CHAPITRE XVI
AIMANT. — MAGNÉTISME
On donne le nom d'aimant à une substance minérale qui n'est autre qu'un oxyde de fer et qui jouit de la propriété d'attirer le fer et l'acier. Cette attraction se manifeste à distance plus ou moins grande , suivant les dimensions de l'aimant , et celles du morceau de fer mis en mouvement ; elle se produit même à travers le verre ou le bois, ou un obstacle quelconque interposé.
Le nom ancien de l'aimant , magnes, a fait donner le nom de magnétisme à la cause de ce phénomène, ainsi qu'à l'ensemble théorique des faits qui s'y rattachent.
Pôles. Ligne neutre. — La vertu magnétique peut être communiquée artificiellement à des barreaux d'acier par des procédés que nous exposerons plus tard. Mais qu'il s'agisse d'aimants naturels ou d'aimants artificiels , il est facile de reconnaître que l'attraction magnétique ne s'exerce pas également par tous les points de la surface ; qu'il est des parties de l'aimant qui semblent douées au plus haut degré de cette vertu attractive ; d'autres qui ne la possèdent nullement. Ainsi , quand on roule une pierre d'aimant dans la limaille, on voit celle-ci s'attacher à certaines portions de la surface, toujours les mêmes, en laissant les autres à découvert , quoique aucune différence physique extérieure ne paraisse distinguer ces régions.
Le fait est pour le moins aussi marqué avec les aimants artificiels. Si , par exemple , on place sur un barreau aimanté une lame de verre maintenue horizontale , et sur cette lame de verre une feuille de papier, on verra , en projetant de haut de fines limailles de fer, cette poussière se distribuer en houppes rayonnantes autour de deux points placés chacun dans le voisinage d'une des extrémités du barreau , en s'écartant , au contraire, de la partie moyenne (fig. 156).
Ces centres d'attraction s'appellent les pôles de l'aimant, et la région où l'action attractive paraît nulle, s'appelle ligne neutre. Chaque barreau aimanté a ordinairement deux pôles ; quelquefois cependant les procédés d'aimantation, comme nous le ver-
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ronsplus tard , en développent plus de deux ; les pôles intermédiaires prennent alors lé nom de points conséquents.
Fig. 156.
Propriétés distlnctHes des deux pèles d'un aimant,
— Quoique les deux pôles d'un aimant agissent de la môme façon sur le fer et l'attirent toujours, il ne faudrait pas croire cependant qu'ils aient les mômes propriétés ; l'expérience va nous prouver tout le contraire.
Suspendons un barreau aimanté à un fil de manière qu'il se tienne horizontal, puis approchons de l'un des pôles de ce barreau, successivement, les deux pôles d'autant de barreaux aimantés qu'il nous plaira. Nous voyons alors qu'il y a toujours, pour chaque barreau essayé, un pôle qui repousse le pôle de l'aimant mobile, et l'autre pô!e qui l'attire. Ainsi, les deux pôles d'un même barreau aimanté agissent de façon tout opposée sur un môme pôle d'un aimant mobile. Ils sont doués de propriétés contraires.
Après avoir marqué de la lettre A tous les pôles qui repoussent le pôle choisi de l'aimant mobile, et delà lettre B ceux qui l'attirent, présentons ces mêmes pôles A au second pôle de l'aimant mobile, et alors nous constaterons au contraire une attraction; présentons les pôles B, et nous aurons une répulsion. Ainsi les deux pôles de l'aimant mobile sont aussi doués, comme ceux de tous les autres aimants, de propriétés opposées.
Enfin , présentons le pôle A d'un de ces barreaux au pôle A
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d'un autre de ces barreaux, rendu mobile de la même manière que le barreau d'essai , et nous constaterons que ces deux pôles A se repoussent; les deux autres pôles, marqués B, se repoussent également; mais le pôle A de l'un d'eux attire le pôle B de l'autre.
