‹ Notices historiques sur les généraux et marins du XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 84 sur 143 · Gazette, 1760, page · texte numérisé non relu

Gazette, 1760, page

Le 10, de grand malin, le maréchal de Broglie fit avancer 2 brigades d'infanterie, les carabiniers et plusieurs corps de troupes légères, On vit que les ennemis étaient plus en force que la veille sur les hauteurs dont ils étaient Îles maitres et qu'ils y amenaient du canon, Il y eut une escarmouche très vive entre nos hussards et les troupes légères des alliés.

Ce fut dans ce moment que le comte de Saint-Germain arriva seulement avec 2 brigades d'infanterie de sa réserve et le régiment de troupes légères des volontaires de Flandre, commandé par le chevalier de Jaucourt, Le reste, ainsi que son artillerie, n'avail pu le suivre à cause de la difficulté des chemins et de la longueur des marches forcées qu'il avait faites,

Le maréchal de Broglie fit occuper un bois, vis-à-vis celui où étaient les ennemis, par les volontaires de Flandre. I les fit soutenir par les deux brigades de la Tour-du-Pin et de la Couronne que le comte de Saint-Germain avait amenées avec lui. Les brigades de Royal-Suédois et de Castellas, qui arrivèrent peu de temps après, furent placées derrière le même bois, et on y amena du canon. Les volontaires de Flandre furent attaqués vivement. Comme ils étaient soutenus par les deux brigades d'infanterie, ils résistèrent pendant quelque temps; mais la supériorité du nombre leur fit céder une partie du bois aux ennemis.

Les quatre brigades d'infanterie que le maréchal de Broglie avait fait avancer arrivaient, et elles étaient suivies de 4 brigades de cavalerie et de 24 pièces de canon. A peine celles de Navarre et du Roï, commandées par le comte de Guerchy, étaient-elles arrivées à la Justice de Corbacb, que deux colonnes des ennemis débouchèrent. Mais le maréchal de Broglie, ayant reconnu le peu de profondeur de ces colonnes, se détermina à envoyer ordre à toutes les troupes de le venir joindre, Il manda en même temps au comte de Saint-Germain de faire attaquer le bois par les deux brigades qu'il avait : celle de Castellas, formée de ce régi-

Li MARÉCHAL DE BROGLIK, 197

ment et de ceux de Diesbach et d'Eptingen, aux ordres du sieur Diesbach, brigadier, et du sieur d'Eplingen, colonel,

et celle de Royal-Suédois, formée de ce régiment et de celui de Royal-Deux-Ponts, et commandée par le baron de Clausen, brigadier, et par le comte de Spar, colonel. Cette dernière fut placée sur une hauteur qui prenait à revers l'endroit du bois par où les ennemis arrivaient, et qui découvrait la plaine, Le maréchal de Broglie placa ses 24 pièces de canon sur le haut du bois pour battre l'artillerie que les ennemis avaient à la pointe droite, el dont nous élions fort incommodés,

Le comte de Saint-Germain attaqua le bois avec ses trois autres brigades, qui étaient aux ordres du marquis de Voyet lieutenant général, du marquis de Roquépine et du sieur de la Morlière, maréchaux de camp, du marquis de la Tour du Pin et du comte de Montbarey, brigadiers.

Le comte de Guerchy marcha sur la droite avec celles de Navarre et du Roi, celles d'Auvergne et d'Orléans furent placées en réserve à l'entrée du bois.

La brigade de Navarre, formée par ce régiment et par celui de la Marche-prince et commandée par le comte de Waldner, maréchal de camp, le comte du Châtelet, brigadier, et le marquis de Chamborant, colonel, se porta vers la batterie des ennemis; el celle du Roi, commandée par le sieur de Meyronnet, brigadier, entra dans le bois, entre Navarre et les brigades du comte de Saint-Germain. Le feu fut alors très vif et les ennemis furent entièrement chassés du bois. La brigade de Navarre, qui à la faveur d'un fond s'élait portée jusqu'à 50 pas de la batterie, s'en étant aperçue, l’atlaqua avec beaucoup de vivacité; elle s'en empara et chassa les troupes qui la gardaient. Il y eut, en cet endroit, un assez grand nombre d’ennemis qui furent lués à coups de baïonnette.

