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Notices sur Hyères et Cannes [electronic resource]

M'étant occupé depuis plusieurs années à examiner les climats des divers lieux de séjour pour les malades, et ayant visité à plusieurs reprises Hyères et Cannes , je suis induit, pendant les quelques semaines que des circonstances me retiennent dans la première de ces villes, à publier ces courtes notices qui pourront peut-être servir à appeler davantage l'attention des médecins et des malades sur ces localités si favorisées parla nature ; où un ciel d'Italie, un temps généralement serein et doux et des campagnes verdoyantes en hiver ; l'aspect des jardins où croissent l'oranger, le palmier, l'aloès, le cactus et d'autres plantes indigènes des pays chauds, sont, par leur rapprochement des principaux foyers de la-eivilisation , mis à la portée de beaucoup de personnes qui , quoique désirant profiter des avantages d'un séjour dans un doux climat, ne pourraient pas entreprendre un long voyage, ou qui ne voudraient pas sortir de la France.

Bien que Hyères ait été fréquentée depuis longtemps par beaucoup de malades, il n'existe aucune publication locale qui en donne une description; car, quoique l'ou-

vrage de M. Denis soit rempli de détails très intéressants sur l'histoire , l'archéologie, l'histoire naturelle et la météorologie du pays, il sert peu comme guide pour les visiteurs, ou pour tournir aux personnes éloignées des renseignements qui sont souvent demandés. Quoique je ne prétende pas remplir cette lacune , j'ai cru que les notices sur le climat seraient plus généralement utiles en y ajoutant un aperçu des particularités d'Hyères, ainsi que de Cannes qui est comparativement peu fréquentée par les visiteurs français ; mais ce séjour est apprécié chaque année de plus en plus par les Anglais dont le nombre s'est tellement accru cette saison, que plusieurs familles n'ont pu s'y loger.

Le mode d'action remédiai du climat me paraît avoir été envisagé d'une manière trop circonscrite. Les observations que j'ai ajoutées font partie d'un mémoire pour lequel m'a été décerné le prix offert par une société médicale des États-Unis; elles peuvent servir à exprimer mon opinion sur ce sujet, en attendant que l'ouvrage soit publié en français.

Hyères. — Février 1 857.

HYÊRES.

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Hyères est située à quatre lieues à l'est de Toulon, sur la route de Saint-Tropez, à l'extrémité d'une vallée fer-* tile, et éloignée d'une lieue de la mer dont elle est séparée par une plaine entrecoupée au sud-ouest par une chaîne de collines verdoyantes et boisées : la plus élevée (la Colle-Noire), atteint la hauteur de 400 mètres. La partie moderne est bâtie le long de la route, la vieille ville occupant en général la pente méridionale d'une montagne escarpée à laquelle Hyères doit on grande partie sa protection contre les vents du nord ; le sommet est couronné par les restes de l'ancien château , que l'on aperçoit de loin comme l'objet le plus frappant du paysage. Une ceinture de montagnes élevées, mais plus éloignées, s'étend du nord au sud-est formant un abri contre les vents de ces quartiers. La villeest pleinement exposée aux influences du midi , mais du côté du nord-ouest elle n'est qu'imparfaitement protégée des vents ; les deux

hautes montagnes qui circonscrivent la vallée dans cette direction, le Coudon et le Fenouillet, étant séparées par l'espace d'une lieue et demie.

En quittant la grande route de Toulon à Draguignan pour entrer dans la vallée d'Hycres, l'on éprouve déjà une différence dans la température, qui devient de plus en plus marquée en s'approchant de la ville à travers des vignobles et des plantations d'oliviers. Passant devant quelques maisons garnies et l'hôtel des Iles-d'Or, dont la belle façade et la terrasse ornée ne manqueront pas de l'impressionner agréablement, le nouvel arrivé se trouve dans la partie la plus habitée par les visiteurs; d'un côté des maisons commodes, de l'autre la place des Palmiers; terrasse et promenade d'une étendue circonscrite, au-dessus du niveau de la plaine, embellie par cinq beaux spécimens de cette espèce de végétation orientale, d'où l'on jouit d'une vue délicieuse,bornéeau midi parles lies d'Hyères , à l'est par le cap Benat et le fort Bregançon , et au sud-ouest par les collines verdoyantes déjà mentionnées, dont la plus rapprochée de la mer est surmontée d'un édifice désigné sous le nom de l'Ermitage- Tout près de la place sont les hôtels de l'Europe et des Ambassadeurs — au-delà desquels la rue , réserrée entre un mur et des habitations d'un ordre inférieur , se ter

mine sur la place de la Rade, carré spacieux ne contenant quedeuxoutroisbonnes maisons; la plus grande, ayant un beau jardin, apparlientà M.Denis, l'auteur des Promenades Pittoresques à Hyères, autrefois maire de la ville. Le côté que longe la route-est occupé par de mesquines constructions en bois ; sur un plan un peu plus élevé est la place Royale, également entourée, de trois côtés, de maisons d'un genre inférieur; sur cette place se trouve l'église de Saint-Louis, qui porte l'empreinte d'une antiquité très reculée, et dont l'intérieur, bâti dans un style gothique avec des arches en pierre et des vitraux peints qui laissent à peine pénétrer la lumière du jour, présente un aspect intéressant. Dans ce quartier sont situés la poste aux lettres, un bel édifice nouvellement construit, — comprenant l'hôtel Laure et une maison garnie , — une librairie avec cabinet de lecture pour les journaux, et un petit établissement hydrothérapique (supplémentaire à l'établissement de Mornex près Genève). Une villa appartenant également à M. Denis , plane sur la colline avoisinante, au-dehors de la ville.

La vieille ville ne contient aucun édifice remarquable, ou qui ait*quelque mérite architectural ; les rues sont étroites et mal pavées; la rue principale ainsi que la place du Marché portentlenomdeMassillon,quinaquità Hyères.

L'église de Saint-Paul , située dans une partie élevée , n'offre aucun intérêt pour les étrangers (1) . Hyères compte une population de 10,000 âmes, mais sauf les promenades dans les environs, elle ne possède que peu de ressource pour les oisifs. Il y a un cercle à l'hôtel de l'Europe où l'on se réunit pour lire les] journaux , pour jouer aux cartes, etc. ; tous les hôtels ont des tables d'hôte assez bien servies ; les hôtels des Iles-d'Or et Laure contiennent des salons de réunion, qui n'étant pas chauffés et éclairés le soir, sont peu occupés. Par conséquent, beaucoup d'individus isolés, ainsi que des familles qui seraient tentés de séjourner à Hyères s'y ennuient et vont plus loin. Il y a une bibliothèque pour l'abonnement des livres , vis-à-vis la place des Palmiers , contenant une assez bonne collection des ouvrages des écrivains français, ainsi que les productions de plusieurs auteurs anglais estimés.

Hyères ne possède pas de bibliothèque publique. Le défaut d'une promenade abritée d'une étendue suffisante pour permettre aux personnes faibles de prendre l'exercice, sans s'éloigner de la ville , se fait aussi sentir et

(1) De la terrasse, derrière l'église, on jouit d'une belle vue sur la plaine.

fournit l'occasion à un assez grand nombre de ceux qui arrivent de ne pas y prolonger leur séjour. D'autre part, les personnes qui ne peuvent se promener qu'en voiture, sont presque forcées de se tenir sur la grande route, qui ne leur offre pas de distractions; les routes conduisant dans la direction de lamer, étant pour la plupart mal entretenues à peu de distance de la ville , de sorte que les malades en s'y aventurant risquent d'éprouver un accroissement à l'épuisement de leurs forces produit par la maladie.

M. Denis, considérant le petit nombre de visiteurs anglais qui est venu à Hyères depuis quelques années , attribue la circonstance à ce qu'il n'y existait pas de temple pour le service protestant. Un temple a été récemment construit, mais il est trop petit pour pouvoir contenir plus d'une centaine d'individus; cependant, à l'exception de la saison actuelle, le nombre de mes compatriotes i/e s'est pas notablement accru, tandis que tous les autres séjours d'hiver sur le continent ont été tellement fréquentés, qu'ils n'ont pu se caser que difficilement. La vrai cause de ce que Hyères , nonobstant les avantages de son site et de son plus grand rapprochement des principaux centres de la civilisation , ait été moins fréquentée par les classes aisées qui re-