En convenant d'appeler pôles de même nom Jtous les pôles A, d'appeler aussi pôles de môme nom tous les pôles B, mais d'appeler pôles de noms contraires les pôles A comparés avec les pôles B, nous pourrons résumer ces différents faits d'expérience sous cette forme déjà connue pour l'électricité :
Les pôles de même nom se repoussent;
Les pôles de nom contraire s'attirent. D'après cela le pôle de l'aimant mobile qui était repoussé par tous les pôles A , doit être aussi marqué comme pôle A; et son second pôle marqué comme pôle B.
Ces analogies avec l'électricité ont fait attribuer les phénomènes manifestés par les aimants à un fluide qu'on a appelé fluide magnétique , et qui, comme le fluide électrique , serait snsceptible de se décomposer en deux fluides doués de propriétés antagonistes.
Il y a cependant de notables différences entre l'état des corps aimantés et celui des corps électrisés par frottement ou par influence. Ainsi un corps électnsé peut ne présenter que du fluide positif, tandis qu'un barreau aimanté a toujours au moins deux pôles contraires. Un corps électrisé peut perdre son électrisation par le contact des corps conducteurs; tandis qu'un corps aimanté conserve son état magnétique quel que soit le corps avec lequel il se trouve en contact. Ainsi les fluides magnétiques, si fluides magnétiques il y a , ne peuvent passer d'un corps à un autre. Il y a plus; si l'on prend une aiguille d'acier aimantée, et si on la brise en autant de fragments que l'on voudra, chaque fragment se trouve être un aimant à deux pôles. 11 suit de là que dans un aimant les fluides magnétiques antagonistes ne sont pas séparés comme ils le sont dans un cylindre électrisé par influence. Ils existent partout simultanément, mais répartis de manière à donner deux résultantes contraires, l'une ayant son point d'application au point que nous avons appelé A, l'autre au point que nous avons appelé B.
Dans un barreau de fer ou d'acier non aimanté, les deux fluides sont combinés formant du fluide neutre. Par l'aimantation la masse du fluide magnétique se décompose en petites atmosphères distinctes, et qui ne peuvent se fondre ensemble;
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chacune de ces atmosphères a en outre ses deux fluides séparés ; et c'est par suite de cette décomposition dans chaque centre magnétique, que naissent les deux résultantes totales appliquées aux pôles.
Aimantation par influence. — L'aimantation, comme l'électrisation, se développe par influence.
Prenons un morceau de fer, parfaitement affiné, et chimiquement pur. Si nous le présentons à de la limaille , pure également, il n'y aura de l'un à l'autre aucune attraction; approchons-le des pôles d'une aiguille aimanté , et nous le verrons attirer indifféremment les deux pôles et être attiré par eux.
Si maintenant nous plaçons ce petit barreau de fer MN, bout à bout avec un barreau aimanté , qui présente son pôle marqué A à l'extrémité M, les phénomènes changent du tout au tout ; car maintenant de la limaille projetée sur le petit barreau de fer MN s'attache à ses extrémités , et une aiguille aimantée mobile autour d'un axe parallèle à MN a son pôle A repoussé par N et attiré par M , son pôle B repoussé par M et attiré par N. Ainsi MN est devenu un véritable barreau aimanté ayant un pôle A en N , et un pôle B en M. L'analogie avec les phénomènes de l'électrisation par influence est frappante.
Si Ton retourne le petit barreau MN, ou si, laissant ce petit barreau en place, on retourne le barreau aimanté, alors N devient un pôle B, et M un pôle A, et cela sans transition, instantanément. Si on éloigne petit à petit le barreau aimanté, l'état magnétique de MN s'affaiblit progressivement, et, au delà d'une cértaine distance, variable avec la force du barreau , s'éteint complètement.
Si on enlève subitement ce barreau , MN retombe immédiatement à l'état neutre. Il est redevenu inerte par rapport à la li- maille, et est désormais attiré indifféremment par lesdeux pôles de l'aiguille aimantée.
