur du grand séminaire de Québec, et euré de Sainte-Claire, Joseph Parent, écolier et neveu du su-
périeur, qui est devenu médecin, et son frère—; il ne reste plus que mon ancien professeur de rhétorique et de philosophie, son Eminence le Cardinal E. A. Taschereau, archevêque de Québec, et mon frère Charles. Mais il reste encore beaucoup de mes confrères de collège qui ont passé partie de leurs vacances au Petit-Cap, avec l'oncle Xavier.
SIXIÈME GÉNERATION (suite)