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cherchent un doux climat, est que, tandis que les municipalités et les personnes intéressées dans la prospérité des autres villes se sont efforcées d'y réunir toutes les commodités et tous les agréments possibles , Hyères est restée beaucoup en arrière sous ces rapports. Il s'y trouverait peu de maisons convenables, dans la ville ou dans les environs, pour loger des familles distinguées avec leurs domestiques ; tandis qu'à Pau — dont le climat ne convient pas, à mon avis, à autant de malades que celu^ d'Hyères — il ne manque pas de logements adaptés à toutes Jes classes de la société, ni déroutes bien soignées pour les promenades en voiture. Ainsi, malgré que la condition d'Hyères se soit améliorée dans ces derniers temps, elle laisse encore beaucoup à désirer avant qu'elle puisse être fréquentée comme le sont plusieurs autres localités qui ne sont pas plus favorisées par la nature ; et comme elle sera bientôt liée au grand réseau des chemins de fer de l'Europe centrale (ce qui enlèvera en grande partie l'objection qui est souvent faite, à savoir que les malades soient assujétis aux inconvénients de longs et fatigants voyages afin de se rendre dans des climats plus doux), il faut espérer qu'elle ne tardera pas à posséder les avantages hygiéniques, qui exercent une grande influence sur la santé des malades , eh secondant l'action d'une

atmosphère bienfaisante, surtout en ce qui à rapport aux facilités de prendre l'exercice en plein air; car, c'est prin~ cipalement sous ce rapport que le séjour des pays du midi, en hiver, est plus favorable aux malades que celui du nord. L'on devrait alors, en -premier lieu, chercher à remédier à l'inconvénient du défaut d'une promenade dans une position abritée, et améliorer l'état des routes carrossables dans les environs ; à faciliter , au moyen d'un trottoir le long de la route, la communication entre les quartiers est et ouest, qui par le mauvais temps , est rendue difficile ; à introduire un meilleur système de drainage et d'éclairage (surtout du côté de la place de la Rade). Ces améliorations contribueraient beaucoup au confort des visiteurs et pourraient être faites à peu de frais. Quanta la construction de nouvelles maisons , elle peut présenter plus de difficulté, mais j'ai la conviction que la spéculation rapporterait un bénéfice considérable aux entrepreneurs; et considérant le sujet au point de vue médical, il ne manque pas des sites favorables pour l'emplacement des habitations ayant une exposition au midi, tels que ceux qui ne sont pas encore occupés entre l'hôtel des lles-d'Or et la place des Palmiers ; le long de la route entre les hôtels des Ambassadeurs et des Ilesd'Hyères ; et ceux vis-à-vis la place de la Rade , actuelle-

ment occupés par les maisonnettes déjà mentionnées. Les environs aussi, possèdent des sites très favorables pour la construction des villas que beaucoup de familles préfèrent au séjour de la ville, et qui probablement s'élèveront dans peu d'années. (1)

Sous d'autres rapports Hyères est bien pourvue de moyens qui contribuent à rendre la santé aux malades. Les vivres y sont abondants et de bonne qualité , l'on peut se procurer tous les médicaments nécessaires et plusieurs des préparations diététiques convenables aux personnes dont la digestion est affaiblie ; il y a un établissement de bains bien tenu. Quelques-uns des médecins jouissent d'une réputation méritée, surtout pour le

(1) Les meilleures positions pour les malades sont le voisinage de la place des Palmiers, le long de la route menant à la place de la Rade. Ceux qui redoutent-le vent froid, le Mistral , peuvent se loger dans ces %artiers, ou près la place de la Rade, qui cependant est plus exposée au vent d'est qui souffle le plus au printemps. Pour ceux qui ne craignent pas le Mistral, les maisons appartenant au propriétaire des Iles-d'Or, Je long de la route, offrent des logements convenables aux petites familles. Il y a aussi^la maison vis-a-vis avec jardin. Parmi les autres maisons garnies, peuvent être mentionnées la maison Mazaudier au bout de la place des Palmiers; la maison Clerc, avec jardin, au-dessous de l'hôtel de l'Europe ; Giraud, avec jardin, sur la colline ; Lamiche, k côté de l'hôtel Laure; la maison de M. Denis, avec grand jardin, convenable U une grande famille; la maison Toche, avec jardin, au-dehors de la ville, U droite de la route de Saint-Tropez.

traitement des maladies pour lesquelles ils sont le plus souvent consultés ; et les pharmaciens sont habiles à préparer les ordonnances des médecins nationaux et étrangers. L'on peut louer des voitures, des chevaux de selle et des anes pour des excursions dans les environs, et les promeneurs qui ne sont pas en état de gravir les montagnes peuvent se trouver en quelques minutes parmi les jardins et les prairies sans être obligés de faire un long trajet par des chemins clos entre des murs, avantage qui sera apprécié par ceux qui ont épprouvé cet inconvénient dans d'autres endroits. (1)

Hyères offre, par la beauté de ses environs, assez de ressources pour la promenade à ceux qui peuvent entreprendre des excursions à pied plus lointaines; soit que l'on se dirige vers la mer par le chemin de Costebelle, ou vers le sud-est pour explorer les nombreux sites pittoresques que l'on rencontre parmi les collines sus-mcnlionnées , d'où l'on jouit du paysage riant de la plaine , entourée d'une ceinture de montagnes en forme d'amphithéâtre, et de la ville adossée contre son rocher; soit que l'on prenne la direction au nord , suivant les sentiers qui mènent sur les collines avoisinantes à l'intérieur; soit enfin que l'on re-

(1) Il serait k désirer qu'il y eut quelques voitures stationnées sur une place publique pour louer h l'heure.

HYÈBES.

monte le cours de la petite rivière de Gapeau, qui traverse la plaine à l'est; partout il se présentera des objets pleins d'intérêt et une végétation luxuriante d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes et, au printemps, de fleurs variées (1). « Les végétaux qui croissent naturellement dans le pays, dit un écrivain médical, çonstituent une flore des contrées méridionales; et l'on cultive en pleine terre une foule de plantes des climats chauds, depuis l'oranger de Portugal jusqu'au palmier de l'Egypte. Les campagnes environnantes, remarquables en général par la beauté de la végétation, par des accidents multipliés de terrain qu'elles présentent, et en quelques endroits, par quelques vestiges curieux des temps passés, ofl'rent dans toutes les directions des promenades naturelles aussi agréables que variées. » (2)

L'on jouit de beaux points de vue des pentes de la colline du château, derrière l'hôtel des Iles-d'Or; mais pour monter aux ruines il faut traverser la vieille ville, passant par l'église de Saint-Paul, ou prendre le chemin au-dehors des murs qui part du voisinage de la place Royale.

(1) Les jardins de MM Farnous (près la Place de la Rade) et Beauregard, contiennent de belles collections de plantes exotiques et tropicales. Il y a aussi plusieurs horticulteurs dont les jardins seraient visités avec intérêt par les amateurs.

(2) Notice topographique d'Hyères, par le docteur Barth. Archives de médecine, 1841.

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La montée est un peu pénible, mais l'enceinte des ruines est bien entretenue, et en.arrivant au sommet la peine est amplement compensée par l'aspect du panorama , aussi remarquable par son étendue que par ses contrastes, qui se déploie aux regards. Au-dessous, se présentent la ville avec les vieux murs et les tours qui la cernaient autrefois, occupant la pente occidentale du rocher ; vers le midi s'étend la plaine avec ses plantations d'oliviers, vses rangées de cyprès et çà et Ik un palmier ; au-delà, l'on voit les Iles, un ou deux vaisseaux de guerre et de petites barques en rade ; à l'ouest un mélange curieux de montagnes boisées, avec le cap Benat et le fort Brégançon aux bords de l'horizon ; la plaine étant terminée dans cette direction par les étangs salins servant pour l'extraction du sel; au sud-ouest la presqu'île de Giens, jointe au rivage par une langue de terre plantée de sapins , qui s'étend jusqu'à vis-à-vis de la ville ; au nord un entassement de montagnes aux formes variées, les plus rapprochées étant couvertes des bois de l'arbre à liège , dont la verdure perpétuelle contraste agréablement avec les masses isolées de rochers gris qui s'élèvent à pic çà et là, avec les cimes stériles de la chaîne des Maures et des Alpes que l'on aperçoit dans le lointain, ainsi que du côté de l'ouest, avec la végétation de la vallée et les nombreuses maisons

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blanches dont elle est éparpillée; le cadre du tableau étant formé par le Fenouillet, le Coudon et le Faron ayant sur son sommet un fort qui fait partie des fortifications de Toulon. A l'extrémité de la vallée s'élève un monticule couronné par les ruines du fort La Garde. Tels sont en abrégé les points de vue dont jouit le spectateur de cette position élevée.

Un large sentier passant par-dessus les montagnes derrière le rocher du château, et contournant la spacieuse vallée de Plan-de-Pont, mène par une descente abritée par l'arbre à liège , à la Roquette , propriété de iVI. de B. occupant un site pittoresque entouré de collines boisées. L'on peut retourner à Hyères par la route carrossable qui n'offre rien de remarquable, ou par un sentier agréable qui traverse la montagne près du Fenouillet, ayant vue sur la plaine et sur la mer, et qui vient rejoindre le premier chemin non loin du rocher du château , dont les ruines se présentent bien de ce côté.

Un autre sentier traversant les bois sur les hauteurs qui dominent le côté opposé de la vallée de Plan-de- Pont conduit à la vallée de la Sauvebonne. L'on y va aussi en voiture par la route de Saint-Tropez jusqu'au pont du Gapeau, à une lieue de la ville, d'où l'on remonte la rive gauche de la rivière par la route de Pierrefeu ,

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qui est en assez bon état, passant par-devant le château de M. de Beauregard, chef de la municipalité , et qui , bordée d'un côté par des campagnes boisées, offre quelques beaux paysages. Quittant cette route, l'on entre à gauche dans la vallée de Sauvebonne plantée de vignobles et d'oliviers ; à droite, l'on aperçoit un couvent habité par une trentaine de moines ; un peu plus loin, au bout de la vallée, est le village de la Crau d'où la route est continuée jusqu'au pied du Fenouillet où elle rejoint la grande route de Toulon. La tournée est intéressante et se fait en deux heures et demie.