On comprend alors pourquoi il doit toujours agir par attraction sur l'aiguille, puisque, subissant de sa part une action d'influence, il doit toujours s'aimanter de manière à présenter à son pôle, quel qu'il soit, un pôle de nom contraire.
Force coercitive de l'acier. — Si au barreau do fer doux MN (c'est ainsi qu'on désigne le fer pur) on substitue une aiguille d'acier, les mômes phénomènes se présentent, quoique plus lentement et d'une manière moins marquée; mais avec cette grande différence qu'une fois l'aimantation développée dans l'acier , elle persiste quand la' cause directe de l'action d'in-
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fluence est éloignée. Le retournement de l'aiguille ou celui du barreau ne produit plus ce renversement instantané des po es que présente le fer doux. Ce n'est qu'au bout d'un temps p us ou moins long que l'aimantation primitive se trouvera annulée et remplacée par une aimantation inverse.
Le fer incomplètement affiné et contenant encore du carbone en combinaison, surtout s'il a subi des opérations mécaniques propres à l'écrouir, à lui donner du cassant, de la sécheresse , à le rendre aigre , pour employer le terme en usage dans les ateliers, se comporte comme l'acier. t
Il y a donc dans l'acier, dans le fer aigre, une résistance propre qui s'oppose à tout ce qui tend à y troubler l'équilibre magnétique, qui fait obstacle à la décomposition du fluide neutre, et aussi à sa recomposition, quand les deux fluides qui il* constituent ont été séparés. Celte résistance est ce que 1 on appelle la force coercitive.
Pendant longtemps le fer a été la seule substance dans laquelle on eût reconnu cette faculté de s'aimanter instantanément et passagèrement sous l'influence d'un barreau aimante. Plus tard on a constaté la même propriété dans la manganèse , le nickel, le cobalt, et enfin, grâce à l'emploi de puissants aimants et de dispositions particulières d'expériences , la liste de ces corps , sans force coercitive, et que l'on désigne, pour les distinguer des aimants, sous le nom de substances simplement magnétiques, s'est considérablement accrue. Seulement il en est quelquesuns, en assez petit nombre il est vrai , qui se comportent tout autrement que le fer et qui, au lieu d'être attirés comme lui par un barreau aimanté, sont toujours repoussés. Tel est, par exemple , le bismuth. On appelle ces corps substances diamagnètiques. Quant à la cause de cette répulsion, elle est encore
inconnue. „ •
Magnétisme terrestre.— Les phénomènes d attraction et
de répulsion entre les pôles des aimants ne sont pas les seuls faits intéressants que nous ayons à citer. Il est encore un fait d'une très-haute importance et qui, connu moins anciennement que l'attraction sur le fer, a déterminé, dès l'instant où il a été bien observé , une véritable révoluti^ans l'art de la navigation. Je veux parler de la propriété que> possède l'aiguille aimantée suspendue de prendre une direction déterminée dans l'espace, de s'orienter.
Si Ton suspend un morceau de fer ou d'acier non aimanté dans une position horizontale, il garde dans ce plan horizontal
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toutes les positions qu'on lui donne. Si on suspend au contraire horizontalement une aiguille aimantée, elle prend d'elle-même une position d'équilibre stable dont la direction à Paris, en 1858 , fait avec la direction de la méridienne astronomique un angle d'à peu près 20°, à l'ouest pour la partie de l'aiguille qui se rapproche le plus du nord , à l'est pour l'autre extrémité.
Si Ton dérange l'aiguille de cette position , elle y revient d'elle-même par un mouvement d'oscillation qui se prolonge d'autant plus que la suspension est plus mobile.
Que l'on refasse cette même expérience avec vingt aiguilles différentes, ayant toutes leurs pôles marqués comme nous l'avons dit plus haut , et l'on trouvera que leurs directions sont toutes les mêmes, et que , pour toutes ces aiguilles , les pôles marqués de la même lettre se dirigent vers le même point de l'horizon. Ainsi on pourrait encore définir pôles de môme nom pour deux aiguilles, les pôles qui se dirigent vers le même point. Supposons que ce soient les pôles A qui se dirigent vers le point N. 20° 0. ou, pour abréger, disons vers le nord, en négligeant pour le moment l'angle de 20° ; quelle raison pouvonsnous donner de cette direction?
