‹ Notre-Dame de Pellevoisin [microforme]Chapitre 4 sur 36 · RÉCIT DES APPARITIONS · texte numérisé non relu

RÉCIT DES APPARITIONS

DE

N.-D. de Pellevoisin

‘“Onne publiera jamais assez les gloires de Marie..,. Dieu a voulu nous donner tout par Marie,”

S. BERNARD

chez Mme la comtesse Arthur de

Larochefoucauld, tomba gravement malade à Paris, à la fin de mai 1875. Elle allait avoir 32 ans. Elle fut obligée d’interrompre son service, et sa maîtresse la fit entrer le rer juin dans une maison de santé, chez les Augustines de la rue Oudinot. Elle était atteinte d’une péritonite subaiguë avec tubercules. Vers la fin de juillet, ses malïtres la firent transporter dans leur campa-

For à Faguette, femme de chambre

re.

ne, au château de Poiriers, commune de ellevoisi (Indre), diocèse de Bourges.

Ils ne tardèrent pas à la rejoindre. Elle était toujours très mal. Le docteur, qui la soignait depuis plusieurs années, écrivait au mois d'août : ‘“ Qu'il avait constaté, “ outre la ‘péritonite,’ des lésions ; ” et dans une autre lettre, ‘“ des tubercules pulmonai- “ res, au sommet du poumon droit et peut- “être même à gauche,” et il ajoutait à Mme de Larochefoucauld : ‘ Cette pauvre “ fille d'abord restera incapable de vous rendre aucun service et s’en ira tout dou- “ cement.” Puis il traçait une ordonnance et terminait encore par ces paroles : “* Mais “ji ne faut pas oublier que c’est une ‘ phthisique.”

La malade, en effet, s’en allait tout doucement, selon les données de la science. Au commencement de septembre, après avoir commencé toute seule plusieurs neuvaines, elle fit, selon son expression, son dernier testament, Une petite grotte venait d’être élevée en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes dans le parc du château. Elle fit donc une lettre à la sainte Vierge ; mais comme elle ne pouvait aller jusqu’à la grotte, elle chargea Mlle Reïter de la porter aux

pieds de Marie et de la cacher sous les pierres. On verra plus loin coment cvtte lettre fut merveilleusement retrouvée.

Le 18 décembre, à la suite d’une crise violente, après avoir été de nouveau condamnée par le médecin du pays qui la soignait également depuis plusieurs années, elie avait reçu les derniers sacrements avec beaucoup de résignation. Ses maîtres, avant de partir pour Paris, vers la fin de janvier 1876, l'avaient fait transporter avec beaucoup de soin, par une belle journée, à Pellevoisin, dans une maison qui Jeur appartient, où ils avaient retiré ses parents pour la soigner. Le 8 février, elle fut reprise d’une crise terrible, et le 10 elle était au plus mal. Un nouveau médecin appelé en toute hâte, constata non-seulement les tubercules, mais des cavernes dans la poitrine, et ne lui donna que pour quelques heures de vie.

Et comme on lui faisait observer qu’elle ne pouvait prendre aucun remède sans vomir aussitôt, il répondit ‘ qu’il était inutile de “]a martyriser; que ce n’était plus qu'une “ question d'heures.” :

Elle souffrait horriblement, voyait très bien son état, et était très résignée.

Le dimanche soir, 13 février, elle pria

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M. le curé de Pellevoisin d’écrire à Mme de Larochefotcauld de faire porter pour elle un ciérge à Notre-Dame-des-Victoires, et un autre à Lourdes, au Gész. Les clerges furent portés le lundi. Or, le mardi matin, elle dit à M. le curé qu'elle avait vu la sainte Vierge dans la nuit, et qu’elle serait morte Ou guérie le samedi suivant. Celui-ci l’en- COuragea, mais ne crut qu’à une pieuse illusion. Le lendemain, elle lui raconta qu’elle avait revu la sainte Vierge qui lui avait annoncé sa guérison pour le samedi. “ Hier, “ vous m'avez dit que vous seriez morte ou “ guérie samedi ; aujourd’hui, vous m’annon:- “ cez que vous serez guérie ; demain, que “ me direz-vous?” Elle sentit bien à cette parole du prêtre qu’il ne la croyait pas, car elle lui en fit la remarque. Le jeudi matin, nouvelle prédiction de sa guérison pour le Samedi, mais avec des détails tellement précis, des révélations si étranges sur des circonstances à elles personnelles, mais parfaitement connues du prêtre, que celui-ci fut ébranlé et ne voulut pas rester seul dépositaire de cette prédiction, il engagea la mourante à en faire part à quelques personnes discrètes ; ce qu'elle fit par obéissance.

