‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 8 sur 29 · DE M. l'abbé de la VICTOIRE A MADAME DE MAURE · texte numérisé non relu

DE M. l'abbé de la VICTOIRE A MADAME DE MAURE

Février 1663 (S)?

Il y a bien de quoy faire tant de bruit pour une bagatelle ! Il est vray que j'ay dit à M. de Berville que Mademoiselle Legendre fort franchement avoit dit chez Madame du Plessis ce qu'il avoit dit de M. le Prince, et la conversation aussi que nous avions eue devant M. de Maisons. Mais tout cela sans aucune autre intention que de faire conversation avec luy. Sur la chaleur des partis et sur la force des termes sait-on pas bien que ni vous ni luy ne gardez nulle mesure ? Pensez-vous qu'il vousvoulust céder? Quoyque dans

(1) Lacune dans le manuscrit.

(2) Mélanges de prose et de vers. B. L., p. 155.

cette cause vous ayez poussé cette pauvre Madame Pilou (1)^ âgée de quatre-vingts ans, jusqu'à la faire pleurer et que vous ayez offensé Madame Cornuel en sa naissance (2) , il a bien fait d'autres vacarmes ; et ce n'est ni à vous ni à lui à prétendre en discrétion sur cela, ni à vous offenser l'un de l'autre ; et vous n'avez pas raison de vous plaindre de moy de luy avoir parlé de cela comme je fays de toute autre chose. Et luy seroit injuste de commencer de trouver à redire à votre manière de soutenir cette thèse. Croyez-moy, ces amis qui raisonnent ne vous sont pas si propres que vous pensez ; et ce n'est ni à vous, ni à moy d'en avoir. Vous me fistes aller hier chez vous pour me faire refuser la porte. Si vous ne sortez point aujourd'huy, j'y retournerois : car je ne prétens pas estre brouillé avec vous.

7. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LETELLIER (3) SECRÉTAIRE d'ÉTAT.

Du 4 février 1653 (4).

Monsieur,

Comme vous répondistes si favorablement àM.deMortemart (5) quand il vous parla de moy sur le délay que la Reyne eut la bonté de luy accorder et que vous m'avez

(1) Anne Baudesson, veuve d'un procureur, célèbre par ses bons mots et son grand sens, jouissant d'une grande considération : elle tomba malade en 1658, toute la cour l'alla voir. La Reine y envoya. Le Roi en passant arrêtait et faisait prendre de ses nouvelles par un de ses écuyers.

(2) Son père avait été intendant de la maison de Guise.

(3) Michel Letellier, mort en 1685, chancelier en 1677, père du marquis de Louvois.

(4) Ms. de Conrart, t. XI, in-f», p. 297.

(5) Gabriel de Rochecbouarl, marquis et duc, depuis 1650, de Mortemart, prince de Tonnay-Charente, fils de Gaspard de Rochechouart, marquis de Mortemart, mort en 1643. Il était le frère aîné du comte de Maure.

130 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVIl« SIÈCLE,

témoigné depuis tant de civilités et de bons senlimens sur la garnison d'Attichy, j'ay creu que je devois \ous rendre compte de ce qui me retient encore icy, et que vous ne vous tiendriez pas importuné que je vous suppliasse de me faire quelqu'office sur cela auprès de la Reyne, s'il en est besoin. C'est, Monsieur, qu'un homme qui faisoit quelques affaires en Bretagne pour me faire avoir de l'argent, ayant esté arresté par une cheule, ces affaires-là ont esté retardées ; vous comprendrez bien que quand on sort par un ordre comme celuy que j'ay eu et dans une conjoncture qui ne donne pas lieu d'espérer de revenir si tost, on ne se peust pas résoudre aysément de s'en aller sans payer de certaines sortes de debtes, et il est assez croyable que des gens qui n'ont jamais receu aucuns bienfaicts de la cour de quelque nature qu'ils puissent estre, et qui ont plustost voulu vivre selon leur condition que selon l'état de leurs affaires, n'ont pas de l'argent toutes les fois qu'ils en ont besoin et surtout en ce temps-cy. Véritablement, Monsieur, la Reyne a faict du bien à des gens qui n'avoyent pas eu l'attachement à elle que nous y avions eu de tout temps, et que je puis dire qui ne méritoient pas mieux qu'elle leur en fit que M. le comte de Maure ; et bien loin qu'il ayt eu la moindre part dans tant de grâces qu'elle a départies dans sept années de la régence qu'il est demeuré à la cour, nous n'avons sceu mesme conserver les marques de considération qu'elle nous donnoit auparavant, encore que nous n'ayons pas esté seulement soupçonnés d'avoir rien fait qui nous les deust faire perdre.

