‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 7 sur 27 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Ce royaume comprenait sept principales divisions territoriales, savoir : cinq dans sa partie septentrionale, le duché de France, auquel la royauté était attachée , le duché de Normandie, le duché de Bourgogne, le comté de Flandre, le comté de Champagne; et deux dans sa partie méridionale, le duché d'Aquitaine définitivement confondu avec le comté de Poitiers et le comté de Toulouse. C'étaient là les grands fiefs. Chacun d'eux avait dans sa mouvance d'autres fiefs d*un ordre inférieur, quoique fort considérables. Le duché de France avait dans la sienne les comtés du Maiae et d'Anjou, de Paris et d'Orléans; le comté de Flandre avait les comtés du Hainaut, du Brabant, etc. ; le duché de Normandie avait le comté de Bretagne; le duché de Bourgogne avait les comtés de Nevers,de Charolais, du Bourbon* nais; le duché d'Aquitaine avait le duché de Gascogne, les comtés de la Marche, d'Angoumois, de Périgord, d'Auvergne, etc. ; et le comté de Toulouse avait les comtés de Rouergue, éte Quercy , les vicomtés de Narbonne , de Béziers , etc.

Ces fiefs du second ordre, à leur tour, avaient dans leurs mouvances plusieurs arrière-fiefs qui consistaient surtout en vicomtés de villes , en baronnies ou chàtellenies, renfermant un assez grand nombre de paroisses et de villages. En dessous de ces feudatâires s'en trouvaient encorè d'autres, simples possesseurs de chÀteàux, qui ataient pour sujets leurs paysans ou leurs serfs.

Il n'existait pas encore de lien suffisant pour rapprocher ces diverses portions de territoire : l'anarchie était à son comble. Faute d'un pou* voir commun reconnu, les guerres avaient lieu de province à province, de ville à ville, de château à château. Les récoltes étaient ravagées , les marchands pillés, et les moyens de subsistance étaient devenus si rares, que, pendant les soixante et treize années qui suivirent l'avénement de Hugues Capet, il y eut presque constamment des famines , accompagnées d'une contagion particulière à cette époque et appelée mal des ardents.

Mais la société chrétienne ayant été organisée dans le onzième siècle par le clergé, la société féodale s'organisa alors sous son influence^ L'autorité générale, qui s'étendait sur la surfer entière do territoire pendant la période carlovingienne ; les lois diverses qui, tout en laissant beaucoup de marge aux passions et à la force, fixaient néan^ moins les rapports politiques et les rapports privés ; les institntioi» municipales qui régissaient anciennement la plupart des villes

pu tX FBAIf6B, lÔÏ

avaieat été détruites ou pf ofe^dément altérées. Il ne mttàt guère de l'ancien ordre de choses que le système de la clientèle militaire. Il est vrai que ce système, universellement adopté, avait embrassé dans ses liens les terres et les pouvoirscomme les personnes, et qu'il pouvait con* servé les débris des lois précédentes sur les devoirs militaires et Texer* eice de la justice. Il pouvait donc servir seul à constituer la société «louvelle. Mais il fallait pour cda que sa hiérarebie devint réelle pe^r Fintroduetion de la subordimition dans ses rangs ; que les rapports de droit et de devoir qu'elle établissait entre ses membres fussent admis et respectés ; que la guerre, qui était son pfindpe et son moyen, fût itestreinte dans ses cas et régularisée dans son action; il fallait en un mot que la désorganisation prît la forme de Tordre , et que la force empruntAt le caractère du droit. Ce fut au onzième siècle que cette iévolution s'opéra dans les degrés inférieurs de la société féodale. Mais eenefut qu'an douzième siècle que la royauté opéra dans ses degrés supérieurs la même révolution en liant à elle les grands fiefs, comme les souverains de ces territoires avaient lié à eux les arrière-flefs qui en dépendaient.

Depuis 987 jusqu'à 1101 , les rois de la dynastie capétienne furent réduits à une impuissance à peu près complète. Les quatre règnes de Hugues Capet, de son fils Robert, et de Henri et de Philippe P% remplirent ce long intervalle. Sacrés du vivant les uns des autres, afin d'éviter les secousses causées depuis 888 jusqu'en 987 par le système électif, ces rois s'assurèrent la possession de la couronne. C'est à peu pr^ tout ce qu'ils firent ; car , malgré leur titre qui les plaçait à la tète de la hiérarchie féodale , ils n'obtinrent, pendant cette période , fti l'obéissance des grands vassaux du royaume , ni celle des petits barons du duché de France. Ceux-ci vivaient dans l'indépendance et ie brigandage; ils descendaient de leurs tours construites sur des hauteurs pour piller les terres de l'Église et pour détrousser les passants, ils infestaient les chemins, et empêchaient les communications entre Paris, Compiègne, Melun, Ètampes et Orléans, les seules villes possédées par le roi.

Les princes capétiens s'occupèrent d'abord à soumettre les barons d« duché de France, afin d'établir l'ordre féodal dans leur fief avant de l'établir dans le royaume. Louis VI, appelé l'Éveillé et puis le Groà^ accompKt ce double changeipent, Sacré en 1101 , du vivant de son père Philippe P% qu'il ne remplaça qu'en 1108, il commença, immé-

diatement après son sacre, à revendiquer la subordination des barons du duché de France. Mais ceux-ci ne voulant pas se soumettre à sa juridiction et renoncer à leurs brigandages, il entreprit contre eux upe guerre qui dura quatorze ans. Il la soutint à l'aide de quelques hommes d'armes \ et surtout des milices paroissiales des villes, qu'il iQva régulièrenient à dater de 1108» et qui le secondèrent puissaœ* ment dans le rétablissement de l'ordre. Burchard, seigneur de Mont* n^rency ; Matthieu , comte de Beaumont , le Roger , seigneur de liuzarches et de Ghambly; Philippe, comte de Mantes et seigneur de Montlhéry , Drogon , seigneur de Monchy-le-Ghàtel; Guy , seigneur de Bochefort et de Ghàteaufort ; Hugues de Pomponne , seigneur de Grécy etdeGournay; Hugues, comte de Gorbeil et seigneur de Puyset; tantôt séparés, tantôt réunis, opposèrent une vive et longue résistance aux projets de Louis le Gros. Mais des défaites répétées, la prise et la destruction de la plupart de leurs forteresses , les obligèrent h poser les armes et à reconnaître définitivement en 1115 la prépondérance et l'autorité féodale du roi.

