‹ Notices sur le Bas-CongoChapitre 8 sur 57 · I. - LES COURS D'EAU · texte numérisé non relu

I. - LES COURS D'EAU

A. — Bassin du Shiloango

Le Shiloang^o. — Fleuve qui se jette dans l'Océan Atlantique, un peu au Nord de Landana,en territoire portugais; Shiloango (c'est-àdire Bas-Loango) est le nom que prend le Loango en aval de son confluent avec la LukuJa. Toutefois, on étend souvent la dénomination de Shiloango à tout le cours du fleuve.

1) après M. Diderrich, en canot ou pirogue, le Shiloango est navigable, à la saison des pluies, jusqu'à Kutu (Borna Niali.) En saison sèche, la navigation est pénible au delà de Dingi.

Aux eaux basses, les steamers ne peuvent remonter plus haut que Shinganga, où la rivière est barrée par un haut fond. Aux eaux hautes, ils peuvent aller jusqu'à Shimbete.

La Lukula — Rivière qui se jette dans le Shiloango près de Telembila.

Le confluent de la Lukula et du Shiloango. — Les terrains compris entre le Shiloango, la Lukula et le Tshiafo- Loango et ceux qui

avoisinent ces rivières sont marécageux jusqu'aux premières collines qu'on rencontre à une demi-heure de marche au Nord-Est de l'ancien emplacement de la station de Zobe. Ces collines à pente douce forment : celles du Nord, la berge gauche du Loango ; celles du Sud, la berge droite de la Lukuln; leur jonction indique que les deux rivières, dont le courant à toutes deux se dirige vers l'Ouest, ne tarderont pas à se réunir. Cette union a lieu, en effet, à environ 4,000 mètres à l'Ouest du Tsliiafo.

Le Tshiafo-Loango est une rivière ou plutôt un chenal réunissant les eaux du Loango à celles de la Lukula. 11 a une longueur d'environ 400 mètres et envoie, pendant la saison sèche, au Loango le trop-plein des eaux de la Lukula. Pendant la saison des pluies, les eaux du Loango montent rapidement et s'élèvent au-dessus des eaux de la Lukula. La fonction du Tsliiafo devient alors tout opposée, et la Lukula, qui en saison sèche est deux mètres au-dessus du niveau du Loango, reçoit maintenant les eaux de ce dernier. {De Dergh.)

La Lukula en amont de Lemha. — La Lukula est une belle rivière d'une largeur moyenne de 30 m.; elle présente, aux plus basses eaux, une profondeur suffisante pour permettre l'accès des petits vapeurs, jusqu'au point où son lit devient rocheux. C'est aux environs de Bembika que les galets commencent à faire leur apparition dans son lit, et que la rivière s'élargit brusquement jus(iu'à 60 mètres et présente, à la période de sécheresse, des profondeurs de moins d'un pied. De Bembika à Yemala-Buku, le lit de la rivière présente ce caractère particulier qui s'explique par ce fait qu'elle rencontre, entre ces deux points, l'extrémité du plateau de Bana- Sanga, lequel limite le b/issin de la Lemba à l'Est. Ces galets sont d'ailleurs constitués exclusivement des matières dures que lo conglomérat renferme dans sa structure.

De Yemala-Buku à Tshimpondo, les montagnes s'éloignent des berges et la rivière reprend sa physionomie des environs de Zobe. Les berges sont couvertes par la forêt ou des plantations de bananiers. A Tshimpondo, les pierres que la rivière Pondo entraîne dans ses eaux torrentueuses, en temps de fortes pluies, forment un banc rocailleux sur lequel la Lukula roule avec rapidité, laissant en amont un lac profond. A partir de ce point, le lit ne cesse guère d'être rocheux.

De Sama à l'embouchure de la Luniamo, on franchit successive-

ment quatre rapides. On y rencontre déjà des galets de grès, mais la base reste le conglomérat. Le grès ne fait son apparition qu'au delà de Borna- Sundi, vers Sese, aux chutes de la Lukula, mais il n'est pas étonnant, étant donné la rapidité du cours de la rivière, que ces galets se soient transportés jusqu'aux rapides de Gongo.

Les pierres de ces rapides sont presque toujours recouvertes d'une espèce d'huître, dont les dimensions atteignent parfois celles d'une grande assiette.

Dans toutes les parties de la rivière où les montagnes ne bordent pas la rive, les berges, lorsqu'elles ne sont pas abruptes, sont recDUvertes de plantations de tabac.

Lorsqu'on a dépassé Boma-Sundi, l'aspect général se transforme entièrement. Aux forêts riveraines, aux plantations, aux bananeraies, aux vastes plateaux courant parallèlement au lit de la rivière, succèdent de hautes montagnes aux formes arrondies et violemment torturées dans leur disposition. On retrouve là, dans leur entier, l'aspect désolé, nu, aride, la composition même des collines de Boma. Au conglomérat a succédé le grès, et la rivière elle-même, participant à cette agitation de la nature, heurte violemment les rochers qu'elle rencontre dans son lit, bouillonne en se creusant un passage au milieu de ceux-ci. A vrai dire, on ne se trouve pas en présence de chutes telles que nous les concevons généralement; ce sont plutôt des passages où la navigation s'arrête forcément, se butant au danger de pousser des embarcations dans ces canaux étroits, où les eaux se précipitent avec violence. Les indigènes osent cependant les affronter à certains moments de l'année et alors le commerce s'étend au delà des chutes. {Sierpin.)

