‹ Notions élémentaires de linguistiqueChapitre 20 sur 20 · V . ^.^Jt · texte numérisé non relu

V . ^.^Jt

3oO CE QUI RESTE A FAIRE

sera préalablement établi , c'est une bibliographie raisonnée de ces classiques avoués du pays^ dont l'autorité fait toute celle du grammairien et du lexicographe ; non certainement pour satisfaire au caprice aveugle et déraisonnable^ quand il n'est pas autrement fondé ^ de l'amateur de grands papiers , de belles estampes ^ et d'éditions de luxe; maispom* constateras bons textes et les bonnes leçons des bons livres , qui se trouvent presque toujours de la première édition que l'auteur a publiée à la dernière qu'il a revue. (0)

Éclaircissements .

(0). C'est ce qu'a fait l'académie <le la Crusca, Quand nous publions maintenant un classique François , c'est ordinairement d^rès les éditions posthumes qui ont le plus de crédit parmi les amateurs , et , le plus souvent , d'après la dernière qui a paru. C'est ainsi qme ces bons textes et ces bonnes leçons dont je parle disparoîssent graduellement dans des copfes négligées qui vont s'altérant de plus en plus , et que la bonne foi publicpie adopte sur la parole d'un éditeur étourdi ou capricieux. Les exemples ue sont pas difficiles à trouver ; leur nombre seul en rendroit le choix embarrassatit , mais ce n'est^ pas

DANS LES LANGUES. 3ol

Ce qui reste à faire dans cette langue y c'est un Index uniifersel des classiques de la langue , c'est-à-dire de tous les mots qui ont été employés par eux dans des acceptions figurées, anomalesou exceptionnelles (car lesacceptions yulgaires et légitimes restent suffisamment consacrées dans le Dictionnaire usuel ) , en renvoyant chacun de ces mots avec son acception spéciale au passage qui le fournit, sous la page

ici leur plac«. Les réimpressions consciencieuses sont en très-petit nombre , et encore j cherche*-t-on presque toujours inutilemeiit les variantes des éditions publiées du vivant de l'écrivain , et qui marquent d'une manière si curieuse le progrès de ses études .et de son goût. Ni les Italiens , ni les Ànglois ne sont tombés dans cette ^erreur de l'insouciance et de la vanité , et voilà ce qui a conservé tant de prix chez eux aux éditions originales de leurs classiques. Ge qu'on appelle 911 France un bon texte y c'est celui qui est imprimé sur du papier de coton à grandes marges , avec des vig9«Ctes sur bois , sur cmvre ou sur acier. £n Italie et en Angleterre , on ne le prend qu'à défaut de l'autre , qui traîne à Paris sur les quais.

Jamais cette observation n'a été plus importante que de nos jours , au milieu de l'immense révolution orthographique dont l'Académie elle-même consacrera , diton , les principales innovations dans la prochaine édition

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de rédhion que le bibliographe classique a reconnue pour être la plus dfgne de foi . Ce travail exigeroît la lecture attentive et réflé* chie de tous les classiques reconnus y et té* moins de la langue, par un homme très intei* ligent ; mais je déclare que jamais rien de plus utile n'auroit été entrepris à l'honneur d'une littérature. Ce seroit le trésor des Dictionna^i* res, le Dictionnaire de la pensée et du génie^ (P)

de son Dictionnaire. Si la presse autorisée , comme elle doit l'être , par une sanction si haute , s'avife de travestir les auteurs du siècle de Louis XIY tin orthographe moderne, je ne serois pas en peine de prouver qu'elle fera disparoître la rime de six cents vers , et Teuphonie de six mille périodes. Cette considération doit rendre une grande importance aux éditions originales.

n n'y a pas six ans qu'un libraire de Paris fit annoncer par tous les journaux qu'il préparoit une édition de la Satyre MénippéIS , dbrrigée de toutes Us fautes du vieux langage , et imprimée à>ec F orthographe de M, de VoU' taire, La Satyre Ménippée, bon Dieu ! corrigée àe% fautes du vieux langage ! Heureuseihent elle n'a pas paru.

ÉCLAIRCISSEMEIÏTS .

(P). A l'âge oji l'on ose tout entveprendre , parée que

OAlfS LES LANGUES. 3o3

Ce qui reste à faire dans les langues^ c'est, pour toutes les langues , le Dictionnaire éty^ mologique de leurs radicaux, en remontant aux langues les plus radicales qui soient accessiMes à l'érudition : œuvre de patience , de goût , de génie peut-être , mais surtout de conscience^ qui doit s'exécuter sans préoccupation systémiatique , et sur lequel je n'ose pas compter ; c'-«Bt , pour toute langue prise à part, le Dictionnaire étymologique de ses radicaux immédiats; œuvre essentielle qui ne demande qu'une instruction beaucoupmoins forte, heu-

l'on ne mesure ni ses forces ni le temps , j'avois entrepris cet ouvrage , et , tout considéré , je n'ai pas trouvé depuis beaucoup dliommes plus capables de le faire. La prison, l'exil, la détresse , tons les genres de malheurs , j ont mis ordre. On m'assure aujourd'hui que le docteur Humbert de Genève , si connu par df excellents travaux sur les langues orientales , s'ocoape de celui-ci , et qu'il l'a déjà mené fort avant. S'il IVxécnte et l'achève avec la grande aptitude dont il est doué , la littérature françoise loi devra une étemelle rtconnoissance. Je. ne réclame de cette idée que l'honneur de l'avoir suggérée dans, mes premiers écrits el encouingée dans les autres , quand je ne pouvois plus , meî-méme, y donner de suite.

