II. - ASPECT DU SOL
1. — Région Tombo-Lokuti, Gumi, Kibaka. (Route des caravanes Matadi-Lukungu-Léopoldville.) — Venant de Tombo-Lukuti, « nous arrivons, écrit M. Ed. Dupont, à une large rivière, bordée de beaux bois. De superbes affleurements de calcaire bleu se voient sur les rives et s'adossent à des schistes gris, passant au poudingue... »
C'est le Lunionzo.
«* Quittant le Lunionzo à six heures et demie, nous avons fait journée complète; nous n'arrivions au Kwilu qu'à la tombée du Jour, attendu que l'étude des roches me prend beaucoup de temps, w
" Un plateau accidenté sépare le Lunionzo d'une autre rivière plus large, la Luima. J'y ai observé beaucoup d'affleurements schisteux. La couleur de ces schistes est gris verdâtre; d'une structure grossière, ils passent souvent à un poudingue à petits cléments et sont fortement plissés. »
" Les bords de la Luima sont couverts d'affleurements de calcaires gris cristallins, massifs, et de marbre rose, comme notre inarbre de Merlemont. Des bancs de calcaire impur y sont intercalés et également fort contournés, w
Sur le plateau situé au Nord-Est de la Luima, « les schistes verts grossiers reparaissent et, dans les endroits recouverts, on voit beaucoup de cailloux roulés, cimentés par de l'oxyde de fer. Puis, dans une sorte de grand creux marécageux, se montrent d'importantes masses de diabase, non plus colomnaire comme à Isangila, mais en énormes amygdales. Les schistes se rencontrent ensuite jusqu'à ce qu'on rencontre un long plateau déchiré, couvert de cailloux roulés, cimentés par la limonite ou dispersés sur le sol,
depuis le village de Kimpete jusqu'à la profonde vallée du Kwilu. Cette rivière se traverse en barque et est bordée par de nouveaux calcaires stratifiés impurs, de couleur violacée. «
Au Nord-Est du Kwilu : « Nous avons encore traversé des plateaux fortement échancrés, recouverts, tantôt de cailloux roulés, tantôt de minerai de fer, en boules grosses comme des cerises Les affleurements rocheux sont plus rares qu'hier (au Sud-Ouest du Kwilu) et formés également de calcaires impurs, de schistes verts et de diabase. H y a plusieurs gros villages entourés de plantations de bananiers, d'un vert pale, qui se détachent sur le vert sombre des arbres... «
« Nous sommes ensuite entrés dans une longue et large plaine, élevée et absolument plate. Elle est recouverte de sables argileux qui doivent être d'une grande fertilité, à en juger par la hauteur et la densité des herbes. »
« Le pays reste toujours incroyablement déboisé. Les pentes escarpées des vallées et des ravins, les abords immédiats des villages ou des anciens villages sont seuls garnis d'arbres. Le reste de la contrée, que le terrain soit aride ou fertile, est coua ert de hautes herbes ou de terrains détritiques, de cailloux roulés et de grains de minerais de fer... «
Vers Lukungu, ** la région reste encore formée de plateaux, souvent très fertiles et profondément déchirés. Les hautes herbes dominent et les bois demeurent confinés comme précédemment... "
« ... Le relief du sol se transforme cependant. De[.uis Tombo- Lokuti, il présentait fréquemment de longues rangées de collines découpées et orientées sensiblement Nord-Sud. Ici, les plateaux se montrent avec des caractères plus uni formes... «(-£*(;?. />«j;o«^,i6'S7.) (Voir notice de la feuille 10.)
