‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 39 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ment. Cette immense abstention du Clergé devait montrer manifestement que la main et l'action de l'homme n'étaient pour rien dans ces événements , ot qu'il fallait en chercher la cause ailleurs, c'est-à-dire plus haut.

Cela ne suffisait point cependant. La Vérité a besoin d'un autre creuset. Il faut qu'étant sans soutien, elle résiste par elle-même et par elle seule aux grandes forces humaines déchaînées contre elle. 11 lui faut donc des persécuteurs, des ennemis furieux, des adversaires habiles à tendre des pièges. Quand la Vérité passe par cette épreuve, les faibles tremblent et ont peur qu'on ne renverse l'œuvre de Dieu. Quid timetis, modicce fidei? Ces hommes qui la menacent pour le présent , sont ses soutiens dans l'avenir.

Ces adversaires acharnés attestent, aux yeux des siècles, que telle œuvre, telle croyance n'a point été établie clandestinement et dans l'ombre, mais bien à la face d'ennemis intéressés à tout voir et à tout contrôler ; ils attestent aux yeux des siècles que les fondements en sont solides, puisque tant d'efforts réunis n'ont pu les ébranler au moment même où ils s'élevaient dans leur faiblesse originelle ; ils attestent que ces bases sont pures, puisque, examinant toutes choses à la loupe grossissante de la malveillance et de la haine, ils n'ont pu y signaler ni un vice ni une tache. Les ennemis sont des témoins non suspects, qui déposent malgré eux, devant la postérité, en faveur même de ce qu'ils ont voulu empAcher ou détruire. Donc, si les

Apparitions de la Grotte étaient le point de départ d'une œuvre divine, il fallait, à côté de l'abstention du Clergé, l'hostilité des puissants du monde. Dieu y avait également pourvu.

Tandis que l'autorité ecclésiastique , personnifiée dans le Clergé, gardait la sage réserve conseillée par le Curé de Lourdes, l'autorité civile se préoccupait, elle aussi, du mouvement extraordinaire qui était en train de se produire dans la ville et aux environs, et qui, gagnant de proche en proche tout le département, en avait déjà franchi les limites du côté du Béarn.

Bien qu'il n'advînt aucun désordre, ces pèlerinages, ces foules recueillies, cette enfant en extase, inquiétèrent ce monde ombrageux.

Au nom de la liberté de conscience, n'y avait- il pas moyen d'empêcher ces gens de prier, et surtout de prier où bon leur semblait? Tel était le problème que le libéralisme officiel commençait à se poser.

A des degrés divers, M. Dutour, Procureur impérial ; M. Duprat, Juge de Paix; le Maire, le Substitut, le Commissaire de Police, et bien d'autres encore, prirent ou donnèrent l'alarme. Un Miracle en plein dixneuvième siècle, se produisant tout à coup sans demander la permission et sans autorisation préalable, parut à quelques-uns un intolérable outrage à la civilisation, une atteinte à la sûreté de l'État; et il importait pour l'honneur de notre lumineuse époque d'y mettre bon ordre . La plupart de ces messieurs ne croyaient point du reste à la possibilité des manifestions surnaturelles, et ils ne pouvaient consentir à voir là-dessous qu'une imposture ou une maladie. En tout cas, plusieurs se sentaient

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