DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A MADAME DE MONTAUSIER
« Septembre 166i (.).
(( Vraiment, ma chère sœur, il faut bien que je sois des premières à vous écrire dans une occasion où il seroit difficile de pouvoir retenir sa joye. On estoit si peu accoutumé à voir les charges données selon les mérites, qu'encore que j'aye toujours fait de grandes exclamations qu'on pust penser à d'autres, ayant une Madame de Montausier devant les yeux, je ne laisse pas de regarder cecy comme un événement quia quelque chose d'extraordinaire, et de la façon que j'ay toujours parlé là-dessus, je m'attends bien qu'on viendra se réjouira l'hostel de Troyes (3) aussi bien qu'à l'hostel de Rambouillet. Il faut au reste que je vous dise que Mademoiselle de Montausier a tant d'esprit que l'autre jour que je l'entendis parler entre Madame votre mère et moy, je songeay toujours que je n'avois rien veu de tel à son âge. Je ne vous dis rien de M. le comte de Maure, il veut vous faire ses compliments luymesme; mais vous voulez bien que je face icy les miens à Monsieur votre mary ; non seulement sur la joye qu'il a de vous voir Iraittée de la cour comme vous méritez de Testre, mais encore sur ce que son mal a si peu duré. Adieu, ma
(1) Depuis que nous les avons signalées, M. Cousin a imprimé les trois lettres suivantes dans le second volume de la Société française au dixseptième siècle. M. Amédée Roux les a aussi publiées à la suite des Lettres du comte d'Avaux à Voiture. -, ^^^^ ^^ ^, j^^^i^ ^1^^^^^.^
(2) Ms. deConrart, in-fo, t. XI, p. 1661. . ,
(3) Où logeait Madame de Maure. ,Xi .| ^iuinoO 5.'^
chère sœur, conservez-vous bien dans le retour de votre santé afin qu'elle revienne bicntost aussi bonne que je vous Li souhaite. Madame de Choisy a eu raison de vous dire que les peschesel les melons avec les verres d'eau ont rendu la mienne fort bonne, mais j'ay si peur que cela ne dure guères que je ne m'en ose encore vanter. »