Prenons une règle plate en bois et disposons au-dessus une aiguille mobile sur un pivot vertical. Si nous faisons tourner la règle dans le plan horizontal, autour de la verticale qui passe par le pivot, nous voyons l'aiguille conserver sa direction par rapport à l'horizon, et regarder toujours par son pôle Aie point nord.
Substituons maintenant à la règle de bois un fort barreau aimanté et recommençons l'expérience ; nous voyons l'aiguille se placer parallèle au barreau , son pôle A regardant le pôle B du barreau ; et elle se maintient dans ce parallélisme quand on fait tourner le barreau sur lui-même , les pôles de nom contraire restant toujours en regard.
Or c'est précisément ainsi que se comporte la terre vis-à-vis de l'aiguille, puisque, entraînée dans le mouvement de translation et de rotation , celle-ci conserve toujours la même position par rapport à la méridienne.
On est donc naturellement conduit à assimiler la terre à un barreau aimanté qui aurait un pôle magnétique B dans son hémisphère boréal ; celui-là nous l'appellerons lepôle magnétique boréal de la terre , et un pôle A dans son hémisphère austral , nous l'appellerons son pôle magnétique austral.
Alors nous devons appeler, d'après la loi d'attraction des
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pôles de nom contraire, pôle austral de l'aiguille le pôle de cette aiguille qui regarde le pôle boréal de la terre, et appeler pôle boréal celui qui regarde le pôle austral terrestre.
Enfin , étendant ces dénominations aux fluides magnétiques eux-mêmes, nous appelons fluide austral celui dont l'action prédomine dans l'hémisphère austral de la terre, et aussi au pôle austral d'un barreau; et fluide boréal celui dont l'action prédomine dans l'hémisphère boréal de la terre , et aussi au pôle boréal d'un barreau.
N'oublions pas que le pôle austral d'une aiguille ou d'un barreau est celui qui se dirige vers le nord.
Déclinaison,— On appelle déclinaison l'angle que l'aiguille aimantée , suspendue horizontalement*, fait avec la méridienne astronomique du lieu , et l'on appelle méridien magnétique le plan qui passe par la direction de Paiguille en équilibre et par la verticale de son centre de suspension.
La déclinaison est dite orientale ou occidentale dans notre hémisphère, suivant que le pôle austral se porte à Test ou à l'ouest de la méridienne.
La déclinaison est, en effet, bien loin d'être toujours la même aux divers points de la terre ; ainsi, en se transportant vers l'ouest, sur le parallèle de Paris, on trouve d'abord des points où la déclinaison est , comme à Paris, occidentale ; puis l'angle diminue, vers 86° de longitude occidentale , la déclinaison est nulle, c'est-à-dire que l'aiguille a rigoureusement la direction du nord; puis au delà elle devient orientale. A 180° de longitude de Paris , l'aiguille fait un angle d'environ 15° à l'est avec la méridienne; puis l'angle diminue ; on trouve de nouveau un point sans déclinaison , et au delà de la déclinaison redevient , comme à Paris, occidentale.
Des variations analogues se présentent sur les différents parallèles.
De plus, dans Un même lieu, la déclinaison n'est pas toujours la même ; ainsi, vers 1660, elle a été nulle à Paris; auparavant elle était orientale. Depuis cette époque elle a été constamment occidentale. Sa valeur a été croissant, jusque vers 181k, et à partir de ce moment, elle va en diminuant : elle est maintenant, comme nous l'avons dit, d'environ 20°.