2. — Région au Nord de la route des caravanes Matadi Kimpese- Luvituku. — *« Il n'y a que quelques kilomètres entre la Lufu et le faîte qui la sépare de la vallée du Lunionzo; la montée n'est pas longue, mais elle est assez raide. Du sommet, la vue sur la vallée du Lunionzo est fort belle. Les accidents de terrain sont pou sensibles et l'on a devant soi une plaine do 7 cà 8 kilomètres de largeur... »
« Au delà de la vallée se dresse une chaîne de montagnes formée d'une série de mamelons réunis entre eux par des cols très abaissés;
cette chaîne paraissait se prolonger vers, le Sud comme vers le Nord, sans interruption. Nous avons vu plus tard, après plusieurs reconnaissances, qu'au lieu d'être continue, elle présente une déchirure complète, formant un défilé étroit, au fond duquel coule le I-unionzo. La rivière forme ainsi un angle droit; elle coule d'abord de l'Est vers l'Ouest, puis s'infléchit vers le Nord, jusqu'au Congo. Ce même fait se représente à toutes les rivières jusqu'à la Lukunga; là même, le tournant est complet et le changement de direction est à peu près de 180 degrés. «
« On ne peut croire combien il est difïicile de débrouiller, à première vue, un pays à l'orographie tourmentée comme celle de cette partie du Congo. Il n'y a pour ainsi dire pas de sentiers; les reconnaissances doivent se faire à travers toutes espèces d'obstacles : forêts, grandes herbes, ravins, marais; il est inutile de dire que la marche est fatigante, ce qu'il faut de patience avant d'avoir trouvé une voie favorable au chemin de fer. Jamais on n'a fini, car jamais on n'est certain qu'il n'existe pas un tracé plus avantageux que celui qui a été adopté. »
« Le faîte qui sépare le Lunionzo de la Luima est peu sensible; la rampe est douce, en suivant les flancs d'un large vallon, remarquable par les grandes plaines de papyrus qui en forment le fond. Aux approches du K\vilu,les mouvements de terrain s'accentuent, les flancs arrondis des collines se transforment en parois de rochers, les plaines sont sillonnées de ruisseaux. Le chemin, toutefois, n'a pas été dilficile à trouver (pour le chemin de fer) et le passage du IvNvilu se présente dans de bonnnes conditions... «
" En arrivant au bord du Kwilu, nous avions une préoccupation : comment passerons-nous la rivière ? Sa largeur est d'environ 60 mètres, le courant est violent, la profondeur est inconnue, et puis il y a les crocodiles... «
« Du Kwihi à la Lukunga, le terrain reste d'une nature uniforme, irrégulièrement raviné, mais, par suite du rapprochement des deux cours deau, les difiicultés ne sont pas fort nombreuses. A la Lukunga, un nouveau spectacle nous attendait : nous arrivions dans la vallée par un col assez bas, tandis que sur l'autre rive, a douze ou quinze kilomètres, se dressait un massif élevé, taillé à pic dans d'énormes rochers. Les contreforts qui s'en détachaient, se projetant les uns sur les autres, formaient des arêtes aiguës et des lignes
aux contours fantastiques. Les sommets étaient couverts de forêts (1)... » {G. Vauthier.)
3. — Région traversée par la route des caravanes Matadi-Kimpese-Luvituku et par le chemin de fer du Cou go.
A. — Région traversée x^cl^" ^^ route des caravanes. — « Sur les bords de la Hembizi, écrit le R. P. De Hert, il nous faut descendre une pente fort raide, sur de l'argile durcie et glissante et, du côté opposé, gravir une pente moins difflcilc. »
« Bientôt nous arrivons à la Lufu, une belle rivière assez large et n'ayant à ce moment qu'environ r"50 de profondeur... Après une marche de 20 minutes, nous atteignons un petit plateau .. »
