‹ Notre colonie du DahomeyChapitre 20 sur 34 · A. BAS-DAHOMEY · texte numérisé non relu

A. BAS-DAHOMEY

A. Commerce général. — Bien que le Dahomey soit une de nos plus jeunes colonies — la chute de la dynastie d'Abomcy qui nous assurait la possession du bas pays ne date que

*M . NOTHK GOLOMK DU DAHOMKY

de dix ans — son commerce général dépassait dés 1902 le trentième million, se révélant ainsi supérieur à celui de la Guyane, de la Nouvelle Calédonie, de Saint-Pierre et Miquclon, de la Côte des Somalis, du Congo et sensiblement égal à celui de la Guadeloupe, de l'Inde et de la Réunion.

Lors des premières hostilités contre Kéhanzin, en 1890, e mouvement commercial du Dahomey n'était que de 9.406.388 fr. 56. Les opérations militaires n'apportent aucune gêne dans les transactions qui montent, en 1891 et 1892, à plus de 13 millions et atteignent, en 1893, 19.138.321 fr. 48, doublant ainsi en l'espace de trois ans. L'année suivante, les statistiques accusent 20.745.493 fr. 54. Cette marche si rapidement ascendante du commerce dahoméen pourrait être attribuée à la présence des troupes françaises au Bénin. Il n'en est rien. Car en 1895 l'augmentation continue (21.064.088 fr. 85) et le chiffre des importations n'est pas en baisse sur Tannée précédente, alors que l'administration militaire avait à pourvoir sur place à l'entretien de la colonne expéditionnaire disloquée vers les premiers mois de 1894.

Mais, à partir de 1896, nous sommes en présence d'une diminution qui persiste pendant trois années consécutives. Cette situation, qui s'est affirmée identique au Togo et fut particulièrement grave dans les deux pays en 1897 — le commerce était descendu au Dahomey à 14.021.815 fr. 20 — eût pu devenir inquiétante, si en 1899 un fort relèvement n'avait amené le trafic général A plus de 25 millions de francs.

La signature des conventions de 1897 et de 1898 avec l'Allemagne et l'Angleterre, qui au point de vue économique stipulaient l'égalité de traitement entre les nationaux et les ressortissants des puissances contractantes, donnèrent plus

de stabilité aux hansnctions. !)< puis cette époque, on assiste jusqu'en 1903 à des plus-vtlues annuelles rcmaïquables (27.977.313 fr. ; 26.231.566 fr. ; 30.759.C02 ff.). 11 est indispensable, à ce propos, d'expliquer la baisse que fait ressortir la comparaison des chiffres de l!J(îO et 11)01. 11 semblerait résulter du rapprochement des statistiques que le bilan du deuxième de ces exercices se traduise par une moins-value de 1.745.747 lianes, (le n'est là qu'une apparence. Le mouvement commercial n'a pu qu'augmenter dune année sur l'autre, puisque les recettes perçues par le service des douanes, au titre de la taxe de consommation, passèrent de 2.648.293 fr. 47 en 1900 à 3.580.075 fr. 84 en 1901, alors qu'aucun relèvement de droits n'explique cette hausse. Et si, d'autre part, Ton considère, par exemple, les quantités d'alcool importées, produit dont la valeur servant de base à la perception a été considérablement diminuée aux mercuriales, on voit que si le cbilhe d'affaires qu'elles représentent a diminué de plus de moitié, 4. 126.742 lianes en 1901 contre 1.885.387 francs en 1902, le nombie de litres introduits a augmenté de 379.811. iNous arrivons ainsi en 11 03 et nous remarquons une différence en moins sur l'année précédente de 9.995.368, c'est-à-dire du tiers. Cette diminution est facilement explicable par la mauvaise récolte des huiles et amandes de palme due aux conditions défavorables de la température et au manque d'eau. Les exportations d'huile et d'amandes sont respectivement descendues à 6.963.649 et 21.684.907 kilogrammes au lieu de 12.675.799 et 29.777.715 kilogrammes pour la campagne 1902. Or, comme ces produits constituent la majeure partie» des exportations et que les indigènes n'achètent aux factoreries qu'autant qu'ils

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ont vendu, il s'ensuit que les importations ont, de leur côté, considérablement diminué. Il n'y a là rien qui doive inquiéter, car Ton ne se trouve pas en face dune crise économique, mais bien d'un phénomène d'ordre exclusivement physique, comme il s'en produit fréquemment dans les pays de monoculture, le Dahomey n'exportant jusqu'à présent pour ainsi dire que les produits du palmier.

L'exercice 1901 subit encore les conséquences de la situation créée par la sécheresse de l'année précédente. Il y a néanmoins un léger relèvement sur l'ensemble du mouvement commercial. Cette hausse ne s'accentuera peut-être pas cette année, rétablissement d'un nouveau régime douanier amenant toujours un certain flottement dans les affaires ; néanmoins, si la récolte est bonne, les indigènes achèteront des produits européens et les transactions générales ne se ressentiront pas d'une manière sensible du nouvel état de choses.

