Anciennes sœurs de Prouille
Montréal, Fanjeaux, Prouille. A Prouille était le premier couvent de notre Ordre; il ne reste qu’un champ avec une maison qui servait d’hospice et qui est aujourd’hui une auberge, appelée encore « l’Auberge de Prouille. »
« Les lieux sont parfaitement reconnaissables, parce qu’ils sont encadrés dans deux routes et un ruisseau.
« Au-dessus de Prouille est assis Fanjeaux, sur une hauteur qui domine à la fois la plaine du Haut- Languedoc et la chaîne des Pyrénées; c’est là que saint Dominique opéra un miracle célèbre, ce lieu est encore plein de son souvenir. En montant la côte j'ai lu sur une baraque servant de cabaret : « À saint Dominique. » L'église est la même que celle où le saint a prié et offert le saint Sacrifice. Le curé m’accueillit avec cordialité, je passai la nuit chez lui, et le lendemain, 15 juillet, jour de ma fête, je célébrai la sainte messe avec une chasuble qui avait appartenu au couvent de Prouille.
« Mon dessein est d’acheter quelques ares de ce terrain où le monastère était situé, et d’y bâtir une chapelle commémorative dédiée à Notre-Dame de Prouille. Tout appartient au même propriétaire sauf un petit pré et une petite maison au bord de la route, en face de Fanjeaux, qui est la propriété ‘d’un ouvrier du pays; nous espérons pouvoir l’acquérir et réaliser ainsi notre pieux projet. »
Par suite des relations qu’il noua avec Madame de C. propriétaire du domaine de ‘Prouille, le P. Lacordaire était sur le point d'aboutir quand des
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obstacles imprévus, joints à ses multiples occupations, l’empêchèrent de réaliser son projet. D’ail- leurs Dieu voulait plus et mieux, et les vœux du restaurateur en France de l'Ordre de saint Dominique se trouveraient largement dépassés. !
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La vicomtesse Jurien de la Gravière fut l’instrument choisi pour la restauration de Sainte-Marie de Prouille. Riche des biens de la terre mais plus riche des dons de la grâce, cette grande âme ne voulut jamais être que la’ servante humble et fidèle de la Providence. Détachée de tout, elle vivait aussi pauvrement que le lui permettait sa condition. Sur un signe de la volonté divine, sous une motion de l’Esprit-Saint, cette chrétienne de vieille roche savait être, pour l’amour de Jésus- Christ, royalement libérale:
Or,en juin 1854, poussée par une voix intérieure, Madame Jurien quitte l'Italie, et arrive à Toulouse à 5 heures du matin. Elle entre dans une chapelle; un religieux est à l’autel : c’est le P. Lacordaire. Son ami, M. Cartier, lui sert la messe. « Appelle Cartier, » lui dit la voix qui l’a conduite à Toulouse. Elle obéit et M. Cartier lui parle inci demment de Prouille. « Que faire à Prouille, dit-elle, il n’y a même pas de ruines; — Madame, cette terre a été sanctifiée par un signe de Dieu. Un globe de feu a désigné à saint Dominique l’endroit où la très sainte Vierge voulait que s’élevât le monastère. »