Je n'ay sceu m'empescher de faire cette petite digression, pour vous faire voir que M. le comte de Maure pourroit estre excusable dans ce qu'il a fait; et en vérité, Monsieur, j'ose vous dire, qu'ayant l'esprit que vous avez, je ne me saurois persuader que si je vous pouvois entretenir du détail de nos

raisons, non-seulement pour ce qui regarde la Reyne, mais aussi M. le cardinal Mazarin, vous pussiez condamner tout à fait M. le comte de Maure. Enfin, Monsieur, si on luy reproche la rébellion, on ne luy sauroit reprocher l'ingratitude; et quant à la rébellion, si je pouvois vous faire voir les lettres qu'il m'écrit, vous verriez bien qu'il a les sentiments que peut avoir un bon François. J'en ay monstre quelques-unes à M. deMortemart, et il pourra vous en rendre témoignage. Ne songez point, s'il vous plaist, à vous donner la peine de me faire réponse. Je vous supplie seulement si vous apprenez que la Reine entende parler que je sois encore icy, de me vouloir faire la grâce de luy dire ce qui m'y retient et que j'espère d'en partir bien tost. Et si vous ne pouviez empescher que je ne fusse menacée d'un second ordre, d'avoir la bonté de m'en avertir, afin que je le prévienne, s'il m'est possible, ne voulant point passer pour une personne qui ne veut pas obéir et qui ne se peut résoudre à sortir de Paris, où je ne suis pas, Dieu mercy, fort attachée ; et croyez, s'il vous plaist, qu'en quelque lieu que je sois, je conservcray toujours un fort grand désir de pouvoir reconnoistre les civilitez que vous m'avez faites, et les témoignages que j'ayreceus de votre bonne volonté. Et en vérité, Monsieur, il ne me pourroit gueres arriver de plus grande joye que de rencontrer quelque occasion de vous faire paroistre combien je suis votre servante.

Anne Doni.

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8. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. l'EVESQUE DE VENGE (4).

De Bourbon, le 12 juin IG54 {'i).

Vous pensiez n'avoir qu'une amie à Bourbon et vous y en avez deux; mais c'estoit assez de la jalousie que j'a vois déjà de Mademoiselle de Vertus (3), sans que la lettre que vous avez escrite à Mademoiselle de Clisson m'en donnast encore une autre d'autant plus grande qu'il n'est pas besoin de la voir longtemps pour connoistre que toutes les tendresses qu'on peut luy escrire peuvent bien aysément estre fort véritables. Avec tout cela je n'ay pas laissé d'avoir une fort grande joye de voir de vos lettres en un lieu où je ne m'en doutois point du tout; et j'attendois à vous écrire que j'en fusse sortie, pour vous pouvoir dire des nouvelles de la santé que j'y suis venue chercher, sachant bien que cela ne vous est pas indifférent. J'ay même creu que bien que j'eusse à vous dire que j'ay vu xMadamede Longuevilleet que je ne l'ay point trouvée changée, si ce n'est par l'esprit qui m'a semblé estre encore augmenté, que mes lettres vous seroient plus agréables, si elles vous pouvoient aussi apprendre que les eaux m'eussent fait du bien. 11 me semble que c'est estre assez persuadée de la bonté que vous avez pour moy, et que je ne vous le saurois mieux prouver que par une telle confiance. Je verray encore Madame de Longueville en partant d'icy et je seray avec elle davantage que je n'y ay esté en venant. J'y fus pourtant deux jours.

(0 Godeau, de l'Académie française.

(2) Ms. de Conrart, in-fo, t. VIII, p. 141.

(3) Catherine- Françoise de Bretagne, amie de Madame de Longueville.

