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CHAPITRE XXII

Les fites et les dévotions à Notre-Dame.—Les chœurs.—Chœur du plain-chant.—Le chant populaire,

Nous avons déjà donné beaucoup de détails sur les fêtes et les dévotions de Notre-Dame. Aussi, le titre qu'on vient de lire, l'écrivons-nous autant pour suggérer au lecteur de grouper dans sa mémoire les détails qui précèdent, que pour nous permettre d'en ajouter de nouveaux.

Outre les grandes fêtes de l’année religieuse, où elle déploie, avec toutes les églises de la catholicité, ses richesses et ses magnificences, Notre-Dame a quelques fêtes sacrées et des traditions festivales qui lui sont propres.

Ainsi Noël reste pour elle la fête des enfants.—Le jour des morts réunit encore sous ses tentures funèbres tous les paroissiens de Notre-Dame dans le même deuil et la même prière.

L’anniversaire de la première messe paroissiale ramène chaque année, une commémoration solennelle,

Nous étions là le Jeudi-Saint de cette année. Aucun reposoir à Worcester,—si on excepte celui des Sœurs-de-la-Merci,— n'égalait, en fait de splendeur et de goût, celui de Notre-Dame. Aucun n’exprimait aussi heureusement, d'une manière aussi frappante, les deux mystères réunis de la dernière Cène et du repos lugubre du Sauveur au tombeau.

La solennité du jour de Pâques nous impressionna vivement. Il y avait quelque chose de si frais, de si gracieux, de si réjoui, et en même temps de si religieux dans le sanctuaire ; —les enfants de chœur étaient si propres, si bien formés aux cérémonies, les accents de l'orgue et du chœur si triomphants, la foule si nombreuse et si recueillie !.. Nous nous rappellerons longtemps le Legina cœlt qui accueillit l'exorde du sermon.

Ce jour-là, la paroisse offrit à son curé le beau cadeau de

Après les vêpres, les dames et les messieurs du chœur, ainsi que les demoiselles de l'Œuvre du Tabernacle venaient, comme il est d'usage, prendre le goûter à la cure. Le dimanche suivant, ce fut le tour des enfants, petites fiiles et petits garçons qui composent le chœur, et des enfants qui servent à l'autel. L'en-

train n'y manqua pas, non plus que la gaieté des chansons canadiennes.

Parmi les dévotions populaires à Notre-Dame, outre le culte de la Très-Sainte-Vierge et celui de Saint-Joseph, dont nous avons déja parlé, il en est deux que nous mentionnerons ici :— le Chemin de la Croix, et la dévotion à la Sainte-Famille.

Le Chemin de la Croix qui se voit aujourd’hui à Notre-Dame y fut béni solennellement et érigé le 8 octobre 1871. Il a coûté $149.00. Le premier, qui avait servi jusqu'à cette époque, offert à l'église, comme nous l'avons vu, dès le commencement, par une pieuse famille, est aujourd’hui placé au soubassement.

Dans aucune paroisse, au Canada ou ailleurs, nous n'avons vu la dévotion du Chemin de la Croix aussi universelle, aussi fervente, aussi populaire qu'à Notre-Dame. Non-seulement pendant la retraite, où il y avait foule au pied des stations, nonseulement les vendredis du Carême où l'exercice est public et réunit la paroisse presque entière, mais toute l’année, tous les jours, la matinée, l'après-midi, à toute heure, vous verrez des enfants, des jeunes gens, des femmes, des hommes, qui suivent, recueillis, la voie douloureuse. Nous n’exagérons aucunement.

Quand l'exercice est public, il y a foule, comme nous le disions plus haut. Mais ce qui frappe et touche le plus, c'est le ton et l’ardeur avec lesquels tout le peuple répond aux prières, surtout le cœur et l'accent qu'il y met, quand de sa grande voix et dans sa propre langue, il répète à chaque station, en les adressant à la Mère des Douleurs, ces paroles qu'il a apprises dans son enfance : “Mère de Dieu, pardon! pardon !” etc. Comment Jésus pourrait-il ne pas bénir une telle paroisse ?

Non moins édifiante est la dévotion à la Sainte-Famille.—On dirait qu'elle a crù à Notre-Dame en proportion des périls qui menacent de tous côtés la sainteté et le bonheur du foyer domestique. Comme instinctivement les enfants, les mères, les chefs de famille ont les yeux attachés sur la maison de Nazareth. C'est à ce foyer, l'admiration des anges, le modèle de la terre, que tous vont allumer le feu qui doit brüler et ne jamais s’éteindre, au sein de la famille chrétienne. Jamais on ne termine à Notre- Dame un exercice public, sans adresser à la Sainte-Famille et répéter trois fois, avec ferveur, à haute voix, l'invocation :—

— Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie.

— Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans ma dernière agonie.

—Jésus, Marie, Joseph, que par vous dans la paix je termine ma vie,

C'est la prière favorite de chaque famille ; c’est le mot d’espérance de tous les mourants.