Le chemin le plus fréquenté des environs est celui de l'Ermitage et de Costebelle, il est en assez bon état pour les voitures jusqu'au point de jonction, à peu de distance de la ville. De la terrasse, au-delà de l'Ermitage , l'on jouit d'un des plus beaux points de vue de la plaine et delà ville d'Hyères, delà côte, des Iles et des campagnes avoisinantes de Costebelle. Cet endroit consiste en quelques maisons isolées au milieu d'une végétation luxuriante, occupant un site plus abrité et plus chaud que Hyères. Le palmier y est plus florissant et porte des fruits; une ou deux maisons sont louées dans la saison ; il y a de très jolies promonades pour les piétons, et un bon chemin conduit au rivage de la mer; mais l'éloigne-

ment d'IIyères et le défaut de routes carrossables constituent de fortes objections à l'habitation de Costebelle, où par le mauvais temps l'on serait tout à fait privé de ressources. On peut retourner à Hyères par un sentier qui suit la pente de la colline à droite, et à travers les montagnes ; il faut cependant avoir soin de ne pas s'égarer, ce qui est assez facile.

L'on peut arriver en voiture au rivage près de Costebelle par la route d'Almanare qui , d'Hyères , passe à gauche de l'Ermitage, mais qui est généralement en assez mauvais état. L'Almanare se compose de deux ou trois maisons contigùes aux salines de cet endroit ; la route se prolonge vis-à-vis de la presqu'île , le long de la mer jusqu'à Carqueiranne, joli hameau, avec quelques maisons de campagne ; cette route est très accidentée et en même temps abritée par la chaîne de collines couvertes de sapins de tous côtés excepté du côté de la mer, et si elle était maintenue dans un état passable, l'on ne pourrait pas désirer une meilleure promenade pour les malades qui souhaiteraient respirer l'air de la mer. Les piétons trouvent un sentier agréable tout près du rivage, et parallèle à la route qui, passant devant le château de M. de St. G., à Carqueiranne, va se joindre à la grande roule de Toulon, près de la Valette. Pour retourner à

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Hyères sans retracer son chemin , l'on suit un sentier large mais pierreux qui, partant de derrière le château, passe entre les montagnes par-dessus le col le plus rabaissé de la chaîne, d'où l'on jouit d'une belle vue de la vallée et de la ville d'Hyères. Il faut une heure pour aller d'Almanare à Carqueiranne et une heure et demie de Carqueiranne à Hyères.

Une excursion intéressante pourrait être faite à pied ou à cheval, à la plantation de pins sur la plage vis-à-vis (je la ville. L'on peut aller en voiture quand le chemin est en bon état , jusqu'à l'entrée du bois par la route d'Almanare, que l'on quitte vis-à-vis de TErmitage — traversant des terrains marécageux. La plantation s'étend de l'établissement des salines à l'ouest , à trois quarts de lieue le long de la mer présentant une variété de promenades agréables, parmi les pins et les arbustes qui croissent sur un sol sablonneux. L'on y jouit des beaux points de vue d'Hyères et de ses montagnes , de Costebelle et de la côte au-delà ;de Carqueiranne h l'ouest , et de Brégançon à l'est. L'on peut retourner par le chemin du Ceinturon et la route de S'-Tropez , qui, cependant , fait un détour considérable comme les autres routes, conduisant à la mer à l'est d'Hyères , n'offre pas d'intérêt.

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Parmi les vallées de la Colle-Noire , celle de la Mondière est la plus agréablement boisée. On y va par le chemin qui, passant par la maison deM.de Beauregard, conduit dans la direction de Carqueiranne. En arrivant à l'extrémité de la vallée, on trouve deux sentiers, l'un à droite qui va dans les montagnes, l'autre à gauche menant au sommet du col d'oii Ton aperçoit la mer et l'Ermitage. On peut descendre de ce côté, ou , si l'on veut raccourcir sa promenade , on peut — sans monter au col — suivre le sentier à gauche qui descend à la vallée de Saint-Martin et vient rejoindre celui de Carqueiranne que l'on avait quitté.

Mais c'est du sommetdu Fenouillet que les plus beaux points de vue se présentent au regard de l'o'bservateur ; cette montagne, la plus élevée du voisinage d'Hyères , étant située au centre des objets environnants les plus propres à inspirer de l'inlérêt. Le pic de Fenouillet se compose d'un amas de rochers nus, détachés les uns des autres et presqu'inaccessibles, près desquels gisent, aux. alentours, des masses énormes couvertes en partie de buissons et d'arbustes, rappelant à ceux qui y sont allés,, le souvenir d'un spectacle analogue — le Chaos de la. vallée de Gavarnie dans les Pyrénées. — La vue de tous côtés est des plus étendue, comprenant, outre plusieurs

des objets déjà énumérés , le pic des Oiseaux , rocher escarpé qui s'élève vis-à-vis; la mer au-delà des Iles, et la côte ; au sud-ouest, plusieurs chaînes de montagnes; au nord-ouest, la vallée de Sauvebonne; à l'est, la rade, le phare et les fortifications de Toulon. L'on peut monter au Fenouillet avec des ânes par un chemin quittant la grande route à peu de distance d'Hyères et retourner, dans une heure, par un sentier passant sur les montagnes et se joignant à celui déjà mentionné, au-dessus des vallées de la Roquette et de Plan-de-Pont.

Les personnes qui ne peuvent pas aller loin trouveront sur les collines aux environs plusieurs promenades qu'elles pourront faire sans fatigue. L'une des plus agréables est sur la colline nommée le Paradis, derrière la villa de M. Denis, d'où se présente une belle vue de Ja plaine, de la rade et des Iles. L'on peut descendre de l'autre côté parla vallée de la Ritorte à la route de Saint-Tropez, à peu de distance de la vdle.

■ Hyères jouit h juste titre de la réputation d'être l'un des meilleurs sinon le meilleur séjour d'hiver, en France, pour les poitrinaires. Son climat, comme celui de la Provence en général, présente des différences très marquées entre les climats des'autres parties du midi sous le rapport delà température et delà sécheresse. «La Provence, dit un écrivain distingué sur la météorologie, est une portion détachée du reste de la France, jetée sur la côte septentrionale de la Méditerranée. Protégée par un cercle de montagnes contre les vents du nord et descendant par des gradations successives vers la mer, elle jouit d'une température plus élevée que les provinces situées plus au midi près des Pyrénées.' A l'est, le climat provençal se confond insensiblement avec celui plus doux dont jouissent les côtes de la Ligurie , désignées par le nom de la Rivière de Gênes. L,a température moyenne

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annuelle y est plus élevée que dans toute autre partie- de la France. Elle atteint presqu'h 15 degrés (centigrade). Les étés y sont plus chauds et les hivers plus doux que dans les districts girondins. Le voisinage de la mer tempère les chaleurs de l'été ; le thermomètre ne s'y élève pas si haut proportionnellement que dans le nord de la France, mais la chaleur y est de plus longue durée et la température moyenne de l'été n'y est nulle part au-dessous de 21°. La quantité annuelle de pluie n'y est pas plus considérable que dans les autres parties de la France, mais la distribution, à l'égard des saisons, y est très caractéristique. Presque la moitié tombe en automne, l'autre moitié en hiver et au printemps ; l'été est par conséquent excessivement sec. Comme les pluies d'automne sont très abondantes, le nombre des jours pluvieux y est beaucoup moindre que dans toute autre région. A Marseille il est de 57 , à Montpeiller 67 , h Nice 52 (60). Les orages ne sont pas fréquents, mais ils sont très violents ; ils arrivent pour la plupart au printemps et en automne. Le climat de la Provence est le meilleur en France, et il serait aussi le plus agréable et le plus sain si ce n'était le vent du nord-ouest (mistral) qui souffle/ avec une extrême violence dans toute la vallée du Rhône. Ce vent était inconnu au temps de Jules César , re-^

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présente la Provence comme un pays couvert de forêts. Après la destruction inconsidérée des arbres qui cou" vraient les plaines et les collines avoisinantes de la Délia du Rhône, ce vent impétueux se fit sentir pour la première fois.

