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CHAPITRE XI

Province de Bahia.

ESQUISSE HISTORIQUE

Après que la deuxième expédition chargée d'explorer le littoral du Brésil, sous la direction et le commandement de Christovào Jacques, eut découvert en 1503 la vaste baie qui fut nommée Bahia de Todos os Santos (Baie de Tous-les-Saints), l'histoire de cette capitainerie fondée 35 ans après commence par une tradition romanesque dans laquelle le fait positif se trouve mêlé à des épisodes fabuleux.

En 1510, un navire portugais qui probablement se dirigeait vers l'Inde fut poussé par les courants et jeté sur l'île d'Itaparica; les naufragés qui arrivèrent à terre tombèrent au pouvoir des tupinambâs, maîtres de l'île et du continent voisin; ceux-ci, anthropophages comme presque toutes les tribus indiennes, dans leurs horribles fêtes, dévorèrent successivement ces malheureux naufragés; enfin il n'en restait plus qu'un seul, Diego Alvaros qui, se servant d'un mousquet qu'il avait sauvé du naufrage, abattit un jour un oiseau. A ce bruit inattendu, les sauvages stupéfaits s'écrièrent: a Caramurû ! » qui selon les uns signifie homme de feu, et suivant d'autres : dragon ou monstre sorti de la mer. Ce coup de mousquet valut à Diego Alvares la liberté et une grande influence sur les sauvages, au point qu'il devint le génie des victoires des tupinambâs. Il prit pour épouse Paraffîtassîiy fille de leur chef ; plus tard il fit avec elle un voyage en France où cette Indienne fut baptisée et eut pour marraine Catherine de Médicis encore dauphine selon les uns, déjà reine suivant d'autres.

De cette tradition qui a été poétisée beaucoup plus encore, un fait est entièrement controuvé: c'est le voyage en France. Le sacrifice barbare de tous les compagnons de Diego Alvares n'est pas non plus croyable, ni que celui-ci, en présence de la mort, voulût s'amuser à tirer un oiseau. Si c'était un moyen d'essayer l'effet que produirait sur les sauvages le bruit d'une arme à feu, il est fort étonnant qu'il y pensât si tard. Ce qui est avéré, c'est que son nom indien Caramurû , son union et son mariage subséquent avec Paraguasst'i , et enfin son autorité morale sur les tupinambâs de l'île et des environs, sur le continent; ce qui n'est pas entièrement prouvé, mais semble à peu près certain, c'est que non-seulement lui, mais quelques-uns et peut-être tous les naufragés qui atteignissent le rivage furent, non les victimes, mais les hôtes de ces sauvages considérés comme les moins cruels des aborigènes.

Diego Alvares ne quitta jamais Bahia: il y vécut heureux et content jusqu'à sa mort qui eut lieu le 5 octobre 1557. Le vaisseau portugais Brctoa, différents navires français et espagnols, et en 1528 l'expédition commandée par Chrîstovâo Jacques (le même de celle de 1503) mouillèrent à Bahia, et il ne profita d'aucune de ces occasions favorables pour retourner en Europe. En 1531, Caramurû reçut Martim Affonso de Souza qui lui laissa deux hommes et diverses graines de plantes utiles, ce qui prouve évidemment que Diego Alvares dirigeait un noyau colonial ; il n'est donc pas vraisemblable qu'il fût le seul Européen ou Portugais vivant parmi ces sauvages.

En 1537 ou 1538, Francisco -Pereira Coutinho qui avait obtenu en 1534 donation d'une capitainerie de 50 lieues depuis l'entrée de la baie de Tous -les -Saints jusqu'à l'embouchure du fleuve Sâo-Francisco, arriva avec un grand nombre d'aventuriers et, aidé de Caramurû et d'autres Portugais qui l'accueillirent avec joie, jeta les fondements de sa colonie dans le même lieu du continent habité par celui-là. D'abord tout se passa parfaitement, mais quelque temps après et pour des causes qui ne sont pas bien connues, la révolte et la guerre s'allumèrent entr'eux, et le donataire se vit obligé de se réfugier tristement dans la capitainerie dos Ilhéos. Peu de temps après, sur les

instances de Caramurû et d'autres Portugais, le malheureux Coutinho s'embarqua de nouveau et retourna dans sa capitainerie; mais son navire ayant naufragé près de l'île d'Itaparica, il fut, avec quelques-uns des siens, victime de la haine des tupinambâs qui assouvirent leur vengeance et leurs instincts féroces en tuant et dévorant ces malheureux naufragés, en 1547.