M A partir de ce point les pentes à gravir sont moins raides; par contre, nous rencontrons pas mal de marais, dont le passage est toujours difficile et retarde la marche. Le premier que nous traversons, le marais Gugu, est bordé de grandes et belles plantes de papyrus à aigrettes élancées; sur ses eaux flottent les larges feuilles et les fleurs blanches du nénuphar, et une ceinture de végétation touffue l'enserre de toutes parts. Après avoir passé par le bois de Sipelo, où les palmiers sont nombreux, puis par un autre coin de bois, le chemin nous conduit au marais de Konkula, distant du premier d'environ 1 h. 3/4; une particularité qui le fera vite reconnaître, c'est que, à 1 mèlre à droite du lieu de passage, se trouve une source d'où ruisselle une eau limpide, léger dédommagement au voyageur pour les embarras causés par la travei'sée des marais. A peine avons-nous quitté celui-ci, n'en voilà-t-il pas un autre cinq
(1) La région décrite par M. G. Vauthier est celle que traversait le premier projet de tracé du chemin de fer. Ce tracé quittait la voie, telle qu'elle existe aujourd'hui, au Monolithe, avant d'arriver à la Lufu, et atteignait la Lukunga, à environ 15 kilomètres au Nord-( lucst de Kimpese, en face du massif infranchissahle du Bangu. - C'était peut-être un obstacle invincible qui se dressait devant les ingénieurs, écrit M. Trouet {Annales drs Travaux publics de Belgique, août 1S98)... Eu eflet, se rejeter du côté du Congo ne pouvait donner aucun espoir : ce massif, qui fait la séparation du bassin de la Lukunga de celui du Congo même, se prolonge jusqu'au fleuve. Il restait la seule alternative de remonter le cours de la rivière, sans grande confiance de réussite cependant, car, étant donnée la direction générale des ailluents du Congo et la proximité du territoire portugais, tout faisait prévoir que la vallée se continuait infranchissable jus(iu'au delà des frontières. »
» Par une circonstance heureuse, après avoir suivi la vallée sur 20 à 25 kilomètres, on s'aperçut qu'au lieu de continuer à se diriger vers le Sud, elle remontait brusquement, par un coude très prononcé, vers le Nord-Est, arrêtant ainsi le massif de la rive droite qu'elle enserre à l'Ouest et au Sud, et que le Congo lui-même limite au Nord. "
« Les éludes furent poursuivies par cette vallée... »
minutes plus loin ! Pendant la saison des pluies, cette contrée doit causer bien des difficultés, car elle doit présenter alors bien d'autres marais que ceux que nous avons rencontrés. J'en ai la preuve dans le sol mou et argileux de deux plaines pî r lesquelles nous passons; elles sont sèches maintenant, quoique le fond ne soit que légèrement consistant et garde facilement l'empreinte du pas Sur les hauteurs, plateaux ou pentes, nos regards sont attirés par une quantité considérable de blocs spongieux gisant sur le sol. Il y en a de toutes les dimensions, et leur aspect extérieur ne permet pas de doutes sur la présence du fer dans ces roches. Quelle serait leur origine? Seraient-ils à leur place primitive, ou auraient-ils été amenés là ? C'est ce que nous tâcherons de savoir, si les jours suivants nous en trouvons encore. »
- Une heure et quart de marche nous amène à un quatrième marais, le Niabavanga, large et s'étendant fort loin, à droite du lieu de passage... "
'^ La traversée de ce marais est particulièrement pénible. De vigoureux arbres y croissent, et leurs racines, sortant de terre, s'entortillent et s'enlacent les unes dans les autres, aussi bien sur le bord que dans le fond ; puis, des lianes nombreuses descendent des branches jusque près de la surface des eaux, et le sentier que nous avons à suivre se trouve au fond d'un bras, de façon que nous avons une quarantaine de mètres à traverser. Je m'aperçois que le marais s'étend fort loin à droite et que ses rives sont couvertes d'une végétation assez touffue. Après avoir marché une grosse lieure, nous nous trouvons sur les bords du Lunionzo, rivière assez étroite, moins importante et moins belle que la Lufu, mais où nous avons au moins un pont pour passer... «