(■ Il y a en Provence un distrif't pri\ilégié s'étendant depuis Hyères jusqu'à Nice. Situé au pied des Alpes, au dehors du trajet du mistral , ce pays jouit d'un climat plus doux que Rome et Naples, c'est là que vont les personnes aux poitrines délicates, chercher la douce atmosphère, la température constante , l'existence calme qui retardent le progrès de la plus inexorable des maladies, et qui l'arrêteraient quelquefois si la négligence ou un funeste aveuglement n'empêchait pas les malades de cherchera temps une guérison possible, ou ne les induisait à faire choix des localités moins favorisées. » (1)

Le climat d'Hyères présente quelques différences de celui des autres parties delà Provence , dépendant des particularités de son site. Le ciel est généralement serein en hiver ; l'air y est pur , sans avoir l'extrême sécheresse de Marseille et de' quelques autres villes avoisinantes ; il tombe en général comparativement

(1) M. Martius. — Annuaire météorologique de la France, 1850.

peu de pluie dans celle saison ; mais il ne faut pas croire comme paraissent le faire quelques personnes, qu'il n'y a pas de mauvais temps et que les vents froids ne s'y font pas parfois sentir. M. Denis, qui écrit avec impartialité et prévient les étrangers contre les descriptions exagérées qu'en ont données quelques écrivains des Guides des voyageurs, s'exprime ainsi : «un printemps perpétuel ne règne pas dans notre vallée; l'hiver y est marqué par quelques journées froides et pluvieuses ; les vents y arrivent violents et parfois dévastateurs ; les chaleurs de l'été, sans être insupportables, sont longues et continues ; toutes les parties du territoire qui ne sont pas favorisées par des irrigations naturelles ou artificielles présentent l'image de la sécheresse ou de l'aridité. Des tourbillons de poussière enveloppent le voyageur ; des orages inattendus, menaçants et destructeurs viennent y fondre en grêle ou en torrents de pluie ; et après tout, et malgré tout, cette vallée et sans contredit la plus favorisée du ciel de la France ; car, quelques moments de froid sont suivis d'une longue suite de belles et tièdes journées; les chaleurs de l'été sont tempérées par la brise de mer qui souffle régulièrement durant une partie du jour. La montagne qui domine la vallée offre un puissant abri contre la puissance des vents. Les grandes roules sont

bien entretenues, les cultures sont variées, les herbages y croissent sans interruption. » (1)

M. Foderé, qui a exercé la médecine à Ilyères , s'est ainsi exprimé à son égard :

<« Hyères paraîtrait être un peu plus chaude en hiver et moins exposée que Nice aux variations brusques de la température. Ainsi que dans tous les climats où la chaleur favorise la transpiration, les habitants d'Hyères ne sont sujets ni à la goutte, ni au rhumatisme, ni à l'asthme et les étrangers qui y viennent passer jes hivers sont presque sûrs, de même que sur le littoral des Alpes Maritimes, d'y éprouver un grand soulagement. L'absence des pluies et des brouillards, et l'exercice qu'on peut faire tous les jours dans cette saison au milieu d'une belle végétation, rendent certainement ce séjour très reeommandable. D'autre part, le voisinage des marais, des étangs, des salines, la malpropreté des rues et l'absence d'une quantité assez considérable des eaux potables , présentent de graves inconvénients, malgré la salubrité de la saison. » (2).

(1) Promenades pittoresques h Hyères.

(2) Voyage aux Alpes Maritimes. Les inconvénients signalés par cet auteur n'existent plus actuellement au môme degré ; les marais ont été en grande partie desséchés; d'ailleurs ils n'exerceraient pas une jn-r fluence fâcheuse sur la santé en hiver,

La seule notice sur le climat qui ait été publiée dans ces derniers temps par un médecin d'Hyères , est celle de M. Honnoraty, qui est citée par M. Carrière dans son ouvrage sur le climat de l'Italie. Cet auteur dit : « que la ville est exposée au vent nord-ouest et qu'elle n'est pas suffisamment abritée du côté de l'est. Les orangers et les citronniers sont plus petits qu'à Nice, (1) les pluies en automne et les brouillards n'y sont pas infréquents , en hiver il y a une longue succession de beau temps , la température n'est pas sujette à d'aussi grandes variations, et il y a moins de différence entre celle du soleil et de l'ombre qu'à Nice. Les matinées et les soirées sont froides. Au printemps les vents prédominants sont l'est , le sud-est et le nord-est. L'est amène l'humidité, il est le vent du printemps sur les côtes de la France comme l'ouest est le vent du printemps sur les côtes occidendentales de l'Italie; les vents soufflant de la mer, le sud sud-est et sud-ouest modèrent la chaleur dans cette saison . Les vents les plus fréquents en automne sont le sud-est, l'ouest et le nord-est. En hiver, le nord

(1) L'on ne voit actuellement presque pas de citronniers et les orangers ne sont plus cultivés dans la plaine, étant circonscrits aux jardins près de la ville.

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et le nord-est sont froids et perçants, mais l'influence de ces vents est modifiée par le sud-est et le sud. 11 y a plus de jours pluvieux à Nice qu'à Hyères, où la moyenne annuelle est 40. »

11 paraît qu'il y a erreur à l'égard du nombre des jours pluvieux. La quantité moyenne de pluie qui tombe à Hyères est, selon M. Denis, de 27 pouces^ à Nice elle est de 25 (ce qui n'est pas moins qu'à Londres). « Les vents d'est, dit cet auteur, amènent au printemps les pluies , ceux du sud-est et du sud-ouest poussent et roulent ces nuages épais qui en octobre et novembre viennent fondre sur le sol. Si les pluies ne sont pas très fréquentes sur ce pays, elles sont ordinairement très abondantes. Aux époques citées (printemps et automne) on peut compter 40 jours de pluie, année commune. Ce sont les vents marins qui pendant la dure saison font monter le thermomètre, et les mêmes qui rendent l'été plus supportable. (1) »

(1) Ordre des vents selon les saisons. Au printemps, l'est, le sud et le nord-est; en été, le sud, sud-est et ouest ; en automne, le sud-ouest, l'ouest et le nord-est ; en hiver, le nord, le nord-est, le sud-est, le sud et enfin le nord-ouest.

Terme moyen d'observations faites pendant 20 ans. Le vent du nord souffle 10 jours au plus ; l'est, 65 ; le sud, 120 ; l'ouest, 40 ; le nordest, 20 ; le sud-est, 20 ; le sud-ouest, 18 ; variables de 8 à 10 jours-

Nous pouvons conclure de ce qui précède que le nombre de jours pluvieux à Hyères se rapproche de celui de Nice, quoique dans cette ville la quantité de pluie qui tombe soit plus également divisée entre les trois saisons. Ainsi, d'après la table de Roubaudi, que j'ai citée dans mon ouvrage, il tombe en décembre, janvier et février près de sept pouces de pluie; en septembre, octobre et novembre neuf pouces trois quarts ; en mars, avril et mai six et demi ; tandis qu'en jum, juillet et août il tombe à peine trois pouces. Les saisons varient cependant beaucoup sous ce rapport. Lorsque les pluies d'automne tombent à leur époque accoutumée, il y a ordinairement à Nice une longue succession de beau temps en hiver ; tandis que si elles viennent à manquer, l'hiver est comparativement pluvieux ; il en est probablement de même à Hyères.

M. Denis divise le terroir d'Hyères en troi:5 zones, dont chacune est soumise à une température qui lui est propre : 1» celle d'Hyères et de ses jardins ; 2* celle du littoral qui s'étend de l'est, par delà le Gapeau , à l'ouest du côté du Ceinturon ; 3° celle qui est particulière à toute cette suite de vallées et de collines comprises depuis le revers nord des montagnes du château, du Fenouillet , des Fourches et du grand angle du Goudon, et la chaîne

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qui commence les terroirs de Collobrières, Pierrefeu et Pignans. Il existe presque toujours une différence d'un et demi à deux degrés entre la première et la deuxième zone, et une différence de deux à quatre entre la deuxième et la troisième.

« Les brouillards, dit cet auteur, sont très rares aujourd'hui, ils s'élèvent parfois durant le printemps et l'automne vers 10 et 11 heures du matin ; ils deviennent épais et gros, marchent lentement du sud au nord , gagnent le pic des montagnes à l'est et à l'ouest, et finissent par se répandre et retomber dans les vallons. »

A ces citations des autorités locales, j'ajouterai quelques observations faites par M. Carrière, afin de démontrer les points de rapprochement qui existent entre les climats d'Hyères et de Nice et les différences qui les distinguent l'un de l'autre. « La température est douce à la sensation. Pendant les belles journées d'hiver, il n'y a rien d'apre dans l'impression qu'elle produit , surtout lorsque l'hiver commence h incliner vers le printemps. D'après les observations de 30 ans (1810-40), le thermomètre descend jusqu'à un minimum qui se rappioche, sans l'égaler, à celui de Nice (9). Le maximum est presque celui de la ville piémontaise , il surpasse 30. Les époques de la journée qui correspondent aux plus grands

CLIMAT d'HYÈRES. 31

froids sont le matin et soir, conime dans le bassin de Nice. Alors soufflent les vents continentaux , dont le règne précède et suit celui des vents maritimes. A Nice cette succession se fait régulièrement, elle ne présente pas la même régularité dans la ville française. A cause de la perméabilité de l'enceinte qui part des deux côtés de la montagne d'Hyères, les vents continentaux traversent quelquefois la journée et troublent le calme del'air, en même temps qu'ils abaissent la température. Parmi ces vents, le mistral, qui présente ces conditions plus que tous les autres, a un accès, plus facile dans le bassin de la ville française que dans celui de Nice. C'est le plus tumultueux, le plus sec et souvent le plus froid , puisqu'il faitbaisserbrusquemenlla température de 6 à 8 degr.

