DE M. LE MARÉCHAL D'ALBRET A MADAME LA COMTESSE DE MAURE
Du janvier 1656 (1).
Les seuls termes de la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, ne sont que trop suffisants pour me faire remar-
(J) Ms. de Conrart, t. XI, p. 290.
quer qu'il est, depuis quelque temps, arrivé bien du changement dans le monde; sans qu'il soit besoin de me le faire remarquer par l'exemple de M. le commandeur de Jars, à qui l'on ouvre votre porte quand on me la ferme. Le ressentiment que j'en ay ne me permet pas de remettre plus loin qu'aujourd'huy l'éclaircissement que je vous en veux faire. Je passeray encore tantost à votre porte et je verray si vous aurez la dureté de ne me la pas faire ouvrir.
20. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARESGHAL DE VILLEROY (4).
Du mai 1656 (2).
Monsieur,
Je ne say si n'ayant jamais eu le bonheur de vous rendre aucun service, vous ne serez point surpris que j'aye recours à vous dans un embarras où je me trouve, et que je le fasse mesme sans l'entremise de Madame votre femme. C'est, Monsieur, que revenant d'Attichy, j'ay rencontré le régiment des gardes qui ont dit qu'ils y alloyent loger. Je creus que si je pouvois mettre ordre à cela ce seroit plus tost en venant icy le plus viste que je pourroisjque de retourner sur mes pas; et j'ay trouvé que M. de Froulé, ni Descurs, ni Langlée n'ont point donné d'ordre pour ce logement-là ; de sorte. Monsieur, que n'ayant point creu d'abord ce que ces mesmes gardes ont dit que c'estoit le Roy mesme qui l'avoit donné ; j'y trouve à cette heure quelqu'apparence, puisque l'on ne trouve point qui c'est et que le bruit de ce logement continue. Et comme M. de
(i) Nicolas de Villeroy, gouverneur de Louis XIV, petil-fils du secrétaire d'État sous les règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. (2) Ms. de Conrart, t. XL in-f», p. 291.
Mortemart ni M. de Vivonne ne sont point à la cour, ni aucun de ceux que je puis avoir droit d'employer pour mes intérests ; j'ai creu, Monsieur, que vous n'auriez point désagréable que j'eusse assez de confiance en votre générosité pour espérer que vous voudriez bien me protéger en ceste occasion et demander au Roy la délivrance d'un lieu qui est déjà fort ruiné par les fréquents logements qu'il y a eus depuis quelques années ; et par des tailles tout à fait excessives. Je nesaurois m'empescherde vous dire, Monsieur, qu'encore que M. le comte de Maure ayt eu le malheur de faire des choses qui ont pu déplaire au Roy, il me semble qu'il ne seroit pas raisonnable qu'il [le Roi) voulust s'attacher à me faire un mal, qui proprement me seroit particulier; ce lieu-là estant à moy ; et je croy que ceux qui ont du zèle pour la personne de Sa Majesté, peuvent désirer qu'il ayt d'autres sentiments que ceux-là. Mais ce qui me presse encore plus que cette considération à vous faire cette prière, est la compassion que j'ay de ces pauvres gens, qui ne me permet pas seulement d'attendre que je puisse avoir une lettre de Madame votre femme pour vous, bien que je sois assurée qu'elle ne me la refuseroit pas, et mesme très-favorable, estant sa servante de longue main comme je la suis ; et pour votre regard. Monsieur, quand je n'attendrois pas de vous, la grâce que j'en attens, il suffiroit bien que vous eussiez le mérite que vous avez pour me faire estre la votre.
lo8 NOTICES LITTÉRAIRES SLR LE XVII« SIÈCLE.