Louis le Gros, après avoir renversé les barrières de forteresses qui entravaient les relations des villes de son duché, après y avoir rendu la circulation de son pouvoir prompte , facile et sûre, étendit cette révolution au royaume. Son activité, sa justice, sa vigueur, sessuccès^ le rendirent le recours de tous les faibles et de tous les opprimés. En un mot, pendant le reste de son règne, tous ceux qui avaient à faire valoir la règle féodale contre la force, s'adressèrent à lui. Il établit ainsi sa juridiction dans le Berri, le Nivernais, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Velay, le Vermandois, la Flandre, appelant les vassaux du royaume dans ses cours de justice pour y vider les contestations féodales, et les conduisant sous sa bannière pour exécuter les décisions qu'elles avaient prononcées. De 1115 à 1138, il fit admettre dans une partie du royaume l'autorité de la couronne qu'il avait ^afi'ermie dans le duché de France de 1101 à 1115.

La société féodale fut alors réellement organisée. Une législation précise et rei^nnue fixa les rapports de tous ses membres, depuis le mmple chÀtelain jusqu'au roi. Elle détermina le service militaire, ses •cas obligatoires, sa durée, la composition des tribunaux, leur procédure, les règles de leurs jugements. Faite pour une société renais-

^ > Leur nombre Des*éieva jamais au delà de cinq cents.

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saate et militaire, cette législation ne put pas tout régler parla jus* tice, et elle livra encore beaucoup de questions aux solutions de la force. Ainsi, dans certaines circonstances politiques, elle autorïsa \eA guerres privées, et, dans 1^ cas juridiques douteux, elle permit le combat entre les parties. Le droit civil et la morale de cette société gi^rrière furent militaires, comme l'étaient sa législation politique el sa jurisprudence* ABn d'assurer le service du fief, la tutelle du gentilhomme fut confiée au suzerain par la garde noble ; son mariagé eut besoin de son consentement ; sa majorité fut marquée par la {Hrise d'armes, et la loi de succession à laquelle il fut soumis accorda à fatné de la famille les deux tiers du fief et le manoir. La société féodale eut un système d'éducation, de morale, et de délassement, conforme à son principe et à son état, dans les longs exercices dtt cheval, de l'épée et de la lance, dans les lois de chevalerie et dans tes tournois. Cet ordre de [choses était fort imparfait ; mais , au sortir d'une aussi grande dissolution, il était un pas du genre humain vers la règle, parla législation du désordre, et vers la paix, parles conditions imposées à la guerre.

La double révolution opérée dans la société chrétienne et dans la société militaire, parle rétablissement du droit et de la subordination, amena l'affranchissement des villes. Les villes étaient en général devenues depuisle neuvième siècle la propriété de seigneurs particuliers ou laïques ou ecclésiastiques. Leurs habitants, contenus par une forteresse et de petites garnisons, jugés par des oflSciers seigneuriaux, et arbitrairement imposés , n'avaient , sous forme de coutumes , que quelques garanties pour le commerce des denrées locales ou l'exercice des métiers les plus indispensables. Les troubles apportés à la culture et aux rapports commerciaux par la guerre et l'anarchie, avaient diminué la population des villes. Mais la restauration sociale du onzième siècle ayant permis à la culture de s'étendre et au commerce de renaître, les villes assises sur les côtes de la Méditerranée, sur les bords de l'Océan faisant face à l'Angleterre, sur les cours d'eau dans l'intérieur des pays, prospérèrent assez rapidement. L'agriculture se développa et fournit beaucoup plus de produits alimentaires et prq)res à être manufacturés, le trafic des denrées locales devint plus considérable à cause de la sûreté plus grande des rivières et des chemins. Le commerce des épiceries et des marchandises de l'Orient se refit par Gonstantinople et par la Syrie. Les Italiens, les Proven-

tlO FORMATION XlttftrTMIMJt ET POUTIQUE

çMX, les LBBgnedociens, tes Gatalms^ allèreiitlescbeiolier clsm^ e&trepètey et des marcfaaads les colportèmiteitôQite des bords de Ui Méditerraaée dans les foires du cootiDent. La {abrieaUon de la sofe pàssa de Teoipire grec en Italie, et la labrieatioa de la laiae, du «banvre^ du Un, du fa*, aagiseiita d'une manière proéii^ieuse dans tous les pays. Aussi les métîefs se muttipltèrent, iei artisans et les marcbaiids se formèreni eo corporations, et, devenus i^oombreuiSL |«ir la loi cpi {^-oportionne la popolatioa aux moyens de stibststance» fias riches par les déboucbés que le retour de la sécurité publique ouvrit à leur travail, plus fiers par le sentiment de leur importance;, et plus entreprenants par Tid^ du droit qui était oniversellet ils fiti^t en ^t d'aciteter m de conquérir leur liberté politique* Les habitants de Yenfee, d'Amalfi, de Naples, de Gènes, Pise, ^ avaient précédé ceux des autres viUes daas le commerce^ les préi^ dèrent dans la nouvelle indépendance. Mais ces républiques t^us précoce tarent imitées, de 1100 à 1150, par les villes de la violée ^ F6, des ci&tes de la Provence, du Languedoc, de k Catalogne, des bords de TOcéan, des vallées de là Garonne, de la Loire, de la Seino, de rOise, de la Marne, de la Somme, ^vA a'^ganisàreot d'one manière plus ou moins indépendante, setou la faiblesse ou la pnis»oee des seigneurs auxquels elles étaient assujetties.

En France, la plupart d'entre elles (Atii^eat à prix d'argent, ou se donnèrent par l'insun^ction des constitutions cpi les rendirent semblables non point aux anciens municipes, mais à 4es États «ouverains. Appdées républiques m midi, <»»mmunes au nord, dtes eurent ici des maires et des édievins pour les gouv eraer, là des consuls, des syndics et des jurats. Leurs citoyens purent s'assemyar au son du beffroi, s*imposer, se juger, seforti^r, se défendront marcher à la guerre sous leurs cAiefs et leur bannière. Les souverains qui fucent ass€% forts pour régler les conditi<His de l'affranchissement, modé- ^•èrefrt cette révolution. Ils donnèrent aux villes dont ils-^ient fm^ priétaîres, des chartes de privilèges quS assurèrent la liberté, les propriétés, le commercede leurs habitants et la police de leurs corpoi^ons. 'Mais ils ne leur cédèrent pas la souverasneté par des diart^ de communes.

Louis le Gros, sons le règne ctoqoel éclata wtte révohrtion, se montra favorable aux villes dont les mitîces l'avaient fidèlement servi et qui étaient ses alliées naturelles. Il donna des privii^i^fduséteoius

m& MUi^mb^ âe Pari»» «TOriéam, d'Ètm^^ # Vki^n, ée Cm beii, 6(e..., fiH€ft de seK^osaiâ^, mm il MQsefva tpr j'adn)&- «irtratiofi de ia jastiee et des aiœes pur ses prévéte» Fto g^oér^ «iiv<eri kfi ?ilk8 de êes y^mm^ il aee^oda Jieur iii4i^eii4aoQe totaifir. ft tBtenrM en faveur deseommaoea des bor4s de TOise #t 4e la ^(mm* ^\ étaîeRt m d^at avec leofa sdgneim^ presque tous eçcdéûiisiiq^» ^ fi eonfiriBa, à frix «fiaient il est wai, iea efa«rtes qit'^ltell^aîeiM^ flcquiges de vive fevee ou par a^at. Ë& retour» ûes ailles m^mmh ^Mes servireiit te fKHi¥ok reyai, et epv^yèreiit lemrs B»iii^^i}fi;|ji iMannière dans les guerres^énérales.