Deux ans plus tard, Dom Joâo III ayant réformé le système de colonisation du Brésil organisé en capitaineries indépendantes et sans aucun lien centralisateur, chargea Thomé de Souza de créer le gouvernement général de la grande colonie et de fonder dans la baie de Tous -les -Saints (laquelle moyennant une faible indemnité donnée aux héritiers du donataire était retournée au domaine de la couronne) la ville capitale qu'il nomma do Salvador (du Sauveur) et beaucoup plus tard Sâo-Salvador (Saint-Sauveur). Avec le concours dévoué et influent de Diego Alvares, cette ville fut fondée et se développa sur un mont peu éloigné du rivage et très -rapproché de l'ancien établissement de Coutinho.

Avec le gouverneur-général, arriva aussi la première expédition de missionnaires jésuites dirigés par le Père Nobrega surnommé V Apôtre du Nouveau -Monde. En 1551, le martyr Pero-Fernandes Sardinha inaugura l'évêché du Brésil créé l'année précédente.

Le titre et l'influence de capitale, les grandes ressources naturelles d'un sol au plus haut point fàvorisé par la Providence, l'action énergique du gouvernement, l'admirable ascendant des jésuites donnèrent à la ville capitale de la colonie et à sa capitainerie une impulsion et un développement qui excitèrent la cupidité de l'ennemi étranger: en 1624, les Hollandais, en guerre avec l'Espagne dominatrice depuis 1580 du Portugal et de ses colonies, attaquèrent et prirent la ville do Salvador, dont ils furent repoussés l'année suivante; mais la guerre, les périls et la situation anormale n'en continuèrent pas moins: des attaques répétées dans le voisinage de la capitale, la conquête de Pernambuco, Parahyba et Rio-Grande, l'île d'Itaparica prise et ensanglantée par des combats acharnés, le territoire envahi jusqu'au Rio-Real, la capitale elle-même menacée et repoussant

les attaques de l'habile et fameux Maurice de Nassau firent éprouver à la ville de Sâo-Salvador, pendant environ trente ans, toutes les terreurs, les contrariétés, les sacrifices contre lesquels elle montra une constance, un héroïsme qui sont ses plus beaux titres de gloire.

Le gouverneur-général de Bahia, Telles da Silva, fut l'âme de la régénération pernambucaine, de la glorieuse et triomphante guerre de l'indépendance, dans laquelle les Hollandais qui se croyaient déjà maîtres absolus de la contrée furent vaincus et repoussés du Brésil.

Les bienfaits de la paix augmentèrent la prospérité morale et matérielle de Bahia qui, renfermant dans son sein la capitale de toute la colonie (moins l'Etat de Maranhâo), jouit de privilèges et d'institutions qui la mirent à la tête de la civilisation au Brésil et lui donnèrent un grand développement intellectuel.

Les limites de cette capitainerie s'étendirent vers le sud en conséquence de l'incorporation de celles de Porto- Seguro et dos Hhéos qui retournèrent au domaine de la couronne, la première en 1759 et la seconde deux ans après.

La capitainerie de Porto-Scguro comprenait cinquante lieues depuis la rivière Mucury: le donataire, Pero de Campos Tourinho, vint avec beaucoup de ses parents et de nombreux émigrants s'établir en 1535 au même endroit où Cabrai avait débarqué en 1500. Le commerce de bois-brésil et l'agriculture, spécialement la culture de la canne et la fabrication du sucre firent fleurir la colonie, surtout après que les indigènes habitants de la contrée, les tupininquins , vaincus furent attirés par de bons traitements. A la mort du donataire, son fils Fernando de Campos Tourinho lui succéda, et avec celui-ci commença la décadence de la capitainerie qui déclina encore plus, lorsqu'après la mort de ce dernier, sa sœur et héritière vendit la capitainerie en 1556 au duc d'Aveiro qui fit quelques efforts pour la relever et l'abandonna enfin aux attaques répétées des cruels et sauvages aymorés.

