CHAPITRE XVII
Première visite épiscopale à Notre-Dame. — Bénédiction de l’église. — Confirmation des enfants Témoignage rendu par l’évêque il Notre-Dame-des-Canadiens.
C’est toujours une grande époque, que celle de la visite pastorale. Pour une jeune église comme Notre-Dame, c’est un jour qui ne revient pas. Le io juillet 1871 tient donc une place unique dans sa vie.
Monseigneur P. T. O'Reilly, plusieurs années curé de Saint- Jean de Worcester, élu au mois de juin 1870 évêque de Springfield, reparaissait, ce jour-là, au théâtre de ses premiers travaux, se rendant en visite solennelle à Notre-Dame-des-Canadiens. Il venait bénir la nouvelle église et donner à ses jeunes enfants le sacrement qui rend parfait chrétien.
De bonne heure, les paroissiens de Notre-Dame s’étaient rangés sur deux lignes, de chaque côté de la rue, devant l’église. On distinguait de loin, sur chaque ligne, à leurs insignes et à leurs drapeaux, les deux groupes de la Société Saint-Jean- Baptiste et du Corps-de-Musique-Canadien.
Dès que Monseigneur parut, la foule poussa des cris de joie et le Corps de Musique lança dans les airs ses joyeuses fanfares.
Au moment où le pasteur mit le pied sur le seuil, les deux chœurs de Notre-Dame le saluèrent dans la langue sublime de l’Eglise. Notre-Dame n’avait jamais été si magnifique. Un arc de triomphe s’élevait sur la façade. Il suivait les piliers latéraux, et allait se terminer au pied de la croix toujours dominante. Au-dessous de la croix, au sommet de l’arc, apparaissait un large tableau de Notre-Dame, patronne de l’église ; de chaque côté, à la hauteur des deux piliers, ceux de Pie IX, et de l’évêque du diocèse. Une multitude de drapeaux et de riches draperies se balançaient joyeusement dans les airs.
A l’intérieur, de riches étoffes se déroulaient dans toute la nef et les escaliers jusqu’au seuil. Tout autour se dressaient de jolis érables comme une haie vive et serrée. Cependant, l’église était vide, — tout le peuple se tenant à la porte, — rien n’ornait les murs ; le sanctuaire était nu, l’autel nu, en signe de péché, d’humilité, de pénitence. L’évêque revêtu de la chape blanche, portant la mitre et la crosse, précédé de la croix des acolithes et du clergé, sortit solennellement par la grande porte et com-
mcnça la bénédiction. Tout le peuple de Notre-Dame, heureux, triomphant, formait à quelques pas de l’église et tout autour, comme une immense couronne. Aucun détail de l'imposante cérémonie, clairement expliqué d’avance, n’échappa à sa religieuse attention.
Au moment où se termina la cérémonie, il sembla aux paroissiens de Notre-Dame que leur chère église était toute renouvelée et triomphante. En effet, elle était sortie de la poussière des choses de ce monde, et participait à l’honneur de la rédemption, vraiment transformée, ennoblie ; sur son front brillait pour la vie le rayon lumineux de la grâce qui consacre et sanctifie.
Vint le tour des enfants.
Il y en avait deux cent quarante-deux, rangés autour du sanctuaire, portant avec leurs vêtements d’innocence, les insignes du brave qui a noblement commencé la campagne ou fait la veille des armes.
Ils s’agenouillèrent aux pieds du successeur des Apôtres, reçurent l’Esprit de l’onction et de la parole, et se relevèrent chevaliers du Christ.
L’évêque parla d’abord aux nouveaux confirmés, paternellement, en français.
Puis, au milieu d’un grand silence et d’une vive attention, il s’adressa, en anglais, à toute la paroisse.
Après quelques paroles pleine d’onction, il ajouta d’une voix haute et énergique : — “Je dois déclarer ici publiquement, sans aucune exagération et en justice envers Notre-Dame, que le rapport de votre estimable curé, qui m’a été remis en janvier dernier, était, de tous ceux que j’ai reçus, de beaucoup le meilleur, et qu’aucune paroisse, soit à Worcester soit par tout le diocèse de Springfield, tenu compte du nombre, n’a autant fait que vous.”
Nous avons emprunté une partie de ces détails au Spy de Worcester.
Au dîner, il y avait quatorze prêtres.
La quête rapporta $197.40.