CHAPITRE X
Province de Sergipe.
ESQUISSE HISTORIQUE
Le territoire formant aujourd'hui cette province qui possédait déjà quelques petits groupes de population, plus ou moins isolés, ne fut régulièrement colonisé qu'en 1590 sous le gouvernement provisoire qui fut organisé à la mort du gouverneurgénéral Manuel -Telles Barreto. Un des trois membres de ce gouvernement provisoire, le grand provéditeur Christovâo de Barros, partit à la tête d'une force suffisante non-seulement pour écraser les Indiens des bords des rivières Beat et Itapiciirû, mais aussi pour repousser les Français qui fréquentaient la côte à la recherche du bois-brésii, et y fonder un établissement colonial, d'après les ordres de Philippe II. Ce chef remplit sa commission: il pacifia le district et, près de la rivière Serigy, bâtit un fort et fonda une bourgade qui reçurent le nom de Sâo- Christovâo.
Le district de Sergipe, sujet à la capitainerie de Bahia, avait déjà acquis une certaine importance par son agriculture, lorsqu'il fut envahi et dévasté en 1G37 par les Hollandais commandés par Sigismond van Schkoppe qui, le 25 décembre de cette même année, fit incendier la bourgade de Sâo 'Christovâo. Tout le district fut conquis en 1641 par Maurice de Nassau qui étendit le Brésil hollandais vers le sud jusqu'au Bio-Ecal
Après l'expulsion des Hollandais, le Sergipe vit ses habitants divisés par des dissensions et fut livré aux agressions des sauvages et à une complète anarchie jusqu'en 1696, où le
roi Dom Pedro II envoya des troupes qui repoussèrent victorieusement les Indiens, et un juge-auditeur qui rétablit l'ordre et fit régner la loi.
Simple district de la capitainerie de Bahia, le Sergipe eut un modeste développement jusqu'en juillet 1821 où il fut élevé au rang de capitainerie indépendante, sous la dénomination de Sergipe d'El-Rei, et subséquemment il devint province de l'empire, ayant pour capitale le bourg de Sâo-Christovâo qui fut érigée en ville par décret du 8 avril 1823.
Une loi provinciale datée de mars 1855 a transféré le siège du bourg de Soccorro dans la bourgade à'Aracajû, située à l'embouchure du Cotinguiba, et cette dernière, prenant rang de ville devint la capitale de la province; depuis lors, la ville de Sâo Christovào a perdu toute son ancienne importance et est aujourd'hui tout-à-fait en décadence.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Latitude méridionale: 9° 5' — 11° 28'. Longitude orientale: 5° 3' — 6° 53'.
Dans sa plus grande étendue, du nord au sud, depuis le confluent du Xingô avec le fleuve 8. Francisco jusqu'aux sources du Bio-Real, cette province mesure environ 250 kilom.; et de l'est à l'ouest, depuis l'île Arambipe jusqu'à la rive droite de la rivière Xingô 285 kilom., avec un littoral de 240 à 250 kilom., en y comprenant les sinuosités. Sa surface est de 60,300 kilom. carrés.
BORNES
Le Sergipe confine au nord avec la province d'Alagôas par le fleuve S.-Francisco ; au sud avec celle de Bahia par le Bio- Reaï; à l'est avec l'Océan Atlantique, et à l'ouest encore avec la province de Bahia par la rivière Xingô et par une ligne droite tirée des sources de cette même rivière jusqu'à celles du Rio-Real.
CLIMAT
Il est semblable à celui de Pernarabuco: chaud et humide dans le voisinage de la mer, chaud et sec dans l'intérieur. Les rives de quelques cours - d'eau qui débordent en hiver sont sujettes à des fièvres intermittentes périodiques.
ASPECT PHYSIQUE
Le sol de la province est inégal et, en partie, assez bas; quoique traversé par plusieurs cours d'eau de quelque importance, il diffère beaucoup dans ses conditions de fertilité, et on peut le diviser en trois zones plus ou moins distinctes de l'orient vers l'occident: la première près de la mer: elle est sablonneuse et de faible végétation sur une bande de 10 à 12 kilom.; la deuxième, qui a plus de 100 kilom. vers l'intérieur, devient d'une fertilité de plus en plus remarquable, à mesure qu'elle s'éloigne du littoral; et la troisième enfin, beaucoup plus montagneuse, est sèche et en général bien moins fertile, mais elle convient parfaitement à l'élève des bestiaux.
Nous ferons remarquer que pour cette division en zones, la règle n'est pas absolue quant à la force productrice du sol, car même sur le littoral, il y a des exceptions remarquables. M. le sénateur Pompeo compte quatre zones, en divisant celle que nous considérons comme la deuxième. Ayres Cazal divise cette province en partie orientale et en partie occidentale.