«« Trcnto-cinq minutes plus loin, nous rencontrons de nouveau un marais, et ce n'est certes pas le dernier, car on nous a prévenus que nous en aurions demain encore sur notre route. Les noirs appellent celui-ci Zanga-Yanga; il est fort profond et les hamacs, portés sur la tête, y passent avec peine. Nous marchons réellement de marécage à marécage. Les derniers porteurs n'ont pas encore traversé l'un que les premiers sont déjà dans un autre, une prairie changée en marais à l'époque des pluies; un quart d'iicure plus loin, nouveau fond marécageux, puis une colline très basse, et encore un marais, le Mazanga-Mapepe. On gravit quelques faibles pentes pour avoir devant soi... toujours un marais. »
« La contrée par où nous avons voyagé jusqu'ici ne présente rien de particulier, à part l'un ou l'autre point de vue et quoique coin de forêt. Aujourd'liui, le paysage est plus varié. Nousapercevons,eneflet, une chaîne de collines surgissant lentement à l'horizon ; elle semble s'étendre à noire gauche et à mesure que nous en approchons, les mamelons deviennent plus nombreux. La direction générale de cette chaîne coupe celle que nous suivons, et nous aurons donc à la traverser; mais, je regarde, j'examine pour trouver le col par où nous devrons passer et je n'aperçois partout que des herbes. Le sentier court constamment à la même distance de la chaîne et lui reste parallèle, jusqu'à ce qu'il arrive près de la dernière colline, où il tourne brusquement à gauche pour passer entre l'avant-dernière et la dernière. r>
« Au point le plus élevé, l'horizon est assez vaste, mais le changement d'aspect du pays que nous espériuns ne se produit pas; de nouveau nous apercevons des étangs et des marais. Quarante minutes plus loin, <à gauche du seniier, se tient un marché Kenge, sur un bel emplacement très favorable pour y passer l:i nuit; néanmoins, nous avançons encore un quart d'heure, et nous établissons notre camp sur une hauteur... «
« Le lendemain, nous sommes en route depuis trois quarts d'heure lorsque déjà nous avons un marais à passer... En rencontrerons-nous autant qu'hier? Non, et après cette journée, nous n'en verrons plus. Peu après, nous en apercevons un second, que, fort heurousoment, nous ne passons pas et laissons à notre gauche. Ici de nouveau se présentent à nos regards un grand nombre de roches spongieuses et ferrugineuses, semblablei à celles que nous avons examinées deux ou trois jours auparavant; le sol en est vraiment jonché, et, de plus, il y en a pjirmi elles, dont les dimensions sont remarquables. Plusieurs ne laissent voir au-dessus du sol qu'une partie de leur volume, parfois déjà considérable, mais comme rien ne laisse soupçonner les dime!isions de la partie enfouie, il est impossible de se faire une idée desproportionsdes blocs entiers. Ceux-ci occupentdonc bien leur emplacement naturel et ne sont pas le résultat d'un phénomène de transport. Quant à leur origine, elle est évidemment due aux pluies torrentielles et plus ou moins chaudes de la saison humide. Le sol a été dénudé par elles, et, par suite de phénomènes chimiques, le fer que ce sol contenait, s'est agrégé et .soudé en blocs. La continuation de la dénudation les a isolés, et actuellement, ils subissent encore
l'action des eaux, car ils se perdent, s'émiettent, s'effritent et finissent par passer à l'état de poussière. »
« Après 1 h. 1/2 de marche, nous arrivons au ruisseau Sansikua, après avoir eu un second marais à traverser. Un pont d'arbres nous permet d'atteindre aisément l'autre bord, mais la rivière serpente et ving-t minutes pluF loin, nous la rencontrons de nouveau. Nous croyons la voir une troisième fois, cependant nos guides assurent que cette eau-ci est un autre ruisseau du nom de Kumbi... «
« Nous nous approchons du Kwilu petit à petit, car le sol devient rocheux, des assises horizontales de g-rès commencent à se montrer... et tout à coup, au sortir des hautes herbes, nous avons le fameux pont à quelques mètres devant nous... »
« Quoi qu'il en soit, pour ne pas répondre complètement à mon attente, la rivière, avec sa cascade, n'en présente pas moins un joli point de vue... « (Voir pp. 176 et 177.)