Uoi^^satiofi de la elasse uiftMtine, dég^i^ des liens 4e la 4édda)ité, ceoairiéU la forinaticm de ia nop^dle société europée^me» dansie douzième siècle, ^it reCatledesdécombi^ée raudeane isodé^é. Efi France, Louis le Gros «onlrilima k r^er ses^ rapportait 4 fixer son gouvem^nent. Il mit ^ la t^e des «eign^rs féodaux iOt 1^ bourgeois républicains le rm comme médistoir et emime £eu. i^aifl. Son âls et smi saeee^diir,Li^is ¥11, ai^lsqua, aoit aiix fieft, eoit aux coinmunes, te même système, à r^^fermissepieat diiqijiei ia 4]fina8lie «apétienne consacra tof^ ses e^rts pendant k dwée 4u ^éoodèsie sièële.

Mais, après s'être fiét partout reeonnetteçy le ppuymr Jioydl ciieret^ natnrdlement à s'étendra, et Pbttippe-Augiiste, petit-fils de Lonis le »6ros, rendît coec^uérante la 4;ouronne fatn ^ïeiil «vaît resydue «eraine. La dynsstie nouvelle était ImraUement placée pour réonir ^ terri t^e de la France sous aa Jonioatî^n ^ «n former «tn État ompacte. Ses d^saines^ situés an «entre 4u pafs, toi donneiient -grande fa^^té néographifuei s'a^andir^ ^sen t^e daos la ^ciété iédfhile kû en offrait les m^df^^ soitpar des naarifl^as» «oj| par d§s ttnftés, «soit par des coi^scaiienSy :soit par des?can<péta(SL topuiss^kots jusque-là, ou occupés de Tétablissemeat deieur ^pçéa^atie, les priiM^ ^péliens avaient fait peu d'^nîaiUûns* lia av^îaftt seideuiefit^jouté à leur domaine }e Y^in français, les ^iHntés de Ma/^ïtes^ ide Di:ew» de €oièeii, leGatinom^s le4tt^de Franoe, et la viq^mté de Bqut^ Aom de ce diiciié. Mats ^tfmdis /qu'ils s!étaient presque maintenus daps leurs anciennes et étroites limites, par la faute de Laaûs VU dit Jfeune^iui avait i^dié Èté{»ered'A(inHAine;et son licbe liéptage, les ducs de Normandie avaient extraordinairement .élargi les Imm^ €k^ d»p6npieqiii i^t envalii «la France après tous les aiitres, cpi

112 FORMATION TBRRITORIAUS )BT POLITIQUE

s'y était le plus régulièrement établi, qui était le mieux dlsciplioé et le plus entrepreuaut, ils s'étaient agrandis les premiers. Ils avaient conquis l'Angleterre, en face de laquelle ils se trouvaient placés, et réuni toute la partie occidentale du continent, depuis Dieppe jusqu'à Bayonne, en absorbant par des mariages trois des plus grandes dynasties provinciales de la France. Ces trois dynasties étaient celle ée» Plantagenets, qui possédait l'Anjou, le Maine et la Touraine; celle d'Aquitaine, qui régnait sur le Poitou, la Saintonge, le Bordelais, te Gtasçogne, l'Agenois, le Quercy ; et celle de Bretagne, souveraine <te cette importante péninsule.

Les rois capétiens, avant de songer à s'agrandir, travaillèrent à affaiblir la monarchie anglo-normande. Louis YII se mit à la tète de toute la confédération féodale de France, alarmée de la puissance dôj Henri II, roi d'Angleterre, et depuis 1160 jusqu'en'1173 il empêclii^ ce prince, qui convoitait le Languedoc, de s'étendre davantage. A; dater de cette époque jusqu'en 1201, Louis VII et son fils Philippe* Auguste suscitèrent des insurrections féodales dans les États m^kh normands, et provoquèrent des dissensions dans la famille qui régnait < sur euXy dans le but de séparer les provinces continentales de ceHas de l'île. Après avoir fortement ébranlé la monarchie anglo-normande, au moyen de cette politique habile, Philippe-Auguste crut pouvoir la démembrer. Profitant des vices, de la tyrannie et de la lâcheté de Jean sans Terre, qui éloignaient de lui tous ses vassaux du continent, il donna l'investiture de la Guienne, du Poitou, du Maine, de l'AojoU' et delà Touraine à son neveu Arthur, fils de Geoffroi, comte de Brer tagne, qui lui céda en retour toutes les conquêtes qu'il ferait en Normandie. Mais l'année suivante, Arthur, ayant été battu, pris et tué en trahison par son oncle, Philippe-Auguste profita de ce meurtre pour opérer le démembrement de la monarchie anglo-normande, non plus au profit d'autrui, mais au sien.

Après avoir réuni à la couronne l'Amiénois, le Yermandois , le Yalois, en 1185, par l'extinction de la branche capétienne qui les possédait, et l'Artois en 1199, par héritage, du chef de sa temvm Isabelle de Flandre et de Hainaut, il conquit, de 1202 à 1206, la Normandie, la Touraine, l'Anjou , le Maine, le Poitou, sur Jean sans Terre. Sa cour féodale déclara ces provinces légitimement confisquées à cause du meurtre d'Arthur, et les lui adjugea. Il ne changea point leur condition, et, par une méthode habile qui eu général fut suivie

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depuis^tt facilita les conquêtes de la monarchie, il ne fit que se substituer au souverain précédent, prit ses domaines personnels, occupa ses châteaux dans lesquels il mit garnison, et s'appropria ses autres droits.