Boussole. — On appelle boussole de déclinaison , et même simplement boussole, l'instrument propre à observer la déclinaison quand on connaît, par les moyens astronomiques, la direction de la méridienne du lieu, ou bien à donner cette mé-
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ridienne, et par suite la position des points cardinaux, quand on connaît, au lieu où l'on se trouve, la valeur de la déclinaison.
L'instrument se compose d'une caisse cylindrique ou prismatique dont le fond est ordinairement maintenu horizontal par un système de suspension appelé, du nom de son inventeur, suspension de Cardan ( fig. 157 ).
C'est surtout pour les boussoles de vaisseau , nommées aussi compas de route, que cette suspension est nécessaire. Sur le fond de la boîte est dessinée une rose des vents, ou un cercle divisé en 16 ou 32 secteurs égaux.
Au centre de ce cercle est un petit pivot sur lequel repose uno chape d'agate.
Sur les bords de cette chape est posée l'aiguille aimantée, quia la forme d'un losange allongé; elle est percée d'un trou rond dans lequel passe la chape.
Quelquefois la boussole est accompagnée d'un système de lunette ou de pinnules p, n, propre à fixer astronomiquement la direction de la méridienne; on oriente la ligne N. S., dite ligne de foi du cadran suivant cette direction, et alors une simple lecture sur le cercle divisé donne la valeur de la déclinaison.
Supposons , au contraire, que l'on sache que dans un lieu donné, la déclinaison est de 20° ouest, et que l'on veuille s'orienter, c'est-à-dire avoir la direction du nord au sud, qui donne par suite celle de l'orient à l'occident à 90° de la première, et cela sans le secours des astres que l'on ne peut pas toujours observer. Il suffira évidemment de placer la boussole
Fig. 157.
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et avec elle le bâtiment qui la porte, si Ton est en mer, de telle sorte, que la ligne N. S. fasse , avec la moitié australe de l'aiguille en équilibre , un angle de 20° à droite , par conséquent vers l'est; alors cette ligne N. S. donne la direction nordsud.
Inclinaison. — Jusqu'à présent nous avons supposé l'aiguille astreinte par son mode de suspension à se mouvoir dans un plan horizontal.
Mais si l'axe de suspension de l'aiguille passe par son centre de gravité et est fixé dans un plan horizontal , de telle sorte que l'aiguille soit condamnée à se mouvoir dans un plan vertical, on remarque que cette aiguille s'incline , sa partie australe s'abaissa nt , dans notre hémisphère , au-dessous du plan horizontal qui comprend l'axe, et sa partie boréale s'élevant d'autant au-dessus du même plan. L'angle de l'aiguille, avec le
plan horizontal , change avec la direction du plan de rotation. Il a sa plus petite valeur quand ce plan de rotation coïncide avec le plan du méridien magnétique. Il est au contraire de 90° quand le plan de rotation est perpendiculaire au méridien magnétique.
L'angle aigu formé avec l'horizon dans le plan du méridien magnétique s'appelle l'inclinaison. On mesure cet angle avec la boussole d'inclinaison dont nous donnons ci-contre la figure, facile à comprendre (ûg. 158). Le cercle horizontal sert, lorsqu'on con-
Fig. 158.
naît la déclinaison du lieu et la méridienne, à amener le plan du cercle vertical dans la direction du méridien magnétique. C'est ensuite sur ce cercle vertical qu'on lit la valeur de l'inclinaison.
Si on transporte la toussole d'inclinaison sur un méridien , on voit, au fur et à mesure que l'on marche vers le nord, l'aiguille tendre de plus en plus vers la position verticale, et pren-
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dre cette position en un certain point de l'hémisphère boréal. Ce point est le pôle boréal magnétique de la terre, ou, du moins, le pôle en question est sur cette verticale. Si, au contraire, on s'éloigne du pôle, on voit l'aiguille se rapprocher de la position horizontale , et, pour une certaine position , plus où moins voisine de l'équateur terrestre, l'aiguille est horizontale, l'inclinaison est nulle; l'ensemble des points pour lesquels l'inclinaison est nulle forme une courbe à peu près circulaire qu'on appelle Yéquateur magnétique et qui diffère assez notablement de l'équateur géographique. Si Ton franchit l'équateur magnétique pour passer alors dans ce qu'on peut appeler l'hémisphère magnétique austral, on voit l'inclinaison reparaître; mais alors c'est l'extrémité boréale de l'aiguille qui s'incline vers la terre. L'inclinaison va d'ailleurs en augmentant au fur et à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, et quand l'aiguille prend la position verticale, sa pointe boréale en bas, on est alors sur la verticale qui passe par le pôle austral de la terre.