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reiisement asëez commune ^ et qui devroit déjà être faite.

Ce qui reste à faire dans les langues y ce sont de bonnes Bibliographies , de bonnes Grammaires , de bons Dictionnaires des patois , car j'ai dit ailleurs et je répète qu'on n'arrivera jamais sans cet intermédiaire à des notions saines sur l'étymologie immédiate. C'est surtout une grammaire soigneusement Mmparée de ces patois précieux dans lesquels sent encloses, sous leur forme la plus essentielle et la plus reconnoissable , (putes les origines de la langue ; mais pour cela, il ne faut pas les détruire; il faut les étudier. (Q)

Éclaircissements.

(Q). Nous ayons déjà line multitude de bons essais de ce genre , et cela est fort remarquable , car on ne peut accuser le patois d'aristocratie et d'usurpation. Il doit peu à la faveur des salons et au crédit des protecteurs. Ce n'est pas pour lui que les universités érigent des chaires et. que les académies tressent des couronnes , bien au contraire. Nous fournissons peut-être le piemier exemple d'une langue insolemment exclusive qui a promis la mort à ses

DANS LES LANGUftS. - . 5o5

Ce qui reste à faire dans les langues ^ ce n'est pas le Dictionnaire des mots qui leur appartiennent en toute propriété , et qui ont été construits dans leur esprit ^ par analogie avec tous leurs éléments , depuis un temps presque immémorial; c'est le Dictionnaire des mots

dialectes. Si les patois manifestent depuis quelques années certaines velléités de vie , c'est qu'ils portent en eux un germe de vitalité qui les conserve toujours , et qui les fait fleurir encore quand les langues perfectionnées ne sont plus , pour féconder la semence éternelle de la pa<* rôle dans les langues à venir. Ce n'est pas le grec littéraire des anciens qui a passé dans le grec moderne , c'est le grec de dialectes. Quand les Italiens cherchent les radicaux de leurs langues autochtones , ils les demandent à peine à la langue latine , parce qu'ils sont pluB sûrs de les retrouver dans leurs patois. Il y a tel patois chez eux qui jette plus de lumière sur l'interprétation de la loi des Douze Tahles que tous les livreâ réunis de l'empire et de la république. En archseologie grammaticale, il n'y a peut-être pas une notion positive dont on puisse approcher autrement que par les patois. Ce que j'écris ici n'est pas plus nouveau que le reste. C'est un fait reconnu dans tout le monde lettré , si ce n'est en France , où l'on propose de proscrire le patois ^ et où le patois seroit proscrit s'il pouvoit l'être.

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adoptifs que les savants ont naturalises dans r«sage f et dont nul ne sait la signification ^ tant qu'il ne l'a pas apprise par une définition bien faite. La langue des mots nouveaux n'est plus une langue nationale; c'est une langue nouvelle comme les mots qui la composent , et qui demande un enseignement spécial comme un Dictionnaire à elle. Tous les mots de cette langue qu'on introduit dans notre vieille lan- ^ gue littéraire , y font tache , et pour revenir à

l nous ^ il n'y en a pas un qui soit françois. Si

on s'étoi t arrêté à la fin du dix-septième siècle

dans la com.position du Dictionnaire, comme

on 1% devoit peut-être, on n'auroit pas de ces

j mots-là de quoi couvrir quatre pa^s , et ce

\ seroiént ceux qui ont l'autorité de nos grands

écrivains , et qu'une courte note de leurs simples et habiles commentateurs n'a jamais laissé passer sans explication. Tout le reste ne vaut rien en tant que vocables de langue. 11 valoit mieux enregistrer \èt mots naïfs des âges anciens, parce que ceux-là sont bien faits, et qu'ils sont à nous. Ceux-ci ne nous regardent pas.

DANS LES LANGUES. Soy

De nos cinq académies ^ il y eu a une au moins qui fait des mots au jour le jour. Qu'elle les fasse et qu elle les explique , c'est son intérêt et son devoir ; mais il y en a une qui se croit obligée à les écrire en les expliquant. Qu'elle ne les écrive point : à chacune ses attributions. La classification même de l'Institut étoit une grande pensée , parce qu'elle facilitoit la confection d'autant de Dictionnaires spéciaux qu'il y a de langues spéciales dans la langue. L'académie du Dictionnaire ne nous doit que la langue littéraire , et la langue littéraire d'une nation y c'est tout bonnement la langue du peuple , épurée par les bons écrivains. Il ne fout pas sortir de là.

Ce qui reste à faire dans les langues^ ce sont vingt autres ouvrages aussi importans dont tout le monde sent la nécessité , et qu'on ne fera peut-être pas. Quand on s'aperçoit de ce qui reste à faire dans les langues y il est déjà bien tard, et quelquefois trop tard pour le faire.

Je ne suis pas étonné de voir l'instinct du

mmMmm.

5o8 CE QUI RESTE A FAIRE, etc.

perfeodoniiement se développer chez les peuples ayaiicës qui n!ont i>esoin de -marcher ^e parce qu'ils ne iiiarchei\t plus. Chez les peuples qui marchent haturellenient au* but où ils peuvent atteindre , il n'en est jamais question.

La Fontaine faisoit cette observation ^ il y a près de cent cinquante ans :

Le monde est vieux , dfit-on ; je le crois ; cependant n le faut amuser encor comme un enfant.

£t pourquoi pas comme un enfant, puisqu'il eu est tout au plus à l'A B G ?

Je finirai là ces- études où , parmi beaucoup de choses à reprendre , il peut se trouver quelque chose à apprendre; je n'ai pas eu d'autre ambition .

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