Mais lorsqu'il fiit devenu mattre de tant de pays nouveaux , quand il eut donné Théritière de la Bretagne à Pierre Mauclerc, membre de la famille capétienne, qui fonda dans ce pays une dynastie française, l'accroissement extraordinaire de son territoire et de sa imissance alarma à son tour toute la confédération féodale. Dès ce moment, les rôles changèrent, et ce ne furent plus les rois de France qui suscitèrent des coalitions contre les rois d'Angleterre , mais les rois d'Angleterre qui , jusqu'à leur expulsion définitive de la terre ferme, en provoquèrent contre les rois de France. La plus redoutable do ces coalitions fut celle de 1214, qui mit en péril la monarchie et së9 nouvelles acquisitions. Tous les barons du Nord , soutenus par rèmpereur d'Allemagne, et tous ceux de l'Ouest, soutenus par le roi d'Angleterre, en firent partie. Ceux du Midi y seraient entrés s'ils n*«vaient pas été obligés de défendre leur pays même contre les Français de la croisade, qui l'avaient envahi sous Simon de Montfort. Les comtes de Boulogne et de Mortain , le comte de Flandre, le duc de Brabant, le comte de Louvain, le comte de Hollande et le duc de Limbourg, ayant à leur tête Otton lY, attaquèrent les États de Philippe-Auguste par la Flandre, tandis que les Bretons, les Rochellois , les barons poitevins et le comte ide la Marche , commandés par Jean sans Terre, s'avancèrent du côté de la Loire. Philippe- Auguste vainquit à Bouvines, entre Lille et Gourtrai, les coalisés du Nord , dont les principaux chefs furent pris , et son fils Louis repoussa complètement les coalisés de l'Ouest , et força le roi Jean à prendre la fuite. Cette double victoire affermit les conquêtes de Philippe-Auguste.

Louis VIII, continuateur du système de son père, acquit en 1224 le Languedoc, qui lui fut cédé par Gui de Montfort, filsde Simon de Montfort, que le pape en avait fait souverain. Il descendit à la tête d^ne puissante armée dans ce pays où les Français avaient reparu en anûes au commencement du treiziènie siècle , après s'en être tenus éloignés pendant trois cents ans. Il l'occupa rapidement, institua les deux sénéchaussées de Beaucaire et de Garcassonne, et mourut dans l'expédition, laissant pour successeur un fils en bas âge, etpour régente une femme étrangère.

La monarchie territoriale, fondée par Philippe-Auguste et par son

Ifl FORMATION RRRITORlAlA ET POUTIQUfi

08 Louis YIII, 4e 1182 à 1^, majêi §00» la miiiorîté de Lonh m une réacticm vMente. Toos les cbefb féodeuK «e coaUsèreRt pour reiRettre en <pie6(4oii ce que la ^vietoire ée Boa? iaes pan^ssait avoir décidé. Le comte de Champagne, ie due de Bretagne, le comte de la Marche et d'Aogouléme, le vicomte de lliouars, les barons da Poifou, de la Saiotonge et de la Guienne, te roi d'Angleteire, le comte de Ibulouse, le vicomte de Bériers, les comtes de Foix, de Gemfoges , d'Armagnac, de Rodez, le roi d'Aragmi, placé «ar les frontières iMHivelles dm. royàiinae, prh^ les armes eratre toi. Les uns étaient mus par Tespoir de leur rétablissement, les autres par fintérèt de leur ind^ndance menacée. Tantôt réunis, tantôt séparés, iiseom» battirent depms 1236 jusqu'en 12tS. La vic^re de Tailleboui^ remportée cette «nnée aur la derni^e ligue des barons, temâna lent longue réaction. Lamonarchte territoriale, qui avait surmonté sool Philippe-AvigiMfte la réristance epportée à sa formation, sortit victo* rieuse sous saint Louis de la tentative faite pour la dissoudre. A-prèè 'Cette double épriMm, elle ae constitua fortement. '

Saint Louis donna la sanction du drmt aux acquittions que ^soé père et son aïeul devaient à la force , en traitart avec c^cun des souverains qu% avaient dépossédés. Trancavel, vicomte de Béziers, lui céda ses droits poor SOO livres de rente annudle. BayiROiid VH renonça , par te trafté de Paris de 1229, confirmé détoitiviment en 1248, au territoire formant les deux sénéchaussées de Beaucaire «t de Carcassonoe, qui s'étendait depuis les limites du diocèse de Toulouse et la rive gauche du Tarn jusqu'au Rhône, il reconnut poor son héritier, dans le comté de Toulouse, doutîl conserva la jouissance pendantile reste de sa vie, Al^onse, frère de saM Louis, marié avec aa fille, et ce comté fut réver^feie à la courome, «'il ne nainait point d'enfant de ce maris^e. Le roi d'Aragon abamibnua, par le traité de 12S8, tous tes fiefis qfaCfl possédait dans le Languedoc et tous les hommages qu'il y prétendent, moyennant la renonciation de la part de la France à la «uzerameté des comtés de Boussilloa, de Besalu, de Ger^ dagne et de Bai^dene. Cet arrangement c(»RffieBça à dégager VE»pagne de la France. Le roi d'Aragon garda cependant encore k «^gneurie de Montpellier, pour laquelte il prêta hommage à sai«t Louis. Enfin Henri lil se désista de tous ses droits sur là i(orma«dio, l'Anjou, le Maine^ la Touraine, la Bretagne et le Poitou, par le traité de 1259, et en retour, Louis IX lui restitua, sous ltC(Htéîtion de !a

DE LA FlUUfC^ H$

wssiitéf le Qoercy, TAgenois , le Limoimn et la partie 4e fa Saia^ (aBge située au ddà de la Cbareiite.

La coaronne ne eouserva point » sous sa domioatiOQ immédiate» toutes les proviuces qu'elle «Ymt acquises. Elle eu alliéua raomenta^ uémeot quelques*unes par des apanages^ qui étaient la part des cadc^ dans rboirie royale. Les fiefs étant une propriété moitié politique , moitié domaniale, n'étaient point indivisibles comme un gouvernepeut» ni divisés par portions égales comme un domaine. Ils étaient régis dans leur transmission par une 1<h qui leur était parfaitement apcommodée, car eUe accc»dait les dei»: tiw du fief et le manoir seigneurial i Tainé» et formait de l'autre tiers le partage ^des cadets, ^ansportée jusqu'à un certain point à la couronne qui n'était d'abord fU'un grand fi^, cette loi de succession avait doraié naissance aux mianageSy qui étaient fort médiocres dans l'origine. Mais l'hoirie i)9fale étant très-riche à cette époque, les apaisages devinrent fort i^iitidérabiesu Loihs VIII donna par son testament les comtés d'Artois, d'Anjou et de P<»tiers , nouveHement acquis , à ses trois fils Robert, Ôiaries et Alphonse, et il laissa à Louis IX son atné la couronne ei le reste de sesdomaines.

