‹ Notre-Dame-des-Canadiens et les Canadiens aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 29 sur 50 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

La répartition légale, la dime et le système des contributions volontaires.— Devoir absolu de contribuer aux frais du culte et à l’entretien du prètre.—Faux prétextes et plaintes injustes des mesquins,

Nous pensons bien qu'il n’est pas beaucoup question aujourd’hui, au Canada, de la répartition légale ou de la dime, comme institutions, ni que l’oii songe le moins du monde aux Etats-Unis, à modifier le régime des contributions volontaires.

Ce n'est donc pas à titre de questions que ces deux mots paraissent en tête de ce chapitre.

Mais il est permis de parler d'institutions qui dorment tranquilles, tout autant que de celles dont la vie est agitée. Quel est donc notre but en mettant ici ces deux systèmes en face ?— Le voici :—Ce n’est nullement pour nous donner la satisfaction, toujours flatteuse, de dire laquelle des deux choses nous préférons, mais bien pour suggérer à nos compatriot ; des Etats- Unis quelques réflexions très-pratiques, qui ne icur sont pas nécessaires, sans doute, mais utiles.

Donc, au Canada, tout le monde le sait, c'est la répartition légale et la dime qui sont en vigueur.

S'il s'agit de bâtir une église, il y a répartition légale.

S'il s'agit de réparations ou d'améliorations, répartition légale.

Pour subvenir à l'entretien du prêtre, dime,—ou vingi-sixième minot, comme on dit souvent, —aussi légale,

Qu'est-ce à dire ?—C'est-à-dire que l'Eglise d’un côté, impose la répartition et la dime, comme loi, et que l’état de l’autre, regarde ces lois comme siennes.

Quiconque se mettra en tête de regimber contre l’aiguillon, on lui rappellera, comme dernière considération, qu'il y a des juges et à Rome et à Berlin.

Donc, au pays,—c'est la loi et de l'Eglise et de l'Etat, —il faut pourvoir à l'entretien du culte, à l'érection de l'Eglise, à la vie du pasteur ; c’est une obligation que le peuple chrétien doit remplir de par la loi; c’est là une dette bien déterminée, qui se paie une fois pour toutes, périodiquement, à chaque échéance, mais enfin une dette, et une dette sacrée.—Là il n’y a rien ou presque rien de laissé au bon vouloir ou aux élans sportanés.

Aux Etats-Unis, ce n'est pas la même chose.—Tout parait libre directement ou indirectement.

S'agit-il de bâtir une église, vous êtes appelé à y coopérer suivant vos moyens ; vous n'y êtes pas forcé.

S'agit-il de subvenir aux besoins du prêtre, on s’adressera au peuple ; on ne le forcera pas.

Les contributions ou souscriptions pour l’église viennent de ceux qui veulent bien s’y prêter. À Noël et à Pâques, alors que se fait la collecte pour le pasteur, on donne ou on ne donne pas ; et, si l’on donne, on donne ce que l’on veut.

C’est là ce qu'on appelle le régime volontaire.

Mais y a-t-il entre ces deux systèmes autant de différence qu'on parait quelquefois y en mettre ?—Non, certainement, non.

Il y a une différence dans la forme, oui :—autre chose est de payer la dime déterminée, tous les ans, autre chose de verser librement, à Noël ou à Pâques, ou à l'occasion des baptèmes et mariages, une contribution indéterminée. Mais n'y a-t-il pas ici comme au Canada une obligation stricte, ici comme au Canada et partout ailleurs, un devoir impérieux, sacré, de subvenir aux frais du culte et à l'entretien du prêtre ?—Oui, sans aucun doute, Cette loi existe partout ; ce devoir sacré est universel.

Chaque fidèle est tenu, par une loi fondamentale de religion et de justice, de contribuer, suivant ses moyens, à l'édification et au maintien de la maison de Dieu, à la vie du pasteur que Jésus- Christ envoie prècher l'Evangile.

S'y refuser, quand on peut le faire et qu'on y est appelé, c'est un péché qui n'appellera pas, si l'on veut, ici, les foudres de l'église, non plus que la sentence du tribunal civil ; mais qui devant Dieu et devant l’église, n'en est pas moins un péché.

