INTRODUCTION. — NOTIONS HISTORIQUES
après la chute de l’empire romain, comme l’italien, l'espagnol, le portugais, le valaque. Le français dérive, presque en totalité, du latin transformé par les nations chrétiennes et barbares qui occupèrent le sol de la Gaule entre la chute de l’empire romain et l’époque carlovingienne. On le voit apparaitre, d’une manière assez distincte, vers le ixe siècle. 11 s’est, depuis ce temps, beaucoup modifié , beaucoup enrichi ; il a surtout fait beaucoup d’emprunts au latin et au grec pour s’approprier aux divers besoins de la littérature ou de la science; mais, aux yeux du grammairien, notre langue existe depuis neuf siècles environ, avec ses principaux caractères, sur le sol où elle règne encore aujourd’hui 8.
Le latin, considéré dans son ensemble, ne dérive pas du grec; mais il s’y rattache sans aucun doute par deux espèces de ressemblance : d’abord, parce qu’il est, comme le grec, soit directement, soit indirectement, originaire d’une ancienne langue asiatique, qui a fourni à plusieurs langues de l’Asie et à presque toutes les langues de l’Europe leurs racines et leurs formes grammaticales; ensuite, parce que, depuis la conquête de la Grèce par les Romains, ceux-ci ont emprunté à la langue grecque un grand nombre de mots pour enrichir et embellir leur propre langue.
Le grec enfin est descendu, à une époque que l’on ne peut déterminer avec précision, de cet antique idiome de la haute Asie, auquel le latin doit aussi son origine, et qu’on retrouve aujourd’hui : d’une part, chez les Indiens, dans les monuments de la littérature sanscrite; de l’autre, chez les Perses, dans ce qui nous reste des /ivres religieux de Zoroastre (a) et dans les inscriptions des rois Acliéménides 9.
(«) Ordinairement désignés sous le nom de livres Zend , à cause du principal livre de cette collection, le Zend-Avesta.
C’est par une analyse exacte des mots de ces divers idiomes, des formes grammaticales qui leur sont communes et de celles qui sont particulières à chacun d'eux, que l’on a démontré avec certitude ces faits si importants pour Fhistoire de la grande famille des peuples h laquelle nous appartenons 10.
Sans pouvoir exposer ici le détail de cette démonstration , essayons de rendre sensible par quelques exemples, choisis dans les principaux idiomes indo-européens, la parenté qui unit ces idiomes entre eux, et qui les rattache à une mère commune. Dans le tableau suivant, on remarquera quelquefois une grande différence entre des mots rapportés cependant par les linguistes ii une même racine : mais on ne devra pas oublier que ces mots appartiennent à des peuples qui, tous sortis de la famille indoeuropéenne, se sont développés à de grandes distances l’un de l’autre et h des époques très-différentes dans Fhistoire de l’humanité. D’ailleurs, l’analyse étymologique dont nous donnerons plus loin quelques règles, surtout au chapitre xxi, montrera que les mots les plus dissemblables en apparence peuvent souvent être ramenés de la manière la plus rigoureuse à une même racine, tandis que la ressemblance matérielle de deux mots peut, au contraire, nous égarer quelquefois en nous faisant croire que ces mots ont la même origine.
Quant aux lacunes que l’on remarquera aussi dans ce tableau, elle proviennent soit de ce que nous ne connaissons pas encore assez bien le vocabulaire de certains idiomes, soit de ce qu’une même racine a subi quelquefois des vicissitudes très-diverses dans des idiomes de la même famille. Ainsi le mot cpparwo ne devrait pas, à la rigueur, figurer comme signifiant frère dans la liste des mots qui se rattachent au radical bhratr , fratr , dans les autres langues indo-européennes; car il signifie plutôt membre d'une même société ; c’est àS'eXçàç, avec son féminin qui
désignent en grec le frère et la sœur . De même, le radical mri , mord , qui, dans les langues germaniques, ne rappelle que l’idée de mort violente {meurtre), se trouve avec le sens général de mort dans le grec PpoTÔ; (*pcp76;), d’où àfxëpoToç, à^6po<na (en sanscrit, amrita). — Voir plus bas, chapitre XXI, §4.