‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 74 sur 238 · GUÉRI DE SON INFIRMITÉ, QUELLE QU'ELLE FUT · texte numérisé non relu

GUÉRI DE SON INFIRMITÉ, QUELLE QU'ELLE FUT

Quoique, sans doute, fort peu de personnes dans la multitude fissent de tels rapprochements, l'idée que les eaux de la Source jaillie à la Grotte pouvaient guérir les malades avait dû venir d'elle-même à l'esprit de tous. Dès le matin de ce même jour, le bruit de plusieurs guérisons merveilleuses commença à se répandre de tous côtés. Au milieu des versions contradictoires qui circulaient , en présence de la sincérité des uns, de l'exagération volontaire ou involontaire des autres, de l'absolue négation de plusieurs, des hésitations et du trouble d'un grand nombre, de l'émotion universelle, il était difficile au premier moment de discerner le vrai du faux parmi les faits miraculeux que l'on affirmait de toutes parts, mais en les racontant de diverses sortes, tantôt en estropiant les noms, tantôt en confon-

1 . Est autem Jerosolymis Probatica piscina, quae cognominatur hebraice Bethsaida, quinque porticus habens. In his jaff.'bat multitudo magna languentium, cœcorum, claudorum, aridorum, expectantium aquaa motum. Angélus autem Do- Tiiini descendebat secundum tempus in piscinam; et movebatur aqua. Et qui prior descendisset in piscinam post motio nem aquœ, sanus liebat a quacumque detinebatur infirmitate.

Ordo et missel romains. iSliS. 26 février. Vendredi de la 1'" semaine de Carême Évangile de la Messe. g

dant les personnes, tantôt en mêlant les circonstances de plusieurs épisodes différents et étrangers l'un à l'autre.

Avez-vous jamais, en vous promenant dans la cam^ pagne, jeté brusquement une poignée de blé dans une fourmilière? Les fourmis effarées courent de côté et d'autre dans une agitation extraordinaire : elles vont, elles viennent, elles se croisent, elles se heurtent, elles s'arrêtent, elles reprennent leur marche, retournent sur leurs pas, s'éloignent tout à coup du point où elles semblaient courir, ramassent un grain de blé, puis le laissent là, errant d3 toutes parts dans un fiévreux désordre, en proie à une confusion inexprimable.

Telles étaient à Lourdes les multitudes d'habitants et d'étrangers, dans la stupeur où les jetaient les merveilles surhumaines qui leur arrivaient du Ciel. Tel est toujours d'ailleurs le monde naturel, quand il est visité tout à coup par quelque fait du monde surnaturel.

Peu à peu cependant l'ordre se fait dans la fourmilière, un moment troublée.

Il y avait dans la ville un pauvre ouvrier connu de tous, qui traînait depuis de longues années la plus misérable des existences. Il se nommait Louis Bourriette. Quelque vingt ans auparavant un grand malheur l'avait frappé. Comme il travaillait dans les environs de Lourdes à extraire de la pierre avec son frère Joseph, carrier comme lui, une mine mal dirigée avait fait explosion à côté d'eux. Joseph était tombé roide mort. Louis, celui dont nous parlons, avait eu le visage labouré par les éclats du rocher et l'oeil droit à moitié écrasé. On eut les plus grandes peines du

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