« Après le passage du Kwilu et l'ascension difficile de plusieurs collines à fortes pentes, on arrive au plateau de Goio, à 350 mètres d'altitude. »
« Du plateau de Goio, on descend pendant quelque temps, pour remonter ensuite insensiblement. »
« Tantôt le sentier reste sur les hauteurs, tantôt il court à mi-côte de collines à pentes fort enchevêtrées, donnant naissance, par leur arrangement, à des vallées en forme d'entonnoir et de cul de sac. «
« Une heure et demie de marche nous conduit au point culminant de la chaîne de collines que nous suivons. L'anéroïde maj'que 385 mètres. »»
- Au Nord Ouest, j'aperçois deux collines entaillées par les pluies. AuNord,se dresse devant moi une chaîne élevée, descendant verticaement dans une plaine, un vrai mur de rochers, qu'on dirait s'arrêter, à une petite distance d'ici, à l'Est, tandis qu'à l'Ouest, cette îhaîne s'étend plus loin et a l'air de s'incliner doucement. "
« Il n'y a nulle part de villages à voir... ^
« A mesure que nous avançons, nous nous rapprochons du mur e rochers qui se dresse à la gaucho, et nous n'en sommes plus éloignés que par une étroite vallée, où coule la Lukunga. En même temps la forme des rochers se dessine mieux, et on suit maintenant la direction de la chaîne, au delà du point où elle semblait s'arrêter net, au milieu de la plaine; la partie supérieure du mur est seule verticale (environ le quart de la hauteur totale), puis il descend en pente
encore assez raide, et présentant l'aspect d'une série de contreforts. Vers le Nord, il décrit un arc de cercle à rayon assez court, comme s'il contournait un plateau. Pendant que nous faisions une petite halte, nous examinons la carte, et nous constatons qu'elle est d'accord avec ce que nous voyons. »
« La chaîne s'appelle le Bangu; ou plutôt ce n'est pas une chaîne, c'est un vas'-e plateau, dont nous apercevons les bases et les supports, et où se trouvent de grandes forêts et de nombreux villages. »> (Voir pp. 192 et 193.)
« Nous descendons bientôt dans la vallée, car le sentier s'incline déjà, et nous apercevons une butte couronnée de roches noires, surmontée de quelque maigre végétation, et à gauche, un mamelon, situé plus bas, portant également, au sommet, des roches noirâtres; un peu plus loin une troisième élévation, identique aux deux autres. ^
« Ces trois bulles ne ressemblent pas mal à un château fort ou à un donjon du moyen âge, dont l'accès est défendu par des travaux avancés, dont la pente est plus faible. »
" La route que nous avons à suivre nous conduit entre le second et le troisième mamelon, et, en quelques minutes, nous mène à Kimpese (station)... «
" Nous n'avons guère dépassé Kimpese, que déjcà il nous semble à tous voir changer l'aspect du pays. La végétation devient plus abondante, les arbres deviennent plus nombreux et plus vigoureux ; les arbustes s'élancent avec plus de force, et même, nous rencontrons, par ci, par là, quelques Heurs. «
" x\près avoir passé à gué la Lukunga, nous aboutissons au pied du Bangu, à l'endroit où il tourne presque à angle droit. Le sentier prend la même direction et nous longeons continuellement les immenses contreforts du plateau. «
« A ',] heures de Kimpese, nous traversons à gué la Lukala, afHuent de la Lukunga. Presque immédiatement au-delà, nous entrons dans un bois où croissent de nombreux palmiers encore jeunes et d'autres arbres peu élevés... r
« Une heure et demie plus loin, nous atteignons le bois de Kinanga, à l'entrée duquel se trouve le village du même nom. 11 nous faut 12 minutes pour le traverser. y>
« De Kinanga jusqu'à Kilueka, nous mettons trois quarts d'heure. C'est le second village que nous rencontrons aujourd'hui, alors que, depuis le chemin de fer jusqu'à Kimpese, nous n'en avons pas vu un seul. »
« Le sentier suit tout le temps, à mi-côte, la vallée de la Lukunga, excepté aux endroits où les méandres de cette rivière, coupant la direction que nous suivons, nous obligent à descendre pour passer l'eau. A 3 kilomètres, depuis la L.ukala, se dresse à notre droite un promontoire rocheux, faisant face au Bangu et ayant dû certainement lui être uni auparavant. Les contreforts du Bangu, dont nous nous rapprochons parfois beaucoup, sont, à coup sûr, l'œuvre du ruissellement des eaux, car ils ont la forme d'un dos d ane et sont eux-mêmes fortement ravinés. La partie verticale des roches est surmontée d'une épaisse couche brune, qui semble être de la terre. Nous passons la Lukunga une première fois... »»