La capitainerie dos Uhéos qui mesurait également cinquante lieues depuis la limite septentrionale de la précédente jusqu'à

l'entrée de la baie de Tous -les- Sat7its, eut pour donataire Jorge de Figueiredo Corrêa, écrivain du Trésor royal qui, retenu par les devoirs de sa charge, envoya pour fonder sa colonie un castillan, Francisco Romero, qui en 1534 l'établit dans l'île de Tinharé sur le Morro de Sào-Paulo; mais bientôt après il la transporta dans le port dos Tlhéos. Le choix d'un castillan pour diriger une colonie portugaise nuisit au développement de ce noyau colonial: Romero, malgré les preuves de bravoure qu'il avait données dans la guerre contre les Indiens, était détesté par les colons surtout à cause de sa nationalité. Après des dissensions et des désordres répétés, il fut arrêté et renvoyé à Figueiredo qui, de nouveau, l'imposa aux colons. Cette opiniâtreté maladroite du donataire, fut une cause d'ennui et de découragement pour la colonie, déjà tourmentée par les attaques répétées des aymorés; il est même étonnant qu'elle ait pu résister à une agression des Hollandais en 1637. Mais, ni la fertilité du sol, ni le travail de sa petite population ne réussirent à l'arracher à sa malheureuse situation et à lui conserver le titre de capitainerie qui plus tard lui eût valu celui de province du Brésil.

La capitainerie de BaMa fut augmentée des territoires de Porto-Scffuro et dos Ilhéos, mais sa ville principale se vit bientôt, en 1763, dépouillée de son titre de capitale de la grande colonie en faveur de la ville de Rio de Janeiro, et elle perdit encore en 1821 tout le territoire qui s'étend depuis le Rio-Real jusqu'au Sâo-Francisco, érigé en capitainerie et presque aussitôt après en province de Sergipe. Elle acquit en compensation par le décret du 15 octobre 1827, le district de Sâo-Francisco comprenant le bourg du même nom et ceux de Pilâo- Arcado, Campo-Largo et Carinhanha; ce district avait été démembré du sertâo de Pernambuco par l'édit du 3 juin 1820 et annexé en 1824 à la province de Minas-Geraes.

Riche en territoire, la fille aînée de Thomé de Souza, ou si l'on veut de Cabrai, en perdant sa haute hiérarchie de capitale du Brésil, n'a point perdu ses titres de noblesse: en 1821, elle fut la seconde à répéter dans l'Amérique portugaise le cri de liberté poussé en Portugal l'année précédente, et sa

plus grande gloire est d'avoir soutenu dans son sein la guerre principale, ou pour mieux dire la guerre vraiment unique de l'indépendance; elle défendit courageusement ses droits depuis février 1822 jusqu'au glorieux 2 juillet 1823, où le général portugais Madeira, vaincu ou impuissant à prolonger davantage la résistance, évacua la ville de Sào-Saivador et, forcé à la retraite, s'embarqua et retourna avec ses troupes en Portugal.

Avec des mémoires héroïques, Bahia conserve son rang glorieux danst la hiérarchie ecclésiastique, car son évêché qui fut le premier créé au Brésil en 1551, fut érigé en archevêché métropolitain en 1676.

Dans l'ardeur et l'enthousiasme de la vie politique de l'empire, après le généreux mouvement de 1821 et la glorieuse guerre de l'indépendance nationale, Babia se révolta une seule fois en manifestant, en 1837, des aspirations à l'indépendance et à la république; mais ce mouvement révolutionnaire fut de courte durée et la ville de Sào-Salvador fut bientôt assiégée et vaincue, non-seulement par l'esprit, mais encore par la force matérielle de toute la province.

Sous le rapport de l'importance politique et commerciale, Bahia est placée parmi les provinces qui occupent le premier rang dans l'empire. Quoiqu'elle ait perdu le territoire de la province de Sergipe, elle n'en conserve pas moins sur celle-ci toute son ancienne influence politique et sa suprématie commerciale.

Nous ne pouvons passer sous silence son dernier, glorieux et récent titre de noblesse. Dans la guerre du Paraguay, à l'appel civique et grandiose du gouvernement impérial, Bahia avant toutes les autres provinces de l'empire, a formé le premier bataillon de volontaires de la patrie, la première et magnifique levée de ces nobles croisés de l'honneur nationale, qui ne pourront jamais être oubliés sans la plus scandaleuse ingratitude, et dont les noms seront éternellement conservés dans les fastes de la patrie.

C'est Bahia qui a formé, dirigé et défendu presque toutes les capitaineries qui constituent aujourd'hui l'empire du Brésil. Elle a droit à la vénération et à la gratitude des provinces

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actuelles, autrefois ses protégées et ses subordonnées. C'est une vieille mère vénérée, entourée de ses enfants.

POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS

Elle se trouve comprise entre le 9° 55' et le 13° 15' de latitude méridionale, et entre le 5° 30' de longitude orientale et le 3° 30' de longitude occidentale, que d'autres réduisent à 2°.

