CHAPITRE VIII
Promlpr compte-rendu dos finances de la paroisse fait aux paroissiens Qu’un tel
rapport, quoique non commandé, est à la fois équitable et excellent.
La paroisse canadienne de Worcester existait depuis six mois. Le temps était donc venu de lui faire connaître l’état de ses finances.
Le curé le fit en effet le 27 mars 1870.
Les recettes — y compris la collecte de Noël : $293.75 et l'offrande de la Première Communion : $21.17 — s’élevaient à $3655.60. Les dépenses, à $1287.37.
Il y avait donc en caisse $2368.23.
A la même date, le mobilier appartenant à l'église valait $747.00.
Donc, l’actif de la jeune paroisse se trouvait être de $3115.23.
Et cependant il faut remarquer que les six mois écoulés étaient six mois d’hiver, c’est-à-dire le temps le plus dur de l’année. Il y a plus, cette année-là, la gêne avait été plus grande qu’à l’ordinaire, il y avait eu suspension de travail de la part d'un grand nombre d’ouvriers. Le curé avait même en conséquence, et pour rendre moins onéreux le versement des contributions, jugé opportun de ne point faire la collecte ordinaire de Pâques.
En dépit 'de toutes ces circonstances exceptionnellement défavorables, on avait cependant réussi, comme on le voit, à réaliser, en moyenne, au milieu d’une population qui vit de son travail de chaque jour, un montant de plus de $500.00 par mois.
Cette communication des comptes faite à la paroisse spontanément, sans que personne l’eût demandée ou provoquée en aucune façon, était bien certainement de nature à faire disparaître les moindres vestiges de défiance ou d’inquiétude qui auraient pu exister dans certains esprits.
Au Canada, comme l’on sait, l’administration des biens et revenus de l’église n’est pas laissée exclusivement au curé. Aux Etats-Unis, c’est différent. Ici, le curé est tout-puissant, tout-à-fait indépendant, exempt de tout contrôle du côté de ses paroissiens relativement à la gestion des biens de l’église. Il ne leur doit en rigueur aucune information à ce sujet, et il n’est pas rare que de fait il ne leur en donne jamais aucune.
Quand il rend compte de son administration ou fait connaître l’état des affaires — comme il y est tenu — c’est à l’évêque.
Il y a du bon et du mauvais dans un pareil système. Que l’administration des biens de l’église ne tombe jamais aux mains des laïques, qu’ils n’y aient aucune part quelconque, voilà qui est heureux, et c’est le droit. Les Canadiens n’ont pas plus que les autres Catholiques des Etats-Unis, ou d’ailleurs raison de s’en plaindre, et ils auraient évidemment tort'de montrer, même au nom des coutumes de leur pays, des prétentions opposées au droit formel des lieux. De telles prétentions peuvent bien créer des embarras, semer le trouble, amener des retards malheureux, causer la ruine des plus urgentes entreprises, mais prévaloir, — jamais. Quant à obtenir des évêques, sur d’humbles demandes, qu'ils permettent et approuvent la création de syndics, marguilliers, conseillers responsables etc., ou de tout corps destiné à administrer les biens de l’église, ce ne pourra jamais être que très-rare ; car les évêques tiennent, et à bon droit, à ne pas permettre — bien qu’ils en aient la faculté — cette immixtion si souvent malheureuse. Mais du maintien de ce droit au fait de laisser la paroisse qui contribue dans une ignorance complète des finances de l’église, il y a bien loin. Qu’on lui fasse connaître les choses, qu’on la tienne au courant de tout ce qui a été fait, qu’elle sache ce qui reste à faire, qu’elle voie, en un mot, de ses propres yeux le fruit de ses sueurs, — c’est au moins convenable, c’est, osonsnous dire, de l’équité.
Ni la lettre, ni l’esprit de la loi ne s’y opposent. Il n’y a pas longtemps, Monseigneur l’évêque de Springfield, dans une conférence à laquelle assistaient tous les prêtres de son diocèse, conseillait une telle pratique, faisait valoir cette raison et ajoutait à l’appui, d’autres motifs qui se recommandent d’eux-mêmes ; et nous ne croyons pas qu’aucun de ses collègues eût désavoué ses paroles. Il disait, en substance : — “ Bien qu’il ne soit pas permis, hors le consentement de l’évêque, de laisser prendre aux laïques la moindre part à l’administration des biens des églises, cependant, il est de bonne politique de faire connaître aux paroissiens, aux moins tous les ans, l’état des affaires de la paroisse. C’est à la fois une satisfaction bien légitime, un puissant encouragement pour eux, et une protection pour le pasteur contre tout soupçon demalversation, d’incurie ou d’imprévoyance.”