«« Une heure plus loin, nous sommes encore une fois devant cette rivière, que nous passons sur un bel arbre. Après 5 minutes, nous sommes dans un bois et nous atteignons bientôt le village de Kitobola... Hier déjà, et ce matin également, le sentier nous a conduits par des places larges, plus ou moins étendues, où nous marchons facilement. »
« Une demi-heure plus loin, nous traversons, au milieu d'un bois, le village de Mazumba, et au sortir de ce bois, nous avons devant nous deux collines presque aussi élevées que le Bangu, qui semblent nous couper le chemin et barrer la vallée. Leur flanc me paraît fortement incliné. Un peu plus loin, à gauche, le Bangu montre deux éboulements semblables à des cratères ébréchés, à parois noires, au pied desquelles les terres rayonnent et s'éparpillent sous l'action des eaux. A droite, un sentier gravit une pente vers le village caché dans le bois. »
« Depuis Kimpese, la route des caravanes est souvent recoupée par des sentiers de traverse reliant les villages les uns aux autres, où aux places de marché. De plus, aujourd'hui, elle est souvent difficile et rocailleuse, et passe, à différentes reprises, le cours de la Lukunga, dont la vallée se rétrécit de plus en plus. " (/?. P. De Hert, juillet 1894, Précis historiques, 1895.)
B. — Région traversée par le chemin de fer. (Kilomètres 60 à 180.)
Au delà du Monolithe, la voie traverse une forêt de haute futaie.
« En quittant la Lufu, au kilomètre 80, la voie s'engage dans d'immenses plaines qui la conduisent à la rivière qui coule au pied des hauteurs de Sipelo et de Banza-Puta. En continuant à suivre le
tracé, on se trouve bientôt à l'endroit dit « Songololo «...L'axe descend ensuite dans la vallée de la Zimba, qu'il traverse perpendiculairement, regrimpant vite sur les hauteurs, pour redescendre de nouveau au kilomètre 99, dans la Konkula. »
" Ici l'aspect grandiose et pittoresque du paysage frappe le voyageur et le saisit d'admiration. Il a devant lui un énorme bas-fond boisé, d'aspect vert sombre, avec des reflets argentés, orienté dans sa longueur du Sud au Nord, sur une étendue de plusieurs kilomètres, et ayant, à certains endroits, 000 à 700 mètres de largeur... Le sol, entièrement détrempé, enfonce sous le pas, jusqu'au petit ruisseau dormant au milieu de ces grandes solitudes; large de 4 mètres et profond de 80 centimètres, il semble immobile; l'eau est transparente, mais a un goût prononcé de feuilles mortes et de marécage. A 100 mètres au-delà du ruisseau, le terrain se relève doucement, au sortir de la forêt, et la voie projetée (1) entre dans la plaine, montant doucement ver§ le village de Lemba. »»
" Cette forêt à l'aspect si sauvage, que nous venons de traverser, est peuplée de palmiers raphia. Leurs racines plongent dans le marais; le tronc, peu élevé, sort à peine de quelques pieds de la vase; les feuilles souples, mais fermes et élégantes, s'élancent à 15 ou 20 mètres du sol, pliant gracieusement sous leur propre poids, et la fleur, semblable à un bouquet de grauiinées, se penche lourdement vers le sol. La frondaison est si touffue, qu'une demi-obscurité règne constamment sous ses humides ombrages. y>
« La traversée de la forêt de Konkula offre beaucoup de ditlicultés; elle est périlleuse et fatigante, par suite de trous nombreux, de la vase liquide et du sol détrempé... »
« Le village de Lemba se trouve à deux kilomètres de la forêt, sur la hauteur. L'axe de la voie ferrée le traverse, pour descendre vers la rivière Sangama, et ensuite dans la grande plaine surnommée « Plaine de Valangis (ou Waragis) «, terminologie empruntée à la langue indigène, en souvenir des nombreux troupeaux d'antilopes de ce nom. »
« Nous entrons ensuite dans une seconde plaine, où se trouvent les sources de la Viasa, du Lunionzo et de la Luvonzo, toutes trois
(I) Comme on le remarquera, ces lignes ont été écrites avant la construction de cette section de la voie ferrée. Le tracé qu'elles décrivent est toutefois très sensiblement celui qui a été adopté déflnilivement.