En général, la saison d'hiver présente malgré ces inconvénients une bonne et douce température. Il est rare que lorsque le ciel est pur et sans nuages, ce qui arrive assez fréquemment depuis les derniers mois de Tautomne jusqu'au printemps, la promenade ne soit pas aussi agréable que salutaire pendant les deux ou trois heures qui suivent le milieu du jour. Alors les vents maritimes dominent, et la sécheresse de l'air est tempérée par cette humidité insensible qui rappelle celle des campagnes riveraines des parages méridionaux de l'Italie. »

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« D'après les relevés du docleur Honnoraty, dit M. Barth, et pendant les mois les plus froids de l'année (décembre, janvier, février), le thermomètre, placé à l'ombre au nord, n'a pas, vers le milieu du jour, dépassé inférieurement 7 au-dessus du zéro, tandis qu'il s'élèvait souvent h 12 et 15 à l'ombre, et atteignait môme 18 et 20 (centigrade). Au soleil, au contraire, il ne s'est pas abaissé au-dessous de 17, et il montait quelquefois à 30 et 40 ; mais le plus généralement , la chaleur moyenne variait de 10 à 13 à l'ombre et de 25 à 30 au soleil. Ces considérations, poursuit M. Carrière, établissent une autre analogie entre le ciel de Nice et celui d'Hyères. La différence qui existe dans le bassin de la ville française entre la température de l'ombre et celle du soleil est assez forte pour impressionner vivement les organisations délicates et les malades en traitement. Ainsi, comme pour Nice, ce n'est pas sans user de précautions qu'on doit se livrer h la promenade dans la campagne par les belles journées de l'hiver.

L'air d'Hyères est doux assurément , mais il ne l'est pas plus que celui de Nice ; l'un et l'autre présentent des minima que l'on peut considérer comme à peu près semblables. L'air est sec, surtout dans la région septentrionale du bassin, c'est-à-dire dans la portion de

CLIMAT d'HYÈRES.

la vallée qui touche aux accidents de terrain ; naturellement il l'est moins sur les rives des cours d'eau, près des terrains marécageux et sur cette zone de la plaine qui forme la lisière du littoral.

Les vents ne sont pas capricieux à Hyères, et l'atmosphère ne présente pas la variabilité de celle de Nice. Assurément le ciel de Nice est capricieux, mais il acquiert de la fixité dans le milieu de la journée à cause de l'alternance régulière des vents maritimes, qui sont les vents du jour, avec les continentaux qui sont ceux de la nuit, des soirées et des matinées (1). Cette variabilité se fait sentir d'autant plus que les vents continentaux perdent tout leur calorique en passant sur les Alpes , dont les cimes se multiplient derrière le territoire de Nice, tandis que les maritimes conservent et corroborent toutes leurs

(1) Les localités maritimes des pays chauds, dit le docteur Copland, ainsi que celles despays tempérés quilsont situées le plus au midi, tandis qu'elles subissent dans le jour, pendant la plus grande partie de l'année, les brises régulières de la mei'||— dépendant de ce qucle courant del'air remplace celui qui a été raréflépar l'influence réchauffante de la terre — sont en même temps assujéties aux vents de terre pendant la nuit, à cause de l'évaporation moins rapide et delà plus grande chaleur de la surface de l'Océan U cette époque ; la radiation rapide de la chaleur du soj réduisant bientôt la température de sa surface au-dessous de celle de l'Océan dans la même latitude. — Dictionary of Médecine.

34 CLIMAT D'nYÈBES.

qualités par l'itinéraire qu'ils suivent avant de parvenir dans le bassin. Les vents continentaux sont beaucoup moins froids à Hyères ; les changements de température que leur entrée déterminent, affectent moins vivement la sensibilité ; le nord-ouest forme seul exception; nonseulement il produit une révolution profonde dans les conditions métriques, il souffle encore avec assez de fréquence, soit pendant le milieu du jour, soit pendant la nuit, pour transporter aux heures de la promenade une variabilité qui, pendant le même temps, est moins prononcée dans l'atmosphère de la ville piémontaise. (1)

M. Carrière considère que l'air d'Hyères est plus sec que celui de Nice. « La différence, dit-il, est assez grande entre l'élasticité atmosphérique des deux villes, pour attribuer à Hyères une suprématie marquée sur sa rivale du Piémont. II faut rapporter la sécheresse de l'air de la station française à deux causes : les vents continentaux qui parviennent dans le ravin de Nice modifient profondément la pesanteur de l'air, mais le nord-est qui est le plus fréquent à Hyères joint au nord-nord-ouest qui a la prépondérance en hiver, doit le modifier plus pro- " fondémcnt encore. Il paraîtrait aussi que la proportion

(1) Sur le Climat de l'Italie.

de journées pluvieuses serait plus élevée à Nice que dans la ville française (c.-à-d. 60 h Nice 40 àHyères). Ces deux circonstances établissent donc la raison de celte différence d'élasticité atmosphérique qui fait de l'air de Hyères un air plus sec que celui de la station du territoire piémontais. »

Nous avons vu que la quantité absolue de pluie qui tombe dans l'année est un peu plus grande à Hyères qu'à Nice ; et je crois avoir démontré que l'on a été induit en erreur en estimant le nombre de jours pluvieux à 40 seulement (ce qui serait moins qu'à toute autre localité des pays tempérés). D'après ce que j'ai pu observer à l'égard du degré de sécheresse relative de ces deux villes, il me semble que la distinction n'a pas été suffisamment faite entre les parties de la ville et les faubourgs de Nice habité:? par les étrangers , et les rues étroites et mal aérées de la vieille ville, et des campagnes environnantes qui sont presque au niveau de la mer , tandis qu' Hyères est à plusieurs mètres au-dessus de ce niveau, et qui par cette raison, ainsi qu'à cause de la quantité de rosée qui tombe dans la partie du bassin de Nice la plus abritée des vents, peuvent bien avoir l'atmosphère plus chargée d'humidité. Mais, d'autre part, les quartiers les plus fréquentés de Nice, près de la mer, ou longeant le Pâglion —

CLIMAT d'eYÈRES.

qui est presque toujours h sec, et ne saurait par conséquent être unecause puissante productrice de l'humidité — sont séchés par les vents et en même temps pleinement exposés au soleil. Nice étant située sur le bord de la mer et séparée des montagnes par une plaine, a par conséquent une plus libre ventilation qu'Hyères. Ces circonstances contrebalancent, à mon avis, la quantité plus grande de pluie qu'il peut y avoir en hiver. Hyères, au contraire, ayant une plaine et de l'eau salée entr'elle et la mer, est moins aérée par les brises qui soufflent de ce côté, tandis qu'en même temps elle est abritée du nord, et en grande partie du nord-ouest (vent sec occasionnel) ; mais en revanche elle est plus exposée à l'est (vent d'humidité) qui prédomine au printemps. L'atmosphère d'Hyères est douce, moins variable que celle de Nice, et elle est en même temps moins excitante ; les personnes dont les nerfs sont agacés à Nice, et celles qui, à cause de cette qualité du climat, ne peuvent pas bien dormir, se trouveraient souvent beaucoup mieux k Hyères, ainsi que dans l'atmosphère moins sèche de la campagne de Nice, un peu éloignée de la mer. Au point de vue médical, ces différences sont importantes à noter; car, il arrive chaque saison, que beaucoup de malades qui viennent dans ce pays, se fixant dans des positions qui leur sont peu con-

CLIMAT D'DYÈRES.

venables, ne retirent aucun avantage du climat , et que d'autres voient leur état s'empirei ; tandis que s'ils avaient fait un meilleur choix de localité il aurait pu s'améliorer. Il y en a d'autres auxquels une certaine dose, pour ainsi dire> d'une atmosphère sèche et excitante est avantageuse^ mais lorsque cette dose est dépassée par un séjour trop prolongé, la même atmosphère leur devient nuisible. Le même effet se pioduit sur beaucoup de personnes en santé. Lors donc que le médecin s'aperçoit que des malades auxquels le climat semblait convenir d'abord , ne font plus de progrès, ou qu'il survient des symptômes d'excitation générale ou locale, manifestés par l'agitation, l'insomnie et la fréquence du pouls, qu'il ne saurait attribuer à une cause spéciale ou accidentelle (comme les refroidissements, les erreurs diététiques, Tétat de gravité delà lésion, etc.), il pourrait le plus souvent y voir l'mdication pour un changement de lieu. Le caractère du climat de tous les endroits fréquentés par les malades, éprouve aussi de grandes variations dans le cours des sfx mois de l'hiver et du printemps, ce qui rend souvent un changement nécessaire, et c'est h tort que plusieurs médecins recommandent d'une manière absolue aux malades de passer l'hiver (ou six mois) dans tel ou tel endroit, sans considérer suffisamment si les variations

38 CLIMAT D'nYÈRES.

de son climat h, ces diverses époques ne formeraient pas une contre-indication k un séjour prolongé. Ce que je viens de dire h l'égard d'un climat sec et excitant, est également applicable à un climat plus humide ou sédatif. L'action d'une pareille atmosph(^.rc sur le système des malades serait souvent avantageuse pendant un certain temps, tandis qu'elle serait nuisible si elle était trop prolongée.

Pour cette raison, les climats de Pau, de Pise et de Rome (qui ont une température d'hiver moins élevée que Nice et Hyères) conviennent à beaucoup de malades pendant quelques semaines ou deux ou trois mois , mais deviendraient souvent trop relâchants pour ces mêmes ■ malades s'ils y restaient toute la saison , à cause de la plus grande proportion de pluie qui y tombe et du calme de l'atmosphère, surtout à Pau et à Rome, D'autre part, le séjour de plusieurs mois dans la même localité , soit qu'elle possède un climat sec et plus ou moins excitant, soit que le climat y est plutôt moite et sédatif, est préférable à un changement de lieu pour un grand nombre de malades ; et c'est au médecin qui a acquis les connaissances nécessaires à cet égard, de déterminer, d'après les indications, ce qu'il y aurait de mieux à faire dans des cas particuliers.