Lb naonarchie, étant encore féodale, ne pouvait pas enfreindre la légidation des fiefs, et n'ayant point trouvé encore une forme d'admiaistration qui lui fût propre, elle n'avait pas d'autre moyen de gouverner la plupart des pays acquis qu'en leur donnant des dynas* tîes tirées de sm sein, des dynasties, en remplaçaint les anciennes dynasties nationales dans les provinces, y transportaient la noblesse • ta langue et les mœurs de la France centrale. Leurs Uens de parenlé avec la dynastie mère, et la subordination pk» exacte qu'ellci» observaient envers elle, devaient rattacher peu à peu les pays qui leur étaient dévolus à la France, appelée à les posséder m cas d'extinction des familles apanagées. Saisies en outre de l'ambition commune à la race dont elles sortaient, ces familles cherchèrent k s'étendre, et> m général, leur agrandissement profita par révei»on à la couronne. {»e comte de Poitiers devint en n^me temps conite d*Auvergne et de ^oïdMse. Le comte d'Anjou acquit le cotmé de Provence en ^m- I mA Béatrix qui en était héritière, et il fit rentrer ainsi la famille ^ Myale dans la vidlée du Rhône, d'où elle était exclue depuis quatm «ents ans» Il partit ensuite des cètes de la Provence pour conquérir le 4X>]^ume de Najries.

116 FORtfATlON TBRRITORULB ET POLITIQUE

L'établissement des dynasties capétiennes dans les provinces y fodTi le premier acte de la conquête monarchique» et servit puis^manmit à rapprocher entre elles les diverses populations de la France. A la fin du règne de saint Louis, la famille royale possédait directe^ ment le duché de France, le Vermandois , le Valois , la Normandie^ la Touraine , le Maine , le Berri , le comté de Màcon, le Languedoc oriental , et indirectement la Bourgogne , la Bretagne , le Boulo^ nais, l'Artois, le Poitou, l'Auvergne, le comté de Toulouse, l'Anjou, la Provence , le Nivernois , le Bourbonnais , par huit dynasties qui tiraient d'elle leur origine. Gomme un arbre puissant, elle couvrait déjà de ses branches presque toute la surface du territoire.

Louis IX, qui avait consolidé cette monarchie nouvdle par ses vic^' toires et par ses transactions, en fut le législateur dans la dernièrel -lèpoque de son règne. Ce roi, qui était le plus religieux et le plus jùsté^ des hommes, et qui, durant le cours d'une longue vie, ne manqua pasi une seule fois à la loi morale du christianisme suivie dans toute sa rigidité, profita de l'accroissement de sa puissance, du respect et de M confiance sans bornes qu'il inspirait, pour opérer des réformes ap^o- •.priées au nouvel état social de la France. 11 rattacha plus fortement à la couronne les trois classes, des ecclésiastiques, des bourgeois et des feudataires, que leur législation indépendante en isolait trop, et il prépara leur réunion prochaine dans les états généraux. Il rendît le clergé, nationallpar la pragmatique sanction, qui posa des limites à l'autorité qu'exerçait et aux impôts que levait sur lui la cour de Romé. et qui lui donna le roi pour chef temporel et pour appui. Tout ett conservant aux villes la libre élection de leurs magistrats et leur ad* ministration intérieure, il les soumit à ses officiers en ce qui concernait la justice et les armes. Il plaça la noblesse féodale dans une dé^ pendance plus étroite de la couronne, en faisant relever ses tribunaux de la juridiction royale, et en modifiant d'une manière grave le régime sous lequel elle vivait. Voici quel fut le changement le plus déeisiC et le plus fécond de tous.

Il y avait d^x choses dans la législation féodale : là justice et te guerre. La guerre était constituée, dans l'ordre politique, par le droit d'hostilités privées ; dans l'ordre civil , par le combat judiciaire;) Louis IX voulait la faire disparaître de la législation, et r^ler uni^ quement la société sur la justice, son autre base. Il exigea donc, pml la quaraniaineAe-roi, que ceux des feudataires qui, d'après le codf

ttodal, aardent des contestatioDS entratoant des hostilités armées , demeurasseot quarante jours sans les commencer. Le plus faible pou- "mtf pendant cet intmalle, prendre un apurement devant la justice royale, et la guerre se changeait en procès. Il abolit également le combat judiciaire dans les tribunaux de la couronne, d'où cette ré^ forme passa plus tard dans les tribunaux des barons. Faisant parti* ciper ses cours de justice aux progrès du droit dans les universitéSt et la procédure dans les tribunaux ecclésiastiques, il ordonna le recours ms. enquêtes dans tous les procès qui se jugeaient par la voie des armes, et substitua ainsi à la jurisprudence de la force, la jurisprudence plus concluante des témoignages. Saint Louis, législateur d'une société moins décomposée , moins violente et plus éclairée , loi ftt' faire un grand pas vers le droit , qui reçut non plus la forme dâ< la force, comme dans la période précédente, mais celle de la jffîtice.

i II ne se borna point à remplacer la guerre, principe de la société féodale, par la justice, qui devint le principe de la société monarchique, il centralisa encore l'administration de celle-ci en établissant les appels, Louis le Gros avait traduit les vassaux devant sa cour dans leurs causes personnelles et féodales, Louis IX les soumit à la juridiction royale dans les causes ordinaires de leurs sujets. Il établit, dans ce but, les quatre grands bailliages de Sens , dans le duché de Fiance, d'Amiens en Yermandois, deMàcon en Bourgogne, de Saint-Pierre-le-Moutier en Auvergne, qu'il investit du droit de maor^ rar les justices seigneuriales du centre, du nord, de Test et du midi du royaume. Il étendit le système des appels aux juridictions supérieures; et de même que les justices seigneuriales relevaient des grands bail- Udges dans leurs jugements, les cours des grands ûefs et des grands bailliages relevèrent du parlement dans les leurs.

Le parlement judiciaire, qui devint au treizième siècle et qui est pesté jusqu'à ces derniers temps l'un des principaux ressorts de la monarchie, dut son origine aux appels. Il faut le distinguer du parlement féodal, qu'il remplaça peu à peu. Il y avait eu, depuis Louis le Gros, des assemblées de ce nom, moitié militaires, moitié judiciaires, composées de barons et convoquées sans régularité. A dater de 1254, époque de la révolution opérée par saint Louis, après ses victoires sur teigran(b vassaux et son retour de la croisade, ces assemblées se ré^ golarisèrent. Leurs sessions devinrent annuelles : il y en eut soixante-

lis FOBMATION TEfiRITORUU EN POLITIQUE

neuf jusqu'en 1302. Le parlement commença même à changer de nature en changeant de destination. Les officiers de la couronne, comme le chancelier, le connétable, etc., furent admis dans le parlement lorsque, cessant d'être uniquement rassemblée des grands vassaux, il derinl la cour souveraine du roi. L'introduction de la procédure par écrit, et l'établissement d'une légisIatioD ptns compii* «luée, obligèrent le roi d*ac^ndre aux barons et aux prélats des hommes sachant lire et versés dans le droit. It appela donc au parler nient des docteurs ou tnattrâf en droit, qui étaient des clercs ou des laïques gradués dans les universités, pour rapporter les affaires* Ces maîtres n'avaient pas voix délibérative, et ne faisaient qu'instruire les procès, qui étaient jugés par les barons et les prélats ^ Pendant le dernière moitié du treizième siècle le nouveau parlement ne fut pas sédentaire à Paris, et ses membres, soit jngeurs soit rapporteurs ^ nommés pour l'année, quittèrent leur charge après la session.