En remontant la rivière de Lemba vers Boma-Sundi, dit de son côté W. Rolin, on passe d'abord devant les villages de Mabenza et de Bembika. La casière de ce dernier village, qui se trouve sur la rive à cinq minutes en aval, est inondée. A un quart d'heure de navigation de ce point, on rencontre la casière de Yema-Yema, sur la rive gauche. Cette rive est plus élevée que la rive droite, qui est très basse et inondée. On passe ensuite successivement devant les casières des villages de Buku-Yema, Yema, Buku-Baka, Masinga.

Le village de Masinga est situé sur une petite hauteur tout près de la rive, à environ dix ou quinze minutes. Le village est peu im»

portant, quoiqu'il paraisse assez riciie. Les abords en sont bien dégagés.

On peut se rendre par terre de Masinga au village de Buku-Baka, par une route praticable en toute saison. Cette route a une longueur de 1 h. 1/2 à 2 heures.

Continuant de remonter la Lukula, on voit, après dix minutes de navigation, sur la rive gauche, le débarcadère du village Yema- Sakala. Vingt minutes plus loin, la rive droite forme une belle plaine qui paraît avoir une largeur de 500 mètres. Au delà, le terrain s'élève graduellement en une colline boisée.

Le pays est très beau; la vallée est occupée tantôt par une forêt remplie de palmiers et d'arbres recouverts de tleurs, tantôt par des champs de bananiers, qui font une tache claire dans le vert sombre de la forêt.

Les nombreuses casières que l'on rencontre montrent que les indigènes s'occupent beaucoup du commerce de noix de palme. Il y a aussi du caoutchouc dans la région, mais ils ne le récoltent pas.

A vingt-cinq minutes plus en amont, se trouve le débarcadère de Loanya. Le village de Loanya est situé à une demi-heure vei^ l'intérieur; il est, paraît-il, très grand, très peuplé et possède de beaux troupeaux.

L'abordage au village de Liata, situé en face de Loanya, n'est pas facile. On doit se faire porter sur une longueur de près d'un kilomètre dans un marais.

Quand on dépasse l.oagna, la rive change d'aspect; on voit un beau plateau recouvert d'une herbe courte.

Après avoir dépassé la casière de Shingana, à cinq minutes en amont de ce plateau, la rive gauche s'élève en pente douce et boisée jusqu'à une hauteur de 25 à 30 mètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux. La rive droite continue à être assez élevée.

A partir de ce point, les deux rives se maintiennent presque tout le temps au-dessus du niveau des plus hautes eaux et les palmiers deviennent de plus en plus rares. On passe successivement devant le débarcadère de Shingana et les deux débarcadères de Tshianya. Un peu plus en amont on rencontre celui de Loanya, sur la rive gauche, à un tournant de la rivière, qui à cet endroit est assez large. A cinq minutes de là, se trouve, sur la rive droite, le village de Kai-Kilimongo. Sur cette rive, s'étend une grande et belle plaine, bien au-dessus du niveau des hautes eaux. La rive gauche est inondée.

Dix minutes plus haut, on passe devant le débarcadère du village de Masinga, sur la rive droite. Des collines boisées s'y élèvent en pente douce : quelques beaux arbres pouvant convenir comme bois de construction. Le plateau domine la casière et s'étend vers l'intérieur sur une assez grande longueur. Les palmiers reparaissent.

La rive droite continue de rester élevée et boisée pendant 25 minutes de navigation. Elle est coupée par un affluent de la Lukula, puis s'élève en une colline d'une trentaine de mètres d'élévation, presque à pic et entourée de plaines qui s'étendent à perte de vue. Un quart d'heure plus en amont, la même rive forme une plaine d'une profondeur approximative de 200 mètres.

Plus loin, après avoir laissé sur la rive gauche la casière de Shimpata et un affluent, on remarque, sur la rive droite, une belle plaine au-dessus des plus hautes eaux, tandis que la rive gauche s'étend en plateau boisé, puis, au delà de Shimpondo, en plaine élevée. A cet endroit, la rive droite forme une plaine assez basse.

Au village Kwila, la noix de kola et la liane à caoutchouc (votshi) se trouvent en assez grande quantité. Mais le principal commerce des indigènes consiste surtout dans la vente des noix de palme.

A quinze minutes en amont de Kwila, sur la rive droite, se trouve une source. A cinq minutes de là, sur la rive opposée, des collines s'élèvent en forme de cirque, et à leur pied, s'étend une plaine assez basse. Sur cette rive se trouve le débarcadère de Buku-Maimbi, et à un quart d'heure plus haut, sur l'autre rive, celui de Samn, grand village entouré de marais.

A 40 minutes de ce village, débouche l'affluent Luvulu, et à 45 minutes de ce dernier, on rencontre deux rapides à 10 minutes d'intervalle.