CLIMAT d'BYÈRES. 3^

L'on peut dire en général, qu'un climat modérément chaud et sec, comme celui d'Hyères et des autres stations abritées des côtes septentrionales de la Méditerranée , est le plus convenable aux individus d'un tempérament lymphatique et scrofuleux, qu'ils soient malades ou seulement prédisposés à la maladie, ainsi qu'à ceux chez lesquels la circulation est ralentie ou du moins n'est pas accélérée, ou la pâleur jointe à la langueur des fonctions indiquent un état d'anémie ou de détérioration du sang. De tels malades regagneraient souvent la santé et les forces par l'influence de l'atmosphère vivifiante d'un te| climat, qui au contraire produiraitdes effets défavorables sur des individusd'un tempérament sanguin, excitable ou nerveux , et à plus forte raison, dans des cas de maladies aiguës ou chroniques caractérisés par la fièvre , ou par l'excitation vasculaire ou nerveuse.

Cette opinion que j'ai exprimée, il y a plusieurs années, est corroborée par les observations de M. Carrière, qui dit: « Nice et Hyères conviennent, aux nuances près, D\i\ malades de cette classe (à tempérament lymphatique et scrofuleux) qui appartient k l'Angleterre et aux zones septentrionales de l'Europe, ainsi qu'à la France du nord. Les malades du midi, dont les affections chroniques se compliquent on général d'un état de surexcitation

40 CLIMAT D'nYÈRES.

nerveuse doivent aller dans les stations méridionales de l'Italie, j)

Les maladies pour lesquelles le climat d'Hyères est recommandé par MM. Barth et Bayle, de Paris, dans les notices qu'ils ont publiées, sont signalées d'une manière trop absolue, sans préciser les divers tempéraments et les diverses conditions dans lesquelles peuvent se trouver les malades ; qui font qu'un climat — comme tout autre remède — qui serait avantageux dans tel cas, serait extrêmement nuisible dans tel autre cas de la même maladie. Ces diversités de conditions chez les malades doivent en effet constituer le guide principal du médecin qui veut faire choix du climat le plus approprié à des cas particuliers. Ainsi, par exemple, l'hémoptysie est souvent remédiable par l'action des climats de nature opposée. Lorsqu'elle est liée à un état de surexcitation vasculaire et nerveuse , l'atmosphère sèche de la Provence serait le plus souvent nuisible; tandis que celle de Pau, de Rome ou de Madère, qui est plus moite et dont l'action sur l'économie est plus sédative, serait probablement avantageuse ; d'autre part, lorsqu'elle dépend d'un défaut de ton, ou du relâchement du système , et des voies aériennes en particulier, sans qu'il y ait mouvement fébril, un climat sédatif serait plutôt dé3avanta-

gcux, et un climat chaud et en môme temps sec, offrirait la plus grande probabilité de guérison.

Dans un grand nombre de cas où se présente l'indication pour préférer un climat chaud et modérément sec, celui d'Hyères, de Cannes ou de Nice conviendrait également bien, et alors le choix devrait être réglé par d'autres considérations que celles des légères différences météorologiques qui ont été notées entre ces localités. Ainsi, ceux chez lesquels des causes morales déprimantes auraient contribué à détériorer la santé, et ceux qui recherchent plus de distractions qu'ils n'en trouveraient dans une petite ville de province, feraient bien en général d'aller à Nice, et dans le cas qu'ils éprouvent delà surexcitation du voisinage de la mer, de se loger dans l'une des villas des environs ; ceux, au contraire, qui désirent éviter le mouvement bruyant d'une grande ville, qui recherchent la tranquillité et trouvent assez de ressources dans les promenades à la campagne pendant le jour, dans le sein de leurs familles ou dans la jouissance d'une société plus intime et plus cordiale que l'on ne rencontre rarement dans des endroits très fréquentés, ne sauraient mieux faire que de choisir pour séjour Hyères ou Cannes.

Nonobstant les variations atmosphériques occasion»

nelles, quand il n'existe pas une grande susceptibilité dos voies aériennes, le séjour en hiver, en totalité ou en partie, de l'une ou l'autre des stations sus-mentionnécs, serait très propre à favoriser la guérison de la phthisie pulmonaire dans une période peu avancée de la maladie, ouà procurer une amélioration permanente chez des personnes du tempérament indiqué. Dans ces cas, ce n'est pas un climat très égal qui convient le mieux. En effet, une température trop uniforme, comme par exemple celle de Madère , n'est pas en général très favorable aux constitutions du Nord. Un pareil climat convient mieux à des organisations excitables, frêles et délicates, chez lesquelles la puissance de réaction contre lefroidest trèsfaible, ainsi qu'aux personnes dont la santé est trop gravement compromise, pour que l'on puisse raisonnablement entretenir l'espoir de prolonger l'existence , autrement que par le repos aussi complet que possible des oi'ganes lésés.

Le climat d'Hyères, et des autres lieux abrités de cette partie du littoral de la Méditerranée , est très propre à favoriser la guérison de la bronchite chronique avec expectoration , surtout chez les personnes âgées , et lorsqu'il n'y a pas de tendance à l'action inflammatoire. L'asthme humide serait également amélioré dans la plupart des cas par ce climat. Les cas de bronchite sèche,

CLIMAT d'HYÈRES. 43

avec grande susceptibilité des voies aériennes , seraient au contraire plutôt empires par l'influence d'un climat sec. Le séjour d'Hycres, ou de la campagne des environs de Nice serait préférable dans ces cas au voisinage de la mer.

Les scrofuleux sont placés dans la condition la plus favorable pour la guérison , par l'habitation en hiver d'une localité où la sécheresse et l'élasticité de l'atmosphère tendent à améliorer l'état de !a nutrition et de l'hématose, amsi qu'à procurer la résorption des tumeurs glandulaires. Les positions non loin du rivage delà mer sont préférables lorsqu'il n'existe pas une grande disposition à ôtre sensiblement impressionné par les variations de température ; lorsque cette disposition existe , les malades feraient mieux de se loger dans l'intérieur du pays.

Ce genre de climat est généralement avantageux dans les affections des organes digestifs caractérisées par un état de torpeur et d'atonie générale ; lorsqu'au contraire, CCS affections sont accompagnées d'un excès d'irritabilité générale ou locale, un climat tel que Pise , Rome ou Pau, conviendrait mieux. Les étrangers à leur première arrivée dans des pays du Midi , sont très sujets à éprouver de l'excitation anormale de ces organes , parce qu'ils n'ont pas soin de régler leur régime, mangeant

souvent beaucoup do viande et buvant beaucoup de vin comme ils en ont l'habitude dans les pays du Nord. Ce désordre est généralement remédié par l'emploi des moyens simples et par un régime convenable.

La faiblesse des organes digestifs, qui, lorsqu'elle estde longue durée, produit parfois l'anémie^etdes maladies organiques, dépend souventdescausesmoralcsdéprimantes dont l'influence n'est pas suffisamment considérée par beaucoup de médecins , qui cherchent à remédier à ces effets au moyen de médicaments, dont l'action n'est que temporaire, et dont la répétition réitérée est souvent nuisible. Dans cet état du système, les moyens hygiéniques et moraux sont les meilleurs remèdes. Paimi ces moyens, il n'en est pas de plus efficace que la distraction occasionnée par le changement de lieu, l'habitation d'une localité où Tair est pur , où le chmat est de nature à permettre aux malades de prendre l'exercice journalier en hiver , oîi l'éclat du soleil, l'aspect d'un pays accidenté et d'une belle végétation, tendent à distraire l'esprit des pensées sombres, et par conséquent h fortifier la digestion ainsi que les autres fonctions de l'organisme, à empêcher la formation des congesiionsviscérales, et à maintenir en équilibre normal les systèmes artériel et veineux, musculaire et nerveux.

CLIMAT D'hYÈRES.

Sous ces rapports le climat de la Provence serait avantageux dans beaucoup de ces cas; dans d'autres oii les malades recherchent des distractions plutôt que l'influence d'un climat, particulier, il leur conviendrait souvent mieux de ne pas rester trop longtemps dans le même endroit, où ils pourraient s'ennuyer; mais de visiter dans le courant de l'hiver plusieurs des villes de l'Italie , qui présentent le mouvement animé d'une capitale , et possèdent de nombreux trésors de l'art.

Les mêmes observations sont applicables aux cas de l'hypochondrie, de la mélancolie et à d'autres affections nerveuses , qu'ils soient accompagnés ou non de désordres fonctionnels des organes. Qui ne sait l'influence puissante qu'exercent sur ces malades le beau et le mauvais temps et les diverses conditions de l'atmosphère? Combien alors doit être bienfaisant le séjour en hiver des localités où ces conditions sont généralement favorables. Dans l'hypochondrie purement nerveuse , oii le désordre des organes digestifs n'est que l'effet secondaire des impressions morales déprimantes , le climat de la Provence, de Nice, de Malte, ou de Naples , serait avantageux dans quelques cas; celui de Rome dans d'autres, le choix devant être déterminé d'après les indications particulières présentées par des cas individuels.