Outre cette centralisation de la jostice, qui fut on grand moyen d'ordre pour le pays et de puissance pour la royauté, saint Louis organisa une administration locale, qui diff&ra de l'administnrijon féodale. Cette administration fut celle des sénéchaux, des baillis, d^ prévéts, officiers déjà établis par I%ilippe-Auguste et par Louis VIII dans les pays que la couronne avait acquis et qu'elle n'avait pas donnés en apanage. Louis IX régla les fonctions de ces officiers, qid eurent beaucoup de ressemblance avec les comtes et les vicaires des deux premières races. Ils affermèrent dans leurs districts les domaines de la couronne, levèrent «es revenus , jugèrent ses sujets, et conduisirent en campagne ses hommes de guerre. Zélés pour Faecroisornent du pouvoir royal, et très-entreprenants, ils ruinèrent la féo^ daUté inférieure dans le territoire de leur ressort. Ce système d'admf« nistration, qui rendit amovibles fonctions que le régime précédent avait rendues héréditaires, et qui fit une magistrature de ce qui était ilevenu un patrimoine, remplaça peu à peu le système féodd sur le territoire. Ainsi saint Louis créa un nouvel ordre de dioses, et c'est de lui que date la monardiie moderne sous le rapport politique^ eomme elle date de Phîltppe^Auguste sous le rapport territorial. Sel institutions et sa sagesse portèrent leurs fruits pendant sa vie mémOiS

^ Le parlement d£ 129S était composé de quatre archevêques, deux évêques, deui comtes, quatre barons ou chevaliers, du maréchal, du chambellan et de dix-huit maîtres.

DE lA FRÂI^CB. il9

«ir, éit JoinTïlte, le royaume se mtUdplia tellement par la bonne éroiiure qu'on y voyoit régner, que le domaine^ censive, rente, et re* mm du roi y croissoit tous les am de moitié.

La conquête monarchique qu'avait suspendae, mm Louis IX, la Béces8tté d'affermir la possession et d'organiser le régime des pays aequis, fut reprise par ses deux successeurs Philippe le Hardi etPht* Mppe te Bel. Une impulsion presque physique entraîna d'abord les armes françaises du Languedoc en Espagne, et de la Provence dans k royaume de Naples. Philippe le Hardi succomba dans une expé^ dîtîon contre les Âragonais, et les forces de Charles d'Ânjou s'épui-* sèrent en Italie. Philippe le Bel s'aperçut de cette fausse direction ilonnée à la conquête, et après avoir combattu quelque temps la maison d'Aragon, il régla, par le traité de Tarascon, tous les démêlés qu'à avait avec elle, soit en France, soit en Italie. Pendant cette guerre, son frère Charles de Valois avait reçu du pape l'investiture éu royaume d'Aragon. A la paix, la Sicile fut laissée aux Aragonaîs,, elle royaume de Naines appartint aux comtes de Provence de la maison de France, qui cédèrent à Charles de Valois f Anjou et le Maine en dédommagement de la perte de l'Aragon. ' Après cet arrangement, la conquête qui, dirigée pendant un siècle vers le midi, avait dépassé même de ce cêté les limites naturelles de la France par l'occupation de la basse Italie et l'invasion de l'Espagne, fat alors ramenée vers l'ouest, vers le nord et vers l'est, dont les frontières n'étaient pas formées. Une partie de la côte de l'Océan avait encore pour possesseur le roi d'Angleterre ; la Flandre, voisine ée l'Artois, était presque indépendante, la vallée du Rhône restait toujours comprise dans le territoire de l'empire germanique. Philippe leBd, dont l'avidité était insatiable, employa uniquement en entremises ambitieiKses le surcroît d'autorité et de ressources que Louis IX avait donné à la couronne, et dont il ne s'était servi que pour le bien du royaume. Il s'empara de laGuienne sur ËdouardI*', de la Flandre sar le comte Gui de Dampierre, et du Lyonnais sur l'empire. Quant i ce dernier pays, il avait eu la précaution d'obtenir de l'empereur Henri Vil, dans le traité de Paris, du 26 juin 1310, qu'on ne fit pas mention des fiefs situés dans l'ancien royaume de Bourgogne comme relevant de l'empire, ce qui devait permettre peu à peu leur i^éunion à la France. Philippe le Bel s'engagea dans de longues guerres qui durèrent plus de vingt ans, pour devenir mattre de

la Gaienne et de la Flandre, qu'il occupa quelque temps sans piduvoif toutefois les garder. Il fut obligé de les restituer à leurs possesseurs le roi d'Angleterre et le comte de Flandre. Il ne réunit définitive-^ ment à la couronne que le Lyonnais, dont il fit une sénéchaussée ; la Champagne et la Brie, qu'il acquit par son mariage avec l'héritière de ces deux provinces.

Si Philippe le Bel entreprit pour l'agrandissement territorial de la monarchie plus qu'il ne put exécuter, il continua la révolution judî* ciaire commencée par saint Louis, et Ton peut dire qu'il l'acheva presque. Il étendit à tout le royaume la juridiction des baillis, restreinte par saint Louis aux domaines de la couronne. Ces baillis dépouillèrent les seigneurs de la plupart de leurs prérogatives et de leur indépendance. Le parlement, qui jusque-là avait été ambulatoire, accompagnant le roi et siégeant ou celui-ci se trouvait, devint aloré sédentaire dans la ville de Paris. Philippe le Bel lui assigna dmx sessions de deux mois chacune à Pâques et à l'octave de la Toussaint, à cause de la multiplicité croissante des affaires. Il introduisit dans ce corps la division des fonctions. Le parlement ayant à examiner les comptes, à recevoir les requêtes, à juger les procès plaldés ou écrits, fut naturellement distribué en chambre des comptes, chambre des requêtes, grand'chambre ou chambre de la plaidoirie et chambre des enquêtes.

Comme il resta parlement universel pendant environ un siècle et demi encore, et qu'il eut à vider les appels de tout le royaume, le roi délégua un certain nombre de ses membres pour juger les appels de la Champagne dans les grands jours de Troyes; ceux de la Normandie, dans les échiquiers de Rouen; ceux du pays de droit écrit , dans la chambre de Zan^t^et/oc, siégeant à Paris. Les divers jours de la semaine furent affectés en outre aux causes des autres provinces , et ils s'appelèrent jours du parlement de Yermandois , jours du parlement de Touraine, Anjou , Maine , etc. Les baillis et les autres juges provin*» ciaux furent tenus de s'y trouver pour défendre leurs sentences, et lis parties purent y voir des procujeurs dont le mandat expirait avec le parlement. Cet ordre de choses se maintint jusqu'au règne de Charles YII, qui démembra le parlement universel et créa des parlements provinciaux , lorsque la royauté crut pouvoir rapprocher des justiciables la justice souveraine sans perdre de sa puissance.