Le curé assistait une petite fille de cinq ans, à son lit de mort. il essaya de lui suggérer la même prière et commença à la lui réciter. À peine en eut-il prononcé les premiers mots :—Oh ! je la sais, interrompit avec vivacité la petite fille ; —et elle se mit à la dire toute seule, d'une voix grave et distincte, avec une piété angélique. En la terminant, elle souriait avec bonheur.

C'est un souvenir personnel ; mais on nous permettra bien de mentionner ici l'air de satisfaction, l’ardeur, le saint enthousiasme, le sourire de complaisance et de bonheur avec lesquels, il ny a pas encore trois ans, une femme, que nous croyons pouvoir appeler sainte, prononçait, elle aussi, quelques instants avant de nous dire l’adieu suprème, ces mêmes paroles, si longtemps et si fréquemment répétées par elle pendant sa vie.

Des chœurs de Notre-Dame, nous ne dirons qu'un mot.

Il y en a trois :—celui des enfants, ou le petit chœur ; celui des dames et messieurs, ou le grand chœur ; et le chœur du plain-chant. (*)

C'est celui des enfants que nous entendimes le premier, quelques jours avant la retraite qui allait s'ouvrir à Notre-Dame. La seconde messe, qui se disait à huit heures, venait de commencer. Tout-à-coup, de la chambre où nous étions, nous entendimes chanter.—C'étaient des voix enfantines, fraiches et naives, douces comme le miel, —des mots français, —un air connu, —un cantique du pays. L'on chantait :—“ Beau ciel, éternelle patrie.”

Depuis plus d’un an pareil concert n'avait frappé notre oreille! Et nous ne savions pourquoi; mais, là même, dans une église canadienne, où il est si naturel de le retrouver, il nous prenait par surprise. À l'instant, nous remontons à l’église, et là, installés dans le premier banc qui s'offre à nous, nous restons jusqu’à ce que les jeunes choristes eussent terminé leur dernier refrain et laissé vide la place qu'ils occupaient à l'avant de la nef. Nous devrions ajouter, pour dire toute la vérité, —jusqu'à

(*) Le petit chœur est aujourd’hui dirigé par mademoiselle Phébé Tougas, madame G. Parent, et M. Jean de Metz, l'ont dirigé par le passé.

Le grand chœur est sous la direction de M. Pierre Wilmot. Il a déjà eu pour directeurs M. Arthur Baribault, puis M. Alexandre Baribault, son frère.

Madame N. J. Tessier est à l'orgue. La premi're organiste fut mademoiselle Emilie Montroy. aujourd’hui madame G. Olivier.

Ont présidé au plain-chant, MM. E. Auger et N. Vincent.

ce que l'assistance, qui était nombreuse, bien que ce fût sur semaine, eût défilé à côté de nous, sous nos yeux, et que les dernières figures canadiennes eussent disparu de la scène. Nous devions, nous semblait-il, revoir quelques connaissances, quelques parents peut-être. Nous avions raison.

Le chœur des enfants se compose de petits garçons et de petites filles. Il reçoit deux leçons par semaine. Les jeunes artistes jouissent du privilége de chanter à Notre-Dame souvent, sur semaine, et tous les dimanches, à la messe de huit heures et demie.

Ce privilége, ils y tiennent et le méritent.

Nous dirons sans crainte que le grand chœur de Notre-Dame ferait honneur à n'importe quelle église de Worcester. Cependant, pouvons-nous l’avouer—malgré l'admiration qu'il mérite, les jouissances qu'il nous a causées, les services qu'il rend à Notre-Dame, depuis longtemps et avec tant de succès ; c’est du côté du chœur de plain-chant que nos affections inclinent.

Le plain-chant! Oh! le plain-chant !—le chant grave, majestueux, royal, inspiré, comme les accents des prophètes, —la voix de l'Eglise, le chant religieux, qu'on n'entend presque nulle part ici; et à New-York, dans une seule église, croyonsnous, Saint-Paul l'Apôtre ;—le chant sacré de la patrie lointaine, le seul qu'on se rappelle malgré soi et qu'on brûle d'entendre encore, fût-ce dans la plus humble de nos paroisses de la campagne ;—la seule musique que les Canadiens émigrés regrettent toujours et qu'ils essaient de retrouver souvent, au sein de la famille, le soir, après les durs travaux de la journée, le dimanche surtout, si long, quand on est loin. Comme ils se croient heureux alors, s'ils ont des voix, s'ils ont un livre sous la main. Toute la famille est là, faisant cercle autour du chœur, mêlant sa voix au concert, attentive, mélancolique, souffrant du mal du pays jusqu’au point de laisser voir des larmes. Oh! vive le plain-chant.—On dira, si l’on veut, que c’est l'enfance de la musique, mais qu'importe si l'enfance garde le privilége de toucher le cœur de l’âge mûr et de réjouir celui du vieillard ? —si c'est à elle que, pour entrer au royaume des cieux, il faut devenir semblable.

Le chœur de plain-chant de Notre-Dame est déjà bon et il prend les moyens de devenir parfait. On a eu l’heureuse idée à Notre-Dame, d'introduire le chant populaire.

Nous en avons déjà parlé.

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