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Notions de littérature

Les notions de littérature et les travaux littéraires s'imposent à renseignement classique comme une nécessité tellement absolue, que tous les programmes d'études, sans exception, en ont adopté le principe, réglé l'usage et déterminé l'étendue. 11 n'y a pas, en effet, d'instruction libérale, dans les sciences et dans les lettres, qui puisse s'en passer. Exercice de la mémoire et de l'imagination, gymnastique du raisonnement, école du goût et pratique de la morale, c'est une préparation indispensable à tout homme qui veut écrire ou parler, c'est-à-dire formuler ses idées et ses sentiments pour lui-même et pour les autres. « On ne peut avoir l'âme grande ou l'esprit un peu pénétrant, dit Vauvenargues, sans quelque passion pour les lettres. Voulez-vous démêler, rassembler vos idées, les mettre sous un même point de vue et les réduire en principes, jetez-les sur le papier. Quand vous n'auriez rien à gagner, par cet usage, du côté de la réflexion, ce qui est faux manifestement, que n'acquerriez-vous pas du côlé de l'expression ! Laissez dire ceux qui regardent celte étude comme au-dessous d'eux. »

Cette vérité bien établie, il est tout naturel que, à

partir du moment où Télève est en état de donner à ses pensées une forme littéraire, les notions théoriques et les exercices pratiques de littérature doivent être combinés avec les autres études. Les meilleurs maîtres de pédagogie sont unanimes sur ce point. Guidé par leur expérience et par lears prescriptions, nous nous sommes tracé le plan qui nous a paru le plus conforme aux idées de nos maîtres et aux besoins des jeunes esprits. Nous exposons d'abord tous les préceptes nécessaires à l'art de la composition et du style; puis nous esquissons le tableau des principales époques de Thisloire littéraire, c'est-à-dire la connaissance des chefs-d'œuvre de la raison humaine, soit inspirée d'un souffle d'en haut, soit soutenue de sa propre énergie et développée par les forces qu'elle trouve en elle-même. Ainsi l'hisloire de la littérature sacrée, grecque, romaine et française, confirme et fortifie, par la vue réfléchie et par l'appréciation critique des grands modèles, l'enseignement et les exercices prescrits à la jeunesse. Telle est la division rationnelle et la distribution des matières du Coiu^s que nous publions aujourd'hui. D'après cet ordre général il se compose de trois parties :

%° Principales époques de la littérature ancienne : sacrée, grecque et romaine;

3° Histoire de la littérature française depuis son origine jusqu'à nos jours, avec un coup d' œil sur les littératures étrangères.

On le voit : c'est l'ensemble des connaissances littéraires indispensables à toute bonne éducation. Nous nous adressons donc à tous les élèves des classes

scientifiques ou littéraires, dans lesquelles on étudie et on applique les principes de la littérature.

Vingt années de professorat nous ont mis à portée de connaître à fond les sources de renseignement littéraire et d'y puiser tout ce qu'elles offrent d'utile aux jeunes gens qui se préparent ets'exercent àl'artde penser, de parler et d'écrire. Cette publication est le résumé des leçons que nous donne chaque jour la lecture des bons écrivains : nous ne faisons qu'en répartir la substance dans un ordre systématique, gradué et approprié à renseignement. On comprend dès lors que nous n'avons pas la prétention d'être neuf : notre unique ambition est d'être méthodique et clair. Nous voulons graver dans la mémoire de nos élèves, au moyen de définitions brèves et exactes, appuyées de l'autorité et de l'exemple des meilleurs écrivains de la langue française, les règles essentielles de l'art de penser, d'écrire et de parler, les procédés à l'aide desquels on dispose et on rédige soit pour être lus, soit pour être dits de vive voix, une narration, un discours, une lettre, une analyse, un mémoire, un rapport. Ne séparant jamais la pratique de la théorie, nous indiquons comment les auteurs de génie ou de talent, qui sont l'éternel honneur de l'esprit humain, ont composé leurs œuvres soit en vers, soit en prose, et comment, en suivant leurs traces, dans la région modeste où le ciel nous a fait vivre, nous pouvons, sinon exécuter les mêmes ouvrages que ces hommes illustres, du moins prouver par l'expression de nos pensées, c'est-à-dire par ce qui dépend de notre travail, que nous ne sommes pas incapables de les comprendre et de les imiter.

En un mot, rendre accessibles à la jeunesse intelligente et studieuse les notions littéraires et particulièrement l'étude et l'histoire de la littérature française, répandre sur cette connaissance de la lumière et de l'intérêt par des citations empruntées aux maîtres de la pensée et du style, essayer de les faire aimer aux esprits justes et aux cœurs bien placés, afin qu'ils reproduisent dans leurs œuvres personnelles quelquesunes des qualités éminentes qui sont une de nos gloires nationales les moins contestées, voilà ce que nous avons voulu faire : la faveur du corps enseignant nous montrera si c'est là ce que nous, avons fait.

Eugène Talbot.

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