Le quatorzième siècle fut marqué par l'aff'ranchissement des cam-

DE LA FBANCB. 121

pagneSr par rétablissement d'un nouveau système financier reposant sur rimpôt indirect, par la réunion des trois classes de la nation en états généraux afin d'instituer cet impôt, et par la destruction de Tindépendance républicaine de^ villes qui suivit de près celle de l'indépendance féodale opérée dans le siècle précédent. Ces changements accrurent encore la force de la monarchie, et diminuèrent l'isolement jdes cla^ en affaiblissant leur gouvernement particulier au proGt d'un gouvernement général. Ils furent dus à l'esprit conquérant delà dynastie et au besoin qu'elle éprouva de se procurer de l'argent pour alimenter des guerres dont le théâtre était plus éloigné et la durée naoins courte. Ses revenus n'étaient plus en rapport avec ses entreprises. Philippe le Bel essaya de les y mettre.

Ce prince, continuateur violent de saint Louis, compléta, comme jppus l'avons vu, ses établissements judiciaires. Il fit plus. Saint Louis ^vait ordonné que sa monnaie eut cours dans les terres des barons, Philippe te Bel suspendit le droit que les barons avaient d'en faire Jbattre eux-mêmes; saint Louis avait soustrait le clergé de France aux excès du pouvoir de la cour de Borne par sa pragmatique sanction , Philippe le Bel rendit en quelque sorte le saint siège dépendant de la couronne par sa victoire sur BonifaceYIH. Jaloux de l'autorité qui lui avait été transmise , et de celle qu'il y avait ajoutée, il osa le premier employer la formule par la plénitude de la puissance royale. Pour diminuer l'aliénation des domaines acquis, il restreignit les apanages aux seuls héritiers mâles, ce qui devait les faire revenir plus tôt à la coyronne et empêcher qu'ils ne tombassent, par les femmes, dans des maisons étrangères ou ennemies. Il créa dix clercs du conseil , qui furent la souche du grand conseil de France. Enfin, il ébaucha le jiouveau système financier delà nouvelle monarchie parla création des impôts indirects sur les consommations.

La couronne était réduite à ses revenus domaniaux, consistant dans jie& cens, des péages, des amendes, des rentes, etc. Le droit de lever des Jimpôtsarbitrairesou des tailles sur les villes avait été aliéné dansie dou- ^ème et le treizième siècle, soit par le roi, soit par les seigneurs qui .iiyaient accordé aux bourgeois des chartes ou d'indépendance entière ou

privilèges garantissant leur propriété. |1 y avait donc une législation ^protectrice qui empêchait de prendre l'argent où il était réellement, dans les villes. Cependant , les revenus de la couronne ne suffisaient pkia au payement de ses employés et surtout à l'exécution de ses

123 FOBMàTION TBfiBlTORULK ET POLITIQUE

desseins. Les guerres étaient plus longues ; les armées , composées de seigneurs et de milices bourgeoises , étaient de 40,000, 50,000 et s'élevaient quelquefois jusqu'à 60,000 hommes. Dans lesexpédittong où Ton pouvait réclamer le service féodal, il fallait, pour tenir le& Groupes sous les drapeaux après l'expiration du terme légal , leur donner une solde , ei dans les autres les payer depuis l'ouverturer jusqu'à la fin de la campagne. L'habitude it'était même introduite ^ pour (^tenir de l'empressement et du zèle dans le service, de le ré*' tribuer dans tous les cas , en sorte que l'armée était changée sinon dans la composition, ce qui ne devait avoir lieu qu'un peu plus tard/ du moins dans son principe. Le service, au Iteii d'étregratuitet limité» était soldé et durait mimi que l'entreprise : c'était le passage d'un régime militaire à un autre.

Le droit de tailler les villes ayant été aliéné , les rois, pour se pra*curer de l'argent dans les cas extraordinaires, atteignirent ceux qui étaient placés hors de la législation protectrice qu'ils avaient établie eux-mêmes. Ils frappèrent de confiscations répétées les juifs ou les marchands italiens qui faisaient la banque et le commerce des denrées de l'Orient et du Midi. Un autre de leurs expédients fut d'altérer la monnaie, dont ils se considéraient comme les souverains régulateurs^ Ils ordonnaient que toute la monnaie fût portée à leurs fabriques, ou ils la recevaient à son taux courant, et la frappaient à un taux moindre, gagnant ainsi la différence , ce qui apportait un grand trouble dans les transactions. Philippe le Bel eut recours à tous ces moyens. Eq outre, il dépensa le riche trésor et une partiedes biens des templiers^ Il vendit la liberté aux serfs de la couronne. II affranchit, en 1298 ; moyennant douze deniers tournois par sestérée de terre , les s^^fs du Languedoc ; et ses deux fils Louis le Hutin et Philippe le Long, imitant son exemple en 1316 et en 1318, étendirent cette révolution auxserfs de la langué^d'œl, œqui, en moins d'un quart de siècle, donna la li* berté personnelle aux paysans des immenses domaines de la couronne qui purent et voulurent l'aclieteir. Mats c'étaient l ées ressouix^ei momentanées et irrégulières qui ne pouvaient pas mener loin.

Aussi Philippe le Bel lui-même essaya de procurer à la monarcfaier des moyens pécuniaires plus stables. Gomntô le commerce afaît ocquis du développemeat, il établit des bureaux de douane sm% un maHre des ports et passives de France , et soumit les denrées et le^ marchandises exportées m payement de 7 d^iers pour livre 4u

DE Ul frange. 123

prix (1/32). Il mit aussi un impôt sur le sel. Toutes ces rentrées nouvelles ne lui suffisant pas, il fut obligé de recourir aux diverse» dasses de FÈtat pour leur demander des subsides^ qu'il eût été dan« gereuxde lever sans qu'dles les eussent accordés. Il convoqua donc le& nobles, les ecclésiastiques et les bourgeois, soit du nord, soit du midi da rajaume, en assemblées publiques , et organisa ainsi les états généraux de France et de Languedoc. Les états généraux décidèrent que les ntfbles et les ecclésiasti(fues ayant plus de 100 livres de rente fouri uiraient au roi un cavalier , et que les roturiers lui fouruiraient six sergents à pied par cent feux ou familles. Ces innovations signalèrent le àéhut d'un système d'impôts qui fut complété dans le courant du quatorzième siècle.

