LIVRE PREMIEJl
pénétrait de l'une à l'autre dans les couches populaires. Les carriers, très-nombreux en ce pays ; les couturières, les ouvriers, les paysans, les servantes, les bonnes femmes, les pauvres gens, s'entretenaient, ceux-ci pour y croire, ceux-là pour le contester, d'autres pour en rire, plusieurs pour l'exagérer et broder des contes, de ce prétendu fait de l'Apparition. Sauf une ou deux exceptions, la bourgeoisie ne prit pas même la peine d'arrêter sa pensée à ces enfantillages.
Chose singulière! le père et la mère de Bernadette, tout en croyant à sa pleine sincérité, considéraient l'Apparition comme une illusion.
— C'est une enfant, disaient-ils. Elle a cru voir; mais elle n'a rien vu. Ce sont des imaginations de petite fille.
Toutefois, la précision extraordinaire des récits de Bernadette les préoccupait. Par moments, entraînés par l'accent de leur fille, ils se sentaient ébranlés dans leur incrédulité. Tout en désirant qu'elle n'allât plus à la Grotte, ils n'osaient plus le lui défendre.
Elle n'y retourna pourtant point jusqu'au jeudi.
Durant ces premiers jours de la semaine, plusieurs personnes parmi les gens du peuple vinrent chez les Soubirous interroger Bernadette. Les réponses de l'enfant furent nettes et précises. Elle pouvait être dans l'illusion; mais il suffisait de la voir et de l'entendre pour être certain de sa bonne foi. Sa parfaite simplicité, son âge innocent, l'accent irrésistible de ses paroles, je ne sais, dans tout cet ensemble, quelle
autorité étonnante, imposaient la confiance, et, la plupart du temps, déterminaient la conviction. Tous ceux qui la voyaient sortaient de leur entretien complètement convaincus de sa véracité, et persuadés qu'un fait extraordinaire s'était passé aux Roches de Massabielle.
La déclaration d'une petite fille ignorante ne pouvait pourtant pas suffire pour établir un événement aussi entièrement en dehors de la marche ordinaire des choses. Il fallait d'autres preuves que la parole d'un enfant.
Qu'était-ce, d'ailleurs, que cette Apparition, en la supposant réelle ? était-ce un esprit de lumière ou un ange de l'abîme? n'était-ce point quelque âme en souffrance, errante et demandant des prières? ou bien telle ou telle personne, morte naguère dans le pays en odeur de sainteté, et se manifestant dans sa gloire? — La foi et la superstition proposaient chacune leurs hypothèses.
Les cérémonies funèbres du Mercredi des Cendres contribuèrent-elles à incliner vers l'une de ces solutions une jeune fille et une dame de Lourdes? virentelles, dans la blancheur éclatante des vêtements de l'Apparition, quelque idée de linceul ou quelque apparence de fantôme? nous ne savons. La jeune fille se nom.mait Antoinette Peyret et faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie; l'autre était M">« Millet*.
\ . Ces deux personnes vivent encore.
A moins d'indication contraire, toutes les personnes nommées dans le cours de cet ouvrage sont encore vivantes, et Ton peut les interroger. Nous voulons mettre nos lecteurs à même de vérifier et de contrôler toutes nos assertions. {Note de la 4 ""^ édition.)