Le christianisme s'impose à tous et partout—c'est son droit et son devoir —avec ses ministres, ses temples, les objets nécessaires et convenables au culte sacré. Personne n’a le droit de refuser, tout le monde est tenu de le recevoir tel qu'il est, et chaque point du monde, chaque population doit l’'embrasser avec ses obligations.

Qui donc élèvera ce temple ? qui fournira ces objets, si ce n'est le peuple chrétien lui-même ? N'est-ce pas pour nous que le christianisme existe et se présente? Qui entretiendra le ministre de l'Evangile ? Ecoutez :—Quand Jésus-Christ donne à ses disciples leur mission et qu'il les envoie devant lui, que leur dit-il ? Il leur dit, c'est vrai, —de ne porter ni bourse, ni sac, ni souliers ; mais pourquoi ? Ses disciples n’en ont-ils nas besoin ? Ces objets, pour eux, seraiegt-ils considérés par le Maitre comme superflus ?—Pas du tout ; mais il compte sur les fidèles.

La preuve, c'est qu'il ajoute : celui qui travaille est digne de sa récompense ;—celui qui travaille est digne du prix de son travail. Ecoutez Saint-Paul :

“Ne suis-je pas libre de prendre chez vous ma subsistance ? Ne suis-je pas apôtre? N'êtes-vous pas vous-même mon ouvrage en Notre-Seigneur ? Et quand je ne serais pas apôtre à l'égard des autres, je le suis du moins à votre égard. N'avonsnous pas en cette qualité, le pouvoir de manger et de boire ? Qui est-ce qui va jamais à la guerre à ses dépens ? Qui est-ce qui plante une vigne, et ne mange pas de son fruit ? Ou qui est le pasteur d’un troupeau qui ne se nourrit pas du lait du troupeau ? —Vous dis-je ceci seulement selon l'homme ?—Mais la loi elle-même ne le dit-elle pas ?=Qui laboure la terre, doit labourer avec espérance, et celui qui bat le grain doit espérer d'y avoir sa part.—Si donc nous avons semé dans vos vos âmes les biens spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions une part de vos biens temporeis ? Si d'autres usent de ce pouvoir à votre égard, pourquoi n'en userions-nous pas plutôt qu'eux ?—Ne savez-vous pas que les ministres du temple mangent ce qui est offert dans le temple et que ceux qui servent à l'autel ont part aux oblations de l'autel ? Ainsi le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent l'Evangile, de vivre de l'Evangile.”

Le devoir sacré dont nous parlons est aussi un devoir d'équité et d'honneur envers nos frères. L'église est la maison, et le prêtre est l'homme de tout le monde. Tout le monde a besoin de l'église et du prêtre, depuis le baptème jusqu'à la tombe. Eh ! bien, nous le demandons, quand une chose doit se faire, qu'elle existe en faveur de tous, sans exception, est-il juste, qu'il y en ait même un seul qui refuse d'y contribuer ? En est-il un seul qui ait droit de s’en laver les mains, de déserter le poste, de se retirer sous sa tente, et de jeter tout le fardeau sur les épaules de ses frères ?—Assurément non, ce n'est ni juste, ni honorable.

Il y a plus : c'est de mauvais augure pour l'avenir. Vous ne profiterez guère pour votre âme d'une cause sainte que vous aurez trahie ; et tant pis pour vous, si L'ieu vous laisse ou vous envoit les biens dont vous refusez de lui offrir une part.

Bien qu'il y ait chez tous les peuples une minorité, heureusement infime, rebelle à la voix de la religion, de la justice, de l'équité, de l'honneur, de son intérêt spirituel et même temporel, cependant, nous l’avouons en toute franchise, les réflexions suivantes s'adressent, dans notre pensée, spécialement à nos compatriotes. Et voici pourquoi :—D'abord parce que leurs vrais intérêts doivent nous être naturellement plus à cœur que ceux des

autres populations, et ensuite parce que, accoutumés au régime clair et net de I: loi établie qui fixe tout à ce sujet, ils sont naturellement plus tentés de s’imaginer que si la lettre de la loi disparaît, l'obligation n'existe plus. Or c'est là, on le comprend, une grave erreur.

Soit, diront quelques-uns, nous comprenons qu'il faut contribuer à l'érection de l'église au soutien du curé ; cela se fera dans la contribution générale des jours de Noël et de Pâques. À part de cela, plus d'obligation à ce sujet.