Les ennemis sortirent du bois en très grand désordre; mais ils furent reçus par leur cavalerie qui était en bataille derrière ce bois, etqui empècha notre infanterie de les suivre,

Alors les troupes qui étaient à leur gauche, sur la hauteur de la Tour, s'ébranlèrent comme pour venir attaquer la brigade de Navarre, Le maréchal de Broglie la fit joindre par celles d'Auvergne et d'Orléans, et il fit marcher sur leur flanc droit 4 ou 500 chevaux de troupes légères, qui étaient à la Justice de Corbach aux ordres du comte de Chabot, maréchal de camp, et du sieur de Vioménil, colonel, et il

à les fit soutenir par 10 escadrons aux ordres du prince Camille, lieutenant-général,

Ce mouvement détermina les ennemis à se retirer, Nos troupes légères joignirent un régiment de dragons anglais qui furent presque tous tués ou faits prisonniers; le reste entra dans un bois, qui fut tourné par nos troupes légères, soutenues des dragons de Beaufremont, Ces troupes harcelèrent un assez gros corps d'infanterie qui se retirait en fort bon ordre, et elles s'emparèrent sous leur feu d’une pièce de canon dans le moment qu'elle venait de tirer sur eux.

Comme une grande partie de l'armée des ennemis était sur la hauteur, il fut impossible de les suivre plus loin, d'autant que toute notre armée n'était pas encore arrivée, La tête de l’armée ne fut à la hauteur de Corbach qu'à six s heures du soir.

L'action dura quatre heures dans toute sa force et le feu d'artillerie fut continuel. Le chevalier Pelletier, lieutenant général, qui s'était distingué à Bergen, se signala

encore à cette affaire, qui ne nous coûla que 6 à 700

Le, hommes tués ou blessés,

La victoire de Corbach eut pour résuitat de nous

rendre de nouveau maitres de Cassel et de Minden.

4. M. de Broglie eut, à l'occasion de cette bataille, de sérieux démèlés avec le comte de Saint-Germain, qui recut l'ordre de quitter l’armée et se retira en Danemark, — Le cointe de Saint-

la

eux de nt-

Après le combat de Corbach, le due de Brunswick envoya son neveu, Brunswick- Wolfenbuttel, avec 20,000 hommes, s'emparer de Clèves : M, de Broglie lanca le comte de Castries contre ce détachement, qui fut battu à Clostercamp, le 6 octobre, Brunswick avait essayé de surprendre M, de Castries et avait presque réussi; il tomba sur le régiment d'Auvergne qui formait la gauche des Francais et latlaqua une heure avant le jour, On lit dans les Mémoires du maréchal de Rochambeau", qui était alors le colonel d'Auvergne et

qui fut blessé dans ce combat :

Charpentier, caporal des chasseurs, fut le premier qui découvrit l'ennemi dans cette nuit très noire ; il me mena sur celle colonne qui fit feu sur nous, Je revins aux grenadiers et chasseurs, je leur ordonnai de faire feu par demicompagnies alternativement, et surtout de périr à leur poste

Germain était né en 1707, Entré dans l'armée francaise comme sous-lieutenant, il la quitta bientôt, étant trop pauvre pour acheter une compagnie. Il servit d'abord Marie-Thérèse contre les Tures, puis l'électeur de Bavière, notre allié, et revint en France, où le maréchal de Saxe lui fit obtenir le grade de maréchal de camp. Il se distingua à Raucoux et à Laufeld, et fut nommé lieutenant général. Pendant les premières années de la guerre de Sept-Ans il se fit remarquer par son habileté ; mais il servait en sous-ordre et n'épargnait pas ses supérieurs. Blessé par la hauteur de M. de Broglie, il entra eu lutte avec lui après Corbach et fut rappelé, I quitta la France (1760) et se rendit en Danemark, où le roi Frédéric V le chargea de réorganiser l'armée. En 1766, à la mort de Frédéric, il revint en France, et, en 1775, Louis XVI le nomma ministre de la guerre, 1 fit de nombreuses réformes, bonnes et mauvaises, souleva l'opinion de l'armée et donna sa démission en 1777, Le comte de Saint-Germain mourut en 1778. (Voir l'ouvrage de Léon MENTION, de Comte de Saint-Germain et ses Réformes, 1884, in-80.) 1. Tome 1, page 162.

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