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Enfin, le vendredi soir, à 10 heures, elle était au plus mal et à son dernier souffle.

La faiblesse et les douleurs étaient extrêmes ; elle ne pouvait plus arracher ses crachats, elle étouffait. M. le curé l’engagea à se confesser une dernière fois, bien qu’elle l’eût fait une dizaine de jours auparavant. Elle voulut absolument remettre au lendemain, disant qu’elle serait guérie. (Celui-ci s’en retourna très inquiet ; mais comme la cure n’est qu’à quelques pas, il fit promettre à sa mère de l’avertir au moindre signe.

Le lendemain matin vers 6% heures 1l revint pour la confesser. Elle lui dit qu’elle se sentait comme guérie, mais que cependant elle ne pouvait absolument remuer le bras droit, dont elle ne se servait plus depuis cinq ou six jours, car il était excessivement enflé et complètement immobile. Elle lui raconta la vision qui trouvera place plus loin dans ce récit, et le prêtre la quitta pour aller dire la sainte messe, promettant de lui apporter le bon Dieu vers 7% heures. Ne pouvant se servir de son bras droit, elle

“ si elle veut ; mais pour nous prouver que ‘tout ce que vous nous avez dit n’est pas ‘° une illusion, aussitôt que vous aurez reçu ‘le bon Dieu, vous essaierez de faire le ‘ signe de la croix de la main droite; et si “ vous le faites bien, ce sera le signe que la “ sainte Vierge veut bien vous guérir.” Il revint à l'heure dite et lui donna la sainte communion. Il y avait sept ou huit personnes dans la chambre. Aussitôt qu’elle eût reçu le bon Dieu, le prêtre se mit à genoux, se releva un instant après, s’approcha de son lit, l’encouragea en quelques mots et lui dit d’une voix émue : “ Ma pau- “ vre Estelle, vous avez eu beaucoup de “ courage et de résignation, ayez aussi ‘“ beaucoup de confiance en la sainte Vierge ; ‘et pour nous prouver que tout ce que “ vous nous avez dit n’est pas une illusion, ‘ faites votre signe de croix de la main “ droite.” Aussitôt elle tire son bras droit, et devant tout le monde fait très bien son signe de la croix. ‘“Recommencez,” lui dit * le prêtre avec des larmes d'émotion dans la voix, et elle fait une seconde fois un signe de croix quelque peu exagéré, en disant:

: 12 Dnen Lin F1: 2 = cttie ‘ Je suis guérie, je sens bien que je suis

“ guérie.” Un léger murmure d’admiration

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se fit entendre parmi les assistants et un sourire de joie courut sur leurs lèvres.

C'était le premier sourire qui égayait cette chambre sur laquelle l'ombre de la mort planait depuis un mois. Chacun se retira en disant, comme le Prophète, qu'il venait de voir aujourd'hui des merveilles. C'était le samedi 19 février ; il était environ 8 heures du matin.

Le même jour, Estelle se leva et s’habilla toute seule devant plusieurs personnes, causa et mangea plusieurs fois. La tumeur qu'eile avait au côté gauche depuis onze ans, qui avait beaucoup grossi dans sa maladie, que toutes les femmes dévouées qui l'avaient soignée depuis une douzaine de jours avaient frictionnée avec une pommade composée à cet effet, cette tumeur avait disparu. Le dernier médecin qui l'avait soignée, appelé le 28 février pour constater la guérison, ne put venir que le 7 mars. Il resta étonné et stupéfait, mais il n’hésita pas à déclarer la guérison pleine et entière, et à convenir que cette guérison était ‘en « dehors des lois de la nature.” Son collègue apprenant cet événement écrivit de

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‘ maladie, quelque chose d'assez extraordi- ‘ naire pour dérouter les prévisions médi- “ cales, et qu’on pouvait considérer ce fait ‘“ comme absolument :xceptionnel.” Depuis cette guérison miraculeuse, Estelle ‘n’a pas eu l’ombre d’une rechute ou d’une indisposition, et elle se porte bien mieux

qu'elle n'a jamais fait. Le lendemain elle

commença par obéissance à écrire le récit qu'on va lire. La main qui l'écrit est ferme, et pour celui qui compare l’'autographe, l'écriture de février ne diffère en rien de celle de décembre, sinon qu’elle paraît plus énergique.

Il y a bien d’autres détails d'importance et d'édification, mais il ne sont pas indispensables pour l'intelligence du récit. Ils paraîtront peut-être plus tard, s'ils sont nécessaires pour publier la gloire de Marie toute miséricordieuse.

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