IV PREFACE
meilleure part de ses ressources ; peu à peu la colonie se trouvera incorporée dans le gouvernement général et perdra sa physionomie particulière.
Votre ouvrage vient heureusement fixer la physionomie du Dahomey à l'heure où cette autonomie était encore réelle.
C'est une monographie précieuse du pays que vous avez habité, que vous avez parcouru ; votre travail, tout d'observation et d'information attentive, en donne une impression juste, une connaissance complète.
Certes, je comprends votre désir de fixer les traits particuliers de celle colonie d'un caractère si fortement accusé ; même rattachée au vaste ensemble de l'Afrique occidentale nouvelle 1 , elle y gardera une place 1 à part, de 1 même qu'elle s'y distinguait dans un passé récent encore.
Le Dahomey marque une étape dans l'essor de la colonisation française ; il rappelle Tune, des dates glorieuses de ce grand pilori d'expansion que- le publie français n'a guère connu que par les héroïques campagnes de la Tunisie, du Tonkin, du Bénin et de Madagascar.
Ces quatre expéditions synthétisent Ips conquêtes coloniales de la Troisième République. Chacune décida du sort de l'une de nos grandes possessions, et l'on peut dire que, de nièine que notre empire méditerranéen date du traité du Bardo, de même que
PRF.PACE V
notre domination en Indo-Chine et à Madagascar fut établie par la soumission de la Chine et la capitulation de Tananarive, de même notre suprématie fut définitive en Afrique occidentale du jour où le drapeau français flotta sur les murs d'Abomey.
Au Dahomey en effet, nous trouvâmes en face de nous le seul Etat noir organisé qui pût faire obstacle à nos armes.
Il constituait une puissance stable, une force permanente. Sans doute, cette puissance était tyrannique, cette force était malfaisante, et les guerriers dahoméens jouissaient d'un triste renom de férocité. Mais les ravages qu'ils exerçaient nVtaient-ils pas le fait plutôt de la barbarie générale des mœurs que d'une cruauté qui fut. propre à ce peuple et parmi cette humanité primitive 4 respectueuse de la seule force brutale, la race supérieure ne devenait-elle pas fatalement la race des oppresseurs ï
Nos armes ont brisé l'organisation de piraterie d'où rayonnait la terreur sur les régions voisines, et maintenant nous ne trouvons plus en face de nous que le peuple vigoureux et brave qui fournissait aux anciens rois ses guerriers disciplinés et résolus, et qui osa nous opposer une résistance si opiniâtre, si farouche, qu'on eût pu la croire patriotique.
Un pays ne vaut que par ses hommes. Les lointains territoires que nous avons annexés à la grandeur française, ne se développeront, n'évolueront