LIVRE DEUXIÈME
Tel était le Commissaire de Police, tel était le personnage important de Lourdes lorsqu'eurent lieu les Apparitions à la Grotte de Massabielle.
C'était le troisième jour de la Quinzaine, le 21 février, premier Dimanche de Carême.
Avant le lever du soleil, une foule immense, plusieurs milliers de personnes étaient déjà réunies devant la Grotte et tout autour, sur les bords du Gave et dans la prairie. C'était l'heure où Bernadette avait coutume de venir. Elle arriva, enveloppée dans son capulet blanc, suivie de quelqu'un des siens, sa mère ou sa sœur. Ses parents avaient assisté, la veille ou l'avant-veille, à ses extases; ils l'avaient vue tranfigurée, et maintenant ils croyaient.
L'enfant traversa simplement, sans assurance comme sans embarras, la foule qui s'écarta avec respect devant elle en lui livrant passage ; et, sans paraître s'apercevoir de l'attention universelle, elle alla, f'jmme si elle accomplissait une chose toute simple, • agenouiller et prier au-dessous de la niche où ser- |;8ntait la branche d'églantier.
Quelques instants après, on vit son front s'illuminer et devenir rayonnant. Le sang pourtant ne se portait point au visage; au contraire, elle pâlissait légèrement, comme si la nature fléchissait quelque peu en présence de l'Apparition qui se manifestait devant elle. Tous ses traits montaient, montaient, et entraient comme dans une région supérieure, comme dans un pays de gloire, exprimant des sentiments et des choses
qui ne sont point d'ici-bas. La bouche entr'ouverte était béante d'admiration, et paraissait aspirer le Ciel. Les yeux , fixes et bienheureux , contemplaient une beauté invisible , qu'aucun autre regard n'apercevait, mais que tous sentaient présente, que tous, pour ainsi dire , voyaient par réverbération sur le visage de l'enfant. Cette pauvre petite paysanne, si vulgaire en l'état habituel, semblait ne plus appartenir à la terre.
C'était l'Ange de l'innocence, laissant le monde un instant derrière lui et tombant en adoration au moment où il entr'ouve les portes éternelles et où il aperçoit le Paradis.
Tous ceux qui ont vu Bernadette en extase, parlent de ce spectacle comme d'une chose qui est tout à fait sans analogue sur la terre. Leur impression après dix années est aussi vive que le premier jour.
Chose remarquable ! quoique son attention fût entièrement absorbée par la contemplation de la Vierge pleine de grâces, elle avait en partie conscience de ce qui se passait autour d'elle.
A un certain moment, son cierge s'éteignit; elle étendit la main pour que la personne la plus proclue le rallumât.
Quelqu'un ayant voulu, avec un bâton, toucher l'églantier, elle fit vivement signe de le laisser, et son visage exprima la crainte. — J'avais peur, dit-elle ensuite naïvement, qu'on ne touchât la « Dame » et qu'on ne lui fît du mal.
Un des observateurs dont nous avons cité le nom, M. le docteur Dozous, était à côté d'elle.
— Ce roideur,
jcLtJur uitzoub, euiiL a culu u eue.
e n'est là, pensait-il, ni la catalepsie avec sa i ', ni l'extase inconsciente des hallucinés; c'est '