à) Importations. — Le commerce général consiste à Timporiation principalement en : tissus (5.226.G39 en 1902 et 2.919.430 en 1904); machines et mécaniques (2.231.515 et 1.074.684 pendant les mômes années); alcool de traite (1 885.387 et 1.588.716); tabac (864.090 et 743.571); ouvrages en bois (672.841 et 337.433) ; en matières diverses (607.479 et 422.169); métaux (371.146 et 280.384) ; poudre (354.012 et 156.164) ; fils (341.140 et 233.731); verres et cristaux (307.509 et 178.408); sel (287.084 et 229.702) ; bois (152.681 et 115.198) ; poteries (208.728 et 143.199) ; sucres (180.139 et 117.180) ; ciment (127.055 et 132.051) ; riz (121.610 et 132.051) ; parfumeries (76.201 et 61.977) ; farine (68 553 et 25.815) ; pétrole <68.483 et 154.620);

huiles et sucs végétaux (53.778 et 51.420) ; pelleteries (53.629 et 53 331) ; chaux (47.5% et 132.051); savons (47.043 et 47.432) ; beurre (31.092 et 30.130) ; saindoux (23.376 et 12.604).

Le quartier des factoreries à Porlo-Novo.

Bien qu'ils soient introduits aussi bien par les factoreries allemandes que par les maisons britanniques, les tissus, qui occupent le premier rang dans la valeur des importations, sont presque exclusivement d'origine anglaise. Les machines et les mécaniques sont pour la majeure partie de provenance

française, comme d'ailleurs les ouvrages en bois et en matières diverses ; le bois, le ciment, la chaux, venant eux aussi de France, manifestent une tendance très marquée à la hausse. 'C'est là un premier eflet de la mise en exploitation du chemin de fer de Gotonou-Niger. Le port de Cotonou prend en effet une grande extension et les maisons de commerce, jusqu'à ce jour confinées à Porto-Novo, Cotonou, Ouidah.et Crand-Popo, commencent à installer des succursales le long de la ligne et en des points de plus en plus éloignés de la cote. Il n'est pas étonnant dès lors que les importations de machines, d'outils et des matériaux de construction se maintiennent ou même augmentent dans d'assez fortes proportions alors rjue le commerce général et principalement les importations fléchissent. L'alcool vient uniquement de Hambourg à bord des vapeurs allemands ; le tabac en feuilles vient d'Amérique en transit par l'Europe. Les quantités introduites se sont beaucoup élevées ces dernières années, et cela bien que le Haut-Dahomey soit susceptible de produire et produise un tabac dont la" qualité peut être améliorée.

La métropole détient la fourniture de la poudre ( 150.781 sur 156.114 francs et il n'y a pas de monopole au Dahomey) et importe une bonne partie des denrées de consommation telles que saindoux MI.379 sur 12.004), beurre (18.000 sur 30.180;, farine (28.910 sur 00.193), sel (216.837 sur 229.702), ainsi que de certains matériaux comme le ciment (70.319 sur 132.0">1). Le reste des autres marchandises européennes vendues au Dahomey est réparti entre les trois nations qui alimentent le commerce de notre colonie : l'Allemagne, l'Angleterre et la France.

Dans l'énuméralion qui précède, il n'a pas été tenu compte

de la monnaie, bien qu'elle figure en bonne place dans les statistiques douanières. Il n'y a, en elfet, pas lieu de s'arrêter à cet article d'importation qui tire son importance actuelle et toute passagère des efforts tentés par l'administration pour substituer dans la circulation monétaire du pays les espèces nationales au numéraire anglais. Lorsque fut établi l'impôt de capitation en 1889, on peut dire que les seules monnaies connues des indigènes étaient les pièces anglaises. En 1901, la situation n'avait pas changé, puisque, avant les mesures prises par le gouvernement local, sur 221.275 perçus au titre de l'impôt de capitation dans la région la plus riche de la colonie, celle de Porto -Novo pour prendre un exemple, les collecteurs ne trouvèrent pas 500 francs d'espèces françaises. Il n'en serait plus de même aujourd'hui, puisqu'on a pris soin, les statistiques le prouvent, d'approvisionner la colonie en pièces divisionnaires françaises. Mais il est bien évident que lorsque les besoins de la circulation auront été suffisamment pourvus, les importations de numéraire diminueront et finiront, sinon par disparaître complètement, du moins par perdre toute importance, surtout en présence des valeurs fiduciaires mises sur le marché par la succursale de la Banque de l'Afrique Occidentale. C'est pourquoi nous n'avons pas fait entrer en ligne de compte dans le développement du commerce la monnaie que son caractère spécial — il n'est pas besoin d'insister sur ce point — différencie très nettement des marchandises ordinaires.

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