Le séjour d'IIyùrcs, de Cannes ou de Nice conviendrait aussi h plusieurs malades affectés de névralgie, pourvu qu'il n'existe pas en même temps une disposition à l'excitation générale. Un climat moite, quoique généralement nuisible, est quelquefois favorable dansces cas. L'expérience d'un séjour de quelques semaines est souvent le meilleur guide pour le choix d'une localité convenable dans ces affections.

La goutte et le rhumatisme sont des maladies dans lesquelles l'influence bienfaisante d'un climat approprié est très apparente. Dans les cas de goutte, il y a presque toujours de la tendance à la congestion veineuse et viscérale, ainsi qu'à la surexcitation des reins, tandis que d'autre part l'activité des fonctions de la peau est diminuée.

Beaucoup d'individus sujets à la goutte évitent leurs attaques périodiques , qui chez d'autres sont moins violentes , en passant les hivers dans des endroits qui les induisent à se promener tous les jours, oii une atmosphère chauffée par le soleil provoque une circulation plus énergique des vaisseaux capillaires de la peau, et une transpiration plus libre, que ne ferait l'habitation des pays froids et humides, au grand soulagement des organes , internes. Un effet non moins favorable est produit par

ces agents propices dans la plupart des cas de rhumatisme, qui, le plus souvent , dépendent de l'action combinée du froid et de l'humidité. Le choix de la localité devrait être réglé dans ces cas d'après les indications particulières. II faut que ces malades prennent des précautions pour se garantir contre les variations de température que l'on éprouve dans les pays du Midi aux diverses époques du jour.

Le séjour dans un climat chaud, approprié aux divers cas , exerce une influence bienfaisante sur le cours de plusieurs autres maladies chroniques , comme la paralysie , surtout lorsqu'elle arrive à la suite des accès de goutte ou de rhumatisme, plusieurs maladies de la peau, l'engorgement du foie et de la rate produit par Thabitation des pays marécageux et par suite des fièvres intermittentes, la détérioration de la santé occasionnée par une longue résidence dans des pays tropiques et malsains , etc. Dans presque tous les cas de maladies chroniques où l'on peut espérer de retirer de l'avantage de l'influence du climat , l'on devrait faire précéder et seconder ce moyen remédiai par l'emploi des eaux minérales (en bains et en boisson) dans la saison d'été. Les eaux tendent puissamment à préparer le système pour subir l'action bienfaisante d'un climat con-

venable, mais les malades perdent fréquemment l'avantage qu'ils auraient pu obtenir de la combinaison de ces moyens , en ayant recours exclusivement à l'un ou à l'autre. Il serait hors de propos d'entrer sur cette occasion dans des détails à ce sujet, qu'il me suffise d'appeler l'attention sur cette combinaison.

Cannes est située dans une position charmante sur le rivage d'une petite baie delà Méditerranée, ayant en face les Iles de S"-Marguerite et Honorât qui en sont éloignées d'une lieue. Le trajet d'Hyères , en poste ou en voiture occupe à peu près quatorze heures. L'on peut coucher le premier jour au Luc — point de jonction des routes de Marseille, de Toulon, d'Aix et de Nice. A Fréjus on peut voir les restes d'un amphitéâtre romain. Bientôt après on commence la montée de l'Estérel — chaîne de montagnes qui s'étend des Alpes à la mer, sur lesquelles croissent en profusion le pin , l'arbre h liège, Varbutus et diverses plantes aromatiques. De la partie la plus élevée de la route il y a une belle vue des montagnes et de la mer avec l'île Sainte-Marguerite. Ayant relayé, Ton descend à la plaine de Cannes, qui est abritée au nord par des montagnes assez élevées , au nord-ouest et au couchant par l'Estérel — à l'est par-

liellemcnt par les Alpes Maritimes, tandis qu'elle est exposée aux influences du sud et du sud est (1).

La population de Cannes s'élève à 5,000 âmes. Le plus grand nombre des habitants sont des boutiquiers, des cultivateurs et des pêcheurs. Il n'y a rien de remarquable dans l'intérieur de la ville ; la partie moderne est bâtie sur la route d'Italie, étant jointe au port par le cours, promenade publique plantée d'arbres. Le port est commode et pourrait contenir d'assez grands vaisseaux, quoiqu'il n'y ait ordinairement que quelques bâtiments de commerce , des barques de pêcheurs et l'un des bateaux à vapeur qui fait le trajet en douze heures à Marseille une fois par semaine, portant les produits du sol , et des marchandises (2).

Il y a trois hôtels, savoir, Pinchinat, près du rivage, à l'entrée de la ville, du côte de Fréjus, la Poste et le Nord sur la grande route; ces derniers ont une table d'hôte ; la diligence s'arrête au Nord. Quatre diligences passent tous les jours entre Nice et Marseille, deux dans chaque direction (l'une partant le matin, l'autre le soir). Le voyage

(1) On va de Fréjus h Cannes en quafre ou cinq heures.

(2^ La Jl/ane et le Far sont les meilleurs bateaux; ils sont assez commodes , mais on ne peut pas compter sur leur départ h jour fixe.

se fait en vingt-cinq heures à peu près. Une malle-postea été récemment organisée qui fait le trajet en vingt heures. La petite diligence d'Antibes à Grasse passe aussi par Cannes.

Beaucoup de voyageurs venant du côté de Lyon quittent le chemin de fer à Rognac , où ils'^sont conduits en moins d'une heure à Aix; là ils trouvent des voitures qui vont en dix-huit ou vingt heures à Cannes , qui par conséquent, possède assez de facilités de communication avec les autres pays. L'on va à Antibes en moins d'une heure , à Nice en quatre heures, et à Grasse en deux heures.

La ville est bornée à l'ouest par le mont Chevalier , colline d'une hauteur considérable , ayant au sommet une église et les ruines d'un fort, d'oii l'on jouit du plus beau point de vue de Cannes et ses environs ; de la baie, des îles et d'une grande étendue de la mer au midi; d'un pays montagneux au nord ; de la route d'Antibes bordée par des collines agréablement boisées et des maisons do campagne, à l'est ; et au couchant, de riches plantations d'oliviers , des châteaux modernes, et de la chaîne de l'Estérel.

On a beaucoup bâti dans la ville et dans les environs lîepuis quelques années , mais le nombre de visiteurs a

augmenté en proportion , et ceux qui arrivent un peu tard éprouvent souvent do la difficulté à se loger à leur gré. Comme les maisons et les appartements ne sont loués que pour toute la saison , et que plusieurs familles voudraient ne passer que quelques semaines à Cannes, le défaut d'un hôtel de premier ordre s'est fait sentir. Les principales maisons de campagne appartiennent à des habitants ou à des visiteurs anglais qui y viennent pour la saison , étant situées , pour la plupart , sur les routes de Fréjus et d'Antibes. La plus remarquable est le château Sainte-Ursule, récemment bâti par M.Woolfîeld, (h qui Cannes est redevable pour beaucoup de ses nouvelles constructions), dans le style du moyen-âge, occupant une belle position sur une hauteur qui domine la route de Fréjus et au bord d'un ravin pittoresque, à travers lequel passait l'ancienne route romaine. L'intérieur est décoré et meublé avec beaucoup de goût. Un spacieux jardin , artistiquement disposé, Tentoure, d'où, ainsi que de la terrasse se présentent de belles perspectives de la mer, de la contrée environnante etde l'Estérel, qui vues au coucher du soleil laisseront sur l'esprit des souvenirs ineffaçables (1). Du côté opposé de la route est

(1) Le château vient d'être aclieté par lord Loiidesborough , pair d'Angleterre.

le nouveau temple protestant, remarquable par la beauté et la simplicité de son architecture, également construit aux frais de M. Woolfield , mais qu'il est devenu nécessaire d'élargir. Tout près se trouve une chapelle protestante , servant pour le culte presbytérien , et fréquentée par les Ecossais, qui depuis deux ans ont été assez nombreux à Cannes. Un peu plus loin de la ville , à droite de la route , est le château de lord Brougham , habitation commode , mais qui ne présente rien de particulier ; à gauche , est le château de Saint-Georges — bâtiment moderne avec de beaux jardins qui s'étendent jusqu'au rivage ; il a été pendant plusieurs années la résidence hospitalière do M. Woolfield qui a beaucoup fait pour son embellissement. Non loin de ce château , il y a plusieurs villas habitées par des Anglais. Parmi celles qui sont à l'est de Cannes , l'on remarque particulièrement la villa de M. Tripet , bâtie dans le style moresque , avec l'addition d'un minaret , d'où l'on jouit d'une belle vue de la baie, des îles, de la côte et des montagnes. L'amiral P., résidant anglais, possède aussi une belle villa avec jardin dans cette partie des environs.