Mais payer pour la place de banc ?

Payer pour recevoir les sacrements ?

Payer tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, continuellement, sans fin ni trève ?

Eh ! bien, voyons. Soyons de bon compte ; n’exagérons rien, n’atténuons rien; mais n'essayons pas non plus de nous tromper nous-mêmes.

1° Payer pour s'asseoir dans un banc ?

—Mais de grace, au Canada, les bancs ne se paient-ils pas ?— Ils se paient une fois l'année ou tous les six mois et d'avance ; ici, chaque mois, chaque dimanche, au quartier ou à l’année.— Est-ce différent en réalité ?—Nullement.

2° Payer pour entrer à l'église ?

— D'abord est-ce toujours ?—Non.

— Est-ce partout ?—Non.

—L'exige-t-on en général absolument, et de ceux qui ne peuvent payer aussi bien que des autres ?... Non.

Maintenant, nous avouons volontiers que l'on devrait, même dans les limites que nous venons de poser, se dispenser de recourir à cette source de revenu.

Mais enfin si on le fait, c'est un abus et voilà tout. Mais avouez qu'il est rare.

3° Payer pour les sacrements ?

—Quels sacrements ?—Le baptème seulement et le mariage.

Le mariage se paie également au Canada ; moins si vous voulez, mais proportion gardée, cette différence, pour une fr:3 généralement qu'elle se présente dans la vie de chacun, ne mérite certainement pas d'être mise en ligne de compte.

Quant ru baptème, c'est vrai ; mais ici encore, dans l'immense majorité des cas, ou l'on ne donne rien, faute de moyens, ou l'on donne à sa volonté. Quand on peut donner généreusement, pourquoi ne le ferait-on pas ?

4° Quant à donner partout, à toute occasion, sans répit ni trève, à part l'exagération qui saute aux yeux, on devrait comprendre que dans un pays où tant de paroisses surgissent tous

les jours, où tant d’autres n’>n sont encore qu’à leur début, où la plupart n'ont aucune source immobilière de revenus, où les séminaires ne sont pas fondés, où les écoles, les asiles, etc., sont encore, relativement aux immenses besoins du peuple, en si petit nombre, un pays où tout cela pèse sur le prêtre et sur l’église, on devrait comprendre qu’un peu de libéralité, de générosité, d’esprit de sacrifice, ne doit pas être regardé comme surperflu.

Maintenant, à notre tour—Quels sont donc ceux qui font sonner si haut tous ces sacrifices qu'ils disent qu’on leur impose, qui se plaignent d’avoir à payer pour tout ?—Le sait-on ?

Sont ce les pauvres ?—Non.

Sont-ce les riches qui savent donner ?—Non.

Ce sont ceux qui, pouvant donner, ne donnent jamais rien. Ce sont ceux-là qui trouvent le fardeau trop lourd, qui en sont accablés. Riches dont parle l'Evangile, qui tiennent plus à un sou qu'à leur âme; avares, qui regardent comme perdu ce qui retourne au maître absolu des biens de ce monde. Egoistes et mesquins qui pensent que personne n’a droit d'attendre d’eux le moindre service, et que le monde ne tourne et ne se meut que pour eux.

Voilà les hommes qui se plaïgnent.

Voilà les hommes,—et c’est ici une faute que nous ne pardonnons jamais,—voilà les hommes qui, par leurs mesquineries, leurs plaintes, leurs observations taquines, insupportables, ont quelquefois forcé les pasteurs, à recourir à des mesures sévères dont la charité maternelle de l'Eglise est la première à souffrir. Ils sont ainsi devenus pour leurs frères plus généreux, mais pauvres, la cause d’exigences trop onéreuses. Ils ont fait tort à la réputation de leurs frères canadiens ; ils ont nui fatalement à la foi de leurs frères et à l'Eglise.

À ces hommes qui croient perdu tout ce qui va à l'Eglise, qui supputent sans cesse, et grossissent la petite somme qu'il leur est arrivé de détacher pour elle, qui s’en souviennent et la rappellent toute leur vie, à chaque occasion, afin de ne jamais avoir à en faire une autre, nous dirons, en résumé : Braves gens, allez, rassurez-vous ; quand vous ne serez plus, il se bâtira encore des églises.

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