PRÉFACE
La physique générale est cette partie de la philosophie naturelle qui nous met en relation avec les corps de Punivers , dont les applications aux besoins de la société se reproduisent, sans cesse, et qui doit conséquemment faire partie de renseignement moyen. Mais pour que l'étude de là physique soit complètement profitable, il faut qu'elle soit précédée ou accompagnée de notions qui permettent de pénétrer plus avant dans cette partie importante des connaissances humaines, et de comprendre les belles et utiles théories qui, depuis Newton, ont enrichi son domaine.
Le calcul et la géométrie fournissent les moyens les plus commodes pour représenter les lois de la nature, généraliser les conséquences d'un principe et suppléer i la faiblesse de l'esprit dans la recherche des causes éloignées. Souvent (dit M. Péclet) les faits que l'on veut observer ne peuvent être isolés les uns des autres, ou sont dûs à plusieurs causes qui, agissant à la fois, modifient réciproquement les effets qui seraient produits par chacune d'elles. Alors partant des résultats immédiats de l'observation, il faut faire abstraction de ce qui est dû à la cause qu'on n'a pu écarter 5 et c'est dans ce cas que les considérations mathématiques sont nécessaires. Elles le sont encore d'une manière plus absolue dans la détermination des lois; puisque celles-ci, parfois très-compliquées, ne peuvent s'énoncer que difficilement par le langage ordinaire, et que leur vérification exige l'emploi des moyens géométriques et analytiques. Mais c'est principalement lorsqu'on veut déduire les phénomènes de leurs causes, que l'analyse algébrique est obligée de venir au secours du raisonnement. Il arrive alors, en effet, que partant d'un principe quelconque, on doit parvenir à Une certaine Conséquence, par une suite d'inductions ou de propositions évidentes ou démontrées : lorsque ces vérités intermédiai-
( iv )
res ne sont pas trop nombreuses, on peut facilement suivre cette marche $ mais il y a toujours, pour chaque individu , une certaine limite qu'il ne saurait dépasser : au-delà, l'esprit 9 fatigué, perd de vue le point de départ et ne peut continuer sa route. C'est alors que l'analyse mathématique devient indispensable pour franchir aisément cette limite.; car avec un petit nombre de propositions fixes et invariables, cette science donne le moyen de trouver les conséquences les plus éloignée* d'un principe quelconque,, sans que Ton soit obligé d'employer tous les raisonnement intermédiaires»
Ainsi' la géométrie et l'algèbre élémentaires sont absolument nécessaires à l'étude de la physique. Mais il faut de plus, posséder les principes fondamentaux de la mécanique, sur lesquels sont basées les explications d'un grand nombre de phénomènes. A la vérité , la plupart des traités de physique renferment les énoncés des principaux théorèmes de la mécanique, qui d'ailleurs en est .une partie essentielle ; mais ces théorèmes n'y sont pas démontrés , et on n'en donne que quelques applications, qui sont loin de présenter toutes les conséquences utiles qu'on pourrait en déduire.
C'est pour suppléer à ces omissions, qu'à l'exemple de plusieurs Professeurs, j'ai toujours fait précéder l'étude de la physique par celle de la statique , et que j'ai dévelôpr pé, par des notes ou dictées, les principes de dynamique sur lesquels les leçons de physique étaient appuyées ; ne pouvant à cet égard faire usage des excellens traités de mécanique que nous possédons, parce qu'ils supposent la connaissance du calcul différentiel et intégral, que mes auditeurs n'avaient pu acquérir encore. Néanmoins, l'inconvénient bien reconnu de dictées un peu nombreuses, et la difficulté de trouver un traité de mécanique qui, se liant à l'enseignement de la physique, offrît les principes des applications de cette science à l'industrie, sans exiger d'autres connaissances mathématiques que celtes qu'où
acquiert dans les classes élémentaires , m'ont déterminé à publier le présent ouvrage* Je le donne, non comme pouvant atteindre complètement le but, mais comme un essai qui, par les améliorations dont il est susceptible, pourra peut-être engager quelques-uns des hommes illustres et vraiment utiles, dont les travaux reculent chaque jour la limite des sciences physiques, à compléter ce que les traités élémentaires de ces sciences laissent encore à désirer, sous plusieurs rapports.
Un ouvrage de la nature de celui-ci , pourrait, s'il était bien exécuté, devenir très-utile, non-seulement pour ren* dre accessibles à un grand nombre de personnes, les belles et importantes vérités qui font l'objet de la physique générale , mais aussi pour familiariser les élèves des écoles moyennes avec les principes sur lesquels sont fondés les procédés de l'industrie ; et tel est le double but que j'ai cherché à atteindre dans ce traité. Quant à ceux qui veulent approfondir la science industrielle, ils trouveront une instruction aussi sûre que profitable dans un grand nombre d'ouvrages publiés depuis que M. Dupin, par son cours normal et d'éloquens écrits, a fixé l'attention des Géomètres sur les applications de là géométrie et de la mécanique aux beaux-arts. Je citerai particulièrement les ouvrages de MM. Dandelin et Poncelet, que j'ai consultés fréquemment, et auxquels je suis redevable de plusieurs idées, qui m'ont été fort utiles. Il est à regretter que M. Dandelin n'ait pas encore complété son travail, en y joignant la mécanique des liquides et des fluides 5 nous au» rions alors un nouveau traité de mécanique élémentaire, fort remarquable. A l'égard de l'ouvrage de M. Poncelet, si je puis en juger par la première partie imprimée et les . deux autres lithographiées, que l'auteur a bien voulu permettre de me communiquer, la seconde édition, en ce moment sous presse, sera l'un des traités les plus complets, les plus élémentaires, et conséqtiemment les plus utiles, que nous ayons sur la mécanique industrielle. Je dois