‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 88 sur 92 · Recueil des historiens des Gaules , t. XIII, p · texte numérisé non relu

Recueil des historiens des Gaules , t. XIII, p

N.-r>. de Chartres.

Tout l’édifice altier gui dans l’air s’aventure Ne démontre-t-il pas dans sa fière structure,

S’élançant dans l’espace en jets audacieux,

Que du style ogival le plus beau caractère C’est d’élever nos cœurs au-dessUs de la terre Et de faire monter nos soupirs vers les cieux?

Oui, bâtiments sacrés, plus hauts que votre crête, La foi, de vos secrets infaillible interprète,

Découvre un autre temple à nos yeux enchantés! Vos clochers effilés qui vont chercher les nues,

Ne sont-ils pas du ciel les saintes avenues,

Avec leurs escaliers en spirales sculptés?

Ne présentez-vous pas, fenêtres lumineuses

Aux couleurs tour à tour riantes ou pompeuses,

Comme un reflet lointain de la gloire des cieux?

Ne racontez-vous pas à nos âmes ravies

Des justes couronnés les admirables vies

Que l’on déchiffre encor sur vos fragments pieux?

Eblouissantes fleurs, inimitables roses,

Au soleil de la foi splendidement écloses,

Vos lobes de saphir, vos pétales de feu,

Vos meneaux festonnés, vos corolles immenses. Par le rayonnement de leurs circonférences Ne retracent-ils pas l’éternité de Dieu?

Merveilleux monuments d’une foi séculaire, N’êtes-vous pas aussi le drame du Calvaire?

De la croix vos transepts ne sont-ils pas les bras? Vos vitraux empourprés aux formes flamboyantes, Ne figurent-ils pas les blessures saignantes Du divin Rédempteur meurtri par des ingrats?

Le circuit prolonge de vos nefs latérales,

Vos chapelles en rond, vos conques absidales Qui rayonnent autour du chevet et du chœur,

Quel touchant idéal du cruel diadème Qui souillant de Jésus la majesté suprême Fit jaillir de son front un sang expiateur!

Vos faisceaux inclinés ne sont-ils pas l’emblème De l’homme de douleurs se penchant de lui-même, Comme pour nous donner le baiser fraternel? N’est-ce pas pour montrer l’intrépide Marie Soutenant de son Fils la tête endolorie Qu’au centre de l’abside on dressa son autel?

Les porches surbaissés, les profondeurs mystiques, Le pâle demi-jour de vos crypto-portiques,

Des martyrs autrefois vénérable berceau,

Vos autels souterrains, vos grottes sépulcrales,

Les ossements gardés sous vos funèbres dalles Nê rappellent-ils pas Jésus-Christ au tombeau?

Vos façades, vos murs aux élégants étages,

L’un sur l’autre exhaussés jusque dans les nuages, Vos pignons inondés de flots d’azur et d’or,

De la base au sommet de votre architecture,

Tout ne nous peint-il pas, dans sa noble parure, Du Chriêt ressuscité le triomphe au Thabor?

Notre-Dame de France, illustres sanctuaires,

Vous êtes donc vraiment des livres populaires Et le pauvre et le riche, à toute heure du jour, Peuvent y méditer, malgré le bruit du monde De la religion en miracles féconde Le dogme, la morale et le culte d’amour.

Arche du testament, maison d’or, tour d’ivoire,

O vous que la nature et la grâce et la gloire Ornèrent à l’envi de leurs chastes attraits,

Reine toute puissante au ciel et sur la terre,

Vierge, d’un Dieu la fille, et l’épouse et la mère Ils vous sont consacrés, ces splendides palais.

Ah! contre la fureur des modernes vandales,

Vierge, protégez-les, ces chères cathédrales !

Le pied sur les tombeaux et le front dans les deux,

Qu’elles restent debout pour léguer d’âge en âge Aux peuples à venir l’immortel témoignage De l’élan rajeuni de la foi des aïeux!

Oui, qu’elle vous conserve, églises colossales,

Dômes majestueux, flèches monumentales,

Qui vers elle portez les vœux de notre cœur !

Jusqu’à la fin des temps que vos pierres parlantes En chants mélodieux redisent triomphantes:

A Jésus, à Marie, amour, louange, honneur!

L’abbë Georges Etienne A

1. Cette poésie a obtenu le prix aux Jeux floraux de Toulouse. L’auteur, connu par de nombreux ouvrages, est mort cette année, à Rosnay, diocèse de Troyes, et était un de mes amis depuis notre jeunesse.

OUVRAGES QUI DOIVENT ÊTRE CONSULTÉS POUR CONNAITRE L’ADMIRABLE PLAN DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES.

teau, 3 vol. in-8°, Chartres, 1887-1901 L

2. Chartres, sa cathédrale, ses monuments, par l’abbé Clerval,

in-8°, Chartres, 4 892.

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