Sa plus grande longueur du nord au sud est de 1100 kilom. depuis la cascade de Paulo-Affonso , sur la rive droite du Sâo- Francisco, jusqu'à la ri\e gauche du Mucury; et de l'est à l'ouest 935 kilom. depuis la pointe d'Itapuan jusqu'à la chaîne de Tàbatinga ou Tauatinga. Son littoral est d'à peu près 1200 kilom. Sa surface est de 658,000 kilom. carrés.

BORNES

Elle est bornée au nord par les provinces de Sergipe, Alagôas et Pernambuco; au sud par celles d'Espirito-Santo et de Minas-Geraes, dont elle est séparée par les rivières Mucury, Ver de-Grande , Verde-Pequeno et Carunhanha, près du Vào do Paranan, et les chaînes das Aimas, de Crundiûba et de Vallo- Fundo par une ligne droite tirée jusqu'au confluent de la rivière Mosquito et du Bio-Pardo, et de ce dernier point par une autre ligne droite jusqu'au Salto-Grande du fleuve Jequitirihonha; à l'est par l'Océan Atlantique et la province de Sergipe; à l'ouest par les provinces de Pernambuco , Piauhy, Goyaz et Minas-Geraes, dont elle est séparée par le fleuve Sâo-Francisco, les chaînes dos Bous-Irmûos , Piauhy, Gurgueia, Dura, Tàbatinga ou Tauatinga, Paranan et Aymorés.

Ces limites sont encore l'objet de diverses contestations.

CLIMAT

Sur le littoral et dans le voisinage de la mer, le climat est en général chaud et humide, principalement dans la partie nommée Reconcavo qui forme une zone d'une largeur variable dont le maximum est de 200 kilom., où les pluies sont fréquentes; dans l'intérieur, il est sec et chaud, et sur beaucoup

de points élevés, doux et frais. A l'exception des rives du fleuve Sâo-Francisco , où régnent les fièvres intermittentes pendant certains mois de Tannée, tout le territoire de Bahia est plus ou moins sain.

ASPECT PHYSIQUE

Le terrain dans la zone longue et large qui accompagne le littoral est généralement bas, avec une abondante irrigation naturelle, couvert de belles forêts, et d'une fertilité extraordinaire; la province n'est cependant pas dépourvue d'élévations et de montagnes qui se montrent beaucoup plus loin dans l'intérieur, surtout vers les provinces de Minas et de Goyaz. La partie intérieure nommée sertâo (désert) est formée de plateaux étendus , secs et stériles qui s'avancent vers les limites de Pernambuco et qui sont sujets à des sécheresses périodiques, comme ceux que nous avons observés dans les provinces voisines, et où le terrain est comme dans celle-ci peu favorable à la culture, mais excellent pour l'élève du bétail.

On n'a pas encore fait des études suffisantes sur le système orographique particulier de cette province et ses rapports avec le système orographique général; mais il semble probable ou du moins très-vraisemblable que ses chaînes et ses montagnes appartiennent, d'après leurs positions et leurs directions, aux deux cordillières Orientale et Centrale.

Les chaînes qui limitent la province ont déjà été indiquées dans ce chapitre; nous n'avons donc pas besoin de les mentionner de nouveau; mais, outre celles-là, nous devons rappeler la chaîne A'Itaraca qui vient de Minas-Geraes et s'avance du sud, celle de Chapada et Sincorâ dans l'intérieur, renommées pour leurs raines d'or et de diamants: ce sont évidemment deux rameaux de la chaîne qui se prolonge de Minas-Geraes; la chaîne de Tiuba qui, bien que distincte, semble suivre la direction de la Chapada en s'avançant vers le nord et s'inclinant au nord-est; celles d'Orobô et Prêta qui s'élèvent encore dans l'intérieur de l'est à l'ouest; celle de Riachinho qui est plutôt

un rameau occidental de celle de Sincorâ; celle de Pambù et celle de Borracha ou Muribéca au nord de la province.