M. le comte de Maure, que j'ay laissé malade à Paris, s'y doit trouver, et si je puis, je le mèneray à Sainte-Reine, pour un vœu que j'y fis pour Mademoiselle de Vandy quand elle fut si malade : et après nous irions voir M. de Langres (1), qui u'en est qu'à une journée. Il n'y auroit pas moyen d'estre si prèsd'Autun sans y aller aussi, encore que je ne croye pas que l'évesque (2) y puisse estre, si ce n'est que son procès, pour lequel il m'a mandé que l'on luy parle d'accord , pust estre terminé en ce temps-là. Nous reviendrons après, en quelque sorte sur nos pas, pour aller à ce désert de M. le comte de Maure, dont vous pouvez avoir ouy parler, et qui nous feroit bien souhaiter, avec encore quelque autre raison, que vous fussiez plus tost évesque de Poitiers que de Vence. Ce sera pour y estre jusques à la Toussaint, si ce n'est que ces eaux-cy m'eussent fait assez de bien pour me faire résoudre d'y revenir l'automne. Mais en tous cas, l'on se rendra à Paris pour y passer l'hyver, s'il plaist à Dieu. Vous donneriez une grande joye à bien des gens, si vous en vouliez faire autant; mais personne n'en pourroit avoir davantage que moy, pas mesme M. Conrart.

9. — DE MADAME LA PRINCESSE DE GUÉMENÉ (3) A MADAME LA MARQUISE DE SARLÉ (4).

Du septembre 1655 (5).

Je suis fort surprise de ce que M. de Lenoncourt m'a encore dit que Madame la comtesse de Maure se pleignoit de

(1) Sébastien Zamet, mort en 1665.

(2) Louis Doni d'Atlichy, frère de Madame de Maure.

(3) Anne de Rohan.

(4) Madeleine de Souvré.

(6) Ms. de Conrart, in-fo, t. XI, p. 271.

iU NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XV1I« SIÈCLE, n'avoir trouvé que des sièges dans ma petite chambre. M. de Laon (1) m'en avoit déjà parlé. J'atlendois d'elle une autre manière d'agir, au cas qu'elle eust creu avoir sujet de sepleindre de moy, qui estoit, ou qu'elle s'en fust esclaircie en me le disant, ou qu'elle n'en eust au moins parlé qu'à vous jusqu'à ce qu'elle eust veu si elle en seroit pleinement satisfaite. Je ne sçay comment elle se pourroit imaginer que je fisse difficulté de luy donner une chaise, puisqu'elle sait bien que quand je la suis allée voir, je n'ay jamais souffert qu'elle en eust une différente de celle qu'elle me donnoit. Il me semble qu'il n'en faut plus d'autre preuve. Mais puisqu'il se faut justifier de ce qu'il n'y avoit que des sièges, j'en diray ces deux raisons, l'une que dans les petits lieux, je trouve que les chaises occupent trop de place ; l'autre que depuis que les plus grandes dignités du royaume ont esté multipliées à l'infiny, tout le monde a prétendu estre autant l'un que l'autre, et la moindre petite Dame s'offense de n'avoir pas des chaises, lors mesme qu'il ne s'en trouve plus dans les chambres, si elle en voit aux personnes de qualité. C'est ce qui en a obligé plusieurs de ne mettre que des sièges, mesme dans les grans lieux. Pour moy, je suis fort résolue d'user les chaises quej'ay dans ma grand'chambre , mais je le suis aussi de n'en point mettre dans mes petites ; et ainsi il me semble que cela n'offense personne. Mais je préfère si fort l'amitié et l'aveu de mes amies à cette commodité-Ia, que si elles y estoyent si attachées, j'en ferois plus tost faire à double bras pour elles. Gomme Ton a retranché toutes les conduites, il me semble aussi que pour la commodité, l'on devroit retrancher toutes les autres contraintes de droite ou de gauche dans les visites. Pour moy, quand j'en fays, je me mets sou-

(I) César d'Estrées, flis du maréchal.

vent au lieu le moins honorable. Mais quand j'aurois quelque prétention, aussi bien fondée que d'autres, je croy que Madame la comtesse de Maure a intérêt de maintenir ma maison, puisque Monsieur son mary en vient, et j'attendois d'elle des avis pour la relever, au lieu de se pleindre d'une manière contraire, en faisant trouver à redire ce que j'ay fait sans dessein particulier. Si tout le monde retranchoit les chaises pour les raisons que j'ay dites, trouveroit-on étrange que j'en suivisse la mode ?

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