d'abord marécageuses, mais se transformant bientôt en eau d'une limpidité sans pareille, coulant sur un lit de subie fin et de gravier blanc. C'est sur la limite de tous ces marais que passe la voie projetée. Enfoncés dans la vase jusqu'à la ceinture, nous traversons le bourbier, après avoir reconnu, par nos sondages, le passage prati-
ticable... w
« Ces vastes plaines du Lunionzo se limitent, vers l'Est, par une chaîne de montagnes peuplées de villages. Au pied de la chaîne, coule la Sansikua, que nous quittons pour entrer dans l'agglomération de Banza-Kula, Zole (l)et Kavalo... »
« La ligne future monte alors pendant 4 kilomètres et atteint le col, d'où nous apercevons tout à coup, à l'horizon, les monts Bangu, au pied desquels se trouve Kimpese; un peu à droite, les roches calcaires de Hafu (2), les villages de Kiandu, de Viasa, de Samba; enfin, à droite et dans la brume, les villages de Gombe et Kinsuka.?»
« Nous redescendons des hauteurs de Zole, par la vallée de la Malanga, nous traversons la Pangasi, et, entrant dans la plaine dite " de Bafu «, nous atteignons, au kilomètre 150, la rivière Kwilu, que le projet de tracé définitif saute au moyen d'un pont de 55 mètres (3)... w
« Le terrain, sur la rive Nord du Kwilu, est beau; il monte insensiblement vers le village de Bu et les hauteurs de Kongo dia Kati. Ce dernier massif une fois traversé, en descendant des hauteurs de Goio, on aboutit au versant de la Lukunga, en efileurant l'agglomération de Kimpese... «
« L'axe de la voie, passant près de Kimpese, traverse les grandes voies de communication qui se dirigent vers le Sud, dans le Congo portugais; il s'engage alors dans de grandesplantations de manioc, menant en ligne directe vers Samba, village assez étendu et perdu lui-même dans des plantations immenses. "
« Suivant toujours la plaine et par des alignements superbes, la voie descend ensuite insensiblement, afin d'atteindre la rivière Lukala, tributaire de la Lukunga. En saison sèche, elle a environ
(1) Le cliemiii de fer frandiit le col de Zole à l'altitude de 4S0 mètres. (Troiiet.)
(2) « Un peu avant d'atteindre le Kwilu, le chemin de fer passe au Nord d'un groupe pitloresque d'énormes rochers dénudés, faisant fortement saillie sur la plaine. Ce sont les Roches de Bafu, consistant en un calcaire pur, demi-cristallin, blane-gris. un véritable marbre. Vers le Sud, on voit des collines de nature analogue, beaucoup plus importantes encore. •> {J. Cornet. Mouvement géographique, JSOC,.)
(3) Le pont construit sur le Kwilu a 80 mètres d'ouverture. {Truuel.).
I mètre de profondeur d'eau limpide et cristalline, et une largeur de () mètres, au point projeté pour le pont. En cet endroit, elle semble se reposer de la course immense qu'elle a faite pour atteindre cette plaine, car en amont, elle descend des hauteurs de Kilueka, venant de l'agglomération de ïumba. »
« La ligne franchit la rivière au kilomètre 175, et passe, en serpentant, près de i^anza-Matadi, s'engageant dans les ravins, qui reuiontent vers les plantations de Lulombe... » {Eiig. Slosse, Congo illmtréy 1894.)