La ville en elle-même n'offre que peu de ressources ; il y a un cercle , où sont reçus les principaux journaux français , et un petit cabinet de lecture ; mais il n'y a

pas de librairie pour l'abonnement des livres. Aussi les personnes isolées s'y ennuient fcicilement. Les environs sont cependant très intéressants; l'on peut faire des promenades variées h pied et à cheval, dans l'intérieur , sur les collines environnantes et sur la plage sablonneuse qui s'étend de la ville jusqu'au cap de la Croisette , où doit être formé dans peu de temps une promenade publique. Les personnes qui l'o promènent en voiture ont le choix des routes de Fréjus etd'Antibes, celte dernière qui est parallèle au rivage et est très accidentée , ou de celles qui conduisent à Grasse et au Gannet, village situé à une élévation considérable au-dessus de la plaine, village qui présente des beaux points de vue. L'on peut aller aussi en voiturejusqu'à Napoule, sur le rivage du golfe, qui, à l'époque de la domination romaine , était une ville de quelque importance , et qui possède encore quelques restes des murs que l'on verra avec intéiôt. Après avoir passé le pont en fil de fer, à une lieue de la ville , on quitte la route de Fréjus pour suivre la route à gauche , qui cependant est souvent en mauvais état. Pour aller plus loin que Napoule, il faut marcher ou se servir d'un cheval ; on monte sur la colline audelà du village par un sentier agréable , ayant vue sur le golfe, les montagnes et la côte h l'est de Cannes , et qui

est continué à des hauteurs plus ou moins considérables au-dessus du niveau de la mer jusqu'à Fréjus.

De petits bâtiments à voiles et à rames servent pour des excursions sur mer; celles que l'on fait de préférence sont aux îles Sainte-Marguerite et Honorât , (autrefois Lerins, le repaire des pirates). On va à Sainte-Marguerite en moins d'une heure. Débarquant près du fort qui a longtemps servi comme prison d'État , où fut renfermé l'Homme au masque de fer, dont le nom et l'histoire sont encore couverts du voile du mystère. Les prisonniers arabes qui y furent détenus sont pour la plupart rentrés dans leur pays. L'île est abritée par des bois de pins , à travers lesquels sont coupés plusieurs sentiers agréables. Celui qui fait le tour de l'île, au bord de la mer , est le plus intéressant, il présente des beaux points de vue de Cannes et des montagnes environnantes , ainsi que des côtes à l'est et à l'ouest de la baie. L'île de Saint-Honorat n'offre rien de bien remarquable ; il y a une ancienne maison que le propriétaire actuel ( un visiteur anglais à Cannes ) h fait en partie restaurer , et quelques restes d'un couvent qui existait dans les temps reculés. Cette île est cultivée.

Les environs de Cannes ont un aspect animé et attrayant ; on y voit croître plusieurs arbres et plantes des pays chauds, et les fleurs y sont cultivées pour la par-

fumerie. Un écrivain qui a récemment publié une brochure sur Cannes en donne la description suivante que l'on croira peut être quelque peu flatteuse:

a L'aspect des campagnes est vraiment enchanteur, les propriétaires fonciers au lieu de confier à la terre Jes céréales , dont le produit est minime , s'adonnent à la culture des fleurs pour la distillation. De là ces émanations balsamiques que l'on respire à chaque pas , ces champs de violettes, de roses, dej-ismins, de tubéreuses, ces buissons de cassie, qui flattent aussi agréablement la vue que l'odorat.

» On y remarque , poursuit cet auteur, la végétation des différentes latitudes du globe, le sombre sapin et le chêne du Nord , non loin du cactus et de l'aloës de la brûlante Afrique; le citronnier, le jujubier , le mélier d'Espagne, le dattier de Barbarie, le palmier majestueux , l'olivier toujours vert , l'oranger à la fois chargé de fleurs et de fruits. En toute saison la terre est émaillée de fleurs : le hlas , le primevère, la violette , la jacinthe fleurissent au soleil de novembre, comme à celui d'avril; la neige qui couronne les montagnes ne nuit pas à la végétation qui croit à leurs pieds et présente à l'œil un charme de plus, celui des contrastes (1). (1) Une Saison à Cannes. — Paris, 18 56.

Les orangers croissent dans plusieurs jardins, on en voit pas en plein champ, non plus que des palmiers. A Grasse il y en a davantage.

Quant au climat , il n'existe pas d'observations statistiques relatives h l'étal de la température, la quantité de pluie qui tombe à diverses époques de l'année , etc. » Nous pouvons cependant inférer que dans ses caractères généraux , le climat de Cannes se rapproche de celui de Nice près du littoral. La ville est assez abritée du côté du nord ainsi que du nord-ouest , mais elle ne l'est pas suffisamment du côté de l'est, et elle est exposée au sud-est. L'on ne voit pas la neige sur les montagnes éloignées comme à Nice, et je crois que la température d'hiver y est moins froide et variable, Tair est moins excitant qu'il ne l'est près du rivage de Nice, mais il est plus excitant que celui d'Hyères. Le climat de l'une ou de l'autre de ces localités conviendrait donc à peu de chose près h la même catégorie de maladies ; les particularités présentées par les cas individuels pouvant servir de guide au médecin pour indiquer si le voisinage immédiat de la mer ou son éloignement d'une lieue devrait être préféré.

Une objection] a été faite à l'habitation près de la mer par des personnes [souffrantes de la poitrine , par FoJeré , savoir, que l'atmosphère étant imprégnée de molécules salins est trop irritante ; mais il a été démontré par des expériences ^concluantes] que l'air

des côtes de la Médilerranée , et môme celui que l'on respire à bord des vaisseaux en mer, ne contient pas de matière saline lorsque la mer est calme, comme elle l'est presque toujours dans les petites baies de la Provence et la Liguiie. Sur les côtes de la Grande-Bretagne et do la France septentrionale, oii , au contraire , la mer est le plus souvent agitée, et où il y a des marées qui donnent lieu à une évaporation constante, l'air reçoit un certain degré d'imprégnation saline, mais il n'est pas prouvé que cette imprégnation soit nuisible aux poitrinaires — k moins qu'il n'existe une grande susceptibilité des voies aériennes.

Plusieurs localités sur les côtes du Sud de l'Angleterre, sont considérées comme favorables dans les maladies chroniques des poumons. « C'est un fait singulier, dit le docteur Davis, que les habitants du Nice et de la Pro- Tence éloignent toujours leurs malades consomptifs de la mer, afin d'éviter l'irritation produite par l'eau salée. Nous recommandons au contraire à ces malades l'habitation du voisinage de la mer. »

M. Richelmi dit aussi à ce sujet : « Je puis dire d'après une expérience de trente-quatre ans relative h divers endroits de la côte, que j'y aie trouvé la phthisic extrêmement rare, et qu'à Nice je fais placer avec le

meilleur succès des individus atteints de certaines espèces de phthisie dans les parties de la ville les plus rapprochées de la mer (1). »

Ce n'est pas cependant, comme ces médecins l'ont cru, à causedel'imprégnation de l'air par des molécules salins, que les malades retirent souvent de l'avantage dans de pareils cas d'un séjour près de la mer ; mais parce que l'atmosphère étant plus agitée , • produit un meilleur effet sur les poumons qui agissent plus librement — ainsi qu'en améliorant l'état du sang, que l'action de l'atmosphère des lieux très abrités (2).

Cette agitation de l'atmosphère serait nuisible dans certains cas , que le médecin n'aurait pas généralement beaucoup de difficulté à distinguer, et d est à peine nécessaire de dire que les malades devraient alors faire choix d'une habitation plus éloignée du rivage et moins sujette à des variations de température. Le séjour d'Hyères conviendrait bien à beaucoup de ces cas.

La température de Cannes n'est pas très élevée en été; elle l'est moins qu'à Paris , la brise de la mer qui s'élève

(1) A Monaco, Menton, Villefranche , S'-Remo , où il y a une population de 76,449 habitants, la mortalité générale a été de 6,987 en dix ans; celle causée parla phthisie pulmonaire ne montait qu'à 107.

(2) Nice et son climat.

vers dix heures et continue jusqu'à trois ou quatre heures de l'après-midi, teaipère hi chaleur du jour. Les matinées et les soirées sont très agréables dans cette saison — et les nuits pendant toute l'année, avec peu d'exception, sont brillantes d'étoiles sur les côtes de la Méditerranée. Des visiteurs viennent à Cannes en été et en automne pour les bains de mer (1). L'on se baigne très tard dans la saison, surtout les Anglais qui prennent des bains en novembre , et parfois en décembre ; il y vient aussi des malades pour les bains de sable. Des petites tentes sont dressées sur la plage , et les corps des malades sont enterrés, pendant une heure dans le sable fin chauffé par le soleil. « On emploie avec succès ce mode de traitement , dit l'auteur d'Une saison à Cannes , contre tous les genres d'affections rhumatismales et névralgiques aiguës (?) et chroniques, les maladies des os , et contre les tempéraments faibles ou lymphatiques. L'insolation agit doublement , et par la transpiration abondante que le sable provoque, et par les sels marins qui y sont contenus; aussi elle épure et fortifie à la fois.» En sortant du bain les malades se couchent sur un

(1) Le therinombtre varie ordinairement depuis 6 îi 10 degrés en hiver, et depuis 24 U 28 (R) en été

matelas avec une couverture de laine jusqu'à ce que la transpiration cesse. Ce mode de traitement serait sans doute avantageux dans beaucoup de cas , où la maladie a été produite par une suppression de la transpiration , mais ce n't'st qu'après une observation suivie et impartiale de ses résultats, comparés avec ceux que l'on obtient par d'autres moyens qui stimulent la peau et rendent les fonctions de cet organe plus actives que l'on pourrait prononcer qu'il mérite de leur être préféré.

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