A la mort de Philippe le Bel, il y eut une forte réaction non-seulement contre ce régime financier, mais contre la révolution Judiciaire devint Louis , qui depuis plus d'un demi-siècle altérait la constitua tion intérieure des fiefs. Le surintendant des finances, Enguerrand de Merigny, fut pendu; la monnaie fut frappée à son ancien titre, ^ quelques-uns des impôts récemment exigés furent abolis, entre autres eel uî sur le sel . Les nobles de la Champagne, de la Picardie, de la Normandie, du Languedoc, du comté de Nevers, obtinrent des chartes particulières , qui rétablissaient leurs {»*érogatives féodales détruites ou annulées par la nouvelle admintetration. Ces chartes déclaraient que le roi n'avait pas è intervenir dans leurs seigneuries , si ce n'est pour défaut de justice, pour appel fait À sa cour et pour les causes de ses bourgeois; elles redonnaient aux seigneurs le droit de suite sur leurs hommes qui se réfugiat^t , pour être libres , sur la terre du roi ; elles défendaient aux baillis et aux prévôts d'ajourner les hommes des seigneurs hors de leurs fiefs, et de les recevoir bourgeois du roi ; elles leur interdtsaie^ en outre d'^^iquer les nobles à la question^ si ce n'est en cas de meurtre ; elles r^blissaient pour eux le combat judiciaire au 4ieu des enqaètes ; «lies les diapensaient de servir hors protince, si ce n'est mx frais du roi, et dans leor province, à moim de certains gages ; elles permettaient de nouveau les guerres privées, et s'opposaient, excc^ en cas de crime, à la saisie des nobles et de leurs forteresses.

C'était une réaction Irien marquée de la féodahté inférieure et de 80^ régime contre la nouvelle administraUon fondée par la couronne,^ ê6i!»saint Louis et PbiUjiipe le Bel, comme il y avait eu une réaction4o

124 FOBMATION TEBRITORIALB ET POLITIQUE

la féodalité supérieure pendant la minorité de saint Louis, contre les conquêtes faites par la couronne sousPhiHppe-Auguste et Louis YIIL Mais elle ne devait pas avoir plus de succès et de durée que n'en avait eu Tautre. Ce fut le dernier acte de résistance de la féodalité pri* mitive.

Le développement de la monarchie rencontra alors et ailleurs Tobstade le plus sérieux qui lui eût encore été opposé. Depuis la con^ quête de TAngleterre par Guillaume , duc de Normandie , la partie occidentale et cétièrede la France avait été étroitement liée^vec cette fie. La nature des lieux voulait cependant que FAngleterre et France se dégageassent Tune de l'autre et formassent des Ètati^ distincts ; que les efforts des rois d'Angleterre se portassent sur là partie de l'tle qu'ils ne possédaient pas, plutôt que sur le continent ^ et que la politique persévérante des rois de France réunit tout 1ë territoire de ce pays. La Normandie, la Bretagne, le Poitou, l'Anjot)/ la Touraine, le Maine, avaient déjà été enlevé aux rois d'Angleterre,' qui ne conservaient plus que la Guienne et ses vastes dépendances.' Mais, dépouillés de la plus grande partie de leurs possessions , Ils ne pouvaient pas se soutenir dans celles qu'ils avaient encore, sans faire de grands efforts pour recouvrer celles qu'ils avaient perdues. Il ré^ sulta de cette position des rois de France , qui voulaient réunir la Guienne à la couronne, et des rois d'Angleterre , qui, à l'aide de la Guienne , voulaient reconquérir leurs anciens domaines continentaux, une lutte mémorable qui dura près d'un siècle et demi. Cette lutte^ mit la monarchie aux abois ; mais elle en sortit à la fin avec un tei^ ritoire plus compacte et une administration plus fortement con-^ stituée.

Philippe le Bel avait commencé contre la monarchie anglo-gasconne cette guerre qui était la suite de celle que Louis VII et Philippe^ Auguste avaient entreprise contre la monarchie anglo-normande. Mais, obligé de restituer à Edouard la Guienne qu'il lui avait enlevée, il avait cru cimenter la paix entre la France et l'Angleterre par le mariage de sa sœur avec Ëdouard I""' et de sa fille avèé- Edouard IL Malgré cela , l'accord ne pouvait pas être de longue durée entre les deux couronnes. La querelle éclata de nouveau en- 1339 , et elle eut deux grandes périodes bien distinctes jusqu'à l'expulsion définitive des Anglais du continent. La première période s'étendit depuis 1339 jusqu'en 1377; la seconde depuis 1415 jusquVnF^

JL453. La situation respecUte des territoires fut, comme jé viens de le dire , la cauje véritable de la guerre. Mais aux projets d'agrandis«^ sèment que cette situation suscita de part et d'autre se joignit une prétention dynastique qui dut son origine à Tun des mariages mêmes contractés pour rétablir la paix entre les deux pays.

Edouard III revendiqua en effet la couronne de France comme^ pçtit-fils de Philippe le Bel , par sa mère Isabelle. Philippe de Valoi& m descendait que de Philippe le Hardi et paraissait plus éloigné de lu couronne d'un degré. Mais il en descendait par les mâles, et Ton fivait décidé au commencement du siècle que la couronne devait être Révolue de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Cette ques^ ^n , qui était fondamentale pour la monarchie , s'était présentéè pour la première fois en 1316 , à la mort de Louis X. Ce princé Qîavait laissé qu'une fille. Jusque-là, les mâles n'avaient jamais manqué en ligne directe , et la dynastie avait été assez heureuse pendant le» trois premiers siècles de son existence, pour voir s'établir l'habitude nationale de l'hérédité masculine. Il faut attribuer à cette longue habitude l'éloignement à la fois instinctif et prévoyant que l'on éprouva 9u quatorzième siècle pour la succession des femmes à la couronne de France. Les légistes, qui avaient acquis une grande autorité, se prononcèrent en faveur des collatéraux mâles contre les femmes héritières fins directes. Ne pouvant pas appuyer leur décision sur le droit féodal , qui permettait aux femmes de posséder les fiefs et qui les avait fait monter sur le trône d'Angleterre , ils recoururent à un article de la loi des Francs saliens qui donnait aux mâles la terré salique, au partage de laquelle les femmes n'étaient point admises/ Quoique cette loi fût étrangère à la matière et eût cessé d'exister avec les Francs saliens et les lois personnelles des peuples barbares , ils l'appliquèrent à la succession de la couronne. Cette décision fut soutenue par les démarches énergiques de Philippe le Long. Malgré l'it^pposition de son frère Charles, comte de la Marche, et de son oncle Philippe , comte de Valois , tous deux contraires alors aux droits des iqAles ccdiatéraux, dont ils profitèrent plus tard, puisqu'ils devinrent xqis l'un et l'autre, PhUippe le Long se fit sacrer dans Reims , où il p^ut presque seul, et reconnattre dans les états généraux , presque diserts. Le fait décida la question, et l'intérêt politique l'emporta sur le. droit civil, qui, dans la plupart des États, avait étendu à la transmission extraordinaire des trênes le système par lequel était régie la

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