‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 62 sur 238 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

était en parfait accord avec sa physionomie, qui exprimait tour à tour l'admiration, la prière, la joie. Elle faisait par intervalles ces signes de Croix si pieux, si nobles, si empreints de puissance, dont je viens de parler. Si, dans le ciel, on fait des signes de Croix, ils sont assurément semblables à ceux de Bernadette en extase. Ce geste de l'enfant, tout restreint qu'il était, semblait en quelque sorte embrasser l'intini.

(( A un certain moment, Bernadette s'avança en marchant sur ses genoux du point où elle priait, c'està-dire des bords du Gave, jusques au fond de la Grotte. Il y a environ quinze mètres. Pendant qu'elle montait cette pente un peu abrupte, les personnes qui étaient sur son passage l'entendirent très-distinctement prononcer ces paroles : « Pénitence ! pénitence I pénitence ! »

tt Quelques instants après elle se leva, et reprit le chemin de la ville au milieu de la foule. C'était une pauvre fille en haillons qui semblait n'avoir eu que la part commune à ce spectacle surprenant *. »

Durant toute cette scène cependant le rosier sauvage n'avait point fleuri . Ses branches dénudées et sans charme serpentaient immobiles le long du rocher, et c'était en vain que la multitude avait attendu le miracle embaumé et charmant qu'avait demandé le premier Pasteur de la ville.

Circonstance digne de remarque 1 la croyance des fidèles en fut peu ébranlée ; et, malgré cette apparente protestation de la nature inanimée contre toute puis-

1. M. Louis Veuillot a rapporté en grande partie, mais avec moins de détails, dans l'Univers du 28 juillet 1858, le récit que M. Estrade nous a lait i)lus tard à nous-méme.

sance surnaturelle, plusieurs hommes considérables, entre autres celui dont nous venons de rapporter le récit, se sentirent convertis à la foi par le spectacle inouï de la transfiguration de la Voyante.

La foule, comme toujours, examinait la Grotte en tous sens après la fin de l'extase et le départ de l'enfant. M. Estrade l'explora ainsi que tout le monde avec le plus grand soin. Chacun cherchait à y voir quelque chose d'extraordinaire ; mais rien n'y frappait les yeux. C'était une cavité vulgaire dans une roche dure et sur un sol partout desséché, sauf à l'entrée et à l'ouest, quand, par les temps de pluie, le vent y faisait pénétrer une humidité fugitive.

— Eh bien, l'as-tu vue encore aujourd'hui, et que t'a-t-elle dit? demanda le Curé de Lourdes, lorsque Bernadette se présenta chez lui en revenant de la Grotte.

— J'ai vu la Vision, répondit l'enfant, et je lui ai dit: «M. le Curé vous demande de donner quelques preuves, par exemple de faire fleurir le rosier qui est sous vos pieds, parce que ma parole ne suffit pas aux prêtres et qu'ils ne veulent pas s'en rapporter à moi. » Alors Elle a souri, mais sans parler. Puis Elle m'a dit de prier pour les pécheurs et m'a commandé de monter jusqu'au fond de la Grotte. Et Elle a crié par trois fois les mots : « Pénitence ! pénitense I pénitence I » que j'ai répétés en me traînant sur mes genoux jusqu'au fond de la Grotte. Là, Elle m'a révélé encore un second secret qui m'est personnel. Puis Elle a disparu.

— Et qu'est-ce que tu as trouvé au fond de la Grotte?

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