A Paris, l'inclinaison est actuellement de 67°; sa valeur est variable comme celle de l'inclinaison, elle est dans une période décroissante.
Procédés d'aimantation. — Il nous reste actuellement à décrire les procédés à suivre pour donner à l'acier l'aimantation.
Lorsqu'on n'a affaire qu'à des aiguilles de petite dimension , on peut employer une méthode très-expéditive appelée méthode de la simple touche. EMe consiste à frotter l'aiguille d'acier, toujours dans le même sens, avec l'une des extrémités d'un barreau aimanté. Quant au sens de l'aimantation obtenue, il est aisé à prévoir.
Représentons-nous, en effet, l'aimant AB dans une certaine position sur l'aiguille ab (fig. 159); l'action d'influence tend à
par la flèche , le pôle boréal unique se déplace avec lui ; et quand le pôle A arrive en 6, il y laisse un pôle boréal.
Une aiguille d'acier, ayant un degré de trempe déterminée, a par cela même une force coercitive également déterminée ; il
Fig. 159.
développer un pôle boréal immédiatement au-dessous du pôle A, et un pôle austral à l'extrémité a de la portion ac , et à l'extrémité 6 de la portion ch. A mesure que l'aimant AB se déplace dans le sens indiqué
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en résulte que sa charge magnétique ne peut dépasser une certaine* limite. Cette limite atteinte, le barreau est dit aimanté à saturation. La simple touche permet rarement d'atteindre la saturation, à moins que l'aiguille n'ait une faible trempe ; et de plus elle a l'inconvénient, si les aiguilles sont un peu longues, d'y faire naître souvent des points conséquents.
La méthode de la double touche, séparée ou réunie, est de beaucoup plus active.
Pour procéder par double touche séparée , on pose les deux pôles contraires de deux forts barreaux aimantés au milieu de la barre d'acier dans laquelle on veut développer l'aimantation,
Fig. 160.
en inclinant ses barreaux d'environ 30° sur la barre (fig. 160), puis écartant ces deux barreaux l'un de l'autre , on les amène en glissant jusqu'aux extrémités, pour les reposer ensuite au milieu et recommencer toujours de la même manière , jusqu'à ce que l'on constate que la force du barreau n'augmente plus.
En outre, on ajoute à l'influence des barreaux mobiles celle de deux barreaux fixes sur les pôles desquels reposent les extrémités de la barre comme l'indique la figure.
Duhamel à qui l'on doit cette méthode d'aimantation disposait de plus un second barreau d'acier côte à côte et parallèlement au premier, en unissant leurs extrémités en regard par de petites barres de fer doux de manière à former un rectangle. Pendant que l'un des barreaux s'aimanteit sous l'influence simultanée des aimants fixes et des aimants mobiles, les pièces de fer doux s'aimantaient par influence , et réagissaient à leur
tour et sur le barreau qui les avait aimantés, pour augmenter sa charge et sur le second barreau dont l'aimantation commençait à se développer. Le premier ayant atteint tlg ' 161 ' son maximum de charge , on sou-
mettait le second barreau à son tour au même système de frictions pour compléter son aimantation. La figure 161 qui
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montre la disposition relative de ces barreaux fera comprendre aisément leur influence mutuelle en montrant la position des pôles sur les divers barreaux.
