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CHAPITRE VI

sans Tabandonner, s'il se précipitait sur elles par une décharge instantanée, et de le conduire jusqu'à sa grande masse terrestre sans q.u'il fît aucun mal. 11 conseilla dès lors de mettre à l'abri de l'électricité formidable des nuages les monuments publics, les maisons, les vaisseaux, au moyen de ces pointes salutaires qui les préserveraient des atteintes ou des effets de la foudre. Non-seulement il détermina le mode d'action de ces pointes, mais il circonscrivit l'étendue circulaire de leur influence. A la grande découverte de l'électricité céleste il ajouta le bienfait rassurant des paratonnerres. L'Amérique et l'Angleterre les adoptèrent et s'en couvrirent. L'orageuse atmosphère fut désarïnée de ses périls, et ceux-là seuls restèrent exposés aux coups de la foudre que l'ignorance ou le préjugé détourna de s'en garantir.

La renommée de Franklin se répandit bientôt, avec sa théorie, dans le monde entier. Une incrédulité négligente et presque railleuse avait accueilli, dans la Société royale de Londres, ses premières assertions, que le docteur Milchell avait communiquées à cette illustre compagnie. Le Traité et les lettres où Franklin avait raconté ses expériences et développé ses explications y avaient été lus et écartés fort dédaigneusement; mais la science triompha bi( ntôt du préjugé, la science qui a contre le doute la démonstration, et qui élève au-dessus du dédain par la gloire. Le Traité de Franklin que publia un membre même de la Société royale, le docteur Fothergill, fut traduit en français, en italien, en allemand. Répandu sur tout le continent, il y fit une révolution. Les ex] ériences du philosophe américain, que Dalibard avait faites à Marly-le Roi en même temps que lui, furent répétées à Montbard par le grand naturaliste Buffon, à Saint-Germain, par le physicien Delor, devant Louis XV, qui voulut en être témoin ; à Turin, par le père Reccaria ; en Russie, par le professeur Richroann, qui, recevant une décharge trop forte, tomba foudroyé, et donna un martyrà la science. Partout concluantes, elles firent adopter avec admiration le système nouveau, qui fut appelé franklinien, du nom de son auteur. Toutd'un coup célèbre, le sage de Philadelphie devint l'objet des empressements universels, et fut chargé d'honneurs aca-

dëmiques. La médaille de Godfrey Coley lui fat décernée par la Sociélé royale de Londres, qui, réparant son premier tort, le nomma Tun de ses membres, sans l'astreindre au payenteut de 23 guinées que chacun de ceux-ci versait en y entrant. Les universités de Saint-André et d'Edimbourg en Ecosse, celle d'Oxford en Angleterre, lui conférèrent le grade de docteur, qui servit depuis lors à le désigner dans le monde. L'Académie des sciences de Paris se l'associa, comme elle s'était associé Newton et Leibnitz. Les divers corps savants de l'Europe l'admirent dans leur sein. A cette gloire de la science, qu'il aurait étendue encore s'il y avait consacré son esprit et son temps, il ajouta la gloire politique. Il fut accordé à cet homme, heureux parce qu'il fut sensé, grand parce qu'il eut un génie actif et un cœur dévoué, de servir habilement et utilement sa patrie durant cinquante années, et, après avoir pris rang parmi les funditeurs immortels des vérités naturelles, de compter au nombre des libérateurs généreux des peuples.

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