HYDROGRAPHIE

La province de Bahia est riche en fleuves qui peuvent dignement figurer après les grands bassins de l'Amazone et d© La Plata, car, outre le considérable bassin du Sào-Francisco, elle possède des bassins secondaires très-importants, que nous avons déjà examinés dans l'étude de l'hydrographie en général, dans la première Partie de ce livre. Il nous serait encore facile de remplir un grand nombre de pages en énumérant les cours d'eau navigables pour les pirogues, tributaires plus ou moins importants de ceux que nous avons indiqués; mais les modestes proportions de ce livre ne nous le permettent pas; nous nous contenterons donc d'ajouter après les principaux, le Vasa-barris qui prend sa source dans la chaîne d'Itiuba et coule vers Sergipe où nous l'avons mentionné, et le Sergi-Mirim navigable pour de grandes pirogues et qui se jette dans la baie de Tous-les-Saints.

PRODUCTIONS NATURELLES

Règne minéral. La province possède les riches mines de diamants de Sincorâ et de Lençôes, et d'or de Sincorâ, de Cliapada, de Gcntio et d'autres. L'existence d'abondantes mines d'argent est traditionnelle, mais elles n'ont pas encore été découvertes. Au seizième siècle, Roberio Dias, descendant du célèbre Caramurû, prétendait les avoir trouvées et s'offrait à les révéler, mais son secret réel ou imaginaire mourut avec lui, parce que le gouvernement de la métropole ne voulut pas lui accorder le titre de marquis des Mines qu'il exigeait pour sa récompense. Cette province possède également du fer, du cuivre, de la houille, du marbre etc. Les eaux thermales de Sipô et d'autres produits minéraux déjà indiqués dans le Chapitre IX de la première Partie contribuent à la richesse de la province de Bahia.

Règne végétal: Beaucoup de bois propres à toutes les constructions, la menuiserie et la teinturerie; elle abonde en bois-

brésil et l'on y rencontre en général les mômes végétaux que dans les autres provinces. Les cocotiers y sont trèsnombreux.

Règne animal: Le même que dans tout le Brésil.

AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE

La production agricole de Bahia est considérable et moins circonscrite que dans les autres provinces. Ses principaux produits d'exportation sont le sucre et l'eau-de-vie, le tabac, le coton, le café et le cacao, ainsi que du girofle en petite quantité. Les céréales et le manioc y abondent.

Quant au développement industriel, cette province rivalise avec celle de Pernambuco et peut-être la surpasse-t-elle. Elle compte 6 fabriques de tissus, 12 de savon, 2 de tabac en poudre, 4 d'huile de ricin, 3 d'eaux gazeuses, 3 de vinaigre, 1 de chapeaux, 2 de glace, 4 fonderies, 6 raffineries de sucre, 1 brasserie, beaucoup de fabriques de cigares et de cigarettes, d'huile de dendê et un grand nombre d'autres plus communes.

L'industrie de l'élève du bétail fournit déjà une quantité considérable de cuirs secs et salés pour l'exportation.

Le commerce avec les autres provinces et l'étranger vaut à Bahia un rang honorable parmi les provinces de premier ordre, comme on le verra dans les tableaux des revenus des douanes générales et provinciales et du mouvement maritime. La place commerciale de Bahia est sans contredit une des principales de l'empire: la richesse et l'importance de la province, les ressources actuelles de son commerce et les avantages que celui-ci et l'industrie agricole et manufacturière doivent espérer dans un prochain avenir se manifestent dans les informations officielles suivantes. Etablissements de banque et de crédit: Banque de Bahia, avec droit d'émission, London and Brazilian Bank, Limited, Caixa de Economias, Caixa Economica, Sociedade Commcrcio, Caixa Réserva Mercantil, Caixa Hypothecaria. Compagnies d'assurances: Interesse Pttblico, Aîliança, Fidélidade, agence de la compagnie établie à Lisbonne, Garantia, agence de celle de Porto, Northern Insurance Company, établie à Londres avec un capital de deux millions de

livres sterling, Commercial Union Insurance Company, filiale de la compagnie fondée à Londres , Liverpool and Globe Insurance Company, agence de celle de Liverpool, Quecn Insurance Company de Liverpool avec agence à Bahia, British and Foreign Insurance Company, agence de celle de Liverpool, Impérial Fire Insurance Company avec une agence à Bahia; Boyal Insurance Company avec des agences générales à Londres et à Liverpool et une filiale à Bahia. Compagnies de chemins de fer urbains: Trilhos Centraes, Trilhos Urbanos, Vehiculos Economicos, Tram- Boad de Nazareth, Tram-Boad de Santo-Amaro, en activité de service, en construction, et la dernière encore en projet, mais avec un contrat déjà célébré. Chemins de fer: de Paraguassû presque terminé, de la ville de Bahia au fieuve Sâo -Francisco en service actif; ce sont d'importantes voies de communication dont l'influence économique et civilisatrice n'a pas besoin d'être démontrée.