4. — Les environs de Kimpese et le massif du Bangu. — « Dès que, quittant le Kwilu pour se diriger vers Kimpese, on arrive sur le plateau, où passe la ligne de partage entre le Kwilu et la Lukunga (400 mètres), on découvre, vers l'Est et l'Est-Nord-Est, une immense plaine, à peine ondulée, qui se prolonge presque jusqu'à l'horizon. C'est le pays à travers lequel la voie ferrée, après avoir dépassé Kimpese, va s'élancer dans la direction de l'Inkisi. «
" Au Nord, on a devant soi une imposante falaise à pic, qui paraît partout inaccessible : on voit la muraille venir du Nord-Est, former une sorte d'éperon haut de plus de 200 mètres, devant Kimpese, puis se diriger vers le Nord. Cet escarpement délimite le Bangii ou plateau. La falaise du Bangu rappelle tout à fait la falaise de Kundelungu, qui, au Katanga, borde, à l'Est, la vallée de la Lulira. MM. Delcommune et Briart ont éprouvé la même impression. >»
« Au pied de la falaise, et coulant parallèlement à sa direction, la Lukunga décrit sa grande courbe vers le Nord... « (Voir p. 177.)
« La falaise du Bangu, vis-à-vis de Kimpese, est constituée par des tranches de bancs épais de calcaire de teinte claire, stratifié horizontalement. Ces bancs se retrouvent sur la rive gauche, formant une série de collines, à droite de la route de Kimpese à Luvituku.
II ne faut pas être géologue pour conclure que ces couclies ont dû être autrefois continuées à travers l'emplacement actuel de la vallée de la Lukunga. Celle-ci doit donc son origine à une dénudation importante. En d'autres termes, la Lukunga elle-même s'est creusé sa vallée en délimitant à droite le haut escarpement du Bangu. La besogne, il est vrai, lui a probablement été facilitée par quelques cassures du sol, ^es /ailles, comme on dit... «
« Aux abords de Kimpese, les instruments en pierre taillée,
communs dans toute la région, se rencontrent avec une abondance particulière. »
^ On y trouve aussi, à la surface du sol, un grand nombre de gros cristaux de quartz h3alin, provenant de tilonnets existant dans le sous-sol... »
« A mesure que, quittant Kimpese, on remonte la vallée de la Lukunga, la hauteur relative de l'escarpement du Bangu décroit graduellement, par suite, précisément, de l'accroissement de l'altitude delà vallée, mais son altitude absolue reste sensiblement la même. Il devient en même temps plus accessible et, à proximité de Luvituku, il permet le passage d'une route. C'est précisément à cette circonstance que la station de Luvituku (feuille 13 de la carte) doit sa situation, car cette route est la voie directe entre Luvitulvu et Lukungu. "
M Nous avons escaladé l'escarpement en suivant le commencement de cette route. La montée commence à 500 mètres de la station ; elle est d'abord relativement douce, mais devient bientôt tellement raide, que l'ascension doit se faire autant avec les mains qu'avec les pieds. On arrive, en grimpant ainsi, au bord de la falaise, w
« Quittant la route, nous avons alors gagné une éminence, à l'altitude absolue de 725 mètres, c'est-à-dire 240 mètres au-dessus de la station. »
« De ce point, nous avons pu nous faire une idée de la nature de la surface du Bangu. Le mot de plateau évoque ordinairement l'idée d'une région horizontale, peu accidentée, plate. Mais ici, on a devant soi un pays extraordinai rement accidenté et vallonné, consistant en mamelons à pentes raidcs, séparés par des ravins profonds et boisés. «
« La route de Luvituku à Lukungu court, dans sa première partie, parallèlement à la Pioka, en traversant les vallées d'un grand nombre d'affluents de gauche de cette rivière. Cette circonstance tend à rendre la traversée du Bangu extrêmement pénible. «
«* Vers le Nord-Ouest de la région du Bangu, se trouve le mont Uia, forte éminence en forme de dôme, faisant saillie sur le reste du plateau et atteignant une altitude d'un peu plus de 1000 mètres. «
« La surface du Bangu constitue une petite région géographique bien délimitée et très spéciale, drainée presque exclusivement par les tribuiaircs de la Pioka. On la dit très fertile et très peuplée. y> {J. Cornet. Mouvement géographique, 1896.) 13