Le Sergipe n'a aucune grande chaîne de montagnes. On y compte la chaîne àïltàbayana qui s'avance à un peu plus de 40 kilom. de distance de la mer, après avoir jeté, bien avant, un contrefort de l'est ou N.-O.; la chaîne de Tàbanga dont le pied est baigné par le fleuve Sâo-Francisco; à l'occident se montre la Serra-Negra,
HYDROGRAPHIE
Le bassin du Sâo-Francisco a déjà été étudié précédemment; nous avons vu que les rivières qui coulent vers le nord
sont tributaires de ce fleuve, et que d'autres vont porter directement leurs eaux à l'Océan par les petits bassins suivants: Cotindïba ou Cotinguiba, qui prend sa source au nord de la chaîne d'Itabayana; il reçoit plusieurs rivières, et entre autres le Poxim dont le cours est assez long; 13 kilom. au-dessus de son embouchure, il se réunit au Sergipe qui vient de l'ouest et qui est plus profond et volumineux; les deux cours d'eau réunis reçoivent plus bas le Poranga; le Cotindiba est navigable pour les petits navires jusqu'à 40 kilom. au-dessus de son embouchure, et le Sergipe, bien plus haut encore. Le Vasabarris (Irapirang des Indiens) prend sa source dans la chaîne d'ftiûba, traverse la province de l'ouest à l'est, en recevant de nombreuses rivières; il est navigable pour les petits navires, avec le secours de la marée, sur une longueur de 45 kilom. et se jette dans l'anse du même nom. Le Real qui sépare cette province de celle de Bahia; il coule de l'ouest à l'est sur une longueur d'environ 250 kilom. en descendant des montagnes et formant des chûtes à la dernière desquelles arrive la marée, 60 kilom. au-dessus de son embouchure; depuis cette dernière chûte, son lit devient large, profond et sablonneux, et outre les tributaires qu'il a reçus, il en reçoit d'autres qui augmentent son volume. Nous mentionnerons en dernier lieu le Japaratuba, inférieur aux précédents: il se jette dans la mer à plus de 40 kilom. au nord du Cotindiba, et même favorisé par la marée, il n'est navigable que pour les pirogues.
Dans le voisinage du fleuve Sào -Francisco, se trouvent quelques lacs poissonneux et très-riches en oiseaux aquatiques.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral: De l'or dans la chaîne d'Itabayana, du silex, de la tabatinga (terre particulière pour la poterie), des pierres meulières, du fer, des cristaux etc., annoncent des richesses encore mal exploitées.
Règne animal: C'est celui des provinces voisines; les cerfs et les perdrix y abondent; la partie orientale de cette province est très -giboyeuse et les animaux féroces y sont rares. Elle possède une grande variété de mouches à miel.
Règne végétal. On y trouve en grande abondance des bois de charpente, de menuiserie et de teinturerie, tels que: le sucitpira , le bois de fer, le cèdre, le sapucaia, le jequitibâ, Yuruçuca, le batinga blanc et rouge, le condurû, le garaûna et beaucoup d'autres; parmi les plantes médicinales, les plus communes sont: l'ipécacuanha, le réglisse, la paroba, le quinquina du pays et la casse-fistule; la vanille y vient spontanément. Parmi les fruits des arbres et des arbustes sauvages dont l'homme tire parti, nous distinguerons celui qui est improprement nommé maçanzeira (pommier) qui produit, sur le même pied , les fruits des formes les plus diverses dont on fait d'excellentes confitures.
INDUSTRIE, AGRICULTURE ET COMMERCE
L'industrie proprement dite y est presque nulle, à l'exception de l'élève du bétail qu'on exploite dans la partie occidentale de la province. Les principales branches d'agriculture sont le cotonnier et la canne à sucre dont on extrait le sucre et l'eau-de-vie ; parmi les céréales, la farine de manioce donne des résultats surprenants qui récompensent libéralement les peines du cultivateur; les fazendas (fermes) agricoles sont au nombre de plus de huit cents; celles d'élève de bestiaux sont nombreuses et très-productives. Le commerce y est actif et florissant, et entretenu par les places de Bahia, Rio de Janeiro et Pernambuco; les principaux produits d'exportation sont les suivants: du sucre, du coton, de Y eau -de- vie, du sel, des cuirs tannés, secs et salés, du ticum et des cocos. Les compagnies de navigation à vapeur bahiana et pernambucana étendent leurs lignes en différents ports du Sergipe; l'association sergipense jouit du privilège de remarquer les navires qui fréquentent le port d'Aracajû; 'outre cette compagnie, il y a encore celle de navigation à vapeur entre les rivières Pomonga, Japaratuba et Sergipe.
STATISTIQUE
Population: 280,000 habitants dont 230,000 libres et 50,000 esclaves.
Représentation nationale et provinciale: 2 sénateurs et 4 députés à l'assemblée générale, et 24 à la provinciale.
Cette province est divisée en deux districts électoraux avec 696 électeurs et 28,115 citoyens qualifiés votants.
Force publique: Garde nationale: 10 commandements supérieurs, 26 bataillons d'infanterie et un escadron de cavalerie avec 18,312 gardes-nationaux de la force active et 2 bataillons de réserve avec 2581 hommes; total 20,893.
Corps policial : 207 hommes (état effectif).
Instruction primaire et secondaire: Primaire publique: 126 écoles publiques: 75 avec 2591 élèves pour le sexe masculin et 51 avec 1480 élèves pour le sexe féminin; x>articulièrc 26, dont 17 pour le sexe masculin avec 337 élèves et 9 du sexe féminin avec 165 élèves. Secondaire publique : 12 établissements, tous du sexe masculin avec 186 élèves; particulière: 5 établissements avec 55 garçons et 4 filles.
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province de Sergipe se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses, ainsi qu'il suit:
Comarcas.