Pour procéder par la double touche réunie , on dispose les aimants fixes et les aimants mobiles, exactement de la même manière, et l'on promène alors les barreaux mobiles attachés ensemble un nombre pair de fois sur chacune des moitiés de la barre MN. Ainsi, on va du point milieu en N , puis de N en M, de M en N, et l'on finit par revenir en M , puis au point milieu , alors on enlève les barreaux. Quelle que soit celle des deux méthodes de double touche que l'on emploie, elle développera à l'extrémité vers laquelle se porte le pôle A un pôle boréal, et à l'autre, un pôle austral.
L'expérience a montré que la forme losange était la plus convenable pour les aiguilles de boussole, d'abord en ce qu'elle rend plus facile la lecture des arcs : puis parce que , à dimensions égales, à trempe égale, c'est à cette forme que correspond la plus forte charge magnétique.
On donne souvent aux barreaux la forme d'un fer à cheval , afin de pouvoir utiliser la force attractive des deux pôles sur les substances magnétiques.
Puisque la terre est un aimant et un aimant puissant, elle doit évidemment exercer une action d'influence sur l'acier et sur le fer acérieux pour y développer l'aimantation ; c'est en effet ce qui arrive , et l'on a remarqué qu'un ébranlement mécanique donné à une barre d'acier placée dans la direction la plus favorable à l'aimantation par la terre, c'est-à-dire dans la direction naturelle de l'aiguille aimantée suspendue, accélère l'aimantation et augmente son intensité. Aussi trouve-t-on aimantés la plupart des outils d'acier ou de fer dans l'atelier du serrurier ou du forgeron.
On comprend alors que la position que l'on donne à un barreau aimanté, au repos, ne soit pas indifférente. S'il est dans la direction de l'aiguille aimantée, son pôle austral dirigé vers le nord, la terre ne peut qu'augmenter sa force magnétique, car c'est précisément l'aimantation qu'elle lui donnerait : si , au contraire , son pôle boréal regarde le nord , la terre tendra à affaiblir son aimantation.
Il est d'ailleurs d'autres causes qui peuvent affaiblir le magnétisme des barreaux, surtout les changements de température.
Ainsi Coulomb, qui a, par une méthode fondée sur l'élasticité de torsion des fils métalliques, déterminé les lois qui ré-
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gissent les attractions et répulsions magnétiques et électriques, et celles des intensités magnétiques , a constaté également que la force d'un barreau aimanté décroît au fur et à mesure que Ton élève sa température.
Mais il existe un moyen très-simple de soustraire les barreaux à ces causes d'affaiblissement.
Armures. — Il suffit pour cela, de les disposer par paires, parallèlement, et en sens inverse l'un de l'autre, dans une botte, en appliquant aux extrémités deux petites pièces de fer aussi doux que possible, que l'on appelle armures. Il est facile de voir que ces armures s'aimantent par inûuence , et que les fluides qui s'y développent tendent à maintenir séparés les fluides des barreaux et par conséquent à conserver, même à augmenter leur charge. On reconnaît au surplus dans cette disposition celle que nous signalions tout à l'heure en décrivant la méthode d'aimantation de Duhamel.
Pour les aimants en fer à cheval il suffit d'une armure adaptée aux deux pôles (fig. 162).
Lorsqu'on veut avoir des aimants d'une grande force, on réunit en faisceaux plusieurs barreaux de dimensions un peu inégales, en mettant les plus longs au centre , et ayant soin de mettre du même côté tous les pôles de même nom.
Un faisceau pareil est plus fort qu'un barreau unique de même dimension; mais sa force est cependant moindre que la somme des forces des barreaux qui le composent , parce que ces barreaux, agissant les uns sur les autres, par influence , tendent à affaiblir le magnétisme de leurs voisins.
Les aimants en fer à cheval se groupent aussi en faisceaux (fig. 162), et l'ex- Fig. 162. périence a montré que , pour maintenir
leur magnétisme , il était bon de suspendre à leur armure une charge qu'on augmente progressivement, autant qu'ils peuvent la supporter.