Navigation. La Compagnie de Navigation à vapeur Bahiana pour l'intérieur, au nord et au sud de la province, a dans son titre la meilleure de toutes les recommandations, parce que, reine de l'intérieur, elle est aussi la maîtresse des rapports et des intérêts du commerce des provinces septentrionales et de sa voisine du sud. La navigation à vapeur par le Jequitinhonha jusqu'à Cachoeirinha a déjà commencé à la grande satisfaction des populations riveraines qui, jusqu'à présent, n'avaient pas de débouché pour les produits de leurs terres si fécondes. Les premiers essais de navigation régulière par le vapeur Dantas pour remonter le Sâo-Francisco , comme pour aller rejoindre le Saldanha Marinho qui l'a précédée à Minas -Geraes en descendant le même fleuve, ont déjà été salués à Chique- Chique. Ces essais partiels annoncent une exploitation effective et permanente de cet élément grandiose du progrès et de la richesse du vaste intérieur du Brésil au moyen de la navigation régulière de ce magnifique fleuve qui, du reste, sera bientôt relié à la capitale de l'empire par le chemin de fer de Pedro II, et avec les villes de Bahia et de Recife par d'autres voies ferrées qui, dans un avenir prochain, resserreront encore les liens des provinces de l'empire en s'avançant vers le nord.

STATISTIQUE

Population: 1,400,000 habitants dont 1,140,000 libres et 260,000 esclaves.

Représentation nationale et provinciale: 7 sénateurs et 14 députés à l'assemblée générale, et 42 à la provinciale.

La province est divisée en 5 districts électoraux avec 3776 électeurs et 195,672 citoyens qualifiés votants.

Force publique. Garde nationale: 36 commandements supérieurs, 127 bataillons et 4 sections de bataillon d'infanterie, 1 d'artillerie, 1 corps et 20 escadrons de cavalerie en service actif; 14 bataillons et 14 sections de bataillon de réserve; avec un effectif de 94,154 gardes-nationaux de la force active et 13,746 de la réserve. Total 107,800.

Corps policial: 762 hommes (état effectif).

Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 268 écoles dont 207 pour le sexe masculin avec 9732 élèves, et 61 avec 2680 élèves pour le sexe féminin; particulière: 12 écoles dont 7 avec 363 élèves pour le sexe masculin, et 5 pour le sexe féminin avec 166 élèves. Secondaire publique: 16 établissements pour le sexe masculin avec 229 élèves; particulière: 24 établissements avec 390 élèves.

Cette statistique fidèlement transcrite est sans aucun doute inexacte, et la meilleure preuve se trouve dans le dernier rapport du président de Bahia qui constate l'existence d'un grand nombre d'écoles particulières d'instruction primaire fréquentées par à peu près autant d'élèves que les écoles publiques: 16 de ces écoles sur lesquelles on avait des informations exactes présentaient un chiffre de 518 garçons et 355 filles. La statistique commence à peine à surmonter les premières difficultés d'organisation; il est donc naturel que, malgré les meilleures intentions, les résultats soient encore inférieurs à la vérité des faits. Ce que l'on observe à Bahia relativement à l'instruction particulière se reproduit à peu de chose près dans toutes les autres provinces de l'empire. Nous devons également remarquer que parmi les écoles publiques primaires ne se trouvent pas comprises une maison de détention avec travail et 26 écoles nocturnes pour adultes fréquentées par 881 élèves; mais il est

probable que ces dernières ont été crées après la dernière statistique officielle.

Il y a encore à Bahia deux Ecoles normales destinées aux aspirants au professorat pour chaque sexe; celle des hommes comptait 36 élèves et celle des femmes 28 en 1872.

L'instruction publique secondaire de la province est dignement représentée par l'important lycée qui comptait 229 élèves en 1872. Parmi les établissements particuliers d'instruction secondaire, 5 seulement ont envoyé au gouvernement provincial les tableaux auxquels ils sont obligés par la loi, et le nombre des élèves de ces 5 établissements s'élevait à 520, nombre lien inférieur à la réalité, selon l'expression du rapport de 1872.

Nous ne faisons pas entrer dans ce tableau Y Ecole de médecine établie dans la ville de Sào-Salvador , capitale de la province, l'une des deux facultés de médecine de l'empire, parce qu'elle appartient à la direction supérieure du gouvernement général.

Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province de Bahia se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses, ainsi qu'il suit:

Comarcas.

Municipe».

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