Cinq heures de navigation, en amont du second rapide, conduisent à lioma-Sundi, village situé sur un plateau de la rive droite, à environ 60 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la rivière. Pour y arriver, on suit un petit sentier très raide et très rocailleux. {Rolm, avril 1893. — Pour les distances relevées, voir ch. V.)

Pendant plusieurs mois de l'année, la Lukula, en aval de Lemba, a des crues considérables. Toute la vallée est inondée. Ainsi, le capitaine Cabra, parti le 16 novembre, vers une heure du soir, de Malele-Kwangila, très rapproché de Lemba à vol d'oiseau, ne put arriver sur la rive du poste de Lemba qu'à sept heures du soir,

après avoir « pataugé », pendant près d'une heure, dans les parties inondées.

De l'avis de M, Diderrich, la Lukula est navigable aux pirogues, (0.20 m. de tirant d'eau) en toute saison, jusqu'à Boma-Sundi.

En saison sèche, les bancs de sable empêchent les steamers de passer au delà de Ponzo; mais, en saison des pluies, on peut remonter jusqu'à Lemba. Toutefois, à cause du peu de largeur de la rivière et des coudes brusques qu'elle décrit, il est dilficile, à partir de Kalunga, de naviguer avec des remorques. Sliinfuku doit être regardé comme la limite de la navigation à vapeur marchande dans la Lukula. (Voir plus haut l'opinion de M. Sterpin.)

La Lubuzi. — Affluent de la rive droite de la Lukula, dans laquelle elle se jette à Sliinfuku.

Le cours de la Lubuzi de Tshohikomho à Borna- Vonde. — Distance : Environ une journée de marche, de 7 heures du matin à la nuit tombante.

Les pentes de la vallée sont complètement boisées et montrent des lianes à caoutchouc et des arbres à panza. La vallée est resserrée, et, un peu en amont de Boma-Vonde, elle devient très étroite, et les eaux, pressées entre deux murailles rocheuses, simulant assez bien un corridor, franchissent d'abord un seuil d'environ 1 m. 30 de hauteur, puis descendent deux escaliers de moindre importance. Le spectacle est curieux, l'endroit pittoresque et sauvage. Mais, ce ne sont |)as de véritables chutes, comme on pourrait s'attendre à en voir.

« Après un saut d'une belle hauteur, écrit le capitaine Cabra, la rivière disparaît pour ainsi dire dans la roche. Sous les voûtes de pierres qui la surplombent en partie et qui aff"ectent les formes architecturales les plus variées, elle a creusé de profondes rigoles et des puits circulaires, où elle coule silencieuse, en filets tellement étroits, qu'on passe d'une rive à l'autre en sautant de roche en roche. Puis elle s'étale à nouveau, franchit un long canon et débouche de l'autre côté de la fracture par trois cascadelles du plus joli effet. » . Les roches formant le lit de la rivière sont, à certains endroits, traversées par de véritables coulées de quartz, formant des veines d'un blanc laiteux.

A Boma-Vonde, le cours de la Lubuzi a une largeur de 15 à 20 mètres (lin décembre), et une vitesse de 10 mètres en 13 secondes*

Ces mesures sont prises à hauteur de la factorerie du vicomte de Ka-Kongo.

La navigation par pirogue ne dépasse guère Homa-Vonde.

Un peu en amont de ce point, se trouvent, en effet, les chutes de la LUbuzi, décrites plus haut.

« Un fait à signaler, dit encore le capitaine Cabra, est que, depuis Moganda, nous sommes tous les matins au milieu d'un brouillard très épais, qui baigne toutes les pentes et, recouvre les sommets. L'humidité est telle que tous les objets en sont imprégnés, même à l'intérieur des tentes. » (Décembre 1892.)

Cette observation peut s'appliquer à toute la région du Mayumbe, couverte d'une végétation forestière touffue, dit M. Fuchs, embrumée d'épais brouillards, que l'implacable soleil de midi ne dissipe pas toujours. L'humidité sous bois est dense et constante, et dégoutte dans le feuillage et sur l'humus de la forêt. « {Publicatitm de l'Etat Indépendant du Congo, \\° 10.)

La Lemba. — Affluent de la rive gauche de la Lukula, qui prend sa source à l'Ouest de Tshoa.

Elle reçoit, à gauche, la Lukunga, la Sende, la Makungulu, Ui Tubukusu, la Govo et la Godu ; à droite, la Tele ou Luvululu et la Nyanzi. Toutes ces rivières ont des vallées boisées, assez riches en palmiers.

« Une l)elle forêt, dit M. Simon, est celle qui se trouve dans la vallée de la Lemba. Elle contient l'arbre tola et le caoutchouc, en grande quantité. »

La Puzunka. — Affluent de la Lukula. Son confluent se trouve sur la rive gauche, au Sud-Ouest de Boma-Sundi.

C'est une très belle vallée qui monte en pente douce vers le plateau de Tshoa, La population y est dense et les palmiers nombreux. {Rolin, 1893.) (Voir p. 41.)

Le capitaine Cabra a traversé trois fois la Puzunka à gué.

Page 1