‹ Notre-Dame de Pellevoisin [microforme]Chapitre 24 sur 36 · TE · texte numérisé non relu

TE

che de Tyran virent Estelle pendant un quart d'heure environ. Elle était déjà immobile comme dans ses dernières extases, quand elles s’aperçurent de son immobilité, Toutes les trois l'ont vue, quelques instants après, se lever précipitamment, s'approcher de la cheminée de Ja Chambre transformée ce jour-là en autel Pour la réception des Enfants de Marie. Toutes les trois ont vu ses mains tendus en avant, frémissante, se Poser Sur un bouquet de roses placé sur le milieu de l’autel, s'élever comme pour saisir Ou retenir quelque chose. Toutes les trois l'ont vue avancer la tête et les lèvres comme pour baiser également quelque chose. Le regard était fixe, mais les lèvres s’agitaient. Le reste du temps, les lèvres restèrent immobiles comme son regard. Quelques instants auparavant, la supérieure des Sœurs et sœur Sainte-Emérance l'avaient vue regarder vers l'angle du mur du côte de la fénétre. N’eût été le souffle qui sortait de sa bouche, on aurait pu la croire morte. Mlle de Tyran sortit alors pour appeler Mme de Larochefoucauld et les personnes qui étaient au Salon, au-dessus de la cham-

bre. Elle descendit suivie de Mme de

Larochefoucauld, de ses deux filles, Mlle

Solange et Louise et de Mlle Simonet, leur institutrice. Comme elles descendirent précipitamment, elles firent beaucoup de bruit, mais Estelle y fut insensible. Elle était restée debout les mains croisées sur son chapelet, le regard fixe devant elle.

Mme de Larochefoucauld alla se placer à deux pas d’elle au plus, presque en face, et fit du bruit en remuant des chaises ; elle ne parut pas s’en apercevoir.

À ce moment, la supérieure des Sœurs vint avertir M. le curé qui accourut suivi de Mme de Menou, de sa sœur Mlle Tharsile Salmon et de la supérieure. Estelle était encore debout. Quelques minutes après, tous la virent tourner la tête, mais sans aucun mouvement des yeux ni des paupières, vers le milieu de la chambre, à l'endroit à peu près où était son lit.

M. le curé, placé entre elle et Mme de Larochefoucauld, sur le même plan, la voyait presque de face. Elle se tourna d’une pièce, semblant suivre quelque chose avec des yeux d’une fixité effrayante, On eût dit un automate ou une morte. Son visage était trés enflammé, Quelques instants après elle tomba à genoux,

Mme de Larochefoucauld et les personnes

et, leur nt prée bruit, le était ur son

acer à face, et s ; elle

Sœurs uivi de harsile le était après, s sans S paubre, à

me de voyait pièce, 2c des dit un e était après

sonnes

descendues avec elle la virent Onze minutes,

2. Je Curé la vit un peu plus de cinq minutes, ainsi que les personnes venues avec lui. Il fit à dessein du bruit, à un moment ; mais elle n'eut pas l'air de s’en apercevoir, non plus que de celui que faisaient les personnes en entrant.

Elle était à genoux devant l'autel, quand entrèérent sœur Saint-Chrysostôme, sœur Sainte-Angélique et Marie Sarrazin. Elles virent très bien son visage enflammé se tourner à gauche et son immobilité complète. Un instant après arriva sœur Marie de Jésus qui ne vit que son immobilité.

Comme ces trois sœurs l'avaient déjà vue le 11 novembre, elles ne remarquèrent pas de différence entre les deux extases, sauf le regard fixe tourné un instant à gauche.

Un peu auparavant était entré M. l’abbé Goujon, précepteur à Poiriers ; mais toute Son attention s'étant portée sur la Statue de la sainte Vierge, et ne Pouvant de sa place voir le visage d’Estelle, il remarqua seulement le mouvement de sa tête qui semblait suivre quelque chose.

La chambre et le couloir étaient combles.

D'autres personnes arrivêrent, mais il était trop tard. Estelle était revenue à son état

om re mi ad 3

normale, avait ôté son chapelet et demandé l'heure. Elles ne la virent qu’essuyer ses larmes.

Interrogée le soir si elle avait conscience de s'être levée et d’avoir touché aux roses, elle répondit qu’elle n’en avait pas connaissance, mais qu’elle avait bien dû se lever, puisque la sainte Vierge le lui avait dit.

Quant aux roses, elle ne savait ce qu’on voulait dire.

Dans la soirée, beaucoup de personnes allèrent prier à la chambre, et l'émotion était grande à Pellevoisin.

Page 1