INTRODUCTION. — DÉFINITIONS
tain nombre de terminaisons régulièrement variables , qui servent à exprimer, outre ridée principale d’une personne ou d’une chose, celle d’un rapport entre diverses parties de la phrase ; la série de ces désinences s’appelle déclinaison , et leur usage constitue un procédé commun aux trois langues grecque, latine et allemande. Celui qui constate ainsi les faits, pour en déduire les lois y embrasse dans son ensemble la science du langage. C’est en ce sens plus général, que l’on appelle grammaire comparée ou linguistique « l’étude des principes et des rapports des langues » (à).
[Avant de recevoir ce nom, aujourd’hui consacré, la science des langues avait été supérieurement comprise et la méthode en avait été constituée avec une rare vigueur d’esprit, vers le milieu du xvme siècle, par Nicolas Fréret, qui, malheureusement, ne laissa pas d’école et dont les magnifiques travaux furent interrompus par une mort prématurée 2.J
III. Notre objet, dans ce livre, est d’analyser comparativement les principales formes grammaticales du grec, du latin et du français, pour en déduire les procédés grammaticaux en usage dans ces trois langues. Par quelques autres rapprochements, nous nous élèverons peu à peu jusqu’à des principes dont l’application est générale dans presque toutes les langues de l’ancien continent. Ainsi, sans nous égarer dans les plus difficiles recherches de la science grammaticale, nous apprécierons l’importance de cette étude et l’utilité qu’elle peut offrir pour l’histoire des p uples et de leur littérature.
Une raison particulière nous intéresse à étudier ainsi la méthode grammaticale des langues grecque, latine et française : c’est que les Grecs sont les premiers qui, dans l’ancien monde classique, aient analysé les pro-
( à ) Dictionnaire de l’Académie française, au mot Linguistique .
cédés du langage, distingué les diverses parties du discours, telles que le nom, le verbe, etc,, et que la grammaire transmise par eux aux Latins est, à peu de chose près, celle qu’on enseigne encore aujourd’hui dans nos écoles. Notre travail nous fournit donc l’occasion de rapporter à leurs véritables inventeurs beaucoup d’idées et de découvertes dont nous profitons aujourd’hui, sans savoir assez bien à qui nous les devons 3.
§ 2. De la méthode à suivre dans la Grammaire comparée.
Les grammairiens philosophes, en général, ont considéré la science des mots et de leurs rapports comme une science absolue, c’est-à-dire comme un ensemble de vérités et de lois communes à toutes les langues , indépendantes du caractère et du génie des peuples. Il leur semblait que les procédés d’expression en usage dans le grec ou le latin étaient et devaient être les procédés universels de tout langage humain. C’est ainsi que Platon, dans le dialogue intitulé Cratyle , et Aristote dans les premiers chapitres de son traité sur l’/rcterprétation ou le Langage (tue pi eEpgy]veia<;), exposent ou discutent, en s’appuyant sur des exemples tirés de leur propre langue, des théories qu’ils croient applicables à la grammaire de tous les peuples. C’est ainsi, pour citer un exemple particulier, que Yarron ne craint pas de dire, au début de son IXe livre de Lingua Latina : « L’usage de décliner et de conjuguer s’est introduit non-seulement dans notre langue, mais dans celles de tous les hommes , et pour des raisons d’utilité, et pour des raisons de nécessité ; car, etc. 4. » Élèves des Grecs et des Latins, les savants modernes ont longtemps suivi la même méthode. Ils sont partis d’une analyse toute logique de la proposition pour étudier, caractériser et classer les diverses espèces de mots qu’ils rencontraient dans les idiomes les plus vulgai-